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Une vie à deux

Chapitre 1

Doutes et palabres

Erotique

Clément, assis sur son fauteuil, lit son journal. Comme tous les soirs, entre le diner et le film, c’est son moment de détente personnel. Bien dans sa tête, bien dans ses pompes, bien dans sa vie également, il passe aux yeux des autres pour un homme heureux. La silhouette de France qui va et vient dans la partie jour de la maison lui donne une impression de sécurité. France, deux ans de moins que lui, son épouse avec qui il traverse l’existence sans préoccupations particulières, une jolie brune aux charmes sûrs. Elle va, vient sans bruit s’affairant dans sa cuisine, alors que lui suit sur sa feuille de chou les actualités régionales.


Un sourire nait sur les lèvres du lecteur qui s’enfonce dans son petit confort quotidien. Il sait par avance, devine les mots qui vont lui venir de la porte entrebâillée séparant le salon de l’espace où ils mangent ensemble. Et comme pour lui donner raison, la voix douce de France vient se nicher dans son oreille.


— Tu prends un café, Clément ?

— Oui, merci ! Tu viens le boire avec moi au salon ?

— Non ! Je te l’apporte et… je file.

—… ? Tu sors ?

— Ben, nous sommes mardi, mon chéri !

— Ah, c’est vrai, tes répétitions de théâtre… ça m’est complètement sorti de la tête.

— Tu veux autre chose ?


Elle dépose le plateau sur la table basse, devant son mari qui ne détourne même pas les quinquets de son journal.


— Autre chose ?

— Un alcool fort ?

— Je n’en prends jamais… tu devrais le savoir depuis tout ce temps !

— Pourtant ce soir, je crois que tu devrais le faire.

—… pourquoi ? Qu’est-ce que ce soir a de si particulier ?

— Rien, rien… Bon, alors je file.


Elle est à deux pas de lui, et intrigué il lève enfin le nez des pages de sa gazette locale. Dans ses prunelles d’un vert lumineux, il lui semble voir une sorte d’éclair pailleté d’or. Elle est égale à elle-même, vêtue d’une robe à fines bretelles, semblable à celles qu’elle porte lors de ses sorties du mardi soir. Rien d’affolant donc, si ce n’est cet étrange regard, comme une menace à peine voilée. Elle s’approche. Ses lèvres se portent sur le front du bonhomme qui attend sa marque d’attention. Un soir ordinaire, si pareil à tous les autres. Un peu plus parfumée peut-être, sa belle France qui quitte le salon.


— xxxXXxxx —


Dans le salon, Clément comme d’habitude lit son journal. France le regarde depuis la cuisine. Ils finissent de diner sans un mot, puis fidèle à son rituel journalier, son mari s’empare du canard sur le guéridon de l’entrée et se dirige vers le salon. Il a vieilli son Clément. Mais elle aussi sans doute. Ses lunettes sur le nez, il se plonge dans les nouvelles du coin. Elle le sait, il va commencer par… les avis de décès. Un cérémonial qui dure depuis qu’ils se sont mariés. Un instant, elle doute de ce qu’elle veut. Il est gentil, plein d’égards pour elle. Mais… l’amour s’est peu à peu éteint pour laisser place à une sorte de fraternité solennelle.


Un peu comme frère et sœur, vivant sous le même toit sans plus trop d’élans amoureux. Alors bien sûr, le temps émousse aussi les plus solides des sentiments. Et aux cours de théâtre… il y a ce Pierre. Un nouveau venu qui lui fait une cour assidue. Elle tente bien depuis des semaines de résister à cet engouement que lui dédie celui qui lui donne la réplique. Hésitante, elle se pose mille questions. Entre celui qui fait à ses côtés le chemin et cet autre qui réveille en elle des sensations oubliées, il y a de quoi balancer à droite et à gauche.


Le jeu en vaut-il la chandelle ? France est une belle femme en milieu de quarantaine et elle se sent pousser des ailes depuis l’arrivée de Pierre. Mais… Clément est un brave type, qui se réveille une ou deux fois par mois. Ces moments-là, elle les sait par cœur. Il n’y a plus la moindre fantaisie, plus de vraie surprise. Du reste elle le sait, pour ces instants intimes, Clément se lève après le film et il file à la douche. Puis c’est au lit, elle couchée, lui sur elle, qu’il vient s’épancher sur son ventre après quelques aller et retour peu plaisants. Alors, pendant ce dernier diner… elle a pris une décision.


Si Pierre, cinquante ans au compteur, lui fait de nouveau des avances, elle va tenter le coup. D’où cette question idiote à son mari. Si au moins ils se parlaient ? Mais il ne cherche même plus le dialogue. Oh ! Elle a bien essayé de discuter, mais il sait toujours la refroidir par son insistance à ne pas vouloir comprendre. À tel point que parfois, elle se demande s’il éprouve encore un peu de désir pour elle. Rien que des habitudes, celle de déjeuner, diner face à face, celle d’aller se coucher à la même heure. Parfois aussi ces petits regains d’une urgence masculine sans âme. France veut vivre, gouter encore à un bonheur qui s’éloigne.


Clément n’a pas relevé son insistance à lui offrir un pousse-café. Ou bien n’a-t-il pas simplement voulu une fois de plus se poser une seule question ? Un peu pour le piquer au vif, le faire gamberger, pour qu’il entame enfin un vrai débat sur ce qui lui pèse sur le cœur à elle. Mais non, pas un simple frémissement. Sourd ! Oui c’est cela, son mari est resté sourd à ses attentes. C’est donc en chaussant ses escarpins qu’elle se dit que si ce Pierre ose… et bien tant pis pour son homme ! Dernier geste de regret ? Elle revient vers la porte du salon.


Lui, le dos plaqué au dossier de son siège confortable ne bronche pas. Alors excédée, elle lui jette une nouvelle petite phrase.


— Bon… j’y vais ! Je rentrerai surement très tard ! Ne m’attends pas ! Bonne soirée.

— Oui… bonne répétition France !


Mince alors. Pas moyen de le faire sortir de sa léthargie ? Il se sent tellement en sécurité dans son petit confort. S’il dressait un peu plus attentivement l’oreille, sans doute qu’il percevrait l’accent de la voix qui vient de lui adresser ces quelques mots. Et son attitude ne donne pas l’impression à son épouse qu’il est présent pour elle. Cette fois, c’est bel et bien décidé. Pierre aura ce qu’il espère pour peu qu’il soit entreprenant. Et c’est seulement Clément qui la pousse dans les bras du quinquagénaire débordant de vitalité qui va jouer avec elle. Au théâtre d’abord et puis… ailleurs aussi s’il le désire.


— xxxXXxxx —


La répétition est terminée et derrière la cloison du corridor de la loge où les dames se changent, elles entendent les mecs qui discutent entre eux. Certains sont là pour prendre en charge leur compagne, mais d’autres, tel Pierre, ne veulent que dialoguer encore un instant. Encore que pour lui, l’unique objet de sa présence à des cheveux bruns, un joli minois et une plastique agréable à regarder, pour ne pas dire à visiter. Du reste, France est la première à quitter le vestiaire et un court instant les voix mâles se taisent. Cette femme est un régal pour leurs pupilles avides de beauté.


Celui qui la convoite est le premier à s’adresser à la brune.


— Tu me raccompagnes France ? Je suis venu avec Armand et il était pressé…

— Pas de souci, je suis venue avec ma voiture et c’est donc sur ma route.


Quelques sourires sur le visage des hommes qui font le pied de grue pour récupérer leurs nanas, des rictus aussi qui en disent long sur ce qu’ils imaginent déjà. Tous ici connaissent Clément bien entendu, mais si elle leur disait « oui » bien peu refuseraient. Les plus « chauds » suivent la croupe incendiaire de la quadragénaire qui en compagnie de leur pote file vers la sortie et le parking. Un soupir sans doute soulève une poitrine ou deux, le rêve est aussi une forme de plaisir. L’air de la nuit déjà bien avancée est plus frais. Il remet les idées en place ?


Pas si sûr ! Et Pierre monte donc aux côtés de celle qu’il courtise depuis quelques semaines déjà. Un drôle de sentiment en s’asseyant sur le siège passager alors qu’elle prend place sous le volant. Son geste gracieux pour que la robe ne remonte pas trop haut sur une jambe que désormais cache le volant, puis le moteur ronronne. Le véhicule quitte sa remise pour tracer son chemin sur la route au bitume tout neuf.


— Tu as le temps de prendre un pot à la maison, où ton mari t’attend ?

— Il m’attend sans doute, mais une fois n’est pas coutume et un café me fera du bien…


Le type sur son siège moelleux sursaute presque. Il espère ce moment depuis… si longtemps. Un appel du destin ? Ou bien n’est-ce qu’une simple pause pour cette jolie femme ? Et si… finalement le rêve revient au galop et avec lui un changement radical à un endroit du corps du bonhomme qui s’éveille. Une chance sur deux que ce soir soit le bon ! Il se surprend à y croire vraiment. Il n’a jamais réussi à l’approcher d’aussi près, en dehors de la scène naturellement où ils répètent. Et là, ça lui file une érection monumentale. Ressent-elle ce désir qui lui voile la voix ? Il ne sait pas du tout où cette histoire va le mener.


Mais cette femme est désirable et il pense que parfois, elle n’est pas totalement réfractaire à ses avances, à ses sous-entendus. Pourquoi ne pas croire en sa bonne étoile et ne pas tenter sa chance ? Ça fait un bail qu’il n’a plus fait l’amour ni seulement effleuré un corps de femme. Et toute proche de lui, la voici qui le ramène chez lui… et qui va entrer dans sa maison. Alors il y a de quoi espérer et son corps par un morceau choisi se permet de lui rappeler qu’il est toujours un homme. Au sens viril du terme et qu’à ce titre… il peut encore bander.


— Tu tournes là, sur la droite, c’est la dernière maison au bout de l’allée.

— Ah, d’accord ! Un joli lotissement.

— Calme surtout et j’ai des voisins charmants. Tu peux rentrer ta voiture dans la cour.

— Tu crois ? Tes voisins ne vont-ils pas jaser ?

— Personne ici ne s’occupe des autres, chacun vit sa vie. Et puis pour un café… il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

— C’est vrai… je suis bête !


France s’engage donc résolument sur les gravillons qui couvrent une allée où elle vient stationner. Puis elle suit Pierre qui tâtonne un peu avant de trouver la place de la clé dans la serrure. Émotion ou problème de vision nocturne ? Elle s’en fiche éperdument. Et lorsque le panneau de bois pivote sur ses gongs, elle se retrouve dans une entrée très bien meublée et surtout parfaitement arrangée.


— Voilà ! C’est mon « chez-moi » ! Petit, mais suffisant pour un vieux célibataire… Je te débarrasse ?

— Hein… ?

— Ton manteau… tu ne vas pas passer un moment ici avec celui-là sur le dos.

— Ah ! Oui ! Oui bien sûr.


La femme d’un geste gracieux fait glisser sur ses épaules le vêtement et elle a la curieuse impression que déjà elle se met à nu devant ce… Pierre qui la rezieute avec une bonne dose d’envie dans les prunelles. Puis d’un mouvement du menton, il l’invite à avancer.


— Viens ! Le salon est par là ! Tu veux vraiment un café ? Parce que j’ai toujours une bouteille de champagne au frais pour une grande occasion !

— Tu estimes que je suis « une grande occasion » ?

— Ben, ce n’est pas tous les jours qu’une belle femme pénètre chez moi et de nuit qui plus est.

— Tu vis donc comme un ours ? C’est toi qui astiques ici ?

— Je n’ai pas les moyens de me payer une femme de ménage. Mais c’est vrai aussi que je suis peu souvent à la maison. Le mardi théâtre, mais les autres jours j’ai des tas d’occupations qui me permettent de ne pas penser à la solitude qui me guette… avec l’âge qui avance.

— Tu n’es pas vieux… et va pour une coupe de champagne… on ne vit qu’une fois, tu le sais bien.

— Pardon de te demander ça, mais ton mari ne risque pas de s’inquiéter ?

— Oh ! Lui et moi avons passé le stade de nous faire du souci. Et puis, je suis majeure et qu’aurait-il à craindre. Je sais ce que je fais.

— Bien sûr ! C’était juste pour… me faire une idée de l’homme qu’il est.

— Un amour… mais tu sais que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent être. Le temps qui nous file entre les doigts émousse parfois les sentiments. Nous nous aimons… bien ! Et c’est bien là où le bât blesse.

— Mais avec une si jolie femme, tous les hommes du monde…

— Arrête Pierre ! Je connais le couplet et même la chanson. Alors… je sais bien ce que tu veux, et je ne suis pas certaine d’être celle qu’il te faut. Et puis… ton champagne ne va pas venir seul, si ?

— Oh ! Pardon ! Oui, oui, assieds-toi, je vais chercher deux coupes et la bouteille…


Il est hors de vue de France qui pose ses fesses sur le rebord du divan de velours. Elle se demande d’un coup pourquoi elle est là ! Bien entendu qu’elle a une petite idée de la réponse. Mais il y a si loin de la coupe aux lèvres. Cet idiot de Pierre en ramenant Clément sur l’échiquier du soir, a aussi quelque part, un peu ruiné son envie naissante. Ou plus justement il l’a bloquée par les images de son mari sur un autre canapé, son journal sous les yeux. Mince alors ! On ne s’improvise pas amante d’un autre comme ça et la vie se charge de le lui rappeler.


Un plateau, deux verres qui tintent en brinquebalant pendant leur court transport. Enfin un liquide couleur or aux mille perles qui se déverse dans les coupes, lesquelles montent vers les visages pour trinquer. Sous la masse de cheveux bruns, il se trouve là également des milliers de petites bulles qui font aller et venir des pensées dans tous les sens. Bien entendu que ce mec lui plait ! Oui, il est beau et attirant. Mais il y a quelque part son Clément et leurs années de vie commune. S’abandonner dans les bras de ce type, un rêve dont elle mesure toutes les conséquences aussi.


Lui reste avec ses grands yeux fixés sur elle. La voit-il comme elle est en réalité ? Ou bien n’est-ce qu’un désir passager, un coup d’un soir qui lui donne des ailes ? Drôle comme ça mouline dans ce crane de femme fidèle jusque-là. Il y a cette pointe d’envie, un truc qu’elle a bien entendu connu avec son mari. Mais… c’est vrai que c’est de moins en moins souvent.


— À ta santé… France. Je peux te parler franchement ?

— Pourquoi ? Tu ne le fais pas d’habitude ?

— Si, si ! Mais ce que je veux te dire… j’ai sans doute mal choisi les mots.

— Alors ? Je t’écoute Pierre.

— Ben… tu sais forcément que tu me plais. Et j’ai quelques questions qui me trottent derrière la tête.

— Dis toujours, si je peux y répondre… au moins dormiras tu plus serein à défaut d’être calme.

—… bien sûr ! Tu n’éprouves rien pour moi ?

— Ça a l’avantage d’être direct. Pas de fioriture ou de fantaisie. Pas très glamour non plus ta demande.

— Nous sommes deux adultes et je crois que le temps ne joue plus en notre faveur. J’ai envie de la femme qui est là, devant moi et je te demande donc si tu ressens toi également une petite attirance…

— Tu sais que j’ai un mari ? Qu’il est celui avec qui je traverse l’existence depuis bien longtemps.

— Oui ! Je sais tout ceci France. Mais est-ce que ça fait de toi une femme comblée ? Pour l’avoir vécu, je sais bien que parfois les ans usent les couples. Et si je suis seul aujourd’hui, crois-tu que ce ne soit pas pour les mêmes raisons qui font que tu es chez moi ce soir ?


France se tait. Pierre vient de toucher la corde sensible. C’est vraie qu’elle ne serait pas ici si son mari… mais le sexe s’il est une part importante de sa vie de couple, doit-il aussi devenir son tombeau ? Coucher avec Pierre, c’est faire fi de tout ce qu’ils ont traversé elle et Clément. Et les moments difficiles tout comme les merveilleux sont nombreux. Se donner à cet homme c’est… tuer un peu plus une union qui peut encore peut-être être sauvée ? Elle ne sait plus trop quoi faire. Lui en face vient de poser son verre. Il lui prend la main. Comme elle est chaude cette patte !


Cette fois dans sa cage le cœur féminin breloque, cavale d’une manière démesurée. Merde ! Il lui faut soit se laisser aller, soit filer rapidement. L’hésitation est source d’incompréhension. Pierre en galant homme porte la main de son invitée à ses lèvres et le frottement des lippes contre sa peau… un délicieux calvaire.


— Arrête Pierre ! Je ne suis pas…

— Allons ! Ose me dire que tu n’en as pas envie ?

— Si ! Mais c’est de faire l’amour que j’ai envie et pas forcément de toi, tu saisis ?

— Tu veux dire que n’importe quel type te ferait le même effet ?

— Dans des conditions identiques oui. Et puis mon mari ne mérite pas que je lui fasse ça.

— France ! Je t’en supplie, essaie de réfléchir une seconde.

— C’est bien là le drame, je ne fais que cela, réfléchir. Et plus je le fais, plus je me dis que c’est une erreur. Bien sûr que nous pourrions faire l’amour là, ici tout de suite. Mais vois-tu… tromper Clément n’est pas une bonne chose. En tous cas pas pour moi. Il m’a tout donné lui… et je lui dois bien cela, une dernière chance…

— Je ne comprends pas… qu’est-ce que tu entends par « une dernière chance ».

— Je vais lui parler et puis… ce sera à lui d’aviser, de prendre en compte tous les paramètres de cette situation bizarre. Je suis tiraillée entre lui et toi, je l’avoue.

— Explique-moi, parce que je reconnais que je suis un peu largué.

— Je vais parler à mon homme de mon attirance pour toi, je vais mettre sur la table notre problème de relation intime et puis ce sera à lui de voir.

— Et moi là-dedans ? Je deviens quoi exactement ?

— Eh bien… tout dépend de ce que tu es prêt à accepter. C’est à toi de me le dire.

— Tu parles de partager ? De te partager ? Je rêve là ?

— Non ! Tu ne peux pas avoir une exclusivité que je lui ai donnée il y a fort longtemps. Il est dans ma vie, il est celle-ci ! Et il n’en sortira jamais.

—… je pige de moins en moins… je t’avoue que je patauge dans la semoule.

— Je vais lui parler de mon attirance pour toi et lui dire franchement ce que je demande.

— Et tu demandes quoi ? Que de temps en temps je sois ton amant et que Clément soit au courant ? C’est courir au clash à coup sûr non ?

— Mon mari est un homme intelligent et puis ce n’est pas forcément ce que je viens de dire…

— Alors que reste-t-il ?

— Cette fois c’est à toi de repenser à toutes les formes que peut prendre un trio amoureux.

—… tu es compliquée France… enfin fais comme tu veux ! Je ne suis pas du genre à t’obliger à quoi que ce soit et puis… tu es une femme et mérite que tes attentes aussi soient prises en compte… J’ai encore une chance de te revoir ?

— Sans doute ! Mais je ne coucherai pas avec toi sans que mon mari ne le sache.

— Tu… tu es certaine qu’il ne va pas devenir violent ? On ne sait jamais.

— Allons ! Je vis avec Clément depuis de nombreuses années, il n’a rien d’un homme coléreux ou violent… et puis je pense que c’est plus honnête de lui dire avant de le faire.


France repose sur la table du salon sa coupe vide. Et elle se lève. Le sang se retire du visage de l’homme qui la suit des quinquets. L’envie de passer un bon moment, de la baiser tout simplement est retombée, tel un soufflé sorti trop rapidement du four. Il la voit qui attrape son sac à main et qui cavale vers la porte… Il fait quelques pas vers elle comme pour la retenir. Mais il n’a pas besoin de le faire. La patte sur la clenche de porte, elle se retourne. Leurs deux visages sont à quelques centimètres l’un de l’autre. Il hésite, elle attend. Puis les bouches s’avancent. Celle de la femme se colle sur la joue de Pierre.


— Merci Pierre ! Je te promets que je reviendrai… mais je ne peux, ne veux pas le tromper de cette manière ! Ne m’en tiens pas rigueur… bonne nuit…

— Bon… bonne nuit France !


Et la porte se referme sur la silhouette qui se précipite vers le lieu où sa voiture est garée. Le ronronnement du moteur indique au bonhomme que celle qui vient de lui mettre un vent terrible quitte sa maison pour de bon. Mais elle lui a laissé une sorte d’espoir, comme un message à déchiffrer. Pourtant l’inquiétude est immense. Lui est aussi un mec et il est bien au fait de la façon dont les hommes prennent ce genre de déclaration… surtout si elles émanent de leur épouse. Ce fameux titre d’une propriété que confère le mariage… un droit de cuissage permanent et reconnu par les liens sacrés de ces unions officielles. Difficile de s’endormir après cela.


— xxxXXxxx —


Sur la pointe des pieds, pour son retour discret chez elle, France déboussolée retrouve Clément qui dort sur le canapé. Le téléviseur en état de marche distille un navet quelconque, une émission de téléréalité comme il en existe de plus en plus. Paisible, son mari en peignoir ne bronche même pas, alors qu’elle étend sur lui un plaid. Fidèle à ses habitudes, il a pris une douche avant de venir s’installer devant l’écran. Un instant elle le regarde, figée dans une contemplation qui la tiraille entre envie et… ennui. Il est certain que son passage chez Pierre a laissé quelques traces en elle.


La passion, la fougue des belles années sont loin de ces deux-là. Lui dort et elle est là. Elle qui se surprend à imaginer que quelques minutes plus tôt, un simple geste, et cet homme assoupi dans ce salon aurait porté des cornes. Comment lui faire passer un message ? Comment s’y prendre pour lui dire qu’elle a besoin de plus de sexe ? Parce que ce qu’elle ressent pour ce Pierre ce n’est qu’une attirance physique, elle en est consciente. Perplexe France l’est et le demeure. Pourquoi n’est-elle pas allée jusqu’au bout de son désir pour le rival du dormeur ? La peur de détruire ce qui reste attaché à son esprit, une vie paisible et douce ?


Non ! C’est juste qu’elle n’aime pas la duplicité et que tout peut se dire, ou s’entendre bien sûr en fonction du fait qu’on est celui qui a des choses à narrer. Elle se dit en entrant dans la salle de bain qu’au réveil, Clément et elle vont devoir mettre des choses au point. Reste pour elle à déterminer la meilleure manière d’en discuter avec son mari. Mais elle est bien décidée à ne rien céder sur ce plan-là. Pierre va devenir son amant, elle le sait, le sent, c’est son choix. Le temps n’offre plus vraiment d’importance pour que ce réalise son projet.


Et sur son corps le déluge domestique qui dégringole semble non pas effacer ses idées, mais les renforcer d’une force nouvelle. Voilà ! Ses ablutions du soir terminées, elle va aller réveiller son homme, en l’informant qu’elle va se coucher. Il n’a pas bougé quand elle revient vers lui. Toujours sa position favorite, la tête posée sur un coussin appuyé sur l’accoudoir du divan. Il roupille sans bruit couché sur le flanc, visage face à l’écran qui cette fois n’est plus couvert que par de la neige.


— Clément… ! Clément, je vais me coucher !

— Mmm ! Hein ?

— Je vais me coucher.

— Hein ? C’est toi France ? Tu es déjà rentrée ? Mais quelle heure est-il ?

— L’heure d’aller au lit mon bonhomme.

— Ah ! Bon… je ferme la télé et je te rejoins… bon sang, je crois que je rêvais…

— Bon… à tout de suite alors ?

— Oui… le temps de reprendre mes esprits, de boire un verre d’eau et je viens.


Dans la chambre, la femme se coule dans les draps frais, et c’est dans une obscurité totale qu’elle perçoit les pas de son mari qui vadrouille entre salon et cuisine. Elle reste là, les yeux écarquillés à fixer un plafond qu’elle ne voit pas. Le trottinement se précise. Son homme arrive et il se glisse lui aussi dans la couche. Il a quitté sa sortie de bain et sa peau nue de sa hanche frôle celle couverte de son épouse. Il est lui également couché sur le dos, et sa main vient à la rencontre de celle de sa femme.


— Tu es rentrée depuis longtemps ?

—… le temps de passer à la salle de bain.

— Je peux te poser une question idiote France ?

— Quoi ? Il est bientôt minuit, tu le sais ?

— Oui… est-ce que tu es amoureuse de lui ?


La patte que cramponne Clément se crispe légèrement sous l’effet brutal de cette question directe.


— Qu’est-ce que tu racontes ? Qu’est-ce que tu vas encore imaginer ?

— Oh ! Tu as couché avec lui ?

— Mais avec qui bon sang ? Explique-toi Clément, je ne comprends pas où tu veux en venir !

— Je suis persuadé du contraire. Je veux simplement ne pas passer pour un con. Je me doutais bien que ça devait arriver un jour ou l’autre. Il est plus honnête de m’en parler non ? Au moins ça évitera que j’apprenne ça par la bande. Tu sais… le cocu toujours le dernier informé. Et puis les cachoteries, ce n’est pas ton style, je te connais par cœur ma chérie.


« Ma chérie » ! Depuis quand Clément n’a-t-il plus employé ces petits mots ? Elle gamberge dans cette nuit qui la cache au regard de celui qui partage sa vie. Il a donc flairé le vent ? Ou prêche-t-il le faux pour savoir le vrai ? Un moyen comme un autre de se rassurer pour lui ? France hésite. Est-ce le bon moment pour lui parler ? L’obscurité peut aussi favoriser une libération de la parole et surtout de ce qu’elle a sur le cœur. Atermoiements de courte durée et enfin, elle se jette à l’eau.


— Et si c’était le cas ? Tu dirais ou ferais quoi ?

— Que voudrais tu que je fasse sinon subir ! Tu m’as vraiment trompé ? Avec quelqu’un que je connais ?

— C’est juste une hypothèse, pas une vérité !

— Mais y as-tu déjà songé ? Parce que je me doute bien que je ne suis plus vraiment à la hauteur depuis… un moment. Je serais surement très malheureux… je ne tiens absolument pas à te perdre, je reste attaché à la femme, malgré le fait que je ne sois plus très… viril.

— Et toi ?

— Moi quoi France ?

— Ça t’est arrivé de le faire sans que je le sache ?

— Une fois ou deux, ça m’a effleuré l’esprit, mais je suis trop proche de toi pour que tu n’aies pas senti mes légers flottements. Et jamais je n’ai concrétisé avec aucune femme. Par contre, j’avoue qu’il m’est parfois arrivé de te faire l’amour en songeant au corps d’une autre.

— Je la connais ?

— C’est de l’histoire ancienne.

—… ? Si tu le dis ! Et ça t’a apporté quoi au final, de penser que tu baisais une autre que moi ?

— Un drôle de mélange. Indéfinissable sentiment de toute-puissance. Faire avec une autre ce que je te faisais à toi… et que tu cries sous mes coups de reins… je ne saurais pas te raconter… ce que ça m’a donné. Un peu comme là, en ce moment, tiens.

— Tu… tu as envie là ? Je l’aurais parié.

— Pourquoi tu dis cela ? Et surtout avec ce ton ironique ?

— Ben… tu es si prévisible, mon pauvre Clément. Tu vois, lorsque je t’ai vu sur le canapé en sortie de bain… tu prends maintenant toujours une douche avant de me toucher. Comme si tu avais peur de me salir. Une manie qui retire bien de l’attrait à la chose… mais tu as raison. Ce soir, si j’avais voulu, l’occasion s’est présentée et j’aurais aisément pu…

— Pour de bon ? Alors pourquoi ne l’as-tu pas fait ?

— Ben… toutes ces années passées à tes côtés, tu comprends ? Ca noue des liens si forts… et puis je voulais ton accord, oui que tu me donnes ton aval.

— Tu te rends compte de ce que tu me demandes, France ? C’est un peu comme si je te poussais dans ce cas à t’offrir à ce… qui est-ce en plus ?

— Oh ! Crois-tu utile que je te le dise ? Je ne veux pas te faire souffrir sans raison. Et pour l’heure, ce n’est pas, plus à l’ordre du jour.

— Alors, pourquoi vouloir mon accord ?

— Parce que je veux te réveiller aussi. Notre couple bat de l’aile et tu es le seul à ne rien entrevoir. Mon Dieu… J’ai besoin de fantaisie, de me retrouver.

— Te retrouver ? Je ne pige pas !

— C’est bien là le drame tu ne ressens plus les choses. Tout est trop bien rythmé, trop… pareil d’une fois sur l’autre. Tu saisis ? Je sais bien que tu as de temps en temps le besoin de te libérer, alors, la douche, la position du missionnaire, quelques coups de reins vite faits, puis ton râle et te voilà vidé et heureux. Mais moi ? Dans tout cela ? Où en suis-je ? Je veux vibrer, sentir que l’on m’aime et pas que l’on a juste besoin de baiser un peu rapidement. Je veux jouir… oui, jouir, me sentir femme à part entière… et tu ne vois pas plus loin que le bout de ton sexe, mon chéri.

— L’autre te donne tout ce que tu espères ?

— Pour le moment, il n’y a pas d’autre… mais au moins serait-ce différent, je veux le croire du moins. Mais je ne veux pas te tromper sans que tu ne le saches. Et maintenant tu es au courant… alors que proposes-tu de ton côté ?

—… ?

— Tu es impayable France ! Tu voudrais que je te dise : « banco ? Vas-y ! » Que je te donne ma bénédiction en quelque sorte ?

— Non ! Je veux que tu redeviennes le Clément de mon cœur, celui de nos premiers émois, celui que mon ventre et mon corps ont apprécié… mais sommes-nous en mesure de réagir ? Tu vois, je crois que si nous n’avons pas un nouvel élan l’un vers l’autre, notre amour est mort. Il ne passera pas un nouvel été et encore moins une mauvaise saison. Voilà ce que j’ai sur le cœur, ce que je devais te dire…

— Comment il s’appelle ton preux chevalier ?

— Pourquoi tiens-tu tellement à le savoir ? Ne dramatise pas tout et surtout pour lui. Il n’aura jamais ce que toi tu as, c’est-à-dire un amour inconditionnel. Mais je suppose que le sexe et l’amour dans beaucoup de têtes sont indissociables. Je ne l’aime pas… enfin pas de la même manière que je t’aime toi. Lui c’est juste un coup d’un soir et de quelques moments. Penses-tu que nous sommes capables de passer outre cette drôle de crise ?

—… tu ne me laisses pas vraiment le choix. Soit j’accepte et tu vas me revenir, soit je te fais une scène et tu vas filer avec lui ? Je résume bien la situation ?

— Je n’en sais rien mon Clément… il s’appelle Pierre et c’est un des comédiens de notre troupe…

— Je vois. Alors, réponds-moi franchement ! Tu vas me quitter pour ce saltimbanque ?

— Est-ce que je viens de t’expliquer cela ? Non ! Alors ne cherche pas la petite bête, veux-tu ? Je voudrais que nous trouvions un terrain d’entente… et en parler est aussi une façon d’endiguer la crise, non ?

— Si tu le penses… mais qu’attends-tu de moi dans ce cas ? Parce que je ne vois pas du tout où tu veux en venir.

— Ben… je n’en sais foutre rien moi-même ! Mais parler me libère déjà de ce poids que j’ai sur l’estomac… et puis, j’ai aussi d’un coup le feu… au ventre… viens. Puisque tu as pris ta douche, que ce soit utile ce soir…


Et cette main féminine qui se tasse toujours dans celle de son mari se dégage. Elle rampe vers le centre de ce corps nu et s’agrippe cette fois au sexe qui est sinon bien raide, déjà terriblement tendu. Et lentement dans une sorte de réflexe, France se met à masturber le vit de son mari. Celui-ci soupire et la laisse agir à sa guise. Plus troublé qu’il ne veut bien l’admettre, il se sent gonflé d’une envie étrange. Les images qui s’entrechoquent dans sa tête sont bel et bien celles de sa femme avec une autre bite que la sienne dans les doigts. Il ne peut pas prétendre que ça ne lui fait aucun effet.


Un couple ordinaire qui fait l’amour de manière ordinaire. Pourtant Clément se déhanche le plus possible, il tente même, dans un excès de zèle un cunnilingus qui ne fonctionne qu’à demi. France ne peut pas dire que c’est désagréable, mais l’extase tant espérée et attendue n’est pas là. Alors pour que sa déception ne soit pas trop grande, elle chevauche son mari. Cette fois, c’est elle seule qui se dandine sur le ventre de son homme à son propre tempo. Et enfin si la jouissance n’est pas celle des grands soirs, au moins est-elle acceptable. Et Clément aussi s’épanche dans ce calice qu’elle lui offre de la plus belle des manières.


Immédiatement après qu’elle se soit éclipsée de dessus son ventre, chacun reprend sa place respective et au bout de cinq minutes, sans un mot, la respiration calme et lente de son époux indique à la femme que Clément s’est endormi. Un dernier soupir, presque d’une rage à peine contenue et derrière les paupières féminines closes, dans des images totalement chimériques. Celles d’un Pierre en lieu et place de ce mari trop las. Aurait-il fait mieux ? Impossible de le définir véritablement. Alors, les doigts poisseux des sécrétions mutuelles échangées lors de ce corps à corps pathétique, France revient sur l’objet de son désir.


Elle rêve que cette paluche qui la branle délicatement est rattachée à un bras masculin dont elle ne connait rien. Lèvres entrouvertes, en se moquant bien de réveiller le dormeur repu, elle se donne enfin un plaisir solitaire agrémenté par des flashs durant lesquels celui qui la prend à un tout autre visage que celui de Clément… Piètre vengeance d’une femme déçue ? Pas vraiment ! Simplement un réel besoin de sentir exulter ce ventre que même le rapport de ce soir n’a pas réussi à calmer. Et c’est long, ce qui fait aussi mentir l’adage « plus c’est long plus c’est bon » puisque malgré tous ses efforts et ses passages en douceur, la brune n’est pas en mesure de faire monter l’orgasme qu’elle réclame.


Alors, en se tournant sur le flanc, collant ses fesses contre celles de son homme profondément endormi désormais, elle tente de trouver refuge dans un sommeil qui ne veut pas non plus la prendre dans ses bras capricieux. Elle reste là longtemps, voyant défiler sur le cadran d’une horloge invisible, toutes les heures d’une méchante nuit. Mais est-ce bien la réalité des choses ? Puisqu’au petit matin, il lui semble qu’elle est parfaitement en forme et que le soleil matinal est déjà levé depuis un moment, alors qu’elle s’apprête à faire la même chose. À ses côtés, la tête calée sur son oreiller, les yeux grands ouverts, Clément semble la surveiller. Il est muet comme une carpe, et c’est donc ensemble qu’ils quittent la chambre conjugale pour un petit déjeuner bienvenu.


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— Tu as l’air dubitatif mon chéri ! Ce sont mes propos d’hier soir qui te tracassent ?

— Je ne peux pas nier que tu m’as chamboulé un peu. Mais donner parfois un coup de pied dans la fourmilière a du bon et j’ai passé un long moment de cette nuit à gamberger.

— Ah ? À ce point ? Ne te mets pas non plus dans tous tes états, je ne vais pas faire mes valises. Tu vas devoir me supporter jusqu’à la fin peut-être.

— Oh, ce n’est pas forcément ce qui me tracasse le plus. Mais lorsque je t’ai épousé, c’était aussi pour te rendre heureuse et visiblement… ce n’est plus le cas.

— Je ne peux pas dire que je ne suis pas heureuse avec toi… seulement un peu insatisfaite et encore… pas tout le temps.

— Tu vas me dire que je t’ai fait jouir cette nuit ? Allons France, ne me prend pas pour plus bête que je ne le suis. Penses-tu vraiment que je ne t’ai pas entendu alors que tu te caressais pour finir ce que nous avions commencé ? Et je dois dire qu’il m’arrive également de me branler lorsque je suis seul dans la maison. Et tu as raison… un peu de piment dans notre couple ne peut que nous rapprocher l’un de l’autre… ou nous écarter définitivement de notre route commune.

—… ? Eh ben ! En voici une de discussion pour un petit déjeuner. Je… Clément, je t’aime et tu es un homme merveilleux. Toutes les femmes du monde aimeraient sans doute avoir un mari qui te ressemble, tu le sais. Mais c’est vrai que nous avons trop pris d’habitudes, que nous vivons dans un petit confort qui nous oppresse et nous grignote à petit feu. Pour le coup de pied au cul de nos existences trop bien rangées… je crois que c’est toi-là qui es dans le vrai. Mais que faire ? Je ne veux surtout pas te perdre. La plupart des couples de nos âges sont divorcés depuis longtemps et nous sommes toujours ensemble, contre vents et marées.

— Oui… mais mon cœur, pour combien de temps ?

— Tu vois Clément… depuis hier et je sais que c’est con, mais… tu me redis des petits mots doux, de ceux qui étaient si spontanés à nos débuts. « Ma chérie », « mon cœur », des attentions qui me mettent en joie et me font savoir que je compte encore pour toi. Je sais aussi faire une énorme différence entre l’amour et le sexe. Ce que je ressens pour toi, personne ne peut l’avoir. Et faire l’amour n’est pas une preuve d’amour justement. On peut facilement dissocier l’acte de ce qui fait que l’on est heureux. Je suis bien à tes côtés, et cependant, j’ai besoin de me sentir femme, avec un « F » majuscule. Tu saisis la nuance ?

— Oui ! France, tu es la femme de ma vie. Et j’en arrive à la conclusion que tu dois faire ce qui te plait. Je ne t’interdirai donc rien. Prends cela comme ma bénédiction pour aller de l’avant et tant pis si… mon amour propre prend du plomb dans l’aile. Je ne supporte pas de te savoir, comment te dire cela ? À demi heureuse ! Oui c’est bien ça… à demi heureuse ! Mais peut-être existe-t-il une solution intermédiaire, à nous de nous montrer intelligents et de faire en sorte que l’un et l’autre nous y trouvions notre équilibre.

—… Dit toujours. Tu sais que je suis tout ouïe et que tes remarques sont toutes les bienvenues. Dis-moi, exactement ce que tu as en tête.

— Dans un premier temps, pourquoi après tout ne pas inviter ton… galant à venir diner ici un soir ? Et puis, nous ferions connaissance lui et moi. Nous pourrions aborder le sujet et si l’envie vous prend, la chambre d’ami pour la nuit me rassurerait. Tu serais toute proche de moi et j’aurais ainsi l’impression de veiller un peu sur toi. C’est une suggestion qui me taraude un peu l’esprit depuis cette nuit. Un moyen moi aussi de participer et de t’aider à passer ce cap difficile.

— Mais c’est à toi que ça risque de faire beaucoup de mal, non ? Sinon j’adhère totalement à ton idée. À ceci près que pourquoi envisager notre isolement dans la chambre d’ami ? Parce que tu peux très bien aussi devenir un acteur privilégié de ce moment fabuleux.

— Mais… je ne suis pas bi ou homo, voyons !

— Je le sais et puis… qui te parle de ce genre de sexualité ? Il n’est donc pas possible que tu te mettes en tête que parfois une femme peut avoir envie de recevoir les hommages de deux messieurs… en même temps ? Est-ce que ça fait de tous les gens qui pratiquent ce genre de choses des homos ou des bis ? Non, bien sûr, alors ?

— Sans doute est-ce que tu as raison ? Pourquoi pas après tout ?

— Qu’en dis-tu donc de ma proposition ?


Clément ne parle plus. Il reste coi. France se demande un court instant si elle ne vient pas de se montrer trop optimiste. Le bol de café en l’air de son mari est comme en suspens dans l’attente d’elle ne sait quoi. Puis lentement il boit une longue gorgée de ce breuvage noir. Lorsque le récipient fait le chemin inverse, il y a sur le visage de son homme, une sorte de lumière qui le rend presque souriant. Alors il lâche d’un coup un long soupir et ses quinquets brillent d’un feu inconnu.


— Pourquoi pas ? Ça peut être instructif, qui sait !

—… Instructif ? Oui ? Pour qui ?

— Ben… je ne me souviens pas t’avoir vu vraiment jouir ma belle. Pour la simple et bonne raison que souvent je le fais avant toi. Et que je ne termine plus mes actions. D’où ta frustration, je suppose. Et les rares fois où nous avons joui ensemble… ben je t’avoue que je suis trop occupé par mon plaisir personnel et que je n’attache guère d’importance à ce qui m’entoure lors de ces instants-là…

— C’est la même chose de mon côté, je le sais bien ! Tu veux donc dire que me voir jouir avec un autre te ferait… enfin te donnerait un coup de fouet ?

— À ma libido surement… et s’il n’est qu’au sens figuré bien entendu. On ne parle pas là de jeux de dépravés, n’est-ce pas ? Pas de SM ou autres bêtises du genre… Simplement de faire l’amour entre gens « normaux ».

— Oui… encore que le qualificatif de « gens normaux » n’est pas forcément approprié pour une telle situation.

— Je te laisse te charger des détails, d’accord ?

— Des détails ? Tu parles de l’invitation de Pierre ? Oui, oui bien sûr. Encore faut-il qu’il accepte notre offre. Parce que je lui ai seulement dit qu’il n’était pas question que je te trompe… et que je te mettrais au courant de ce que tu sais.

— Pas de faire un trio… ?

— Ben, non ! Je ne pouvais pas deviner que tu avancerais dans ce sens… et j’en suis ravie. Ça me donne du baume au cœur. Je sais maintenant qu’il y a plus de vingt ans de cela… l’homme que j’ai choisi était bien le bon, et surtout qu’il demeure le seul.

— Pour combien de temps ? Ma France… tes mots ont toujours un double sens… mais je veux bien aller de l’avant, pour toi ! Pour te garder. Par contre, pour les détails de l’histoire, la discrétion doit être la plus grande possible, d’accord.

— Je crois qu’il sera assez heureux de ce que nous allons lui donner et qu’il n’ira pas le chanter sur tous les toits.

— Fais pour le mieux puisque tel est ton désir mon amour… et puis, tu sais… je crois que j’ai envie de toi.

— Oh ! C’est vrai ?

— Oui et sérieusement même.

— On dirait que tu apprécies ce que je viens de te proposer, je me trompe ? Ça te donne des ailes.

— Des ailes ? Je ne pense pas que je puisse voler avec ça… mais… viens donc par ici !


France n’a que le temps de repousser la vaisselle. Inutile de briser les tasses ou de renverser le café. Et sur un coin du plan de travail, son mari retrouve une sorte de seconde jeunesse. Ils font l’amour avec une fougue, un regain d’énergie qui laissent pantoise sa femme. Les deux jambes serrées autour de la taille de son homme, elle se laisse aller et prendre avec une puissance qui lui manque depuis bien longtemps. Le dialogue a donc du bon et le couple jouit ensemble depuis si longtemps que c’en est attendrissant. Bien sûr, ce n’est ni très long ni très violent. Mais ça apaise pourtant les nerfs en pelote d’une France contente.


À suivre…


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