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Une chute de vélo

Chapitre 25

Gaffes accidentelles

Hétéro

Hervé fut réveillé dans la nuit par un fracas terrible, l’orage n’avait pas dit son dernier mot et revenait faire une séance supplémentaire. Par reflexe, d’un bras, il vérifia le relax voisin, y rechercha la présence de Julie. Il n’y rencontra que du vide. Un coup d’œil sur sa montre lui indiqua quatre heures et demie passées. Sa nuit aura été courte. Le faisceau de sa lampe de poche, braqué sur le relax de Gordon, révéla que lui aussi était absent.

 

Il se releva en bougonnant. En entrant dans le salon, il constata que presque tout le monde s’y était réuni, à observer les éclairs qui parsemaient le ciel. Ils étaient encore plus nombreux, plus denses, plus compacts que lors de leur premier opus. Visiblement, la météo qui les empêchait de dormir, en les écrasant de chaleur depuis presque trois semaines, avait changé de tactique pour continuer à troubler leur repos nocturne. Il enlaça Julie et lui déposa un bisou dans le cou.

 

— Tu es réveillé mon chou ? Tu as pu te reposer un peu ?

— Pas vraiment, enfin si, un peu quand même. Tu es debout depuis longtemps ?

— Une bonne demi-heure. Tu devrais essayer de te recoucher pour te reposer un peu.

— Je préfère rester contre toi.

— Ce n’est comme ça que tu vas te reposer…

— Je n’ai peut-être pas envie de me reposer…

— Si demain tu fais une grasse matinée, nos amis risquent de croire qu’ils sont séquestrés…

— Oui, tu as raison. Encore deux minutes, juste pour un micro-câlin… 

 

Julie le lui accorda sans discuter, puis elle l’accompagna lorsqu’il retourna s’allonger dans la buanderie. Ils s’embrassèrent longuement. Cela n’aida pas Hervé à s’endormir, bien au contraire. Il avait envie d’elle, et elle, de lui, il le devinait à sa façon de l’embrasser, de lui caresser la joue, de lui chuchoter qu’elle l’aimait, qu’il devait se reposer. Rien de tout cela ne le conduisait vers le sommeil. Elle était juste assise sur le bord de son relax, et lui signifiait sans aucun mot, par cette attitude toute simple, qu’elle allait repartir veiller sur leurs invités une fois qu’il se serait endormi. Ses efforts furent plusieurs fois ruinés par le tonnerre lorsque les impacts de foudre étaient trop proches. Comme elle aurait promis une récompense à un enfant pour l’endormir plus vite, elle lui donna rendez-vous pour une séance de baise intense, plus tard, à la condition qu’il s’endorme vite. Il fut un instant, tenté de simuler le sommeil, mais y renonça aussitôt, devinant que Julie ne serait pas dupe. De plus, il n’avait aucune envie de tomber dans le mensonge, et surtout pas que sa relation ressemble à celle de Sylvain et Jennifer. Finalement, il s’endormit, la joue contre sa cuisse, tandis qu’il l’écoutait lui fredonner une chanson...

 

Plus tard, une voix le sortit à nouveau de ce sommeil qu’il avait eu tant de mal à trouver.

 

— Hervé ?

 

Cette voix, qu’il reconnut presque immédiatement comme étant celle de Gordon, ne l’incita pas au réveil, il garda les yeux fermés, et ne répondit qu’à regret.

 

— Hervé ? Tu dors ?

— Officiellement, oui.

— Les rumeurs disent que tu fais semblant.

— Oui j’ai vu ça dans la presse, juste des ragots.

 

Le grand éclat de rire de Katia qui résonna dans toute la buanderie, dissipa une partie de la brume de fatigue qui squattait toujours son cerveau. Il ouvrit difficilement les yeux.

 

— Hier, je t’ai proposé mon aide pour l’arbre foudroyé, tu t’en souviens ?

— Oui, Gordon, bien sûr.

 

Il avait malgré tout, un mal fou à rester éveillé, son sommeil, trop fréquemment et trop vite interrompu, le rappelait furieusement, pour une longue prolongation, et ses yeux se refermèrent.

 

—  Tu vois Gordon, j’avais raison, j’aurais dû lui faire une pipe, la dernière fois, ça l’avait bien réveillé... trop bien même.

 

Cette remarque acheva de l’extraire de sa torpeur. Katia, qui se moquait de lui gentiment, favorisa un réveil complet et définitif.

 

— Inutile Katia, merci. Quelle heure est-il ? 

— Sept heures moins le quart, Julie à beaucoup insisté pour repousser au maximum l’heure que tu avais définie hier.

— Merci Gordon. J’arrive.

 

Quelques minutes plus tard, sur la terrasse, Julie, Katia, Gordon, Rémy, qui étaient levés depuis un petit moment et Hervé buvaient un café, profitant de la température matinale bien plus agréable que celle de ces derniers jours. Hervé jeta un regard circulaire sur son jardin, évaluant rapidement les dégâts de l’orage. Il y avait beaucoup de feuilles perforées ou arrachées par la grêle, de petites branches brisées, jetées au sol par le vent, et par endroits, encore quelques amas blanchâtres des restes de grêlons entassés qui n’avaient pas encore fini de fondre. Une fois parfaitement réveillés par les cafés vite avalés, ils se rendirent sur le lieu du plus gros dégât : l’arbre foudroyé.

 

Si de nuit, cette vision n’était pas très réjouissante, c’était pire de jour, Hervé en eut presque de la peine. C’était un gros hêtre dont la base faisait bien quatre vingts centimètres de diamètre. Il ne restait debout qu’un fragment du tronc qui avait explosé au passage du fluide électrique. Rémy, qui s’était muni de son appareil photo, fit plusieurs clichés des dégâts, principalement de l’arbre.

 

— Comment cela est-il possible ? interrogea Katia, un arbre ne peut pas exploser !

— Détrompe-toi ma chère, la foudre libère une puissance phénoménale sur son parcours, lequel est brutalement et très fortement chauffé, expliqua Gordon, la moindre goutte d’eau contenue dans la sève se vaporise instantanément, le gaz ainsi produit, gonfle et fait exploser le bois. Ce n’est pas plus compliqué.

— Tu es un vrai puits de science, Gordon ! s’enthousiasma Katia.

— Bon, on fera la leçon de choses plus tard, je vais chercher les outils, déclara Hervé.

 

Dans la remise attenante au garage, se trouvait la plupart du matériel dont il allait avoir besoin : hache, scie, serpe. La tronçonneuse, elle, se trouvait à l’intérieur du garage. Alors qu’il y faisait le plein de mélange, il entendit la hache s’abattre sur les branches. Gordon était déjà au travail. Lorsqu’Hervé arriva avec la tronçonneuse, il crut rêver. C’était Julie qui maniait la hache, avec une certaine dextérité, qui plus est, sur une branche qui obstruait le chemin.

 

— Mais Julie…

— Attention chéri, ça va couper !

— Enfin, que fais-tu ?

— Cela me parait évident, je t’aide …

— Mais c’est une blague, tu n’y penses pas sérieusement ?

— Pourquoi ? Parce que je suis une femme ? 

— Non, parce que je ne veux pas que ton genou en pâtisse ! Tu n’as plus besoin de tes béquilles, et tu marches presque sans boiter, je ne voudrais pas de complications !

— Tu vois Katia, j’avais raison, Hervé lui, n’a pas protesté sous prétexte qu’une femme, ne doit pas se servir de ces outils-là !

— Mais c’est un boulot d’homme ! insista Katia. Gordon ! Soutiens-moi au moins !

— Navré ma chère, mais Julie a entièrement raison. Hervé aussi du reste. La seule raison valable pour l’empêcher de participer comme elle le fait, est purement médicale !

 

Hervé posa son matériel au sol pour s’approcher de Julie et la prendre dans ses bras.

 

— Tu promets de ne pas forcer mon ange ? Je ne veux plus te voir blessée.

— Bien sûr !

— Alors tu peux continuer.

— Merci mon amour ! 

 

Hervé attaqua à la tronçonneuse la plus grosse branche, celle qui s’appuyait sur le portail et qui avait déjà descellé un pilier de béton, tandis que Gordon, Rémy et Katia se chargèrent de dégager les branches découpées. Il lui sembla que le pilier était encore plus penché que durant la nuit dernière. Il supposa qu’il s’agissait d’un effet d’optique dû à la différence de lumière.

 

Le bruit des travaux, réveilla progressivement une partie des invités. Christophe fut le suivant à rejoindre le groupe et proposer son aide. Sa force imposante permit de couper de plus grosses branches. Il semblait n’avoir aucune difficulté pour les porter et les entreposer un peu plus loin dans l’herbe, la priorité étant de dégager le chemin et le portail. La tâche avança vite, plus qu’Hervé ne l’aurait imaginé. Il pensait le faire seul comme à son habitude. C’était bon d’avoir des amis pour partager les bons moments, comme le travail.

 

Natacha, Ludivine, Lucie, Jérémy, Vincent, Romain et Sylvain arrivèrent ensuite en groupe. Hervé se retourna alors pour les saluer, leur demandant s’ils avaient passé une bonne nuit malgré les conditions précaires des couchages et le second round de l’orage. Il n’eut pas le temps d’entendre leur réponse. Avec une grande force, il fut soulevé du sol, projeté dans la ramure de la branche qui se referma sur lui. Une douleur intense lui  coupa le souffle, l’empêcha de crier, et il s’évanouit.

 

—
 

Lorsqu’il reprit connaissance, la première chose qu’il vit, fut un ange, le sien, son visage déformé par l’inquiétude. Il ressentit ensuite une douleur diffuse, tout son corps était douloureux, mais plus particulièrement son entrejambe. C’est là que la souffrance se concentrait. Quelqu’un s’activait justement à cet endroit, réclamait des compresses et surtout une paire de ciseaux. Cette phrase acheva de le ramener à la réalité. Il  redressa la tête, et vit Elsa, penchée sur lui, les ciseaux que Jérémy venait de lui remettre à la main.

 

— Hervé, ça va ? lui demanda Julie d’une voix aussi angoissée que son visage.

— Je ne sais pas trop. 

— Ne bouge pas, Elsa s’occupe de te soigner.

— Qu’est-ce que j’ai ?

— Tu as été écrasé dans les branches et tu as un morceau de bois planté dans la cuisse. 

 

Elsa, telle une chirurgienne, découpait son pantalon de travail. Le tissu épais et la paire de ciseaux ordinaires ne lui facilitait pas la tâche. Pendant ce temps, Julie lui expliqua ce qu’il s’était passé : le pilier avait brusquement lâché, et entrainé le portail dans sa chute. La grosse branche avait pivoté, une plus petite partiellement enfoncée dans la terre, s’était détendue comme un ressort entre ses jambes et l’avait projeté en arrière dans le reste de la ramure dans laquelle il était resté prisonnier. La surprise passée, voyant qu’il ne bougeait plus, Christophe s’était précipité pour le secourir, secondé par Romain, Vincent et Sylvain. Gordon, armé de la tronçonneuse, avait coupé les branches qui le retenaient prisonnier, que Katia et Rémy retiraient. Lorsqu’ils avaient réussi à le libérer, ils l’avaient transporté sur la terrasse où Natacha, Jérémy et Elsa avaient immédiatement entrepris de le soigner.

 

— Elsa, tu es médecin ? lui demanda Katia.

— Presque, répondit-elle rapidement entre deux indications pour Jérémy qui l’assistait de son mieux.

— Comment ça presque ? insista Katia. Tu peux soigner Hervé ou pas ?

— Elsa n’est pas médecin, mais elle en est tout à fait capable, assura Jérémy.

— Secouriste ? suggéra Ludivine.

— Infirmière ? tenta Lucie.

— Non, je suis vétérinaire, précisa Elsa.

— Bon, j’appelle les pompiers, déclara Jennifer en tournant les talons.

— Tu penses que c’est nécessaire ? demanda Jérémy à sa sœur.

— Pour l’instant, je ne sais pas encore.

— Je vais aller dire à Jennifer de se calmer et d’attendre tranquillement, déclara Sylvain, qui lui emboita le pas. Jennifer, attends ! Tu as fait suffisamment d’histoires comme ça !

 

Personne ne songea à suivre Sylvain, encore moins Jennifer qui ne s’était pas attirée que des sympathies la veille, malgré sa prestation finale. 

 

— Zut, l’écharde a percé son caleçon, soupira Elsa, je vais devoir lui découper aussi. Laissez-nous ! Sauf vous Julie, vous pouvez rester. J’espère que vous ne m’en voudrez pas d’entrer ainsi dans votre vie privée. Vous permettez que Jérémy reste ? Il m’a déjà assisté, il sait comment faire.

— Tout ce qui m’importe, c’est qu’Hervé soit soigné. Vous pensez que c’est grave ?

— Je ne crois pas qu’il y ait d’hémorragie en l’état. Mais la zone touchée est assez… comment dire, … délicate.

 

Elsa poursuivit son découpage, exposa rapidement à l’air le service trois pièces d’Hervé. Elle en examina chaque élément. Malgré la grande douceur de chacun de ses gestes, les couilles d’Hervé, déjà très douloureuses furent soumises à rude épreuve, il serra les dents durant le temps de cet examen.

 

— Elles te font mal ? demanda Elsa.

— Oui, surtout la droite.

— Elle porte les marques de la branche qui t’a frappé, il y aura un gros bleu au minimum. Par chance, l’écharde est passée juste à côté. Jérémy, pose ton pouce ici et appuie fortement pour faire un point de compression pendant que je lui retire ce morceau de bois.

— Comme ça ? demanda-t-il tâchant de suivre au mieux les indications de sa sœur.

— Oui très bien. 

— Et tiens-moi aussi tout ça délicatement, et ne bouge pas.

— Ça va Hervé ? Je ne te fais pas trop mal ? demanda Jérémy.

— Non. Une chance pour moi que ta sœur soit en vacances et que tu sois venu avec.

— Prêt Hervé ? J’y vais, cela pourrait être douloureux.

 

Julie, avait remplacé Natacha. Elle se tenait prête, avec les compresses et le désinfectant. Elsa retira plusieurs fragments de bois de dimensions diverses, allant de la taille d’une allumette à celle d’un doigt, tous plantés dans la cuisse d’Hervé, elle le fit ensuite pivoter sur le côté. De la fesse, elle retira encore plusieurs morceaux de bois.

 

— Et voilà ! se réjouit Elsa.

 

Elle se saisit des compresses, et s’appliqua au nettoyage des plaies ainsi qu’à la pose de pansements et d’un bandage sur la zone blessée. Quelques minutes plus tard, Julie rapporta un boxer et un short qu’Hervé s’empressa de passer. Elsa s’occupa des plaies superficielles de son visage, lui expliqua qu’il ne fallait pas les négliger, les désinfecta avant d’y apposer un pansement pour certaines. Hervé en profita pour observer de près son visage, ses yeux bruns très concentrés sur leur tâche, son petit nez tout rond, ses lèvres charnues, ses longs cheveux noirs passés derrière ses oreilles finement dessinées, il y avait finalement assez peu de ressemblance physique avec Jérémy, mais beaucoup plus dans leur attitude, leur façon de s’exprimer, et surtout dans leur sourire duquel se dégageait un charme impressionnant.

 

— Terminé ! dit-elle. Il faudra cependant surveiller la plaie à la cuisse, mais surtout montrer tes affaires personnelles à un médecin pour s’assurer qu’il n’y ait pas de torsion testiculaire qui pourrait avoir des conséquences irréversibles si ce n’est pas soigné rapidement.

— Merci infiniment, Elsa, lui dit Julie. C’est une chance que tu aies été là aujourd’hui pour soigner Hervé. Je t’en serai toujours redevable.

— Je vous remercie Elsa. Merci à toi aussi Jérémy. 

— Hervé, j’insiste, il serait préférable d’aller consulter rapidement aux urgences. Je ne peux pas évaluer s’il y a des dégâts internes…

 

Jérémy aida Hervé lorsqu’il se remit debout et resta à ses côtés tout le trajet les reconduisant sur le chantier. Hervé voulu retourner travailler à dégager le chemin, mais il n’était plus en état de le faire et dû se rendre à l’évidence : il valait mieux qu’il reste tranquille, d’autant que la quasi-totalité de ses invités s’activait pour terminer de dégager l’entrée. Il ne restait plus que la partie principale de la plus grosse branche, et bien sûr le portail lui-même. Vincent maniait la tronçonneuse avec prudence, mais avec une grande efficacité. Encore deux ou trois morceaux et il ne resterait plus que les lourdes portes métalliques dont la commande électrique avait déjà été désactivée. La partie encore debout fut repliée, l’autre, toujours attachée à son pilier de béton posa plus de difficultés, mais fut finalement repoussée suffisamment pour ne plus bloquer le chemin.

 

Gordon se proposa aussitôt pour conduire Hervé aux urgences de l’hôpital, afin de suivre les recommandations d’Elsa et aussi pour rassurer Julie sur son état. Elsa proposa de les accompagner, afin de fournir si nécessaire, les détails de ce qu’elle avait fait. Quelques minutes plus tard, bien installé à l’arrière de la voiture du blessé, conduite par Gordon, le groupe prit la direction de l’hôpital. Julie contre toute attente, resta à la maison.  Hervé avait pensé qu’elle voudrait l’accompagner, mais elle lui affirma qu’il n’était pas possible d’abandonner leurs invités après l’aide qu’ils avaient fournie pour aider à le sortir des branches et pour avoir dégagé le chemin. Bien qu’il en fût le premier surpris, il  comprit après réflexion, que c’était une bonne décision. 

 

Il l’embrassa en mesurant quel bonheur il avait eu de la rencontrer, d’en être tombé amoureux, et surtout que cet amour soit réciproque. La confiance qu’ils plaçaient l’un dans l’autre lui ôtait toute crainte de se savoir hors de chez lui alors que ses amis y étaient encore. Il savait qu’il pourrait compter sur elle pour assurer, le temps de cette visite de contrôle, et que même si elle était inquiète pour lui, elle avait pris une décision responsable. Cette femme n’était pas qu’une présence des plus agréables pour lui, elle le complétait parfaitement. Il la considérait déjà comme une perle, mais il se rendit compte qu’elle était devenue à ses yeux beaucoup plus que cela. 

 

Elle n’était pas que son ange, elle était un trésor inestimable, un cadeau de la vie, un événement qu’il n’attendait plus. Alors qu’il pensait, que son tour était passé, qu’il ne trouverait plus l’âme sœur, qu’il avait dû laisser passer celle que le destin lui avait réservée sans la voir, sans la reconnaître, elle était arrivée dans sa vie, probablement au moment où il s’y attendait le moins, et alors qu’il s’était résigné à terminer son existence seul, elle l’avait positivement bouleversée, allumant en lui tous les feux de l’amour qu’il n’avait fait qu’entr’apercevoir jusque là. 

 

Les réflexions silencieuses d’Hervé durant le trajet vers l’hôpital, permirent à Gordon de discuter avec Elsa. Elle expliqua que c’était ses premières vacances depuis qu’elle avait achevé sa formation. Elle avait travaillé dur pour obtenir son diplôme, cumulé stages et remplacements d’été pour financer ses études. Elle ne voulait pas être une charge pour sa famille, même si ses parents l’aidaient de leur mieux. A la fin de son cursus, par un coup de chance, alors qu’elle effectuait un remplacement pour un confrère qui avait pris des congés, son associé avait été gravement blessé par un cheval. Un coup de sabot lui avait fracturé le bassin. Il n’était plus qu’à quatre ans de la retraite et la durée de rééducation prévue les poussa à embaucher quelqu’un pour assurer son remplacement et, peut-être, plus tard, devenir leur associé. Elsa avait tout de suite proposé sa candidature qui avait été retenue. Elle occupait ce poste depuis presque un an et demi. Et ces vacances tombaient à pic, car elle avait grand besoin de repos.

 

— Vous veniez vous reposer, et moi je vous fais travailler, je suis désolé, lui dit Hervé.

— Ce n’est pas grave, et puis je n’allais pas te laisser ainsi.

— Heureusement que vous étiez là.

— La branche qui t’a projeté en l’air a laissé quelques bonnes échardes dans ta cuisse et ton postérieur. Très joli au passage, j’adore les fesses et les sexes sans poils.

— Bon sang, Hervé ! Tu es épilé ? Intégralement ? s’exclama Gordon.

— Heu… écoute Gordon, je t’expliquerai plus tard.

— Je vois… encore Julie. Cette fille à sur toi une influence considérable. Figurez-vous Elsa, qu’il n’y a pas un mois de cela, Hervé pouvait encore se dévêtir et ainsi se mettre « à poil » comme on dit. Mais il ne connaissait pas encore Julie.

— Gordon, s’il te plaît. Inutile d’ennuyer Elsa avec ça, cela ne l’intéresse sûrement pas.

— Mais elle vient d’avouer que tes fesses lui ont fait de l’effet. Je suis certain que ça l’intéresse, au contraire.

— Ce n’est pas ce que j’ai entendu Gordon, ne déforme pas ses propos.

— Elsa ? Auriez-vous l’obligeance de trancher le différent qui m’oppose à Hervé s’il vous plaît ?

— Et bien, sur le moment, non, j’étais concentrée sur les soins.

— Ah ! Tu vois Gordon !

— Mais ensuite, quand j’ai eu terminé ses pansements, j’avoue, que j’aurais bien été plus loin. Tes fesses sont superbes Hervé, fermes, musclées, lisses… J’aurais bien croqué dedans !

— Alors Hervé ? Qui a raison ? Tu me dois une pinte !

— Je ne comprends rien aux femmes, j’abandonne ! Je n’ai rien remarqué. Je vous présente mes excuses Elsa.

— Hervé, on peut peut-être se dire tu, maintenant que j’ai vu tes fesses… et bien plus.

— Comme tu voudras, en tous cas, je te remercie de m’avoir soigné.

— Ce fut presque un plaisir Hervé, habituellement, je ne manipule pas d’aussi belles choses, et les attributs masculins que je manipule sont surtout plus poilus. Et ce n’est que rarement pour les soigner, mais plutôt pour les désactiver de façon définitive. Si ni toi, ni Julie, n’y voyez d’inconvénients, je viendrai, contrôler les pansements et l’avancement de ta guérison régulièrement avec grand plaisir.

 

Hervé fut sidéré, entendre cette fille dont il avait fait la connaissance la veille parler ainsi, aussi ouvertement devant Gordon qu’elle ne connaissait pas depuis plus longtemps. Décidément, son passage dans la quarantaine lui avait collé un bon coup de vieux. Il pensa surtout à Julie, à tout ce qu’elle lui avait apporté en si peu de temps, et qu’indirectement, elle continuait de lui apporter, puisque sans elle, il n’aurait invité personne et que tout cela ne ce serait pas produit. Sans s’en rendre compte, il poussa un profond soupir.

 

— Et bien Hervé ? Tu pourrais au moins répondre. Tu sembles oublier mes leçons de politesse, lui reprocha Gordon.

— On verra ce que l’hôpital dira, si des soins attentifs que Julie ne pourra pas assurer sont requis, pourquoi pas. Elsa a été très douce avec mon… matériel.

— Oh je n’ai pas été seule à te le manipuler, Jérémy m’a bien aidée. Lui aussi à été très doux. Il a bien tenu toutes tes affaires sans te faire mal non ?

— C’est vrai qu’il a été très délicat, mais j’imagine qu’il a dû être, assez gêné de le faire. Pourquoi n’as-tu pas demandé à Julie de le faire ?

— Parce que je ne voulais pas qu’elle réveille ton gourdin, il était inutile de te faire saigner encore plus. Et ne te tracasse pas pour Jérémy, il a adoré tenir ta bite et ta bonne paire de couilles en main. Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué son érection dans son bermuda ? Tu lui as filé une trique d’enfer ! Il aura sûrement envie de venir avec moi quand je viendrai faire tes soins.

— Voyons Elsa… ce n’est pas gentil de te moquer de ton frère ainsi. 

— Je ne me moque pas de lui Hervé. Inutile de chercher à le protéger, je sais qu’il est gay et cela ne me dérange pas.

— Quoi ? s’écria Gordon.

 

La voiture fit une embardée,  Gordon, sous le coup de cette révélation avait relâché sa concentration.

 

— Gordon ! Reste sur la route ! Si je rentre avec une fracture supplémentaire par ta faute, tu auras affaire à Julie. 

— Excuse-moi Hervé. Elsa vous ne vous moquez pas de nous ?

— Vous ne le saviez pas ?

— Et bien maintenant si, répondit Gordon.

— Oh ! La boulette ! s’exclama Elsa, je pensais que vous, ses meilleurs amis, étiez dans la confidence.

— Rassurez-vous Elsa, vos propos ne seront pas divulgués. N’est ce pas Hervé ?

— Bien sûr.

 

Cette révélation involontaire, força Hervé à considérer Jérémy d’une façon différente. Jamais il ne s’était douté de l’attirance de son ami pour les garçons. Il avait toujours été très discret et de toute façon cela ne changerait rien entre eux. La conversation reprit pour le reste du trajet sans aucune autre allusion. Gordon, décrivit à son ami l’angoisse de Julie lors de son accident, probablement pour rester sur un sujet qui ne risquerait pas de provoquer de nouvelles révélations, le week-end ayant été suffisamment pourvu de ce côté. Ils arrivèrent finalement à l’hôpital, celui-là même où Hervé avait succombé aux charmes de Julie quelques semaines auparavant. Il eut l’impression étrange que c’était hier, et beaucoup plus longtemps que cela en même temps, comme le sentiment de vivre un voyage, à la fois dans le temps et dans un autre rôle…

 

Lorsqu’Hervé descendit de voiture, Elsa s’alarma devant le bandage de sa jambe tâché de sang. Il fut rapidement pris en charge par l’équipe médicale, Elsa leur expliqua ce qu’il s’était passé, ce qu’elle avait fait. L’interne de garde, une femme assez jeune,  félicita Elsa pour son travail, nettoya et sutura la plus grosse plaie, donna ses instructions au personnel pour le reste des soins et quitta la salle avec Elsa. Hervé fut assez rapidement transféré dans une autre pièce pour des contrôles testiculaires, l’interne ayant partagé les craintes d’Elsa car la droite avait visiblement beaucoup souffert. Contrairement à sa jeune collègue qui l’avait pris en charge, ce médecin-là devait faire un concours d’amabilité avec une porte de prison. Ce type qui devait avoir dans la cinquantaine ne prit aucune précaution particulière lorsqu’il manipula les roubignoles blessées et en raviva les douleurs. Il ne daigna même pas répondre à son patient lorsqu’il lui demanda si ses blessures étaient graves, et l’abandonna sans un mot. Quelques minutes plus tard un brancardier vint chercher Hervé pour le reconduire dans la première salle d’examen. Il lui expliqua qu’il devait attendre les résultats des analyses. Il s’endormit assez rapidement, sous l’effet conjugué des calmants administrés et de la fatigue de la nuit.

 

—
 

Hervé attendit patiemment les résultats promis qui tardaient. La jeune interne qui l’avait accueilli à son arrivée, passa cependant plusieurs fois prendre de ses nouvelles en venant contrôler son pouls, sa tension et d’autres paramètres dont il ignorait totalement la finalité. Elle se prénommait Katerina, enfin, si le badge de sa blouse ne mentait pas. Entre ces visites irrégulières, Hervé fit quelques siestes réparatrices. Il se sentait moins fatigué, et les douleurs s’estompaient progressivement. 

 

Le médecin qui l’avait examiné plus tôt sans même se donner la peine de lui adresser la parole, repassa avec toute une flopée d’internes, dont Katerina. Fidèle à lui-même, il ne lui adressa pas le moindre regard, et fit son cours à sa troupe. Il souleva brutalement le drap et la chemise qui se boutonnait dans le dos qui recouvrait le patient, sans prévenir ni même réclamer son accord. Décrivant ses blessures dans des termes dont Hervé ne compris que quelques-uns. Il réclama de chacun des internes, un examen complet de ses bourses. Seule, Katerina qui l’avait déjà soigné à son arrivée, s’abstint de venir le tripoter. 

 

Elle lui souriait, et devinait certainement la honte qu’il ressentait de se voir ainsi exposé et manipuler sous le contrôle de ce personnage antipathique qui tenait plus par son attitude du guide touristique que du médecin. Une fois que la bonne dizaine d’internes, hommes comme femmes, fut passée le palper à tour de rôle, ils quittèrent la chambre, suivant leur mentor, sans un regard ni même un mot à l’attention du patient. Si certains lui souhaitèrent le bonsoir, d’autres quittèrent la salle sans un mot. La jeune interne, prit tout de même le temps de rabattre la chemise et le drap sur Hervé, avant de se précipiter à la suite du troupeau de futurs praticiens pour ce qu’il supposa être la visite du prochain patient dans la tournée de contrôle.

 

Katerina revint plus tard, accompagnée d’un de ses collègues, lui donner enfin, les résultats de ses examens. Elle lui demanda si les multiples actions de ses confrères ne lui avaient pas fait trop mal. Oui, bien sûr, ceux qui n’avaient pas pris de précautions particulières, avaient ravivé les douleurs, sourdes, lancinantes dans ses parties. Il n’en avait rien laissé paraître, mais il n’avait pas du tout apprécié, ni les méthodes physiques, ni le dédain manifesté à son égard. Elle s’excusa pour son chef de service, un grand professeur, qui avait des manies pas toujours faciles à supporter. Hervé lui répondit qu’elle n’avait pas à présenter d’excuses pour lui, ce n’était pas à elle, qui avait toujours été délicate et attentionnée envers lui de le faire. Elle comprit son opinion, mais renouvela cependant les excuses, Hervé n’insista pas.

 

Katerina et son collègue lui expliquèrent alors la situation, les soins à faire, les points à surveiller, les précautions à prendre, les conséquences possibles. Lorsqu’elle parlait, son collègue ne la quittait pas des yeux, et elle-même lui adressait un regard pétillant en l’écoutant. Ils répondirent calmement et précisément à toutes les questions d’Hervé avec une grande disponibilité. Il les trouva beaucoup plus humains et chaleureux que leur professeur, ce qu’il ne manqua pas de leur signaler, il se surprit même à penser que Katerina, avec son joli minois souriant et sa voix teintée d’une pointe d’accent dont il n’arrivait pas à déterminer l’origine, mais qui ajouté à ses formes soulignées par sa silhouette élancée et légèrement sportive devait faire chavirer les cœurs et les corps de nombre de ses collègues, sans parler des patients qui devaient fantasmer sur elle. Il les remercia encore lorsqu’ils lui signifièrent qu’il pouvait regagner son foyer, mais qu’il devait préalablement passer au bureau d’accueil prendre un rendez-vous pour une visite de contrôle dans quelques jours. Puis ils le laissèrent seul pour se rhabiller, comme à regret, ayant épuisé les recommandations et explications à fournir.

 

Après avoir pris le rendez-vous demandé, et répondu aux formalités administratives, Hervé chercha Gordon et Elsa dans la salle d’attente. En constatant leur absence, il se rendit compte qu’il n’avait aucune notion de l’heure qu’il pouvait bien être. Sa montre ! Il ne l’avait pas récupérée, elle avait du rester dans la salle d’examens. Il retourna la chercher. La porte était légèrement entrebâillée, il frappa deux fois avant de demander s’il y avait quelqu’un. Comme il n’obtint aucune réponse, il entra et chercha du regard sa montre. Elle était toujours sur le bord de la table ou il l’avait déposée en hâte lors de son arrivée. Il s’en saisit rapidement en faisant demi-tour. Dans la précipitation, elle lui échappa, tomba au sol et glissa sous les rideaux du paravent. Alors qu’il soulevait le rideau pour la retrouver, il découvrit deux paires de chevilles enveloppées dans des pantalons de médecins qui couvraient plus le sol que leur corps. Une demi-seconde plus tard, son regard ayant remonté les jambes qui prolongeaient ces chevilles, il découvrit Katerina et son collègue, tous deux enlacés et rouges de confusion de s’être si bêtement fait surprendre.

 

— Je suis désolé, balbutia-t-il, j’étais juste venu récupérer ma montre que j’avais oubliée.

 

Katerina éclata en sanglots. Hervé resta interdit devant cette réaction qu’il comprit instantanément.

 

— S’il vous plaît monsieur, ne dites rien, je vous en conjure, supplia le jeune praticien qui se rhabilla précipitamment avant de refermer soigneusement la porte.

— Rassurez-vous, il n’est pas dans mes intentions de rapporter quoi que ce soit de vos activités, sauf, votre professionnalisme à tous les deux, pour les soins dont j’ai bénéficié.

— Vrai ? demanda Katerina, essuyant ces larmes.

— Je suis vraiment désolé de vous avoir interrompus. Je pensais que la salle était vide, je ne venais que pour ma montre, et je n’ai rien entendu de l’extérieur.

— On veille à être très discrets, si le boss venait à le savoir, nous aurions des ennuis.

— Vous ne pouviez pas attendre ce soir ?

— Ma famille ne veut pas de Victor, expliqua Katerina. 

— Et la mienne ne veut pas me laisser voir Katerina.

 

Durant ce dialogue Victor, avait enlacé Katerina après lui avoir amoureusement épongé ses larmes.

 

— Vous êtes vraiment chic, monsieur, me dit Katerina.

— Et vous, vous avez été très correcte avec moi. Pourrais-je vous aider d’une manière quelconque ?

— Vous l’avez déjà fait deux fois, monsieur.

— Ah ? Comment ça Katerina ? 

— La première, expliqua Victor, en étant une raison d’accompagner Katerina lorsqu’elle est venue vous communiquer les résultats de vos examens, nous avons pu ainsi profiter l’un de l’autre plus longtemps, et la seconde en ne nous dénonçant pas.

 

Hervé regardait les deux tourtereaux avec compassion, en eux, il voyait un mélange de Julie et lui, mais aussi de Jennifer et de Sylvain. Il avait une irrésistible envie de les aider à rester ensemble encore un peu, de leur permettre de poursuivre ce qu’il avait involontairement interrompu.

 

— Dites-moi, leur demanda-t-il avec un clin d’œil, je pense qu’avant de partir, un contrôle de mes pansements serait judicieux non ?

— Je vais m’en occuper tout de suite me dit Katerina, un large sourire aux lèvres. Enlevez votre short et installez-vous sur le lit.

— Je crois que vous devriez allez chercher des compresses derrière ce paravent Victor. Et vous Katerina, il y aurait-il au même endroit de quoi désinfecter mes blessures ?

— Vous voulez dire que… s’étouffa Katerina.

— Retournez où vous étiez avant mon arrivée, reprenez ce que vous y faisiez, et si quelqu’un vient, ne faites plus de bruit, je vous couvrirai. Je m’en veux de vous avoir dérangés.

 

Katerina appuya sur le bouton près de l’entrée qui commandait l’allumage de la lampe rouge à l’extérieur et entraina derrière le rideau Victor, qui protesta tellement faiblement qu’il était évident que ce n’était que pour la forme. Hervé les entendit s’embrasser, se chuchoter des mots qu’il ne chercha pas à comprendre. Il perçut le bruit des vêtements ôtés précipitamment, tomber au sol, bientôt les soupirs de satisfaction remplacèrent les mots, bien futiles dans ces moments-là. Il s’imaginait, vivre cette scène avec son ange, se visualisait dans cet espace exigu et ce temps compté, lui enlever fougueusement toutes les couches de tissu masquant son corps, ses formes voluptueuses pour recouvrir sa peau ainsi mise à nu de ses baisers passionnés, tandis qu’elle en ferait de même sur lui. Leur jeunesse, leur amour qu’il devinait très fort, compliqué, rejeté par leurs familles respectives, lui rappelait des souvenirs de jeunesse, à la fois bons et douloureux, mais aussi celui qu’il vivait avec Julie. Pourtant, il était si différent, personne ne les empêchait de se voir, de s’aimer, et à quelques années près, ces tourtereaux auraient eu l’âge des enfants qu’Hervé aurait pu avoir. Pourquoi son cerveau avait-il superposé leur amour et le sien ? Soudain il crut comprendre en entendant leurs grognements de plaisir étouffés, remplacer les soupirs de satisfactions des instants précédents. Il devait avoir le même niveau d’expérience sexuelle que ces deux-là, malgré son âge physique bien plus important. Encore une fois, il chérit sa rencontre avec Julie. Il n’aurait probablement pas réagi de la même façon, sans l’avoir connue…

 

La température derrière le rideau devait être forte. Les bruits de succion, de léchouillages qui parvenaient à ses oreilles malgré leurs précautions, laissaient penser à une frénésie de plaisir, trop longtemps refoulée. Leur besoin, leur envie de sexe était probablement à la hauteur de leur amour impossible. Ils n’avaient pas précisé les motifs que leurs familles respectives avaient pour rejeter ainsi l’être choisi, et il n’avait pas demandé, car cela ne le regardait pas, mais dans ces cas-là, la lutte est compliquée pour les amants, les raisons, qu’elles soient réelles ou imaginaires ne manquent jamais pour empêcher deux personnes de s’aimer : une haine ancestrale entre deux familles, une différence politique, religieuse, de niveau social, d’argent. Quel qu’en soit l’origine, Hervé la jugea futile face à la puissance que l’amour peut fournir.  Mentalement, Hervé leur souhaita de pouvoir vivre leur amour en plein jour, sans restriction aucune.

 

Les grognements avaient cédé la place aux murmures étouffés, contenus plus ou moins bien par ces amants inattendus, mais passionnés. Un soupir s’échappa, et il devina que Victor avait fait son entrée. Quelques instants de silence suivirent, ils devaient sûrement en profiter, il les supposa l’un contre l’autre, immobiles, savourant ce moment. Mais le temps leur était compté et grâce aux onomatopées qu’ils laissèrent échapper, il visualisa Victor coulissant en Katerina. Les bruits et clapotis générés étaient semblables à des notes de musique dispersées sur la partition de leurs plaisirs. Il entendit Katerina gazouiller son bonheur de concert avec les râles muselés de Victor. Leur plaisir, bien que bâillonné, était fort, intense, leurs respirations, bien que contenues, paraissaient de plus en plus courtes, indiquant que l’inexorable dénouement se rapprochait à grands pas. 

 

Les bruissements de leurs corps qui se frottaient l’un contre l’autre, semblaient résonner dans cette salle. Ils rebondissaient sur les murs, cherchaient à s’enfuir, pour crier au grand jour l’amour de ces deux internes, l’officialiser une bonne fois pour toutes au monde, et les laisser, enfin libres de s’aimer jusqu’à plus soif, sans être obligés de se cacher. Néanmoins, ce ne serait pas pour tout de suite, la salle d’examens, suffisamment insonorisée ne laissa rien échapper de cet amour clandestin. Un murmure à peine plus fort que les autres, mais bien plus long, marqua d’une double ronde sur leur partition, le délice d’un aboutissement qui semblait avoir été contenu depuis bien trop longtemps pour pouvoir se prolonger. Avait-il été exacerbé par l’endroit, sa présence, ou simplement une envie trop forte pour y résister ? Quelques bisous, quelques mots d’amour, quelques froissements de vêtements plus tard, Victor contourna le rideau, et réajusta sa tenue face au miroir du lavabo avant de se laver les mains. Katerina, les joues encore rouges, en fit de même quelques secondes plus tard.

 

— Merci monsieur, dit Katerina.

— Nous vous sommes redevables, ajouta Victor.

— Ce n’est rien du tout, c’est plutôt moi qui devrais vous remercier pour vos soins, leur répondit-il.

— J’ai été un peu rapide mon amour, dit Victor, mais ton service est terminé, tes parents doivent t’attendre, j’espère qu’ils ne te feront pas d’histoires.

— Et toi ? lui répondit-elle.

— Moi ? J’ai du traiter une urgence, c’est mon métier.

— Alors je dirai la même chose.

— Nous n’en dirons pas plus, car nous sommes tenus au secret médical…

— C’était court mais intense… je t’aime, murmura Katerina à l’oreille de Victor.

— Trop bon, pas pu me retenir plus longtemps, s’excusa Victor.

 

Katerina quitta la salle, remercia encore une fois Hervé et gratifia son amant d’une caresse sur la joue et d’un regard intense qui en dit bien plus qu’un long discours. Victor la regarda partir sans parler. Il mit quelques instants pour revenir à la réalité, redonna à nouveau les conseils qu’il avait déjà fournis plus tôt. Hervé se douta qu’il cherchait à temporiser sa sortie pour éviter qu’un quelconque rapprochement ne puisse être fait entre Katerina et lui. Mais sa voix n’était plus la même, elle était attristée.

 

— On peut y aller maintenant, dit-il, je vous accompagne jusqu’à l’accueil où vos amis doivent vous attendre. Merci d’avoir patienté encore un peu.

 

La salle d’attente était vide, Hervé retrouva Gordon et Elsa qui avaient patiemment attendu dehors sur un banc durant tout ce temps.



Note de l’auteur :


Je tiens à remercier les lecteurs qui suivent cette histoire, oui, vous, qui avez lu jusqu’ici, ceux qui votent pour, ceux qui m’ont laissé un ou plusieurs commentaires. Vous m’avez donné envie de poursuivre l’écriture des suites.


Je voulais aussi exprimer ma gratitude envers les participants au forum, qui ont distillé ici et là des conseils et tutoriels sur l’écriture, cela m’a permis de progresser en orthographe, conjugaison, rédaction et fluidité de lecture, et particulièrement Duchesse, qui a relu et corrigé ce chapitre. Elle à ainsi contribuée à l’améliorer par ses conseils, son œil averti pointant les fautes, les répétitions de mots que je ne voyais plus à force de relectures et de corrections.



Pour les lecteurs joueurs, il y a quatre répliques tirées de films, disséminées dans ce chapitre. Saurez-vous les identifier ?


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A tous, MERCI



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