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World of Domination

Chapitre 3

Retour à la réalité

Divers

Cette fois-ci, Mégane ouvrit les yeux dans son monde ; la vraie vie quoi. Elle reposait sur un lit, enfouie sous ses couvertures. Elle se leva, l’esprit embrouillé et des questions plein la tête : que faisait-elle là ? Ce n’était pourtant pas sa chambre ... Brusquement, le câble du casque de spiritualité virtuelle se tendit et elle se retrouva les quatre fers en l’air. Jetant le casque d’un geste désinvolte sur l’oreiller, elle se demanda pourquoi elle était retournée dans son monde. La dernière chose dont elle se souvenait était la chaleur du corps de Paragon.


-J’ai été déconnectée, se rappela-t-elle. C’était quoi le message, déjà ? Ah oui, on ne peut pas jouer plus de 6h d’affilées. Il faut que j’aille manger, quoi. Heureusement que les développeurs ont ajouté ça, sinon j’aurais complètement oublié.  


Elle descendit les escaliers d’un pas amorphe. Dans le salon, des exclamations enjouées l’accueillirent :


-Aaah, c’est ma survivante ! Alors, comment est le jeu ?

-’lut p’pa, bailla-t-elle. Mouais, pas mal.

-Comment ça « pas mal » ? singea-t-il. Tu l’entends, Alice ? Tous les jeunes de sa génération vendraient leur propre père contre une heure sur ce jeu et elle, elle le trouve « pas mal » !

-Mais laisse-la respirer va, elle vient à peine de sortir de son monde. Comment te sens-tu, mon cœur ?

-Ça va, merci tatie.  


Alice était la meilleure tante dont Mégane pouvait rêver. Plus calme que son frère, elle était en réalité davantage une amie qu’un membre de la famille. Chaque fois que la jeune fille devait se confier, elle se tournait vers tatie Alice.


Les cheveux bruns, le visage marqué de quelques rides mais pas suffisamment pour qu’on la dise vieille, le regard emprunt d’une profonde douceur, La tante de Mégane possédait cette beauté que seule la maturité offrait.  


-Quelle heure est-il ? croassa la jeune fille.

-22h passé. Tu es restée longtemps dans ton jeu.

-Combien de temps ?

-Eh bien, réfléchit son père, on l’a acheté ce matin mais, le temps de tout brancher et de comprendre comment ça marchait ... Je pense que tu t’es immergée aux alentours de ... 16h ? Mouais, ça me semble honnête. Mais raconte-nous, plutôt : comment c’était ?

-Mais voyons, Benchou, tu vois bien que cette petite est affamée.

-Oui, c’est vrai, excuse-moi, Megg. Tu veux manger, peut-être ?


Mégane sourit. Son père était un homme formidable, décidément le plus grand aventurier qu’elle connaissait. Impatient et avide de découverte, il avait toujours eu du mal à tenir en place. C’était à se demander comment il parvenait à passer 8h par nuit couché dans un lit à ne rien faire sinon dormir. Il avait visité des centaines de pays, fait des milliers de rencontres, découvert des dizaines de cultures : sa vie était un voyage sans fin. Malheureusement, une année, alors qu’il se trouvait à Bogota, une terrible nouvelle lui parvint : sa femme, Erika, était décédée. Il se retrouva avec une Mégane bouleversée sur les bras et, malgré toutes les connaissances engrangées lors de ses pérégrinations, aucune idée de comment élever convenablement une gamine de quatorze ans.


Le visage constamment ravagé par un semblant de barbe, le regard vif et avide de nouveautés, des cheveux en bataille comme s’il venait de se réveiller, Benjamin Herbert possédait le look que tout chercheur digne de ce nom endosse naturellement. Seulement, lui, il n’était pas un chercheur comme les autres. S’il passait son temps à chercher, il ne le faisait pas dans un laboratoire mais dehors, dans la nature. À ce jour, sa quête se résumait à trouver ses marques en tant que père. Quête qu’il estimerait terminée le jour où il reposerait six pieds sous terre et pas avant ! Après tout, cela ne faisait que six ans qu’il s’occupait de sa fille à temps plein.


-Je meurs de faim, acquiesça Mégane. Vous avez un peu de reptozaure ?

-Du quoi ?

-Non, rien, je plaisante.

-Je te réchauffe des pâtes, petit cœur. En attendant, tu peux peut-être nous en dire plus sur tes aventures ?


Pendant que sa tante enfournait un plat de spaghetti dans le micro-onde, Mégane raconta sa découverte du jeu. Elle n’omit aucun détail si ce n’est sa nuit avec Paragon le Désosseur. Elle conclut en expliquant que le jeu l’avait déconnectée de lui-même dans le but qu’elle se restaure.  


-C’est curieux que ce monstre ait tué ton ami mais pas toi, dit son père. Mais donc c’est comme le vrai monde ?

-C’est pareil ! Si je ne savais pas que j’étais dans un jeu vidéo, je jurerais être dans le monde réel.

-Oh parfait, donc tu penses que tu arriveras à ...

-Oui, oui, ne t’en fais pas pour ça, j’y arriverai, répliqua Mégane avec irritation.

-Aïe ! s’écria Benjamin quand Alice le frappa avec son essuie de vaisselle.


Elle lui fit de gros yeux avant de désigner Mégane d’un coup de menton. Il haussa les épaules, l’air de dire : « ça va, je voulais juste savoir ! ».


-Donc ... heu ... Megg, quand est-ce que tu reprends le jeu ?

-Je ne sais pas encore. Demain ?

-Tu peux rejouer ce soir, si tu veux, l’encouragea son père. Tante Alice nous prête sa maison juste pour ça. Encore merci, d’ailleurs.

-Je vous en prie, c’est un plaisir de vous avoir à la maison, tous les deux. C’est si rare de vous voir dans la civilisation, ces temps-ci.


Mégane détourna la tête. Elle savait qu’elle manquait à tatie Alice lorsqu’elle partait vivre avec son père ; elle s’en voulait de ne pas la contacter assez régulièrement. Seulement, la vie de bohème ne rimait pas avec technologie ... enfin, sauf quand son père tenait absolument à ce qu’elle ...


Ding-Dong


Alice et Benjamin se jetèrent un coup d’œil interrogatif. Qui pouvait se présenter à la porte si tard dans la soirée ?


-Tu sais p’pa, fit la jeune fille tandis qu’Alice allait ouvrir, c’est réellement terrifiant de se tenir face à une créature du jeu. Même si tu es persuadé que c’est faux, que ce n’est pas la vraie vie, que ce n’est qu’un monde virtuel, la peur, elle, est bien réelle.

-Je sais, Megg. Je ne voulais pas te brusquer avec toutes mes questions, pardon. Mais je sais également que tu es capable de ...

-Mégane, l’appela sa tante à la porte d’entrée, c’est pour toi.

-Pour moi ?


Son père haussa les épaules, visiblement surpris lui aussi. Dans le hall d’entrée, elle fut saluée par un homme en salopette tenant une tablette électronique. Il la déshabilla brièvement des yeux avant de reporter son attention sur son écran.


-Bonjour, z’êtes bien la joueuse portant le pseudo Megg dans le jeu ... heu ... laissez-moi vérifier ... World of Domination ?

-C’est bien moi, oui. C’est pourquoi ?

-J’ai un colis pour vous. Signez là, j’vous prie.

-Un colis ? Mais je n’ai rien commandé.

-’Savez, je ne fais qu’les livraisons, moi.

-Mais je ne veux pas avoir à payer un truc dont je n’ai rien à faire.

-Z’inquiétez pas, l’est mis ici que ça a déjà été payé. Z’avez juste à le déballer, sympa hein !

-Mouais, dit-elle avec circonspection. Vous savez peut-être qui m’offre cela, alors ?

-Non, ma p’tite dame, pas la moindre idée. Je n’fais que la livraison, moi, vous savez.

-Je vois ... Où est-ce ?

-Dans l’camion. M’sieur, je peux vous d’mander un p’tit coup de main ? Z’avez l’air fort comme y faut.

-Bien sûr.


Lorsque Benjamin et le livreur revinrent, ils transportaient un lourd carton qui faisait la taille d’un lit une place. Après une grosse demi-heure à déplacer les meubles du salon dans l’intention de trouver un endroit adéquat où poser le mystérieux colis, l’homme à la salopette s’en alla. Alice, Benjamin et Mégane, essoufflés, se retrouvèrent devant cet imposante boîte venue d’on ne sait où.


-Tu ne l’ouvres pas ?

-Honnêtement, j’ai peur de ce qui peut se trouver dedans.

-Si tu ne l’ouvres pas, on ne saura jamais ce que c’est, petit cœur.  


Mégane souffla distraitement une mèche rousse qui lui barrait le visage avant d’entreprendre de couper tous les bouts de scotch qui maintenaient les cartons entre eux. Enfin, il s’avéra que c’était ... heu ... qu’il s’agissait d’un ...  heu ...


-Qu’est-ce que c’est que ce truc ? questionna Benjamin.

-Franchement, pas la moindre idée, ajouta Alice. On dirait un ... tu sais, ces machines pour bronzer ?

-C’est vrai que ça y ressemble, admis Mégane. Mais je ne pense pas que ce soit ça. Regarde, il y a marqué en grand « World of Domination » sur le côté. Je doute qu’ils aient des actions dans des entreprises de bronzage artificiel.  

-Tu as probablement raison.

-Regarde, il y à une poignée par ici.


Benjamin souleva l’imposant couvercle en aluminium comme on ouvre un vieux coffre de pirate, seulement, au lieu d’y découvrir le traditionnel trésor, il s’y trouvait un matelas. L’étonnement se peignit sur les traits de la jeune fille.


-C’est ... un lit ?

-Oh, ce truc a une prise, regardez, s’écria Alice en exhibant un câble rattachée à la base du « lit ».


Après l’avoir connecté, une voix de femme retentit.


Bonjour, vous venez de brancher le FreeBodyCare de Megg. Veuillez ne pas éteindre l’appareil pendant qu’il se prépare au lancement.


Mégane se tourna vers son père, une flamme dans les yeux :


-C’est toi qui a acheté ça ?

-Quoi ? Mais non, Megg, je n’y suis pour rien !

-Tu me le jures ?

-Mais évidemment ! Le casque plus toutes les analyses valaient déjà une petite fortune, alors imagine ce truc.


Mégane dût admettre qu’il avait raison. Déjà qu’il s’était à moitié ruiné pour lui offrir cette console. Mais qui, dans ce cas ? Qui lui avait fait cadeau de cette ... ce ... machin ? Elle n’avait rien demandé.


-J’ai trouvé, annonça Alice.

-Qu’est-ce que tu as trouvé ?

-Eh bien, à quoi sert cette machine. Tu tapes FreeBodyCare sur Internet et tu as toutes les infos. Ils est marqué : « Pour une expérience encore plus immersive dans World of Domination, le jeu de rôle de la décennie, il est hautement recommandé de se munir du FreeBodyCare. Cet accessoire à la pointe de la technologie permettra au joueur de vivre 24h sur 24, 7 jours sur 7 dans World of Domination sans avoir à se déconnecter. En effet, le FreeBodyCare se fera un plaisir de prendre soin du corps du joueur alors que celui-ci est immergé dans l’incroyable monde virtuel. Qu’il s’agisse de le nourrir, de le déshydrater, de le laver ou même de le libérer des ses sels, le FreeBodyCare est aux petits oignons pour votre corps. Notez que le FreeBodyCare demande une importante quantité d’énergie et une coupure de courant peut entraîner des lésions cérébrales au joueur, soyez donc sûr de payer vos factures d’électricité ! De plus, si vous reliez le FreeBodyCare directement à votre tuyauterie, plus besoin de remplir son réservoir d’eau ; l’ordinateur qui y est intégré s’en occupera à merveille. N’oubliez pas de fournir suffisamment de nourriture au FreeBodyCare afin que le joueur qui l’utilise puisse y puiser à sa guise sans qu’il n’ait à se déconnecter. Le FreeBodyCare bla bla bla ... ».

-Donc, si je comprends bien, résuma son père, ce truc fait cuisinière, douche, robinet, toilette et lit. Plutôt cool !


Mégane était estomaquée. Elle fixait le caisson métallique avec une répulsion qu’elle parvenait difficilement à dissimuler. Un sarcophage, voilà exactement à quoi ça rassemblait. C’était un putain de sarcophage tout nouveau cri. Avec le FreeBodyCare, on vous embaumait vivant.


-Il y a même une vidéo d’un homme filmant son plafond dans lequel il y a des fuites parce que son voisin du dessus a oublié de relier son FreeBodyCare à ses toilettes. On dirait que c’est le truc du moment. Je me demande combien ça coûte ...


Alice ouvrit de grands yeux en découvrant le prix « en promotion pour le moment ». Elle montra son téléphone à son frère qui afficha la même expression stupéfaite. Dans un bel ensemble, ils portèrent leur regard sur Mégane.


-Quoi ? fit-elle.

-Il faudra que tu prennes grand soin de ce machin, Megg.

-Oh, t’inquiète pas pour ça, il y a aucune chance pour que je passe une minute là-dedans. Pour l’entretien, il n’y a pas mieux.

-Mais enfin, Megg, pourquoi ? Ce truc à l’air ... digne de confiance.

-Ce « truc » ? Non p’pa, ce « truc », comme tu dis, a tout sauf l’air d’être digne de confiance. On sait tous les deux pourquoi j’ai commencé ce jeu et je ferai ce que j’ai à faire mais ne me demande pas d’entrer là-dedans. Il n’y a qu’une seule personne capable de prendre bien soin de mon corps et c’est moi, pas un congélateur du futur.

-Enfin, Megg, tu ne dirais pas ça si tu voyais le prix de ce ...

-Son prix n’a rien à voir là-dedans, p’pa, répliqua la jeune fille avec exaspération. (Sa voix s’adoucit :) Écoute, je n’ai pas besoin de cette horrible chose pour parvenir à faire ce que tu veux que je fasse. J’y arriverai, il me faut juste un peu de temps d’adaptation.


Benjamin soupira. Son regard passa du FreeBodyCare à Mégane.  


-Bon, je te propose un deal. La prochaine fois que tu te fais déconnecter du jeu, si tu n’as pas réussi, tu essaies la machine.


C’était au tour de Mégane d’afficher une mine incertaine. Elle se mordit l’ongle du pouce avant de relever la tête avec bravache :


-D’accord.


Ils scellèrent leur marché d’une poignée de main énergique.


-Ce que vous pouvez être têtus, tous les deux, soupira Alice avec un sourire moqueur. Bon, avec tout ça, Mégane n’a pas encore mangé et je parie qu’elle meurt de faim. Je vais faire chauffer encore une fois les pâtes. Espérons que, cette fois, aucun étrange bonhomme en salopette ne nous dérangera avec un autre colis.


***


Elle ouvrit les yeux dans la forêt. Quelques oiseaux volaient de branche en branche, piaillant pour appeler leurs congénères. Elle était couchée à même le sol, au côté des restes d’un feu. Elle balaya la forêt du regard sans apercevoir âmes qui vivent. Ne la voyant pas à ses côtés, Paragon devait avoir déserté les lieux depuis longtemps. Mégane ouvrit sa carte afin de s’orienter puis, se releva, s’épousseta et se mit en marche.


À son grand soulagement, elle ne croisa la route d’aucun monstre blindé ou gardien (même si ce n’était que pour lui offrir des fleurs). Une fois dans le village au Cerisier, elle constata que le nombre de joueurs avaient grandement décru en comparaison à la veille. Personne ne lui adressa la parole ou même ne croisa son regard ; tous semblaient occupés.


Elle s’engouffra dans l’auberge, se disant qu’elle pourrait dénicher l’une ou l’autre information à propos du jeu. L’aubergiste, un homme à l’allure dégingandée et aux yeux éteints lui adressa un léger signe de tête lorsqu’elle le salua :


-Bonjour, je cherche ... heu ... des informations.

-À propos de ?

-De tout, je dirais ... En fait, je ne comprends pas bien ce jeu.

-De quel jeu parlez-vous, mademoiselle ?

-Eh bien, ce monde. Celui dans lequel nous nous trouvons.

-Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ?  


Mégane fut décontenancée par le ton acerbe de l’aubergiste.


-Heu ... par exemple : vous êtes un PNJ, n’est-ce pas ?

-Évidemment, répliqua-t-il d’une voix acide. Cela vous pose-t-il un problème ?

-Heu ... non, non, aucun problème.


Cet homme était vraiment désagréable. Elle lui aurait bien demandé la signification de ces trois lettres mais comme la discussion prenait une tournure des plus étranges, Mégane chercha un prétexte pour s’esquiver. Heureusement pour elle, ladite excuse entra dans l’auberge en poussant une exclamation enjouée :


-Mais, c’est ma rouquine préférée !

-Oh, salut Raymond, sourit-elle avec soulagement. Eh bien, je te trouve bien meilleure mine sans une lance en travers du torse.


Raymond explosa de rire.


-T’entends ça, Ecarn ? En plus de survivre à un putain de gardien, elle se fout de ma gueule !

-Grandiose, répliqua l’aubergiste, laconique.

-Comment sais-tu que j’ai survécu ?

-À ton avis ?


Devant le regard perdu de la jeune fille, Raymond s’écria :


-C’est vrai, j’avais oublié que tu touchais rien au jeu. Quand tu crèves, tu réapparais dans le cimetière le plus proche. Je t’ai attendu sur une tombe mais, comme je ne t’ai pas vu, j’en ai déduis que tu étais encore en vie. Le problème c’est que le cimetière le plus proche est à une demi journée de marche.

-Oh, tu as fait tout ce chemin pour moi ? s’étonna Mégane.

-Quoi ? Non, non, bien sûr que non ! Je voulais juste ... heu ...

-Si vous n’avez pas l’intention de consommer, je vais vous demander de ...

-Ecarn, la prochaine fois que tu me coupes la parole, je t’explose la face.


Mégane fut si choquée par la violence des propos qu’elle ne sut comment réagir. Elle pensa d’abord que c’était une blague mais lorsqu’elle vit Raymond dévisager l’aubergiste comme on croise le fer, elle comprit qu’il n’en était rien. Finalement, le PNJ baissa la tête :


-Je m’excuse, monsieur.

-C’est bien. Viens Megg, tirons-nous d’ici.


La jeune fille obéit, trop sonnée pour émettre la moindre objection.


-Bon, dis-moi plutôt comment tu t’en es sortie.

-Je ... enfin, j’étais ...  

-Megg, je t’ai dis que cette timidité était complètement déplacée, ici.


Elle prit une inspiration avant de le dévisager :


-Ok. Alors, dis-moi plutôt pourquoi tu parles à ce pauvre homme sur ce ton ?

-Qui ? Ecarn ? Mais on s’en fout, c’est un PNJ.


Après cet éclat, ce n’était vraiment pas le moment de demander ce qu’était un PNJ.  


-Ce n’est pas une raison, s’entêta-t-elle.

-Qu’est-ce que tu me chantes-là, Megg ? T’es super bizarre comme meuf. Tu n’as toujours pas répondu à ma question, je te rappelle : comment tu as échappé au gardien ?

-J’ai couru, lâcha-t-elle en haussant négligemment les épaules.


Se disant que la vérité serait plus difficile à avaler, elle inventa le premier mensonge qui lui passa par la tête ; elle n’avait pas envie de se justifier. En fait, elle trouvait Raymond de plus en plus antipathique. Après réflexion, la seule personne qui s’était réellement montrée attentionnée à son égard, c’était Paragon le Désosseur (même s’il l’avait abordée avec des menaces de mort).


-Si tu le dis, répondit l’archer sans même faire semblant de la croire. Bon, Megg, j’ai un pote qui m’attend dans la prochaine ville. Ça te dit de venir avec moi ? Je te donnerai quelques ficelles pour le jeu.


La jeune fille accepta et ils se mirent en route. 


-Il y a un truc que je comprend pas, admit-elle alors qu’ils marchaient côte-à-côte.

-Un seul ? ironisa Raymond.

-Non, en fait deux : le premier, tu t’appelles Raymond dans la vraie vie ou bien c’est parce que tu aimes tellement ce prénom que tu l’as choisis comme pseudo ?

-C’est mon prénom, rigola-t-il. Pourquoi tu me demandes ça ?

-Juste pour savoir.

-Et toi, Megg, d’où vient ton pseudo ?

-Mon père m’appelle toujours comme ça. Je m’appelle Mégane, sinon.

-Enchanté. Et c’est quoi l’autre truc que tu captes pas ?

-Eh bien ... le but du jeu.


Raymond eut un sourire entendu.


-Quel est le but de la vie, pour toi ?

-De la vie ? s’étonna-t-elle. Heu ... je ne sais pas, être heureuse, je dirais.

-Et tu l’es ?

-Oui.

-Tu as de la chance. Mais pourtant, tu continues de vivre, n’est-ce pas ? Le problème quand tu établies un objectif, c’est que, une fois atteint, il n’y a plus rien à faire. Imagine si les développeurs s’étaient dis :  « quand les joueurs tuent le grand méchant, ils gagnent ». Qu’est-ce qu’on ferait une fois le grand méchant buté ?

-On se déconnecterait ?

-Peut-être, oui. En tout cas, le jeu perdrait de son intérêt. Tandis que si tu crées ton propre but, une fois que tu l’as réalisé, tu peux commencé à en chercher un nouveau et ainsi de suite. En retirant le fin du jeu, le jeu devient sans fin.


Mégane médita sur ces paroles un instant.


-Mais toi, quel est ton but, dans ce cas ? demanda-t-elle.

-Gagner la guerre des guildes. C’est pour ça que je recrute : je cherche tous les joueurs utiles qui pourraient grossir nos rangs.

-La guerre des guildes ? Qu’est-ce que c’est ?

-Eh bien, en tant que guilde, tu peux conquérir des territoires. Le concept est assez simple, on se tape dessus, ceux qui gagnent remportent les terres des perdants. Il y a des subtilités mais, en gros, c’est ça. Pour le moment, ma guilde, les enragés, est en pleine guerre pour obtenir la forêt volante. Je pense que mon chef de guilde voulait profiter du bug pour s’emparer de cette terre mais, comme je suis beaucoup trop loin, j’ai laissé tombé.

-Et donc tu restes avec moi.


Raymond haussa les épaules avec fatalisme.


-Comme bouche-trou, t’es pas trop mal (un sourire mesquins étira ses lèvres).  

-Mais qu’est-ce que tu feras une fois que tu auras gagner la guerre ?

-C’est presque impossible.

-Comment ça ?

-Gagner la guerre signifierait posséder tous les territoires de World of Domination ce qui est techniquement irréalisable.

-Pourquoi ?

-Si une autre guilde décide d’entrer en guerre contre l’un de tes territoires, tu dois être capable de le défendre. Même si le nombre de joueurs présents dans ta guilde dépend du total des terres que tu possèdes, il n’y a jamais assez de joueurs pour tout défendre. Pour corser le tout, perdre une guerre est souvent synonyme de perte de joueurs.

-Je comprends, la guilde qui possède le plus de joueurs est aussi la guilde qui possède le plus de territoires.

-Plus ou moins, oui. Ça dépends de la taille du territoire, aussi. Et toi, c’est quoi ton but dans le jeu ? J’espère que c’est quelque chose de plus recherché que « être heureuse ».


Mégane hésita.


-Ce n’est pas vraiment mon objectif, en fait. Mon père tient absolument à ce que je ...

-Oh regarde ! l’interrompit Raymond. Un gluant osseux.


La jeune fille aperçut sur le bord du chemin une créature à première vue repoussante. Après l’avoir correctement observée, elle se dit que, définitivement, c’était la chose la plus immonde qui ait croisé sa route. Il s’agissait d’un amas boueux pourvu de deux antennes au bout desquelles se balançaient des globes oculaires. D’une teinte verdâtre, la substance qui recouvrait son corps laissait parfois entrevoir des bout d’os avant de les ravaler. Il devait atteindre le genoux de Mégane et se déplaçait en produisant un bruit humide tout ce qu’il y avait de plus écœurant.  


-Tiens, prends mon arc et une flèche. Je te laisse le buter.

-Heu ... moi ? Mais ...

-Vas-y.


Mégane prit une profonde inspiration avant de viser. La créature les avait repérer et glissait à présent dans leur direction.


-Quand tu veux, Megg.


Elle ferma un œil ; la flèche pointait en direction du monstre, il lui suffisait de relâcher la corde pour qu’elle cloue le gluant osseux sur le chemin. Son bras se mit à trembler.


-Il a beau être très lent, il est presque sur toi, là.


Elle se concentra, visa et ... débanda l’arc. Elle ne pouvait pas faire ça.


-Qu’est-ce que tu fabriques, bordel ? Passe-moi ça.


Un cri ressemblant à un gargouillis marécageux retentit ; une flèche venait de clouer le gluant osseux sur le chemin.


-Qu’est-ce que tu branles, Megg ?  

-Je ... je ne pouvais pas ... je n’avais pas envie de ...

-De quoi ? De le tuer ? Ce truc est dégueu’ ! Comment tu peux ne pas avoir envie de le transformer en porc-épic ?

-Je ne sais pas ... je ...

-Tu quoi ?


Mégane détourna la tête.


-Tu m’as demandé quel était mon but dans le jeu. C’est ça : tuer un monstre.  

-Tuer un monstre ? Lequel ?

-N’importe lequel. Je dois tuer un monstre, c’est ce que mon père veut que je fasse.


Raymond considéra la flaque de gélatine dans laquelle flottait quelques os à moitié décomposés. Si elle ne parvenait pas à tuer un être aussi repoussant qu’un gluant osseux, comment pourrait-elle y parvenir avec n’importe quelle autre créature ?

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