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Trente ans et huit mois

Chapitre unique

Erotique

Son prénom s’est affiché sur mon écran, et j’ai hésité. Prise de doute, à nouveau. Je savais ce qui motivait son appel, forcément...  Depuis 5 ans, nous ne nous voyons qu’en pointillés très éloignés et n’entretenons pas de correspondance. Pourtant, je lui suis liée par un attachement très particulier: je lui dois de m’avoir permis de faire sauter un verrou qui me retenait encore, il y a cinq ans, celui de la très conséquente différence d’âge.

Je trainais alors dans le seul sauna de la ville, espace glauque et fascinant, fréquenté par quelques marins en manque, de vieux homosexuels et quelques couples d’un autre âge qui avaient oublié leurs corps dans les abus de malbouffe et d’alcool. Puant, suintant, il valait mieux éviter jaccuzi et hammam, et apporter sa grande serviette pour éviter le contact du vieux skaï rarement nettoyé des matelas défoncés. J’y passais parfois me faire offrir un café par le vieux patron gay. Personnage court et ventru, immanquablement vêtu d’un pantalon de jogging ramolli. Il prenait un plaisir certain à me faire le récit de ses exploits vicieux et de ses nombreux voyages de par le monde, dont il se souvenait davantage des saunas fréquentés, que des circuits touristiques. Les clients ne manquaient jamais de venir tenter leur chance, me présentant leurs attributs à la file indienne... En vain, car je ne venais pas dans l’espoir de me trouver un corps à épuiser, je n’avais aucune attirance physique pour ces échappés de la cour des miracles. Mais je repartais toujours repue d’histoires et de confidences improbables.

Le proprio connaissait mon addiction à la peau noire, et quand un beau mâle sombre osait pousser la discrète porte vermoulue de l’établissement, indécelable au passant lambda, il m’envoyait un texto.

J’utilisais ce lieu pour des rendez-vous  speed-sex, m’évitant de débourser le prix d’une chambre d’hôtel, ou lorsqu’une première rencontre me paraissait trop douteuse pour envisager un huis clos de toute l’après-midi. Le tenancier venait systématiquement rôder dans les vestiaires, mater la queue de mes nouvelles conquêtes, non sans me faire des signes complices d’approbation, ou au contraire, me chuchoter à l’oreille un très cocasse "il est moche, et elle est toute petite !"

Un jour, alors que je m’apprête à m’extirper de la moiteur aux forts relents de vieux foutre, il me glisse un post-it avec l’inscription d’un 06. Sans me donner d’autres explications que "il te plaira". Evidemment, curieuse, très vite, j’avais rendez vous avec le propriétaire du numéro, sans même demander des précisions. L’enjeu n’était pas si important, je pouvais toujours dire non, une fois arrivée sur place. Et c’est d’ailleurs ce que je fis. Refuser.

Il était venu en skate. Métisse. Immense, fin... Et très très jeune, trop jeune.

Je n’ai pas pu. Ce jour là. Le choc, le truc que je n’avais pas anticipé un seul instant.

Vingt cinq ans, m’a t-il dit. Ça faisait vingt sept ans d’écart.

Je frottais déjà ma peau à de bien plus jeunes que moi, et, en vieillissant, le fossé s’était creusé, neuf ans,douze, seize, vingt... Mais là, comme prise de panique. Accentuée par la présence tumultueuse et inhabituelle, cette après-midi là, d’un groupe d’étudiants, qui auraient pu être les miens...

Il était réellement joli garçon (il l’est toujours), je ne voulais pas paraitre vexante. Avant de repartir, je discutais un peu avec le patron, puis je demandais au jeune candidat, comme une faveur -et là c’était moi la plus intimidée- s’il accepterait que je le recontacte, une fois la surprise digérée, si je changeais d’avis...


Depuis, simplement des messages questionnant dispos et envie...

Comment vas tu, ça fait longtemps... On se voit quand?

De loin en loin, d’abord prendre le temps de nous raconter nos vies, son nouveau métier, son studio et ses créations musicales, sa petite amie du moment... Et puis, toujours, ce lâcher prise si facile, finalement. Parfois, si ses vies professionnelle et personnelle le lui permettaient, il devenait ma pause-défoulement à la sortie du boulot, rapide et efficace, plaisir garanti...

Mais, cette fois ci, j’avais encore eu peur, ma peau moins ferme, un coup de vieille, la soixantaine en ligne de mire... Et pourtant...

Il vient de partir, ça faisait un bail que nous ne nous étions pas mélangés, mais, comme avant, comme à chaque fois, nos peaux s’étaient reconnues. Dès ma porte franchie, sourire à son délire capillaire décoloré, encore ado, et le pousser vers mon lit pour un intermède au temps très compté.

"Ça y est, tu as eu trente ans?"

Non, tout juste vingt sept !

Maintenant il vient en voiture, mais un rapide calcul me fait comprendre son joli mensonge d’à l’époque du skate. Il n’avait donc pas encore vingt-deux ans, j’en avais cinquante deux.

J’avais osé, et je lui dois donc, depuis, d’oser encore le faire, me nourrir de la vitalité et des récits de vie de ces très jeunes hommes aux histoires tellement éloignées de la mienne. A chaque rencontre, une sensation de liberté me rend légère et tonique, me booste et me détend, m’aide à accepter rides et cheveux gris, qui, comme par magie, à leur contact, se lissent et brillent...


Depuis, un autre aussi m’avait d’abord menti, comme anticipant ma réticence à cet écart qui se creuse encore, se vieillissant de cinq années, trente au lieu de vingt cinq. Trente deux ans nous séparaient, et le jeune homme sublime en avait même pleuré d’émotion, me laissant abasourdie d’incompréhension.

Mais, même sans mensonge, même sans comprendre son désir, j’aurais dit oui, car leur atout n’est pas leur âge, mais leur séduction attendrissante, leur confiance à se livrer...  Et entre temps, j’avais déjà su accepter d’initier au sauna un étudiant de vingt et un ans, sous les regards et remarques courroucés des hommes de mon âge dans le jacuzzi.

Trente cinq ans d’écart, son excitation fébrile dès le vestiaire où je m’étais amusée à jouer l’habituée de la situation, me déshabillant en le provoquant sans complexe, alors qu’à chaque fois, la situation reste pourtant un défi. Dans lequel je me lance, car je sais trop bien qu’ils sont ma cure de Jouvence, mieux que toutes les crèmes anti âge hors de prix, les compléments alimentaires et les injections...


Une femme, la cinquantaine, m’avait alors glissé à l’oreille :

"N’écoutez pas ces grincheux, vous avez de la chance... Amusez vous!"

Oh oui, j’en ai bien l’intention, encore, encore ! D’autant plus que ce sont eux qui, à chaque fois, font le premier pas vers moi, eux, qui me poussent à oser, oser leur jeunesse.

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