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Urgence!

Chapitre 1

Lesbienne

17h30. Un appel est lancé au micro :

« Docteure Alicia LeBel. Docteure LeBel demandée stat au bloc opératoire ! »


Accélérant le pas dans les couloirs de l’hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe, Alicia avançait en direction du bloc de chirurgie vasculaire, les deux mains enfouies dans les poches avant de son sarrau blanc se pressant discrètement sur son ventre.

« Allez à la brosse immédiatement, docteure LeBel ! lui intima la coordonnatrice des salles d’opération à son arrivée dans le département. Le patient monte de l’urgence dans dix minutes ! »


‘Anévrisme de l’aorte abdominale en voie de rupture’. Tel était le diagnostic d’admission de cet homme de cinquante-sept ans. Les prochaines heures allaient être déterminantes pour sa survie. Cette condition physique se décrit par l’élargissement progressif d’une section de la plus grosse artère de l’organisme humain, l’aorte, ce gros vaisseau sanguin adossé à la colonne vertébrale. Partant du cœur, elle transporte le sang fraîchement oxygéné vers tout le thorax, l’abdomen ainsi que les membres inférieurs.


L’élargissement pathologique de ce conduit essentiel au transport sanguin devient graduellement de plus en plus morbide à mesure qu’il progresse. À un certain stade, la paroi du vaisseau devient si faible et si mince que des fissures peuvent finir par apparaître à l’intérieur de la tunique interne, l’intima, laissant ainsi le sang s’infiltrer entre les enveloppes intermédiaires de l’artère. On parle alors d’un anévrisme disséquant de l’aorte. Sous la pression induite par le liquide sanguin, l’artère peut donc éclater à tout moment dans l’abdomen, provoquant une hémorragie interne massive causant la mort de l’individu en quelques minutes.


Le traitement chirurgical s’imposant alors devient une course contre la montre, le chirurgien vasculaire devant, lors d’une laparotomie, clamper le vaisseau le plus rapidement possible afin d’en arrêter le débit et procéder par la suite à l’implantation d’un greffon synthétique qui assurera dorénavant le lien entre l’aorte saine et les deux artères iliaques destinées à nourrir le bas-ventre et les membres inférieurs. On parle alors d’une greffe aorto-bi-iliaque.


Alicia était à la brosse, comme on dit dans le jargon médical. Se nettoyant les ongles et se frottant les mains et les avant-bras enduits de Proviodine à l’aide d’une brosse, elle s’enquérait de l’état du malade auprès du docteur Simard, le chirurgien qui avait réclamé sa présence comme assistante.


« Il est dans quel état, le monsieur ?

— Il a déjà perdu beaucoup de sang. Son hémoglobine a chuté sous la valeur de 10. Il faudra faire vite si on veut le réchapper. On a déjà commencé à le transfuser et 15 autres culots globulaires ont été cross-matchés à son nom. »


La conversation se faisant, Alicia ne pouvait réprimer quelques gestes de contraction abdominale, parvenant tout de même à dissimuler l’inconfort physique qu’elle ressentait.

18h15. Rinçage des mains et des avant-bras terminé. La fille aux cheveux noirs et attachés sous son bonnet vert pénétra dans la salle d’opération. Portant un masque chirurgical bien pincé sur son nez, elle enfila par-dessus son pantalon et son T-shirt verts la blouse stérile que l’infirmière dite de service interne (celle qui se trouve elle-même brossée et dans une tenue stérile) lui tendit, alors qu’elle ne put cette fois retenir une légère grimace qui n’échappa à la nurse :

« Ça va docteure LeBel ? dit la nurse. Vous semblez mal à l’aise... ou préoccupée.

— Oh ça ira, répondit Alicia. Des petits malaises, disons. Ça va passer. »


Blouse attachée, gants stériles enfilés, le champ opératoire fut préparé, alors que l’anesthésiste, assisté de l’inhalothérapeute, installait sa ligne artérielle et prenait les plus récentes lectures du Swan-Ganz. TA 102/60, pouls 85. Signes vitaux stables. Une transfusion sous pression via réchauffe-sang en cours. Une deuxième en attente.


Alicia saisit la pince à tampon et badigeonna à l’hibitane l’abdomen du patient presque moribond alors que Dr Simard jetait un dernier coup d’œil aux radios affichées sur le négatoscope. Semblant soudainement prise d’une crampe abdominale, Alicia arrêta son geste en grimaçant d’inconfort et, reculant d’un pas en émettant un léger grognement, se pencha légèrement vers l’avant.

« Ça va, docteure ? s’informa l’infirmière en service externe (celle dont le rôle est d’assumer les tâches non stériles comme circuler à l’extérieur et fournir à l’équipe interne tout le matériel nécessaire).

— T’inquiète, chère, répondit doucement la doc. C’est rien. Je suis correcte. »


18h30. Incision médiane, depuis le sternum jusqu’au pubis. Dissection des viscères, les intestins étant enveloppés dans un sac de plastique afin de limiter les pertes hydriques par évaporation. Sous les luminaires incandescents, docteur Simard et son assistante transpiraient déjà, l’infirmière externe venant régulièrement éponger les fronts chauds et humides.


***


À la maison, Sophie était loin de vivre un tel stress. Adepte des jeux vidéo, elle naviguait sur l’écran de sa console, télécommande à la main. De temps en temps, elle laissait de côté son appareil pour s’emparer en souriant d’un autre avec lequel elle se remettait à jouer pour finalement reprendre la télé précédente afin de poursuivre sa partie.


***


Le péritoine postérieur était sur le point d’être incisé, donnant accès à un vaisseau sanguin en perdition noyé dans une mare de sang. Alicia se tenait tout près du chirurgien vasculaire, aspirateur à la main, prête à siphonner l’épais liquide foncé dès que le cautère aurait déchiré la membrane. C’est malgré sa volonté qu’elle se dandinait sur place, telle une voyageuse transie attendant l’autobus sous une température extérieure de moins vingt degrés fahrenheit.


« Cessez de danser ainsi, docteur LeBel, s’impatienta le chirurgien qui arrivait au point critique de sa procédure.

— Je suis désolée, docteur Simard, s’excusa Alicia. C’est hors de mon contrôle. OK, maintenant j’aspire le sang dans le petit bassin.

— L’aorte est clampée ! annonça l’autre à l’intention de l’équipe d’anesthésie.

— OK. 18h52, nota l’anesthésiste. Oui, on le voit dans les changements de pression. Jusqu’à présent, nous compensons assez bien les pertes sanguines. »


***


Sophie s’alloua une pause de jeu et changea de télécommande. Elle se dirigea vers la cuisine où elle se servit un Coke.


***


Alicia terminait d’aspirer la profonde cavité abdominale, l’hémorragie étant maintenant contrôlée. Le greffon de Goretex (communément appelé culotte à cause de sa forme évocatrice) fut trempé dans le sang du patient afin d’en obturer les pores avec ses propres protéines, assurant ainsi sa bonne fonctionnalité. Prise d’un nouvel épisode d’inconfort, la pauvre Ali effectua quelques pas de recul et s’accroupit sur ses jambes à tel point qu’elle contamina son survêtement stérile.

« Docteure LeBel, ça va ?! lança l’infirmière externe qui accourut auprès de la doc, rejointe par l’inhalo qui, de son poste à la tête du patient, avait suivi la scène. »


Soutenue par les épaules, ne se souciant plus de sa stérilité, elle prit place sur un tabouret de métal, tentant de reprendre son souffle. Contrairement aux attentes des personnes qui lui portaient momentanément assistance, le visage de la jeune femme n’exprimait pas de souffrance.

« Changez-vous rapidement, docteure LeBel, ordonna le chirurgien qui terminait de suturer à l’aide de minuscules fils la pièce greffée à l’artère iliaque gauche. Je vais bientôt déclamper le côté gauche. »


Alicia se reblousa rapidement et assez discrètement pour que personne ne constate que sa fourche de pantalon de salle d’op était maintenant entièrement trempée. Ayant repris son poste de travail près du patient, elle se fit remettre par l’infirmière un porte-aiguille qu’elle refila à son patron.


19h40. Déclampage du côté gauche. Le sang se remit à circuler librement vers le membre inférieur. L’anesthésiste nota une légère, mais normale, baisse de tension artérielle.

« Vous avez pas l’air dans votre assiette, Alicia, fit remarquer le chirurgien. On dirait presque une danse de Saint-Guy, par moments.

— Je suis vraiment désolée, docteur Simard, s’excusa l’autre, visiblement mal à l’aise. Je sais que le moment est vraiment mal choisi. Je vous promets que demain tout ira mieux.

— Je vous le souhaite ardemment, car demain matin nous avons une bilobectomie pulmonaire au programme. Ce sera vraiment pas le temps de danser avec les artères lobaires entre les doigts ! »


19h55. Déclampage à droite. Les deux jambes sont maintenant bien irriguées. Hémostase satisfaisante. Aucun suintement sanguin inquiétant. Les pertes se sont élevées à 7500 ml, compensées par les douze transfusions administrées par l’équipe d’anesthésie-réanimation depuis l’entrée aux urgences.


20h35. La plaie refermée et le pansement fait, le patient, toujours dans le coma, sera transféré directement aux Soins intensifs. Épuisée, Alicia s’éclipsa discrètement de la salle d’opération sans quitter sa blouse stérile. Elle s’engouffra dans le vestiaire des dames où elle se changea rapidement, abandonnant à l’insu de tous son pantalon vert qui était maintenant à tordre. De nouveau en habits civils, elle se rua au téléphone et appela Sophie :

« Sophie ? C’est moi... Oui tout a bien été, heureusement... Moi ? C’était l’enfer, tu comprends ? Alors, laisse-moi te dire ceci, ma belle bibiche : je sais que je t’avais promis de garder en moi l’œuf vibrant que tu m’as offert en cadeau... Oui, celui télécommandé et fonctionnant à distance via le wifi, mais bon sang, voudrais-tu cesser de jouer avec ta saprée télécommande quand tu sais que je vais passer la soirée en salle d’opération ? »


La réponse de la rouquine fut courte :

« Oups !! »


FIN

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