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Une chute de vélo

Chapitre 26

Enquête et interrogatoires

Hétéro

Lorsque la voiture conduisant Hervé à l’hôpital, fut hors de vue, Julie proposa de garder pour le repas de midi tous ceux qui voudraient rester. Sans grande surprise, Jennifer répondit qu’elle et son homme souhaitaient partir au plus vite. Sylvain lui remit alors les clés de sa voiture, et précisa que lui, rentrerait quand cela lui chanterait, que le temps où elle décidait pour lui était terminé. Elle lui fit une scène terrible, tantôt le menaça, tantôt l’implora, de rentrer avec elle, mais Sylvain resta inflexible. Jennifer, en pleurs, ne recevant aucun soutien, quitta finalement la maison, et tout le monde analysa ses larmes comme une dernière manœuvre pour tenter d’amadouer son conjoint.


La terrasse étant exposée au soleil, Natacha suggéra d’utiliser la grande table qu’Hervé lui avait fait découvrir dans la nuit, mais oublia totalement que certains invités ne savaient pas qu’elle avait été utilisée durant la nuit précédente. La présence des couvertures sur cette table que personne n’avait utilisée la veille, obligea Natacha à fournir quelques explications. Si les amis de Julie, devinèrent très vite la raison de leur présence grâce à quelques échanges de sourires entendus, ce fut plus délicat pour ceux d’Hervé. La justification d’un excès de chaleur dans la maison, avancée par Natacha, ne tint pas longtemps face à la perspicacité de Jérémy qui endossa le rôle d’un enquêteur sitôt le premier indice découvert.


— Mais, dites-moi, dites-moi, on dirait bien que quelqu’un à éternué sur celle-ci ! Que personne ne modifie la scène du crime !

— Mais vous avez raison inspecteur, confirma Pascal, et je pense que c’est un homme !

— Etes-vous bien sûr que cette trace ait été provoquée par un éternuement ? demanda Sylvain, je n’ai jamais vu un nez produire une telle trace. Ou alors, il devait être bien bouché !

— Qui donc est venu passer ici une partie de la nuit, prendre un chaud et froid ? interrogea Jérémy.

— Une chouette effraie, probablement, suggéra Rémy, regardez cette autre trace ici.

— Vous êtes dans le vrai, reprit Jérémy il y a eu là une durite qui, probablement à la suite d’un grand trouble, à vraisemblablement subit une rupture explosive. Natacha, vous ne voulez pas changer votre déposition ?

— Quoi ? répondit-elle.

— Vous ne voulez pas changer votre version à la con Natacha ?

— Eh bien, on a peut-être pas que dormi…

— Ah ! Voilà qui est mieux. J’aime ne pas être pris pour une truffe trop longtemps. Surtout que nous avons pu entendre ce qui s’est passé cette nuit avant qu’Hervé ne vous installe ici.


Natacha et Julie présentèrent leurs excuses à ceux qui n’avaient pas participé pensant clôturer ainsi l’incident, mais Jérémy, tout investi de son rôle d’inspecteur ne l’entendit pas de cette oreille. Il voulut savoir ce qu’il s’était passé, demanda si Jennifer n’avait pas eu raison hier de vouloir protéger Sylvain d’une meute de sangsues avides de sexe. Natacha lui avoua qu’elle et ses amies avaient voulu satisfaire leurs conjoints bien émoustillés par le spectacle de Tatiana, qu’elles étaient libres de faire ce qu’elles voulaient de leurs corps, mais qu’à aucun moment, elles n’avaient songé, ni à choquer, ni à déranger, ni à inclure dans leurs pratiques des personnes qui n’auraient pas partagé leur point de vue.


— Comme c’est dommage… soupira Sylvain.

— Que voulez-vous dire ? demanda Natacha.

— Rien, excusez-moi, j’ai pensé à voix haute.

— Sylvain aurait peut-être apprécié de connaitre l’amour avec une autre femme que la sienne cette nuit ? suggéra Julien, peut-être même plusieurs !

— Non, je n’aurais pas accepté, et Jennifer non plus, croyez-moi.

— Elle n’en aurait rien su. Elle avait pris deux somnifères devant nous.

— Je suis marié, Christophe, et somnifère ou pas, ce serait la tromper.

— Excusez-moi de vous poser cette question directe Sylvain, demanda Natacha, mais vous me semblez toujours épris de Jennifer, malgré ce que vous avez appris hier soir ?

— Oui, je ne peux pas expliquer pourquoi, mais oui.

— Elle nous a dit, avoir toujours besoin de prendre un somnifère après une représentation, car sinon, elle ne peut pas dormir, précisa Christophe.

— Elle en prend presque tous les soirs, et je vous rappelle qu’elle ne me disait pas ce qu’elle faisait quand elle s’absentait.


Natacha avait une tonne de questions à poser à Sylvain, cependant elle hésitait. La veille, il avait expliqué que sa femme lui interdisait de parler de sexe avec d’autres personnes, et bien qu’il ait affirmé le regretter, il avait surtout précisé avoir respecté sa demande.


— Si cette discussion vous gêne, dites-le-moi, nous n’insisterons pas Sylvain.

— Pour l’instant, ça va.

— Je suis navrée de la façon dont vous avez appris les activités de Jennifer, mais je peux vous assurer de ne plus lui permettre de se produire chez moi si vous vous y opposez.

— Merci Natacha, mais ce ne sera pas nécessaire, si elle aime ça, je préfère la laisser faire.

— Vous êtes trop gentil, lui dit Valérie, l’amour ne peut pas tout excuser. Si c’était vous qui l’empêchiez de sortir, ou de parler avec un homme, vous seriez immédiatement jeté en pâture aux défenseurs des femmes, et je vous promets que nous ne vous ferions pas de cadeaux.

— Vous pouvez penser que je suis un faible, ou que j’aime être dirigé, je m’en moque.

— Au point de n’avoir que peu de relations sexuelles comme vous l’avez dit hier ?

— Hier, j’étais en colère, soupira Sylvain, j’ai dit des choses que je n’aurais pas dû… Cependant, tout ce que j’ai dit est vrai. Je me suis habitué Natacha, maintenant c’est plus facile qu’au début de ma relation avec elle.

— Serait-il indiscret de vous demander à quand remonte votre dernier rapport ?

— Au point où nous en sommes, non. C’était au début d’année, juste après le réveillon.


Cette révélation jeta un froid dans la discussion. Personne n’aurait imaginé une si longue attente pour Sylvain. Julie, gênée, roula les couvertures et les emporta, comme si faire disparaitre les traces ayant conduit à cette discussion allait détendre l’ambiance et la réchauffer. Katia se proposa pour vidanger les couilles de Sylvain, qui, selon elle, devaient être à la limite de l’explosion, ce qu’il refusa poliment.


— Mais tu vas chopper une maladie à te retenir comme ça ! s’exclama Katia, tu te branles au moins ?

— Non, Katia… C’est …

— Ne me dis pas que tu la trompes aussi en te paluchant ! l’interrompit-elle.

— Non, c’est juste que…

— Quoi tu es impuissant ? Tu as peur de chopper la ch’touille ?


Katia perdait patience devant les réponses hésitantes de Sylvain. C’est à peine si elle lui laissait le temps de répondre, et ne lui laissait même pas terminer ses phrases.


— Non Katia, rien de tout cela... Je l’aime… c’est tout…

— Mais comment sais-tu que tu l’aimes à ce point avec tout ce qu’elle t’impose ?

— A quoi reconnaît-on que l’on est amoureux ? C’est très simple : on est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt, pour celui du couple ou même de l’autre, je l’ai peut-être été trop. Rassurez-vous Katia, ce n’est pas encore votre cas, mais j’espère pour vous que cela vous arrivera un jour.

— Mais ce n’est pas possible, tu es malade, se lamenta-t-elle.

— Tout le monde parle d’infarctus, de cirrhose, de cancer, moi je dis que la pire maladie des hommes, c’est de donner tout leur amour à la même bonne femme, déclara Rémy.

— Tu as bien raison, confirma Pascal, mais Sylvain est assez grand pour savoir ce qu’il veut.

— Il est soumis à Jennifer, oui ! déclara Katia, je le dé-soumettrais bien moi.

— Pour qu’il soit alors soumis à tes quatre volontés à toi ?


Katia ne répondit pas à la pique acerbe de Romain, mais son regard trahissait ses pensées. Si d’un côté, elle n’appréciait ni le ton ni les propos, de l’autre, elle débordait d’envie de secourir le pauvre Sylvain, privé de plaisir depuis longtemps par sa femme acariâtre.


— Moi je ne pourrais pas attendre plus de deux ou trois jours, affirma Julien.

— Je ne sais pas comment tu fais pour tenir aussi longtemps, confirma Christophe, avant de connaitre Lucie, j’ai été plâtré du bras droit et du poignet gauche pendant quatre semaines après un plaquage un peu rude au rugby, j’avais les couilles douloureuses de ne pas pouvoir les vider, pourtant elles n’avaient pas souffert directement.

— Personne dans ton entourage pour t’aider ? demanda Romain.

— Non, j’avais dix-neuf ans, célibataire, et j’habitais encore chez mes parents.

— Ah oui, dans ces conditions c’est compliqué de faire des rencontres agréables.

— Le plus dur, c’était quand la kiné du club venait pour s’occuper de mon épaule qui avait aussi souffert…

— Jolie la kiné ? demanda Bruno.

— Très !

— Bandante ? s’enquit Pascal.

— A fond ! D’ailleurs elle m’a fait jouir dans mon caleçon rien qu’en me massant et me faisant faire des mouvements d’épaule.

— Non ! Et elle s’en est aperçue ?

— Oh oui ! Et pas qu’un peu ! La séance a été interrompue, elle m’a conduit à la douche. Je ne savais plus où me mettre, mais elle, ça ne la gênait pas du tout.

— Pourtant, fit remarquer Jérémy, après le rugby, tu te douchais bien devant tes camarades ?

— Oui, mais entre mecs c’était différent.

— Ah ? Comment ça différent ? Veux-tu préciser ?

— Juste différent Jérémy, entre mecs il ne se passe rien, alors qu’avec elle…

— Donc il s’est passé quelque chose avec elle ? insista Jérémy.

— Allez ! Raconte-nous ! implora Valérie.

— Oh oui, c’est une belle histoire, supplia Lucie, tu racontes si bien mon chéri.

— Seulement si cela ne dérange personne.


Christophe après s’être assuré que personne n’avait d’objections, attendit que chacun prenne place sur les bancs ou dans l’herbe. Il expliqua rapidement les circonstances dans lesquelles il avait subi un double plaquage ayant occasionné ses blessures. Les pompiers l’avaient transporté à l’hôpital et il en était sorti quelques jours plus tard, le bras droit plâtré jusqu’à l’épaule et le poignet gauche jusqu’au coude.


— Mes parents travaillaient tous les deux, ma mère pouvait revenir le midi pour me préparer le repas et m’aider les premiers jours. Mais j’ai assez vite trouvé le moyen de manger seul de la main gauche si je pouvais tout faire à la fourchette. Mais faire réchauffer était impossible seul. Les copains du club passaient parfois le soir et les entraineurs prenaient de mes nouvelles au téléphone. Corinne, la sœur de Samuel, un des joueurs, était kiné, elle le remettait en état chez lui quand c’était nécessaire, puis elle est venue le faire au club qui lui payait quelques heures par semaine pour s’occuper de nous après les matchs ou les entrainements. Bien sûr, de nombreux mecs lui tournaient autour, mais je ne crois pas qu’il se soit passé quoi que ce soit avec elle, ou alors très discrètement.

— Et toi, tu lui tournais autour aussi ? demanda Lucie.


Christophe sourit à la remarque de sa femme, pourtant il lui avait déjà parlé de cette aventure, et elle connaissait la réponse à cette question posée avec malice.


— Non ma chérie, je n’étais quasiment pas sorti avec des filles et elle avait une bonne dizaine d’années de plus que moi, je ne me sentais pas de taille à rivaliser avec les autres joueurs qui étaient tous plus âgés que moi.

— Mais elle t’attirait ? questionna Jérémy.

— Nous étions nombreux à fantasmer sur elle, et je ne faisais pas exception. Rien que d’entendre sa voix… Bref, le président lui a demandé si elle voulait bien me faire de la rééducation chez moi pour me permettre de reprendre plus vite, car il espérait que je puisse participer à un match important. J’étais le plus jeune de l’équipe, et surtout le plus rapide... Elle a accepté, c’est ainsi qu’elle est venue chez moi plusieurs soirs par semaine. Corine avait apporté un banc de muscu qu’elle avait laissé dans ma chambre pour m’y faire travailler. A chaque fois, sentir ses mains sur moi, me donnait une trique formidable. Heureusement je pouvais la masquer avec mon plâtre.

— Tu devais attendre sa visite avec impatience non ? interrogea Julien.


Julie sourit devant l’attitude de Julien, complètement pris par le récit. Il démarrait au quart de tour dès qu’il était question d’une fille au physique avenant.


— On ne peut rien te cacher ! Mais j’ai rapidement ressenti un effet indésirable à ces visites : mes burnes se remplissaient plus vite quand elle passait et je n’avais aucun moyen de les vider moi-même. Après seulement une dizaine de jours, elles étaient très sensibles en permanence. La troisième semaine, tout en discutant de tout et de rien, elle était dans mon dos pour travailler la souplesse de mon épaule. J’écoutais sa voix, je pouvais parfois sentir ses seins contre moi, son bras passait sous le mien pour maintenir ma nuque, je l’imaginais me caresser. J’avais une gaule terrible, lorsqu’elle a levé le second bras, je ne pouvais plus rien cacher, le pantalon de mon survêtement montrait plus mon état qu’il ne le cachait et elle s’est mise à me parler de mes muscles.


— C’est vrai que tu es très bien musclé mon chéri, lui confirma Lucie, c’est ça qui m’a plu en premier chez toi.

— En en deuxième ? La poutre qu’il cache sous son pantalon ? demanda Katia.


Natacha la foudroya du regard, elle ne savait décidément pas se tenir face aux invités qui n’avaient pas les mêmes pratiques qu’elle. Et cette remarque, loin d’être innocente, aurait pu casser la bonne ambiance qui revenait. Christophe ne se laissa pas perturber, ignora la remarque et poursuivit son histoire.

— Elle vantait leurs mérites, me disait que j’étais bien constitué et que je pouvais améliorer encore ma musculature. Elle me donnait des conseils, des exercices, pour les augmenter, me les désignant d’un simple contact qui en était presque une caresse en même temps qu’elle les décrivait. Quand elle a descendu sa main sur mes abdos, elle me disait que je devais surtout développer mes carrés de chocolat, car les femmes les adoraient. A ce moment-là, je ne pouvais plus penser normalement, j’avais du mal à lui répondre. Elle a posé son menton sur mon épaule, collé sa joue si douce, contre la mienne, si rugueuse de ma barbe que je ne pouvais plus raser. Ses seins ne me frôlaient plus, elle les appuyait carrément dans mon dos. C’est à peine si j’osais respirer, je voulais que ce moment dure. J’étais comme paralysé, je n’osais rien faire, tout en ayant une irrésistible envie d’aller plus loin avec elle…


Christophe marqua une pause dans son récit, il semblait revivre encore ce moment.


— Et qu’as-tu fais ? demanda Sylvain, très intéressé par l’histoire.

— Rien, la crainte que ce moment disparaisse était un frein terrible à mon envie de le faire durer, de la prendre contre moi, j’étais bloqué par cette angoisse bien plus que par la peur de me prendre une baffe. Elle était assise derrière moi sur le banc, et a plaqué ses cuisses contre les miennes, et elle m’a caressé les abdos, descendant bas, très bas, jusqu’à l’élastique de mon pantalon de survêtement. A ce moment-là, j’ai senti ma banane se redresser encore, mes mandarines se crisper. Je n’ai pu me retenir et toute ma sève s’est répandue dans mon caleçon…

— Et après ? Que s’est-il passé ? demanda Julien, encore plus intéressé que Sylvain.

— J’étais très embarrassé. Je me suis bêtement excusé. Corine a bien rigolé et m’a dit que j’étais bon pour une douche, mais comme je ne devais pas mouiller les plâtres, elle s’est proposée pour m’aider. Je n’en croyais pas mes oreilles, mais elle m’a suivi, et m’a aidé pour me dévêtir et ensuite…


Christophe s’arrêta encore dans son récit. Il observa son auditoire autour de lui, et semblait troublé. Avec cette histoire, il se livrait à ses auditeurs, il prenait le risque de passer pour un éjaculateur précoce. Mais il était trop tard pour les remords…


— Et bien quoi ? Pourquoi tu t’arrêtes ? lui reprocha Julien.

— Oh continue s’il te plaît ! implora Ludivine, c’est une très belle histoire.


Christophe prit une longue inspiration, rassembla ses souvenirs qui semblaient pourtant très bien rangés et continua son récit.


— Ensuite, elle m’a douché, savonné si bien, que je n’ai presque pas débandé, alors, pendant qu’elle m’essuyait, j’ai passé un bras dans son dos, je l’ai attirée doucement contre moi. Comme elle n’a pas résisté ni protesté, je l’ai embrassée. Elle s’est plaquée contre moi, il n’y avait que la serviette entre nous quand elle m’a serré contre elle en m’embrassant. Ensuite, Corine m’a essuyé les jambes, la voir comme ça, accroupie devant moi, j’en avais le paf tout fier. Et cette sensation quand elle a posé sa bouche dessus… Je croyais rêver, j’avais tellement fantasmé sur elle avant. Pourtant elle était bien là, elle me léchait la béquille d’une telle façon que j’ai pu mesurer ce que l’expérience apportait. Mes copines avant elle, étaient comme moi, toutes débutantes. Avec ses dix années de plus que moi, elle savait y faire. Elle n’a pas eu besoin de plus de trois minutes pour que je lui remplisse la bouche. Aucune autre fille avant ne me l’avait fait, j’ai cru que mes jambes allaient me lâcher…

— Et bien mon cochon, tu ne nous l’avais pas encore racontée celle-là ! lui reprocha Romain, cette kiné avait une façon particulière de soigner ses patients !

— Et ensuite ? demanda Jérémy, que s’est-il passé ?

— Ensuite, il m’a fallu dix bonnes minutes pour m’en remettre et m’habiller, heureusement, Corine m’a aidé. Elle m’a raccompagné dans ma chambre, et m’a dit de me reposer avant de me donner rendez-vous pour le lendemain. Elle est revenue, m’a fait travailler, l’épaule… et le reste.

— Le reste ? voulut savoir Ludivine.


Christophe racontait si bien, qu’il avait embarqué tout le monde dans la description de ce qu’il avait vécu. Chacun était suspendu à ses paroles et attendait la suite avec une certaine impatience.


— Evidement, je bandais dès son arrivée, et à la fin des exercices, on s’est à nouveau embrassés et cette fois j’ai pris les choses en main même si je ne pouvais pas m’en servir. Elle s’est déshabillée, et j’ai pu profiter de sa poitrine. Et puis elle a sorti un préservatif qu’elle a déroulé autour de mon saucisson, qui n’attendait que ça, avant de s’allonger sur mon lit. C’est elle qui a guidé mon sexe directement dans le sien. J’y suis entré doucement, mais facilement. J’aurais aimé entendre son plaisir, mais c’était risqué, car le soir, mes parents étaient à l’étage en dessous, et encore une fois, j’ai rapidement déchargé.

— Tu étais trop pressé ou c’était une experte ? demanda Julien.

— Le fantasme de l’infirmière, peut-être. Son savoir-faire, l’envie de sexe et mon abstinence forcée sûrement. Probablement aussi l’excitation provoquée durant les exercices précédents. Le mélange de tous ces ingrédients, toutefois, je ne saurais donner les proportions.

— Ta première fois avec une fille non ? analysa Katia. C’est fréquent la première fois, ajouta-elle d’un ton suffisant.


Des nombreux regards qui se tournèrent vers elle, aucun ne fut bienveillant. Elle se sentit rejetée, méprisée alors qu’elle ne souhaitait que partager son avis. Katia avait des qualités, elle les connaissait, des défauts aussi probablement, elle n’en dénombrait pas tant que ça, et si elle ne comprenait pas ces regards chargés de reproches, elle ne pipa mot, désireuse au moins autant que les autres de connaître la suite, emmagasinant les informations qu’elle espérait appliquer sur Gordon.


— Elle est revenue souvent ? demanda Jérémy.

— Oui, répondit Christophe, même lorsque je n’avais plus mes plâtres, pour ma rééducation je travaillais la souplesse de mes mains sur ses seins, et je pouvais enfin la prendre dans mes bras, la caresser. Corine venait me voir en journée, nous étions seuls dans la maison, et nous n’étions plus obligés de contenir notre plaisir.

— Elle a enfin pu crier ! s’exclama Julien.

— C’est moi qui étais le plus démonstratif, avoua Christophe. Et puis il y a eu la reprise des entrainements.

— Vous avez continué de vous voir en public ou en cachette ? interrogea Jérémy.

— Nous n’en avions pas parlé ensemble, alors je n’ai rien dit aux autres, mais à la fin de l’entrainement, il y avait deux joueurs qui insistaient pour l’inviter à sortir prendre un verre. Elle leur a répondu que son mec n’apprécierait pas forcément, et m’a embrassé devant tout le monde. Ils n’en revenaient pas, mais à partir de ce jour, ils ne l’ont plus draguée et ne m’ont plus considéré comme un gamin débutant, mais comme un des leurs.

— Et tu es resté longtemps avec elle ?

— Eh bien non Jérémy, à l’époque, je trouvais répugnant de faire un cunni, et j’ai toujours refusé d’en faire à Corine, elle m’a posé un ultimatum, alors j’ai essayé, mais comme ce n’était pas suffisant pour elle, et que malgré nos ébats fréquents je déchargeais toujours très vite, notre relation n’a pas duré.

— C’est bête ! déclara Pascal.

— Oui et non, j’ai rencontré Lucie et j’en suis ravi.

— Et hier, tu as fait des progrès dans le cunni mon chéri.

— Tu n’aimes toujours pas ? demanda Sylvain.

— Cela ne me rebute plus comme avant, mais ce n’est pas ce que je préfère.

— Pourtant c’est un excellent moyen de donner du plaisir à sa partenaire.

— Sûrement Sylvain, mais il faut avant tout aimer cette pratique, pondéra Natacha. Certaines filles détestent faire une turlutte, et je ne connais pas un seul mec qui n’aime pas se faire sucer.

— Vous avez raison Natacha, soupira Sylvain, j’adore le cunni et Jennifer ne le supporte pas plus que la fellation.

— Attendez ! Vous êtes en train de nous dire que Jennifer n’aime pas que vous lui fassiez un cunni ? s’étonna Valérie.

— Et oui… Etrange n’est-ce pas ? Je ne dois pas savoir y faire, probablement.

— Et quels sont ses arguments ?

— Vous allez vous moquer de moi, ou d’elle, voire des deux.

— Peu probable, affirma Natacha en lançant un regard appuyé en direction de Katia, mais c’est à vous de décider, je ne veux pas vous forcer à en dire plus que vous ne le voulez.


Sylvain lâcha un profond soupir, et prit quelques secondes pour répondre. Il s’était déjà beaucoup livré, lui qui ne le faisait jamais, et si cela le gênait un peu d’étaler sa vie ainsi, d’une certaine façon, cela le soulageait aussi. Et puis à part Katia qui avait des avis assez tranchés, tout le monde avait été aimable et compréhensif avec lui et il ne se sentait pas jugé, ni même moqué, au contraire, cette bienveillance envers lui le décida.


— Un peu plus, un peu moins, qu’est-ce que ça change ? pensa-t-il tout haut.


Personne ne le pressa de parler, Sylvain prit son temps, se racla la gorge pour s’éclaircir la voix avant de se lancer.


— Voyez-vous, pour Jennifer, le sexe est tabou. Pas forcément par dégoût ou par conviction, je dirais par conditionnement. Elle est née et a été élevée dans une famille stricte, puis dans une institution. Il lui a toujours été rabâché qu’une relation sexuelle a pour unique but de faire un enfant. Lorsque l’on s’est rencontré, elle m’a rapidement mis au parfum. Bien qu’elle en eu envie, et moi aussi, pas de sexe avant le mariage, c’est la règle dans sa famille. Mais c’était trop tard, Cupidon était passé et nous avait déjà réunis. Par amour pour elle, j’ai accepté ce point, puis un autre, et de fil en aiguille, encore d’autres, pour arriver à cette situation où, ni elle ni moi, ne sommes heureux, bien qu’étant amoureux l’un de l’autre. C’est effarant comme situation, hein ? S’aimer sans être heureux…

— Mais alors, pourquoi ne pas divorcer ? demanda doucement Valérie.

— J’ai vu des couples qui ne s’aimaient pas, ou plus, et qui n’étaient pas heureux, et qui pourtant restaient ensemble, alors pourquoi divorcer quand on s’aime encore ?

— Se séparer est parfois nécessaire. Et si cela n’était que pour mieux se retrouver ensuite ? suggéra Vincent.

— Possible, mais pas certain, tout à l’heure, je me disais qu’il était dommage que Jennifer soit aussi réticente pour pratiquer ou, ne serait-ce que parler de sexe, de plaisir. Vous tous, vous avez cette liberté de parole qui me manque, qui nous manque très certainement avec Jennifer.

— Mais nous, lui susurra Katia, non seulement on a aucun problème pour en parler, mais en plus on le pratique avec une grande liberté, si tu veux je pourrais m’occuper de toi et de tes réserves avec grand plaisir. Et puis tu pourrais me faire un cunni aussi, je suis sûre que tu dois savoir comment faire.

— Ah bon ? Comme ça ? Directement ?

— Oui Sylvain, confirma-t-elle, j’adore sucer, me faire lécher et remplir, enfin tout ce que Jennifer te refuse. Ça te tente ?

— Non !

— Non ? s’étouffa Katia, incrédule.

— Non.

— Mais … Pourquoi ?

— Je l’ai dit, j’aime Jennifer, et vous, vous êtes avec Gordon il me semble non ?

— Pas spécialement, mais je le trouve séduisant.

— Vous avez passé toute la soirée à le draguer et vous l’avez eu cette nuit si j’ai bien suivi, et maintenant vous vous jetez sur moi. Finalement, je préfère encore Jennifer à quelqu’un comme vous.

— Sylvain, je comprends que ton cœur soit à Jennifer, mais ta queue ? Si elle t’aimait, elle baiserait avec toi, tu la fatiguerais, et elle n’aurait pas besoin de somnifère pour s’endormir le soir.

— Ce scénario, me plaît, Katia, mais avec elle, pas avec vous.

— Après tout ce qu’elle t’a fait ? Tu ne cherches pas à te venger ?

— Cela m’avancerait à quoi ? Ajouter de la souffrance à la peine ? Vous trouvez que je n’en ai pas assez ?

— Tu n’es pas très rancunier dis-donc.

— La rancune, Katia, c’est un poison. Il détruit à petit feu celui, ou celle, qui le produit. Je ne veux pas que la rancune m’étouffe et m’empêche de vivre.

— Jennifer ne mesure pas la chance qu’elle a d’avoir un homme comme vous, soupira Valérie. Avez-vous essayé de parler avec elle, de lui dire la souffrance que vous éprouvez dans cette situation ?

— Plusieurs fois, mais à chaque fois, elle se braque, se ferme comme un coffre-fort dans une banque de haute sécurité. Il me faut des jours pour la déverrouiller et qu’elle accepte que nous dormions à nouveau dans le même lit…


Cette phrase anodine glaça l’assistance, et figea la conversation quelques instants.


— Pourtant, vous ne l’avez pas suivie ce matin, elle ne risque pas de vous le reprocher ?

— Possible Julie, j’espère que cela nous permettra de discuter autrement ce soir. Je ne veux plus rester à subir sans rien faire… Je dois essayer de faire quelque chose.

— Je souhaite que cela s’arrange pour vous et Jennifer.

— Merci Julie, on verra bien…

— Je pourrais la rendre jalouse en m’occupant de toi, proposa Katia.

— Comme je vous l’ai déjà précisé, c’est non, vous allez devoir attendre que Gordon revienne de l’hôpital pour soulager vos envies.

— Tu ne veux pas me tutoyer, réclama Katia, quelque peu excédée que Sylvain se refuse à elle, c’est limite énervant ce vouvoiement à la longue.

— Tout comme votre insistance Katia. Si je déployais la même ténacité envers vous, je serais déjà catalogué comme harceleur non ?

— Bien, trancha Katia vexée au plus haut point, je n’insiste plus, mais ne venez pas pleurer plus tard.


Katia se rendit bien compte qu’elle avait été trop loin, comme la nuit où elle avait troublé le repos de Julie et d’Hervé. Elle aurait dû s’arrêter avant, elle le savait, mais n’y parvenait pas. Son besoin de sexe était comme une drogue qui prenait parfois le contrôle d’elle-même, le manque la poussant à faire des choses de plus en plus osées, de plus en plus fortes. L’abstinence imposée par Hervé et Julie, lui avait pesé durant la semaine. Elle avait voulu respecter son engagement, elle avait difficilement tenu le soir dans son lit, surtout quand elle se remémorait leur plaisir qui vagabondait allégrement par les fenêtres ouvertes. Cependant, elle était fière de s’être conformée à cette contrainte. Avec l’accord d’Hervé, Gordon lui avait pourtant donné du plaisir la veille, d’abord sur la colline et ensuite sur la table au fond du jardin. Le manque de sexe de Sylvain l’avait touchée, elle n’avait pu contenir ses envies et avait eu ce comportement à la limite de la décence, mais son orgueil ne lui permettait pas de s’excuser comme elle aurait dû le faire, comme elle avait trouvé le courage de le faire chez Julie, la semaine précédente.


L’intervention de Katia mit fin à la conversation et la table fut débarrassée, nettoyée et les préparatifs rapidement expédiés. Une fois le repas terminé, tous firent une marche digestive jusqu’au sommet de la colline d’où ils avaient observé l’orage la veille. Au retour, une surprise les attendait, la voiture de Jennifer était garée dans la cour. Elle s’était installée dans un relax à l’ombre des arbres et semblait endormie. Mais ce qui étonna tout le groupe fut sa tenue. Plus de vêtements stricts comme hier, non, elle avait un t-shirt blanc à manches courtes avec un col assez évasé, découvrant une large partie de sa poitrine tout en masquant intégralement ses seins, et une jupe longue qui n’exposait guère plus que ses chevilles.


Le sommeil de Jennifer n’était qu’apparent car elle se redressa et s’assit face à la troupe qui arrivait en ordre dispersé. Sylvain se dirigea directement vers elle, les autres restèrent en retrait afin de les laisser seuls. Ils s’installèrent sur la terrasse, pour y prendre un rafraichissement. Après une longue discussion, Sylvain et Jennifer, se tenant par la main rejoignirent les autres. Même si elle semblait anxieuse, elle ne semblait pas en colère envers Sylvain. Celui-ci expliqua qu’il allait rentrer avec son épouse, mais qu’il tenait à ce que Jérémy ou Bruno lui donne des nouvelles d’Hervé dès que possible.


— Jennifer, tu ne veux pas prendre un verre avec nous ? demanda Natacha.

— Non, je veux juste rentrer avec Sylvain, répondit-elle.

— Comme tu veux, mais sache que j’ai proposé à Sylvain de t’interdire de représentations, et qu’il a refusé, préférant que tu puisses poursuivre cette activité quand même si tu en as envie.

— Vrai ? demanda Jennifer à Sylvain.

— Oui mamour, si tu aimes ça, je ne veux pas t’en priver. Tu n’auras plus à me mentir pour y participer.

— Tu ne vas pas me quitter ?

— Hier soir j’en avais une forte envie, mais je crois que je t’aime encore.

— Tu n’en es pas sûr ?

— Ce que j’ai appris sur toi hier m’a profondément blessé.

— Tu n’aurais jamais dû l’apprendre, ainsi tu n’aurais pas souffert.

— Je me doutais que tu me mentais, et j’en souffrais. Je préfère savoir.

— Jennifer, poursuivit Natacha, ce matin, nous avons parlé avec Sylvain. Je ne me l’explique pas, mais il t’aime toujours. Tu as de la chance d’avoir un mari aussi compréhensif et amoureux. Il aurait facilement pu obtenir un divorce à son avantage avec tout ce que nous avons appris, alors ne tire pas trop sur la corde.

— Quoi ? demanda Jennifer en pâlissant. Que vous a-t-il dit ?

— Suffisamment pour satisfaire n’importe quel avocat, affirma Pascal, même face à une juge féministe qui pourrait partager vos idées sur les relations entre conjoints.

— Pourquoi as-tu étalé ainsi notre vie privée ? demanda Jennifer à Sylvain. Enfin, soupira-t-elle sans lui laisser le temps de répondre, cela devait arriver un jour. S’il te plaît, rentrons à la maison.


Sylvain, prit son temps pour répondre, il devait décider de l’avenir de sa relation avec Jennifer. Il était absorbé dans une réflexion interne, où lutaient silencieusement son envie de changement et celle de reprendre ses habitudes rassurantes. Chacun lui laissa le temps nécessaire pour mener à bien sa délibération intérieure sans le brusquer, même, et surtout Jennifer. Ce fut probablement ce point qui fit pencher la balance.


— Bien, dit-il, je vais rentrer avec toi.

— Merci mon chéri, répondit Jennifer, avec un large sourire.

— Mais pourquoi ? s’étonna Katia, tu aimes la prison ?

— C’est sa décision, tonna Julie, nous n’avons pas à interférer.

— Julie, vous êtes une chouette fille. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance.

— Sylvain, je vous donnerai des nouvelles d’Hervé dès qu’il sera rentré. Bonne soirée à vous deux.

— Ce ne sera probablement pas nécessaire, répondit Sylvain, je rentrerai avec Jennifer, mais plus tard.

— Mais chéri, je ne comprends pas. Tu viens de me dire que tu rentrais…

— J’ai dit que j’allais rentrer avec toi, pas que je le ferai tout de suite.

— Mais… Pourquoi ? s’étonna à son tour Jennifer.

— Parce que certaines choses ne changeront jamais, et d’autres changent… Je t’ai suffisamment attendue, c’est à ton tour de m’attendre sans faire d’histoires.


Jennifer exprima sa contrariété par une moue dédaigneuse et un long soupir. Mais ne dit rien de plus et accepta la chaise que Sylvain lui avança juste à côté de la sienne. Elle demanda juste un café, refusant de boire autre chose. Julie le lui apporta, les verres furent remplis. La discussion fut relancée difficilement, chaque propos y était biaisé, par la seule présence de Jennifer. La tension était palpable, et chacun redoutait une reprise de la dispute de la veille. Jérémy, excédé par la situation, se décida à reprendre son rôle d’inspecteur.


— Dites-moi Jennifer, à quoi devons-nous votre retour ?

— Je n’allais pas laisser Sylvain ici tout seul, répondit-elle après une légère hésitation.

— Oh, n’allez pas croire que nous l’avions abandonné et encore moins qu’il ait participé à des orgies lubriques à tour de bras.

— Que sous-entendez-vous ? demanda-t-elle d’un ton soupçonneux.

— Simplement que vous devriez lui faire plus confiance, arrêter de vous l’imaginer sauter sur toutes les filles qui passent dans son champ de vision.

— Je n’ai jamais dit ça ! se défendit-elle.

— Vraiment ? Vous voulez mon opinion ?

— Vous savez les avis, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un !

— Vous me donnez l’impression d’une gamine qui a été trop gâtée et qui une fois adulte continue d’imposer ses caprices à tout son entourage.

— La différence entre votre avis et ce café, c’est que je l’ai demandé ce café, répondit Jennifer de sa voix cassante.

—Arrêtez vos sarcasmes Jennifer ! Julie ! Faites-moi monter de la bière et des sandwiches, je vais mener cet interrogatoire jusqu’au bout ! Jusqu’à ce que Jennifer passe aux aveux complets !


Julie, observant le regard malicieux de Jérémy, comprit qu’il était reparti dans un délire d’improvisation. Elle ne le connaissait pas, mais c’était l’ami d’Hervé, cela suffisait pour qu’elle lui accorde sa confiance et entre dans son jeu, imaginant à juste titre, que puisque Sylvain avait déjà été soutenu la veille par Jérémy, qu’il n’avait pas grand-chose à craindre de son ami. Après tout, elle aussi était touchée par les contraintes imposées par Jennifer, elle souhaitait aider ce couple, surtout après les confidences que Sylvain leur avait faites dans la matinée.


— Pour les sandwiches, il me reste jambon-gruyère et poulet-mayo. Pour la bière, en demi comme d’habitude ?

— Ça ira mon petit, bien qu’un poulet-mayo pour un inspecteur de mon envergure frise l’outrage ! répondit l’inspecteur Jérémy, qui arborait un large sourire entendu. Alors madame Jennifer, parlez-moi de la nuit du douze au treize !

— Mais vous délirez ! s’offusqua Jennifer.

— La nuit du douze au treize, vous n’étiez pas chez vous, ça nous le savons, nous avons la déposition de Sylvain… votre mari, je crois… oui, c’est écrit là, dit-il en tirant un petit carnet à spirale de sa poche. Vous donniez un spectacle de danse érotique dans le cabaret de madame Natacha n’est-ce-pas ?

— Mais ? Que-ce-que ça signifie ?

— Ne niez pas, nous avons également sa déposition ainsi que le témoignage d’un certain Gordon qui occupait la cabine deux.


Jennifer qui ignorait les penchants d’acteur de Jérémy ne savait plus trop sur quel pied danser avec lui, ce qui était un comble pour elle. Et s’il était enquêteur dans la police ? Elle se reprocha d’avoir trop peu côtoyé les amis de Sylvain, mais c’était un peu tard et Jérémy qui se basait sur le jour en cours, tombait pile sur un soir du mois précédent où, justement elle donnait une représentation. Tout concordait, elle se sentit prise en défaut, et tentait vainement de se souvenir de l’excuse qu’elle avait servie à Sylvain ce soir-là.


— Mais que cherchez-vous à savoir ? demanda-t-elle d’une voix qui trahissait son manque d’assurance.

— Il y a eu agression madame … sur la personne de votre mari. Je cherche qui aurait pu y avoir un quelconque intérêt.

— Mais, mais… balbutia Jennifer, quelle agression ? Je ne comprends pas.

— Sylvain a été agressé, par une femme tentatrice, une pécheresse démoniaque qui lui a fait des avances très insistantes, utilisant tous les arguments à sa disposition pour tenter d’arriver à ses fins…

— Pourquoi tu ne m’as rien dit ? reprocha-t-elle à Sylvain, qui restait parfaitement stoïque devant la manœuvre de Jérémy.

— Il n’en a pas eu le loisir, madame, car toutes ces avances alléchantes pour un homme en pleine possession de ses moyens, avec des réserves telles que les siennes, il les a rejetées, vous entendez, il les a refusées, toutes, sans hésitation !


Katia devint blême, les propos de Jérémy la décrivaient, elle et son insistance de ce matin envers Sylvain. Elle réalisa alors à quel point elle avait été sotte d’agir ainsi. Elle prit tardivement, mais pleinement conscience que son attitude aguicheuse était probablement perçue par Sylvain et surement aussi par les autres, comme celle d’une salope, voire même d’une trainée. Elle se jugea odieuse, et espérait que Gordon ne la repousse pas lorsqu’il apprendrait son comportement, car elle en était certaine, il le saurait. Lui qui était si distingué, si délicat, si raffiné jusque dans sa façon de parler, ne serait-il pas déçu par son attitude ? Elle se promit de se ressaisir, elle voulait encore que Gordon la prenne comme cette nuit, plus longtemps, plus souvent, plus fortement, presque bestialement.


Jennifer elle, tentait d’imaginer ce qui pouvait bien s’être passé ici pendant son absence. Elle s’en voulait de ne pas avoir réussi à convaincre Sylvain de la suivre. Elle ne désirait pas le perdre, et tout ce qu’elle avait entendu depuis son retour ne la rassurait pas. Elle s’était excusée auprès de Sylvain pour lui avoir caché son activité, lui avait expliqué qu’une fois enfermée dans ses mensonges elle n’avait pas su en sortir. Bien sûr, il avait finalement accepté de rentrer avec elle, plus tard, mais il était quand même resté. Et ce Jérémy, avec toutes ces questions, que savait-il d’elle ? Que cherchait-il ? Où voulait-il en venir ? Plus elle tentait de réfléchir, moins elle comprenait ses motivations. Elle hésitait entre se braquer comme elle le faisait si bien avec Sylvain, ou se mettre en colère. Ses techniques habituelles qui lui permettaient de le garder sous sa coupe, ne semblaient plus être très efficaces depuis la veille, elle craignait de se retrouver seule, sans Sylvain. Il lui fallait réagir, alors, elle décida de jouer l’incompréhension.


— Qu’est-ce que vous me racontez-là ? Je ne comprends rien à vos propos !

— C’est simple madame : une jeune et très jolie personne est venue déposer plainte contre Sylvain, pour non-assistance à jeune femme en détresse sexuelle…


Tout se bousculait dans l’esprit de Jennifer, Sylvain avait-il été agressé ou était-ce lui l’agresseur ? Jérémy l’embrouillait de ses explications confuses. Elle chercha du réconfort dans le regard de son homme, mais celui-ci, comme plusieurs autres convives, tentait désespérément de ne pas éclater de rire, et pour cela, évitait à tout prix de la regarder. Il renouait pour la seconde fois le lacet de sa chaussure pour laisser Jérémy aller au bout de son idée. Lui, il le connaissait, il devinait ce qu’il tentait de faire pour l’aider, c’est pourquoi, il devait absolument garder son sérieux, il pressentait, espérait que cela fasse évoluer positivement sa situation.


Jérémy laissa Jennifer patauger quelques instants dans l’embrouille qu’il lui montait avant de transformer son interrogatoire en réquisitoire de la défense, qu’il poursuivit debout.


— Monsieur le président, dit-il d’une voix claire à l’attention de Christophe, mon client est innocent ! Je demande à l’interroger ! Sylvain, vous êtes appelé à la barre !


Sylvain se redressa, adressant un clin d’œil au Président. Christophe laissa faire, curieux de savoir où Jérémy voulait en venir.


— Sylvain, dans la matinée du treize, pourquoi avez-vous refusé les avances de cette charmante femme en manque d’amour, et visiblement de sexe, aussi brutalement, en lui répondant systématiquement « Non » ?

— Je suis marié.

— Cela ne vous empêchait en rien de satisfaire cette beauté. Précisez vos motivations.

— Je suis marié et fidèle.

— Oh pour certains, une pipe n’est pas réellement une tromperie. Vous avez d’ailleurs mentionné ici … attendez…


Jérémy, feuilleta fébrilement les pages de son carnet. Il regarda fixement Jennifer entre chaque page, ce qui la déstabilisa encore plus.


— Ah voilà ! Vous avez dit, je vous cite « Elle insista plusieurs fois lourdement pour me vider les… heu… noix » fin de citation. Alors répondez à la question : pourquoi avez-vous refusé de vous laisser soulager par cette ravissante créature, malgré son insistance à vous expliquer la situation de sa détresse sexuelle ?

— Je suis marié, fidèle et … amoureux de ma femme.

— Il est amoureux, monsieur le Président ! Vous entendez ? Amoureux ! A-t-on déjà vu pire excuse pour une telle situation ? NON !


L’avocat Jérémy se tourna vers Jennifer, et la regarda droit dans les yeux, sans interrompre son réquisitoire.


— Et cette fois j’interroge Madame l’avocate générale : Pourquoi n’a-t-on jamais entendu pire excuse ? Je vous donne la réponse : parce que cette situation est inédite ! Tous les autres individus dans le même cas ont cédé à la diablesse tentatrice ! Tous, sauf un : mon client, Sylvain, ici présent. Alors Madame Jennifer, je demande une double relaxe pour mon client vertueux : d’abord une levée complète du contrôle judiciaire qui limite ses déplacements non accompagnés, ensuite médicale : en autorisant enfin, les contacts charnels avec l’objet de cet amour si robuste. Merci, j’en ai terminé.


Jérémy se rassit, comme s’il attendait que le tribunal délibère, il patienta en consultant les pages de son carnet, y nota quelques mots, puis reporta son attention sur Jennifer qui comprenait de moins en moins de quoi il était question. Toutefois, Christophe qui avait saisi toute la ruse du stratagème de Jérémy, endossa le rôle de président de ce tribunal improbable.


— Merci, la parole est à Madame l’avocate générale. Jennifer, désirez-vous poser une question à l’accusé ?

— Mais je ne comprends rien ! Que voulez-vous à la fin ?

— Monsieur le président ! reprit Jérémy, qui jonglait entre tous les rôles de cette cour aussi vite qu’une hirondelle changeait de direction en plein vol, je demande un châtiment exemplaire : prononcez le divorce entre Sylvain et Jennifer, et remariez aussi vite l’accusé avec Tatiana, je suis persuadé que tous les deux seront bien plus heureux ainsi. Nous devons agir vite, je vous rappelle le rapport médical qui précise page trois, que l’accusé, Sylvain ici présent, est équipé d’une paire de grenades chargées à bloc. Une infime sollicitation inopinée, pourrait conduire à une explosion incontrôlée de cette charge instable. Nous devons protéger la population autour de cet individu.


Le président Christophe réfléchit, sembla délibérer, mais en son for intérieur, il retenait un fou rire mélangé d’admiration pour Jérémy. Il avait exposé à Jennifer, très sérieusement, la situation délicate et douloureuse que vivait Sylvain sous un angle humoristique, et ce, sans compromettre quiconque avec ses personnages imaginaires, ou alors, suffisamment modifiés pour que Jennifer ne devine pas que la diablesse tentatrice qui aurait bien aimée être la diablesse tant tâteuse, était assise à la même table qu’elle. Il se décida.


— J’ai délibéré, annonça-t-il, Jennifer, si vous acceptez de laisser Tatiana rendre des visites privées à Sylvain, je ne prononcerai pas de divorce. Qu’en pensez-vous ?

— Mais… je…

— Sylvain, la sentence vous convient-elle ?

— Parfaitement Monsieur le Président, je l’accepte.


Jennifer apercevait enfin la sortie du tunnel, cependant, elle hésitait encore, redoutait un subterfuge caché derrière cette proposition dont elle ne comprenait pas tout. Sylvain lui saisit la main, et l’embrassa sur la joue.


— Tatiana, dit-il en regardant Jennifer dans les yeux, ma femme me ment, s’absente souvent, je lui pardonne et ne cherche pas de vengeance, juste une compagnie agréable, veux-tu me retrouver après tes spectacles lorsqu’elle m’abandonne ?

— Comme tu veux, si cela me permet de te garder, répondit-elle après un dernier instant d’hésitation.

— Parfait, elle est partie ce matin en colère, probablement chez ses parents. Veux-tu m’accompagner chez moi ?


Après avoir retenu son rire, Sylvain contenait cette fois-ci difficilement son émotion. Jennifer répondit favorablement à sa demande. Sylvain ne perdit pas une seconde, se leva, salua un par un l’ensemble de ses amis, particulièrement Jérémy, son « avocat » mais aussi, Katia. Il lui déposa, comme à toutes les autres filles, un bisou sur la joue, chose qu’il n’avait jamais osée faire à une quelconque fille en présence de Jennifer. Celle-ci tiqua quelque peu, mais, trop contente que Sylvain rentre avec elle sur le champ, attendit patiemment qu’il fasse le tour de tous pour la rejoindre, elle se contenta alors d’une salutation générale pour abréger le départ. Sylvain la prit par la taille sur toute la durée du trajet les conduisant à la voiture. Après un dernier signe de la main, ils quittèrent la maison.


Jérémy fut félicité pour son idée de tribunal permettant de débloquer, au moins en partie, la situation pour Sylvain. Il expliqua que l’idée lui était venue sur l’instant et qu’il l’avait immédiatement mise en application, réagissant au débotté selon la tournure que prenait la discussion. Devant les doutes et les interrogations qui lui furent opposés, il avoua son appartenance depuis plusieurs années à une troupe de théâtre amateur, cet art qu’il affectionnait particulièrement l’ayant toujours attiré, et précisa que sa préférence allait vers les scènes d’improvisation dont il était friand.


— Alors comme ça, je suis une démoniaque pécheresse tentatrice ? lui demanda Katia.

— Votre insistance à vouloir « vider Sylvain » a parlé pour vous.

— Je souhaitais juste le soulager Jérémy.

— Je crois que nous avons tous bien saisi votre objectif.

— Mais c’est juste toi qui me vois comme ça ou tout le monde ?

— Katia, il est parfois préférable que certaines questions restent sans réponse.

— Je préfère être une diablesse du sexe, qu’une folle refoulant honteusement ses envies !

— Alors vous ne risquez pas la camisole !

— Tu es agile de la langue pour parler Jérémy, le serais-tu autant pour me faire plaisir ?

— Je crains de vous décevoir. Vous ne correspondez pas à mes critères.

— Je pourrais peut-être les adopter ? Qu’aimez-vous ?

— Katia, n’insiste pas, lui conseilla Natacha, j’ai dit ce matin que nous n’obligions personne à suivre nos pratiques et nous ne sommes pas là pour choquer.


Jérémy réfléchit très vite, il n’aimait guère plus Katia que Jennifer, ses piques incessantes, son assurance dans ses capacités à séduire n’importe quel homme avec ses formes, systématiquement mises en avant lorsqu’elle parlait, et surtout, cet air de femme supérieure prête à coucher avec quiconque pour prouver ses capacités de séduction l’excédait.


— Décidément, vous êtes trop forte. Je ne suis pas de taille à lutter avec vous Miss Marple, dit Jérémy, qui baissa la tête et prit un air abattu. Laissez-moi Natacha, je suis fatigué de fuir, je vais parler. Voici les critères que je préfère chez mes partenaires : pas trop de seins, déjà pas plus de deux, mais pas moins non plus, il faut ce qu’il faut, et très petits. J’ai une sainte horreur des poitrines énormes qui débordent de partout. Ensuite pas de grands cheveux, je les aime courts, peu importe la couleur, mais courts. Si tu es chauve, je craque et je tombe tout de suite amoureux ! Et des fesses musclées, fermes, c’est les meilleures de mon point de vue. Pour le ventre, il faut qu’il soit plat. Quelques carrés de chocolat peuvent même s’y glisser. Je suis très gourmand. Pour la pilosité, moins il y a de poils et plus j’aime. Pour ce qui est du comportement, j’apprécie la réserve, la timidité, la discrétion. Et surtout pas de maquillage ! Avez-vous d’autres questions Miss Marple ou cet interrogatoire est-il terminé ?


Ceux qui connaissaient Miss Marple, rigolèrent. Ce n’était pas le cas de Katia, elle ne savait pas trop comment interpréter la réponse de Jérémy, sérieusement ou pas, mais elle devait stopper cette joute verbale qu’elle avait bêtement lancée, par orgueil.


— Jérémy, si on faisait la paix ?

— Pourquoi pas ! J’ai toujours préféré l’amour à la guerre.

— C’est une proposition ?

— Non Katia, Je voulais juste dire qu’à la guerre, un fusil tire plein de coups dans toutes les directions sans trop réfléchir, alors que quand on fait l’amour, il faut réfléchir avant d’utiliser son fusil, de tirer un coup, un seul, mais dans la bonne direction…

— Je vais y réfléchir, Jérémy.


Jérémy exhiba son carnet, l’ouvrit sur une page et proposa à Katia de chanter avec lui la chanson qu’il avait écrite dans la journée :



[c]

Sur la table au fond du jardin,

On y va quand on a besoin,

Elle est pleine de couvertures,

Ça évite toutes les blessures,

On y fait tout ce qu’on veut,

Qu’on ne peut pas faire au pieu,


A deux, a trois ou plus,

De nuit, rien n’est exclus,

S’il reste la moindre trace,

De vos actions voraces,

Tout sera vite découvert,

Par l’inspecteur sans impair,


Mentir, nier, peine perdue,

Vous serez en garde-à-vue,

Par la vérité toute nue,

Vous serez comme dévêtus,

Pas de fouet ni de sévices,

Pour les adeptes du vice,


Mais toujours pour le plaisir,

Vous pourrez vous réunir,

C’est mieux qu’un lit à baldaquin,

Sur la table au fond du jardin…

[/c]


Note de l’auteur :

Je tiens à remercier les lecteurs qui suivent cette histoire, oui, vous, qui avez lu jusqu’ici, ceux qui votent pour, ceux qui m’ont laissé un ou plusieurs commentaires. Vous m’avez donné envie de poursuivre l’écriture des suites.

Je voulais aussi exprimer ma gratitude envers les participants au forum, qui ont distillé ici et là des conseils et tutoriels sur l’écriture, cela m’a permis de progresser en orthographe, conjugaison, rédaction et fluidité de lecture, et particulièrement Duchesse, qui a relu et corrigé ce chapitre. Elle à ainsi contribuée à l’améliorer par ses conseils, son œil averti pointant les fautes, les répétitions de mots que je ne voyais plus à force de relectures et de corrections.


Pour les lecteurs joueurs, il y a six répliques tirées de films, disséminées dans ce chapitre. Saurez-vous les identifier ?

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A tous, MERCI


MANDRAKKE

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