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Voisines (1)

Chapitre 8

Hétéro

Jeudi 1er octobre.


Charline avait passé la soirée avec une copine.

‒ Olivia. Elle fait des études un peu dans ton genre. Et tu sais ce qu’elle m’a dit ? Que toute ma vie je tomberai sur des types comme Cédric. Que c’est obligé. À cause de mon père. Parce qu’il en a jamais rien eu à foutre de moi. Alors inconsciemment c’est lui que je cherche. Pour l’obliger à faire attention à moi à travers eux. Sauf que c’est perdu d’avance. Parce que eux, c’est pas leur histoire. Et parce que j’ai besoin, en fin de compte, que mon père il continue à en avoir rien à foutre de moi.

– Ça, c’est le genre de théorie…

– C’est pas vrai ?

– C’est ni vrai ni faux. C’est une construction intellectuelle. Comme il y en a tant. C’est toujours plus facile de brandir un schéma tout fait dans lequel on va faire entrer les gens de gré ou de force que d’écouter ce que chaque individu a à dire en tant que tel.

‒ Alors toi, tu crois que peut-être un jour je pourrai quand même rencontrer quelqu’un qui sera pas comme Cédric. Qui me roulera pas sans arrêt dans la farine.

‒ J’en suis convaincu.

‒ Oh, merci. Tu peux pas savoir comme ça me soulage ce que tu me dis là. Parce qu’elle, hier soir, elle m’a mis le moral complètement dans les chaussettes.

‒ La seule chose, c’est que, pour que ça se produise, il faudrait que tu arrives à te désincarcérer de ce Cédric. Que tu le gardes pas, en permanence, en embuscade dans un coin de ta tête.


Elle a soupiré.

‒ Je sais bien, oui, mais ça !

Elle s’est tue. On s’est tus. Elle a réclamé un autre café. Fait une petite boule de l’emballage du morceau de sucre qu’elle a longuement fait rouler entre ses doigts.

‒ C’est aujourd’hui qu’elle commence, ma sœur, mais je suis prête à parier tout ce qu’on veut que ça durera pas.

‒ Oui, tu m’as dit. Elle supporte rien ni personne.

‒ Il y a ça. Mais il y a pas que ça.

‒ Il y a quoi d’autre ?

‒ Je devrais peut-être pas le dire, sûrement même, mais à toi, c’est pas pareil. Non, en fait ma sœur, il y a un truc dont elle peut pas se passer.


Elle a hésité.

‒ Un truc qu’elle arrête pas de se faire. Tout le temps. Combien de fois ça m’a réveillée la nuit ! Même qu’on partage pas la même chambre, qu’elle soit de l’autre côté du mur et qu’elle essaie d’étouffer tout ça dans l’oreiller. Et il y a pas que la nuit. La journée aussi. Il lui faut sans arrêt sa dose. Alors pas pouvoir avoir les coudées franches, pendant des heures, de ce côté-là, ça va pas le faire. Ça va vraiment pas le faire. Bon, mais je t’ai rien dit, hein, tu sais rien.

‒ Je ne sais rien. Rien du tout.


* * *


J’étais là-bas à l’ouverture. Et Pauline, elle, la petite branleuse, à la caisse n° 8. Dont une collègue, ou une cheffe, était en train de lui expliquer le fonctionnement. J’ai pris ce qui m’est tombé sous la main, un paquet de lames de rasoir, et j’ai été son premier client. Est-ce qu’on oublie un premier client ? Je ne l’avais jamais, jusque-là, vue que de loin. Passer en bas, dans la rue, depuis ma fenêtre. Elle ressemble assez peu à Charline, tout compte fait. Ni même à sa mère. Elle a les traits un peu lourds, irréguliers, quelque chose de très dur dans le regard, mais possède, malgré tout, un charme indéniable. Et maintenant ?


* * *


À la fac, Candice m’a littéralement sauté dessus.

‒ Alors ? Estelle ?

‒ Un piège. Un véritable piège. À mon avis, j’arriverai à rien avec elle. Rien du tout. T’avais raison. 

‒ Oh, mais faut pas partir battu comme ça !

‒ À l’impossible nul n’est tenu.

‒ Tu me déçois, là, tu me déçois vraiment. Je te pensais plus combatif.

‒ Quand c’est perdu d’avance…

‒ C’est jamais vraiment perdu d’avance.

‒ Je sais bien oui, mais là !

‒ Mais là, tu vas être le premier. C’est toi qui vas lui faire sauter son petit pucelage. Ça vaut pas le coup, ça, peut-être ?

‒ Sûrement, si !

‒ Eh ben, alors !


* * *


Émilie avait réfléchi.

‒ J’y ai passé la journée. Oui, parce que la donne est en train de changer. Olivier déménage. Et là où il va aller habiter, c’est pas la porte à côté. On va moins se voir. Nettement moins. Nicolas, lui, c’est sa copine qui commence à se douter de quelque chose. Il va faire profil bas. Au moins un certain temps. Reste Frédéric. C’est pas le plus doué. Et Sébastien. C’est pas le plus assidu. Mes journées, et surtout mes soirées, risquent de devenir quelque peu moroses. La solution ? Recruter, tiens, pardi ! Ce ne sont pas les candidats qui manquent. Mais ça prend du temps. Ça demande de l’énergie. Il faut sélectionner. Tester. Écrémer. Courir le risque de s’encombrer de quelques balourds dont on mettra un temps fou à se débarrasser. Celui de tomber sur quelque coincé qui n’acceptera pas qu’on assiste à nos ébats. Pourquoi se compliquer la vie ? Alors que j’ai ce qu’il me faut sous la main. Tes deux petits camarades. Et toi, éventuellement.

‒ Ah, mais je croyais que…

‒ Oui, ben j’ai changé d’avis. Tout le monde a le droit, non ? Et en cas de pénurie… De toute façon vous ne demandez que ça. Vous n’attendez que ça. Alors pourquoi pas ? Ce qui ne signifie pas pour autant que vous allez y avoir droit tous les trois. Non, non, non. Faut pas rêver. Il y en aura qu’un. Et encore à condition que ça se fasse. J’ai pas encore complètement décidé. Mais, si ça se fait, il y en aura qu’un. Les deux autres, il faudra qu’ils se contentent de regarder. Tant qu’ils voudront. Mais seulement regarder. Ça peut être drôlement amusant, non, tu trouves pas ? Moi, si ! Excitant même Surtout au début, quand vous allez faire tous les trois des pieds et des mains, pour occuper le terrain. Comment je vais adorer vous voir faire la roue pour me séduire ! Ah oui ! Quels bons moments je vais passer !

– Et tu comptes le choisir comment l’heureux élu ? Sur quels critères ?

– Parce que tu crois que je vais te dévoiler mes batteries ? Ah non ! Non ! Ce serait trop facile. Pas de traitement de faveur, mon cher. Même pas pour toi. Surtout pas pour toi !


Elle souffle le chaud et le froid. Elle ne sait pas ce qu’elle veut. Ou elle le sait trop bien au contraire.



Vendredi 2 octobre.


Charline était inquiète.

‒ Ça tient toujours pour l’expo, tous les deux, dimanche ?

‒ Évidemment que ça tient ! Pourquoi ça tiendrait pas ?

‒ Parce que… Parce que j’ai fait un rêve. Où tu m’envoyais sur les roses. Tu voulais plus me voir. Plus jamais. Et tu hurlais. Tu hurlais que j’avais qu’à aller le passer avec Cédric mon week-end, vuque je tenais tant à lui.


J’ai haussé les épaules.

‒ Ce n’était qu’un rêve. Un mauvais rêve.

‒ Ça avait l’air tellement vrai !

‒ Peut-être. Mais c’était faux. Complètement faux.

‒ Comment je suis idiotepar moments ! Je vais me mettre de ces trucs en tête ! Mais ils me font peur, les rêves. Il y a eu tellement de fois où ils se sont vraiment réalisés.

‒ Ben, pas cette fois-ci !


On a marché quelques instants en silence.

– C’est hier qu’elle attaquait à la grande surface, ta sœur, non ?

‒ C’était hier, oui.

– Et alors ? Ça s’est bien passé ?

– Oh, comme prévu. Elle trouve tout nul. Les collègues sont connes. Le patron abruti. Le boulot à vomir. Le jour où quelque chose lui conviendra à elle ! Sans compter qu’il y a ce que je t’ai dit. En attendant, mais ça aussi c’était à prévoir et ça me fait bien rire, elle s’est amourachée du premier venu. Et quand je dis du premier venu, c’est vraiment du premier venu. Le premier type qui s’est pointé à sa caisse avec sa boîte de lames de rasoir, elle a flashé dessus. Paraît qu’il est beau, mais beau ! Tu parles ! Elle va se faire un film dessus pendant quinze jours et puis ce sera au tour d’un autre. Je la connais depuis le temps. De toute façon elle, avec les mecs, vaut mieux qu’il se passe rien. Que ça reste dans sa tête. Parce que sinon…

– Sinon ?

– Ben sinon elle te leur en fait voir de toutes les couleurs. Un type, pour Pauline, il doit forcément être comme elle a décidé de toute éternité qu’il devait être. Et comme ça n’existe pas, qu’il tient quand même à être ce qu’il est, lui, elle te le jette à chaque fois avec perte et fracas en râlant qu’il y en a pas un seul qui tient la route.


* * *


Je suis évidemment retourné là-bas. Faire des courses en grand. Et j’ai bien évidemment choisi sa caisse. Elle a levé les yeux sur moi avec un rapide « Bonjour, Monsieur… », les a aussitôt baissés, s’est consciencieusement absorbée dans sa tâche. À deux reprises, en me saisissant d’un article, je lui ai effleuré la main, comme par mégarde. Elle l’a, chaque fois, précipitamment retirée en rougissant.


J’ai laissé passer une petite heure. Et puis je suis revenu. J’ai pris tout mon temps. Parcouru un à un les rayons. J’ai traîné tant que j’ai pu. Fait mine d’hésiter. Sa caisse ? Je m’en suis approché. Éloigné. Oui, sa caisse finalement…

‒ Je sais pas comment je me débrouille, mais je trouve toujours le moyen d’oublier quelque chose.


Elle a hoché la tête.

‒ Faut faire une liste !

‒ C’est la liste que j’oublie alors ! Et quand je l’oublie pas, je la perds.

‒ Dans ces conditions…

‒ Remarquez, ça me donne l’occasion de revenir. Et de vous voir. Ce qu’est loin d’être désagréable.


Elle s’est troublée. A rougi.

Sa main tremblait légèrement quand elle m’a rendu la monnaie.

– Vous avez froid ?

– Non… Non… C’est que…


Elle n’a pas terminé sa phrase. J’ai enfoncé le clou.

– Il fait bon pourtant ici.


Je l’ai bien un peu déstabilisée, ma petite branleuse. Elle a pas fini de s’en poser des questions. Et moi aussi, par la même occasion. Parce que c’est quoi, ses fantasmes à elle ? À quoi elle pense quand elle se fait du bien ? C’est quoi ses désirs les plus fous ? Ceux dont elle se dit qu’elle ne pourra jamais les réaliser ? Ceux qu’il faudrait que je parvienne, à force de patience, à lui faire me révéler ? Auxquels je l’aiderais, si possible, à donner corps. Pour son plus grand bonheur. Et pour le mien.


* * *


– Je suis passé vous dire un petit bonjour.

Le voisin. Le mari d’Émilie.

– C’est gentil. Eh bien, entrez !

– Et vous demander. Vous n’avez entendu parler de rien ?

– Non. À quel sujet ?

– De ma femme.

– Non. Pourquoi ? Il se dit quelque chose ?

– Peut-être que ça se calme alors ! Non. Parce que vous savez comment sont les gens. Toujours prêts à raconter n’importe quoi sur n’importe qui. Une femme seule toute la semaine. C’est une bénédiction pour eux. Ils peuvent s’en donner à cœur-joie. Inventer. Broder. Fantasmer. Ils ne s’en sont pas privés. Si vous saviez les lettres que j’ai reçues ! Un ramassis d’immondices. Dont je n’ai pas tenu le moindre compte. Ce genre de ragots on sait ce que ça vaut. Et j’ai entièrement confiance en ma femme qui, j’en mettrais ma main au feu, n’a jamais donné le moindre coup de canif dans notre contrat. Bon, mais je compte sur vous pour ne pas lui toucher mot de tout ça. Elle est tellement sensible. Ça l’affecterait. Beaucoup. Ça la démolirait. J’ai de la chance, vous savez, d’avoir une femme comme elle. Énormément de chance. Ceci expliquant d’ailleurs cela. Elle est trop parfaite. On est trop heureux. Alors s’ils pouvaient tout nous saccager. Mais je ne les laisserai pas faire. Ils n’auront pas ce plaisir.


Heureux homme qui baigne dans ses illusions ! Qu’il y reste ! Surtout qu’il y reste ! C’est ce qui peut lui arriver de mieux.



Samedi 3 octobre.


Elle en riait toute seule, Charline.

– Qu’est-ce qu’elle peut se raconter comme histoires, ma sœur ! Soi-disant que le type sur qui elle a flashé, il arrête pas de revenir et de passer à sa caisse. Et qu’il la regarde avec des yeux, mais des yeux ! Tu parles ! Il a seulement pas fait attention à elle, si ça tombe. Et elle… Bon, mais on s’en fiche d’elle. Tu sais ce que j’ai pensé que je pourrais faire ? C’est demander ma matinée demain. Il m’en reste plein des heures. On aurait tout le temps qu’on voudrait comme ça. On n’aurait pas besoin de se presser.


Elle a nerveusement ramené une mèche de cheveux en arrière.

‒ Comment j’ai hâte qu’on y soit à ce musée ! Et en même temps comment ça me fait peur !

‒ Il y a pas de raison.

‒ Oh, ben si quand même ! On sait jamais ce qu’il peut se passer. Ça peut tourner de travers. Il peut y avoir un type, ou une nana plutôt, qui me tape un scandale. Qui m’insulte. Ou n’importe quoi d’autre. Le truc imprévisible.

‒ C’est quand même peu vraisemblable. Mais enfin si tu préfères qu’on annule.

‒ Hein ! Oh, non ! Non !


* * *


Pour se rendre à son travail, Pauline prend vraisemblablement le car. Je suis allé le prendre aussi. Devant l’hôpital. Pas question qu’elle se doute, du moins pour le moment, que j’habite l’immeuble en face du sien.

J’avais vu juste. Elle était effectivement assise à l’avant. Je suis passé tout près d’elle, à la toucher, en faisant mine de ne pas la voir. Ce n’est qu’à la descente que…

– Ah, tiens, bonjour !


Elle a joué les étonnées.

– Bonjour…

– Apparemment on va au même endroit.

– Oui.

– Mais pas pour y faire la même chose.

– Ah ben ça, non !

– Vous n’êtes pas très causante.

– Si ! Non ! C’est qu’il faut que je me dépêche.

– À tout à l’heure alors ! J’ai quelques courses à faire.

Sous-entendu : je passerai à votre caisse.


Ce que je me suis bien gardé de faire. J’ai tourné un peu en rond entre les rayons, je me suis approché à deux ou trois reprises de sa caisse et je suis parti. Histoire qu’elle se pose des questions. Qu’elle se demande pourquoi je n’avais finalement pas mis mon projet à exécution. Est-ce qu’elle avait dit quelque chose qui m’avait déplu ?. Fait quelque chose qui m’avait vexé ? Ou bien est-ce que je l’avais trouvée décidément trop gourde ? Elle n’en sera que mieux disposée à mon égard, que plus reconnaissante, quand je ferai, mardi ou mercredi, ma réapparition.

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