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World of Domination

Chapitre 10

Divers

Sur la berge du lac en feu, le silence régnait parmi le groupe constitué d’une débutante, de deux PNJ ainsi que de deux familiers. Lorsque Paragon avait prononcé le nom de celle dont il avait un jour été épris, Mégane s’était instinctivement tournée vers la cabane délabrée. Le Désosseur avait suivi son regard avant de se figer.


Mara avait autrefois vécu ici, avant que ... avant que le drame ne survienne. Mégane le savait et elle comprit que Paragon aussi. Blanc comme un linge, le guerrier se leva et se dirigea vers l’abri de bois.


-Paragon, je ...


Il fit un geste vague qui, malgré son absence d’énergie, réduisit au silence toute velléité d’explication. Il disparut dans la maisonnette.  


-Qui est Mara ? s’enquit le Roi croqueur.


Mégane le lui expliqua, s’efforçant de masquer la douleur dans sa voix. Humant le fumet de la viande en train de cuir, elle constata qu’elle était affamée. Ils mangèrent la viande juteuse au goût légèrement sucrée dans un silence respectueux. Il s’agissait de l’entrecôte d’une bête portant le doux nom de tanare de pâture, un genre de créature avec des cuisses énormes qui possédait encore moins de QI que Mégane (d’après Elias, bien entendu). Ce dernier tendit à la jeune fille une flasque d’eau extraite de son inventaire qu’elle accepta avec gratitude.


Mégane se rendit compte que c’était le première fois qu’elle ressentait ces deux besoins dans le jeu et comprit par après que le FreeBodyCare en était la cause. Dans le vrai monde, la machine nourrissait certainement son corps tandis qu’elle-même se sustentait dans cet univers virtuel.


En matérialisant son tableau de bord, elle constata que l’onglet « messages » se trouvait en surbrillance.  


Vous avez 3 nouveaux messages, indiquait cette section. Mégane sélectionna le premier qui avait été envoyé par Raymond.


« Salut la rouquine, je détiens ton petite monstre. Si tu veux le revoir en vie, retrouve-moi près du lac en feu, où se tient une cabane en bois. Viens seule, si tu tiens à sa vie ...


Nan, je rigole, t’inquiète meuf ! Je prends soin de lui jusqu’à ce que tu te reconnectes. La bizz ! »


Sans afficher la moindre expression, Mégane cliqua sur le second message qui se trouva être une vidéo. Le visage de sa tante apparue au centre de son tableau de bord :


«Coucou mon cœur, c’est tatie Alice. Ton père est rentré et il ... heu ... voulait te dire un petit mot donc je lui ai donné le moyen de te contacter. On ne veut pas te fliquer, c’est juste pour prendre un peu de tes nouvelles de temps en temps. (Alice posa sa main sur le caisson du FreeBodyCare) C’est très étrange de te parler alors que tu te trouves actuellement là-dedans ... En parlant de ça, ton père et moi l’avons connecté aux toilettes, tu as de l’eau à profusion et je peux te nourrir aussi longtemps que tu le souhaites donc ne t’en fais pas, profite à fond de cette nouvelle expérience. Heu ... voilà, j’espère que tu recevras bien ce message. Je t’aime très très fort, petit cœur. À bientôt. Bisou. »


Cette fois, Mégane ne put retenir un sourire ému. Sa tatie était vraiment la meilleure tante du monde ! Elle lui envoya un message pour lui dire que tout allait bien et qu’elle ne comptait pas rester très longtemps dans le jeu par ce que ... heu ... parce que ...


Son regard glissa vers Tamagotchi, frêle créature à peine capable de se déplacer et dont les chances de survie étaient plus que faibles sans elle.  


 ... Parce qu’elle avait un mission à accomplir ici-bas ! Tant que le chapardeur de peaux serait incapable de survivre par lui-même, elle ne rentrerait pas.


Une fois son message envoyé, elle lut le dernier.


« Coucou Megg, c’est papa.  


J’aurais bien voulu te voir avant que tu ne te connectes à cette machine mais ce n’est pas grave. Je constate que tu prends notre petit pari très à cœur et ça me rempli de fierté. Je sais que tu parviendras à tuer un monstre.  


En attendant, je vais au Tadjikistan voir mon pote Mirzo ; on va faire une grande ballade à cheval et vivre dans des yourtes. Dès que tu as fini avec ton jeu, je t’envoie un billet d’avion et tu me rejoins aussitôt.


Profite de cette expérience. Je t’aime, Megg.


Benjamin Hebert »


Pour ma part, je vais probablement faire une ballade à dos de dragon, si ça continue comme ça, songea la jeune fille en laissant son regard se perdre sur le surface ridée du lac.


Elle finissait de répondre à son père lorsque Paragon sortit de la cabane. Il tenait serrée contre son torse une robe blanche sans doute trouvée dans le coffre. Mégane et Elias se levèrent, ne sachant quoi dire.


-C’était à elle.


Aucune émotion ne transparaissait dans sa voix ; il avait parlé comme s’il venait d’acheter une salade dans le rayon légume. Mégane s’avança pour enlacer son large torse. Elle le sentit se tendre brusquement avant de progressivement se laisser aller.


-Excuse-moi, Paragon, je ne voulais pas te faire de peine en t’invoquant ici.

-Ça ne fait rien.


Le cœur de Mégane se serra lorsqu’elle aperçut les larmes dans les yeux de l’implacable guerrier.


-Je savais qu’elle avait été dépixelisée, avoua-t-il. Mais je n’étais jamais revenu ici depuis ...heu ... mouais ... ça a beaucoup changé. Je n’avais pas reconnu le lac avec ses bords noirs. Et ... hum ... Pourquoi est-ce que je souffre de sa disparition ?


Mégane secoua la tête, incapable de répondre à cela sans fondre instantanément en sanglots.  


-Je ... j’aimerais que ce soit toi qui l’ai, fit-il en lui tendant la robe.

-M ... moi ? Mais ... pourquoi ?

-Tu me fais parfois penser à elle.


Mégane saisit l’habit avec solennité, consciente de l’honneur que Paragon lui faisait. Au lieu de s’en vêtir, elle la déposa dans son inventaire car elle ne tenait pas à réveiller davantage sa douleur en endossantla robe de son ancien amour.


-Si nous allions nous coucher, proposa-t-elle. Il fait nuit noire et je veux me lever tôt demain pour atteindre Ragequit

-On peut bâtir de l’amour ?

-Non, Elias, on ne va pas faire l’amour. Tu ne le sens pas que ce n’est pas du tout la bonne atmosphère ?


Il balaya les alentours des yeux, cherchant probablement une meilleurs atmosphère. Mégane roula des yeux, épuisée. Qu’est-ce qu’elle allait bien pouvoir faire de lui ?


***


-J’ai beaucoup pensé durant la nuit, et je me suis dit que ce concept de nous invoquer comportait un gros désavantage.

-Ah bon ? Toi, Elias le Roi croqueur, tu réfléchis ? (Mégane sourit devant la mine outrée de son compagnon) Quel désavantage ?

-Très spirituel. Ce qui est stupide c’est que tu peux nous appeler mais pas nous renvoyer. Imagine que tu nous invoques en Terre de verre, on mettrait ... attends laisse-moi calculer ... plus ou moins onze jours pour rentrer. Sans compter que si tu as besoin de nous entre-temps : hop, rebelote !


Mégane, Elias et Paragon cheminaient sur la route menant à Ragequit. La nuit s’était déroulée sans encombre bien que la jeune fille se soit montrée inquiète pour le guerrier. En effet, ce dernier avait à peine fermé les yeux de la nuit, préférant veiller sur leur petit groupe à la lueur du feu de camp. Il ne parlait pas beaucoup, laissant à Elias le soin de les régaler de ses bavardages incessants.  


Le sujet Mara n’avait plus été abordé, néanmoins, Mégane se doutait que c’était ce qui occupait l’esprit du Désosseur. Parfois, elle sentait son regard peser sur elle mais elle faisait mine de ne rien remarquer.


-Au moins, je serai toujours avec mon petit Sénéchal, s’exclama le Roi croqueur en caressant le familier posté sur son épaule. Toi, tu ne m’abandonneras pas, pas vrai ? Et maintenant que Megg a adopté un chapardeur de peaux, il ne reste plus que notre grand dadet pour se trouver un compagnon. Je te verrais bien avec ... mmh ... un cogneur hurlant ! Non, beaucoup trop bruyant, tout compte fait. Qui se ressemble, s’assemble, dit l’adage. Qu’est-ce qui est très moche, très grand, très bête et avec une caboche aussi dure que l’acier ? Mh, une idée ?


Mégane jeta un coup d’œil au guerrier : étonnement, il affichait un mince sourire, le premier qui éclairait son visage depuis un moment.


-Un trodd des marais ? proposa-t-il.

-Mmh, un trodd des marais, dis-tu ? Oui, pas mal du tout ! En plus, vous partageriez un point en commun supplémentaire qui est une odeur repoussante. Parfait ! Nous serions tous les trois à l’image de nos familiers : l’inutilité pour Megg, Paragon, la brutalité et la pestilence, quant à moi ...

-La petitesse ? proposa Paragon.

-La mesquinerie ? enchérit Mégane.

-La dentition ?

-Des petits yeux jaunes et sournois ?

-Stop, vous n’y êtes pas du tout, voyons ! les interrompit-il, plus consterné qu’il ne voulait bien le laisser paraître. Nous avons la même ingéniosité !


Mégane et Paragon portèrent leur attention sur le croqueur perché sur l’épaule de son maître avant de s’entre-regarder. Sans crier gare, ils explosèrent de rire.


-Pourquoi vous moquez-vous ? Vous le voyez bien qu’il possède une grande intelligence, tout comme moi.


les deux complices durent se tenir les côtes tant l’hilarité les prenait. Voir le visage d’Elias arborer une teinte rouge cramoisi ne fit rien pour calmer le jeu. Ils finirent malgré tout par s’apaiser, surtout lorsque le pauvre Tamagotchi, secoué comme un prunier, hurla pour manifester sa présence et protester contre cette agitation intempestive. Il accepta avec magnanimité le sein que Mégane lui tendit à titre de lolo de consolation.


-Ce n’est pas pour toi, cette fois, sourit-elle en remarquant le regard en biais du Roi croqueur. (elle enchaîna sur un sujet qui l’intriguait :) Il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas.

-Bah il y avait longtemps ...

-Comment se fait-il que vous n’ayez jamais fait l’amour auparavant ?

-Nous te l’avons déjà expliqué, Megg. Paragon, raconte à la jeune fille qui, manifestement, n’a toujours pas compris l’utilité des neurones, pourquoi nous ne fabriquons pas d’amour. Et ça ne sert à rien de me menacer avec ce couteau, je sais que tu n’en feras rien.

-Le prochaine fois que je t’entends parler irrespectueusement de Megg ...

-Oui, oui, tu me désosseras, monsieur le Désosseur. En attendant, explique-lui je te prie.


Paragon rengaina sa lame puis se tourna vers la joueuse.


-Nous ne faisons pas d’enfant.

-Merci, grand dadet, si c’était pour dire cela je pouvais m’en charger.

-Tu m’as dit d’expliquer, j’explique.

-Exactement ! Je t’ai dit d’expliquer et pas d’asséner des vérités sans préambule.

-Eh bien, tu n’as qu’à le faire, toi qui es aussi ingénieux qu’un croqueur.

-Ne prends pas ce ton moqueur avec moi, grand dadet !

-Les garçons, les garçons, temporisa Megg. Calmez-vous et expliquez-moi plutôt comment c’est possible.

-Comment quoi est possible ?

-De vivre dans un monde sans enfants, sans famille. Vous avez bien été enfant, pas vrai?


Elias et Paragon se concertèrent du regard.


-Qu’est-ce qu’elle nous raconte encore, celle-là ? Ne va pas me dire que tu veux que je fasse preuve de respect ; ses discours n’ont ni queue ni tête.

-Je ne comprends pas, fit Paragon en ignorant superbement le Roi croqueur. Tu nous demandes pourquoi nous n’avons pas d’enfant ou bien si nous avons été des enfants ? Et je ne saisi pas vraiment comment nous aurions pu être des enfants si nous sommes maintenant adultes. C’est l’un ou l’autre, non ?


Mégane les considéra stupidement. Elle avait l’impression d’essayer de résoudre une équation à deux inconnues.  


-Tu veux dire que vous avez toujours été ainsi ? Adulte depuis le début ?

-Le début ? Quel début ?

-Oh, ça va me donner mal à la tête tout ça. Le début c’est le commencement, votre naissance, quoi.


Paragon se tourna une fois encore vers le second PNJ.


-Ne me regarde pas comme ça, je ne comprends rien à ce qu’elle essai de nous communiquer.

-Bon, Paragon, dit Mégane après avoir pris une grande inspiration, quel est ton plus vieux souvenir ?

-Mh, mon feu de camp.

-Quoi, ton feu de camp ?

-C’est mon plus vieux souvenir. J’étais assis devant mon feu de camp.

-Ah d’accord ; et avant ça, où étais-tu ?

-Eh bien ... heu ...

-Mais où veux-tu en venir, Megg ? Cet interrogatoire n’a aucun sens.

-Au contraire, Elias ! Vous voulez que je vous raconte mon plus vieux souvenir ? (les deux hommes acquiescèrent, sceptique) Je revois ma mère déposer un chiot tout près de moi. Elle me sourit et je sens le chiot se blottir contre moi. J’étais encore une enfant à cette époque.

-Qu’est-ce que tu nous chantes, jeune fille ? Sois disant, tu aurais été une enfant auparavant ?  

-Mais comme tout le monde. C’est le cycle de la vie, je ne vais quand même pas vous faire un dessin ?


Lorsqu’elle vit les expression hagardes de ses compagnons, elle se dit qu’un dessin ne serait sans doute pas du luxe ...


-Vous savez, le cycle de la vie ? D’abord on naît, ensuite on grandit, on fait des bébés et puis on meurt. Les enfants prennent la relève et ainsi de suite.

-Mais que se passe-t-il si vous ne mourrez pas ? réfléchit le Désosseur. Imaginons que tu sois le guerrier le plus puissant sur terre et que personne ne te tue.


Mégane s’arrêta de marcher. Elle observa les deux PNJ avec, pour le première fois, une lueur de compréhension dans les yeux.


-Vous ... vous ne mourez pas de vieillesse ?

-Vieillesse ? Qu’est-ce que c’est ?


La jeune fille se remit à marcher. Cette fois c’était clair : les PNJ étaient comme bloqués à un stade du cycle de la vie. Ils ne vieillissaient pas et, ce faisant, n’avaient pas besoin de donner naissance. Faire l’amour était, pour le coup, dénué d’intérêt, tout comme l’amour lui-même. Mais dans ce cas, comment Paragon avait-il été amoureux d’une autre PNJ ? Mégane se dit qu’elle l’interrogerait plus tard à ce propos, le guerrier n’étant pas entièrement remis de ses émotions.


-Vous ne vous êtes jamais demandé d’où vous veniez ?  

-Non, pourquoi ?


Elle haussa les épaules ; plus elle discutait avec ses compagnons, plus elle prenait conscience du fossé qui les séparait. Toutefois, elle prenait un grand plaisir à tenter de comprendre la raisons de toutes ces différences.


-Je ne sais pas... pour savoir d’où on vient, peut-être.

-On vient du lac en feu, Megg, nous étions ensemble. 

-Ok, laissez tomber. (elle fit apparaître sa carte) Nous arriverons bientôt en ville, il va falloir nous séparer. Je pense que ce n’est pas très bien vu de se balader avec des PNJ.

-Ce n’est pas un problème pour moi, sourit le Roi croqueur, grâce au sort d’effacement d’identité, personne ne sait que j’en suis un.

-Mouais, fit Mégane, ce serait plus sûr que je sois seule tout de même.

-Tu essaies de te débarrasser de moi, pas vrai?

-Eh bien, mon cher Elias, c’est tout à fait exact.  


Les deux hommes s’enfoncèrent dans les bois, bien que l’un d’eux le fit de bien mauvaise grâce. Uniquement accompagnée de son petit chapardeur, Mégane entra dans Ragequit. L’agglomération était ceinte d’une barricade en bois en piètre état sur laquelle Mégane observa des traces de morsures, griffes et coups de corne. Par ailleurs, les deux gardes postés devant la porte semblaient dans un état de fatigue avancé ; ils dévisagèrent la jeune fille avec méfiance avant de la laisser passer.


Ragequit était davantage un hameau qu’une ville. Des maisons décrépites s’élevaient de part et d’autre du chemin en terre, ce qui rendait l’aspect des lieux sale, poussiéreux. Une dizaine de joueurs se trouvaient là, certains à pieds, d’autres assis sur d’étranges créatures. Ils ne prêtèrent pas attention à la jeune fille qui s’engouffra dans le premier bâtiment avec soulagement. Sans trop savoir pourquoi, elle redoutait tout contact avec les joueurs. Peut-être était-ce dû à ses tout premiers échanges ...


-Tiens tiens, le monde est si petit.


Mégane se retrouva face à la dernière personne qu’elle désirait voir : Renna. Elle avait troquée son impressionnante armure turquoise contre un équipement en cuir bardé de piques dans le style gothique. Si ça avait l’air plus confortable, ça n’en restait pas moins inquiétant. Sa chevelure noire était ramenée en une queue de cheval serrée, probablement pour éviter de se retrouver avec des cheveux dans les yeux lors des combats. Elle possédait certes un joli visage mais quelque chose dans ses yeux ou son attitude lui conférait une certaine froideur, réduisant grandement sa beauté.


Submergée par une vague de panique, Mégane tenta de cacher sa gène derrière un masque neutre mais le rouge lui monta traîtreusement aux joues.   


-Oh ... heu ... b ... bonjour ...

-Salut, Megg. T’as vu, je me souviens même de ton pseudo.


La débutante leva les yeux sur son nom flottant toujours au-dessus de sa tête avant de reporter son attention sur la guerrière qui souriait mesquinement.  


-Je peux savoir ce que tu fais encore habillée avec les vêtements de début de jeu ? questionna-t-elle.

-Hum ... je ... ils sont confortables.


Renna la dévisagea avec surprise avant d’éclater de rire. Mégane trouva qu’il sonnait faux.


-Toi alors ! Et qu’est-ce que c’est que cette immonde créature ? Un bébé chapardeur de peaux ? Megg, qu’est-ce que tu fous avec ce truc ?

-Je ...

-Ah il est vraiment moche hein !


Mégane eut un mouvement de recul lorsque Renna se pencha en avant pour détailler plus attentivement Tamagotchi qui dormait paisiblement. Elle le resserra instinctivement contre elle ce qui n’échappa nullement à la guerrière.


-Bon, ça ne fait rien. Dis, c’est toi que je cherchais ; ça te dirait de rejoindre les Drakes noirs, la meilleure guilde du jeu ?

-M ... moi ??

-Non, le pape. Mais oui, toi.

-Mais ... pourquoi ?

-Parce que j’ai envie qu’on soit copine, bien sûr.


Copine ? Mégane émit de sérieux doute quant à ce souhait, pour ne pas dire qu’elle n’en croyait pas un mot. La guerrière était-elle en train de lui jouer une blague ? Elle regarda autour d’elle : personne.


Renna émit à nouveau ce rire forcé qui fit lever les poils de ses avant-bras :


-Megg, je rigole ! Ne le prends pas mal, mais tu es vraiment naïve.  


Mégane haussa les épaules. Elle se détourna pour quitter l’établissement lorsque Renna l’arrêta :


-Alors, tu acceptes ?

-Je pensais que c’était une blague ?

-Pour qu’on soit copine, oui. Mais tu es toujours invitée dans ma guilde.

-Je ne comprends pas pourquoi.

-Megg, les Drakes noirs est une guilde de matrixés

-Qu’est-ce que c’est que ça ?

-Ma-tri-xé, Megg, ton FreeBodyCare ! Tu sais, ça vient du film Matrix : les gens sont prisonniers d’un monde virtuel pendant que leur corps se trouve dans une machine. C’est comme nous sauf qu’on a nous-mêmes pris cette décision. Madame possède une petite fortune mais s’habille comme une roturière, à ce que je vois.


Elle avait déjà entendu parler de ce film sans jamais l’avoir vu. Alors comme ça, elle était une matrixée. C’était bon à savoir. Elle se souvenait à présent que Raymon avait évoqué ce mot mais elle n’en avait pas saisi le sens. 


-Tu dois vraiment être plein de thune pour acheter un FreeBodyCare sans jamais avoir joué à World of Domination, reprit Renna avec un ton railleur. C’est papa, maman qui ont payé je suppose.

-Comment tu sais que j’ai un FreeBodyCare ?

-J’ai installé un programme qui m’avertit dès que quelqu’un se connecte plus de 6h d’affilées. Quand j’ai vu ton nom apparaître, crois bien que j’en étais la première surprise. Bon allez, suis-moi.  


Sans prendre la peine de vérifier que la débutante obtempérait, Renna sortit dans la rue. Elle passa la porte de l’auberge du village, grimpa les escaliers quatre à quatre pour se retrouver dans sa chambre.


-Ne perdons pas de temps, dit-elle en ouvrant son tableau de bord.  


Mégane arrivait à peine que Renna avait déjà appuyé sur le bouton « réinitialiser l’équipement » et se tenait nue au centre de la pièce. La jeune fille ouvrit de grands yeux surpris. D’une parce que le corps de la guerrière était d’une ravageuse beauté et de deux, eh bien ... parce qu’elle était à poil.


-Ne perdons pas de temps à quoi ? répliqua stupidement Mégane en resserrant son chapardeur contre elle.

-Désape-toi !


C’était dit avec une telle autorité que Mégane ne trouva rien d’autre à faire que d’obéir. Sans perdre de temps, Renna s’agenouilla pour fourrer sa langue entre les jambes de la débutante.


-Qu’est-ce que tu fais ?? s’écria-t-elle en sautant en arrière.

-Ça ne se voit pas, peut-être ?

-Mais tu ne m’as même pas demandé mon avis !

-Megg, on est toutes les deux matrixées et moi, je ne baise que des gens de ma classe. 


Renna dut constater que la jeune fille ne comprenait rien car elle répéta comme si elle s’adressait à une enfant :


-Tu as un FreeBodyCare, n’est-pas ? Si toi avoir FreeBodyCare, toi avoir beaucoup d’argents, comme moi. En général, je ne baise que des gens de ma guilde mais je n’en ai pas vu un seul depuis le bug donc je me rabat sur toi. Et comme tu vas bientôt faire partie de notre petit groupe, on baise pour fêter ça. Mets ton petit monstre par terre que je puisse te culbuter dans les règles de l’art.

-Il est hors de question qu’on fasse l’amour ; on se connaît à peine.

-« Faire l’amour », singea la guerrière avec un rire moqueur. Ne t’en fais pas, il n’y a rien de mal à s’envoyer en l’air une fois de temps en temps.

-Désolé mais c’est non, que ce soit pour « baiser » comme tu dis ou bien pour faire partie de votre guilde.


Renna se releva, plus surprise que ce qu’elle voulait bien laisser paraître.


-Tu ne veux pas faire partie de ma guilde ? Qu’est-ce que tu racontes, personne ne refuse une invitation des Drakes noirs.  

-Il faut croire que je suis la première, dans ce cas.

-Écoute-moi bien, crétine. Ma guilde est la plus puissante du moment ; elle est capable d’éradiquer du serveur n’importe quel joueur. Sache que si tu rentres dans une autre guilde que la mienne, je ferai comprendre à tous ses membres ce qu’il en coûte de refuser notre invitation.


D’une rapidité fulgurante, la guerrière s’empara de Tamagotchi.


-Noon !

-Et pour la peine, je vais tester l’un de mes nouveaux sort sur cette immondice.

-Renna, arrête, je t’en supplie.

-Qu’est-ce qui m’en empêche ? En prenant cette décision, tu viens de déclarer la guerre aux meilleurs joueurs de World of Domination et tu es incapable de te défendre. Te rends-tu compte de la stupidité de ton geste ? Tu sais le temps que j’ai perdu en faisant demi-tour dans le seul but de venir te chercher ? Pour couronner le tout, je suis frustrée sexuellement ; il faut bien que je passe mes nerfs sur quelque chose ?

-Je t’en prie, ne lui fait pas de mal. J’ai juré de le protéger.

-Eh bien, qu’est-ce que tu attends, protège-le.


Sous la poigne de la guerrière, le petit chapardeur criait de peur. Ses pattes, pas encore développées à son âge, s’agitaient vainement dans le vide.


Renna parla dans une langue inconnue tout en levant sa main libre. Celle-ci se mit à luire d’une lumière vive, pointée sur Tamagotchi.


-Renna non ! Je t’en supplie ne fais pas ça !


Réagissant enfin, Mégane ouvrit son tableau de bord mais avant qu’elle ne puisse sélectionner l’onglet allégeances, un hurlement retentit.


-Ah ! Qu’est-ce que ...


Clap !


Un croqueur venait de tomber sur l’épaule de la guerrière, avait refermé ses puissantes mâchoires autour de son cou avant de les actionner. L’expression de Renna trahit un étonnement sans nom tandis que son corps se dissolvait lentement en pixels bleu.  


Mégane se jeta en avant pour réceptionner son chapardeur ainsi que Sénéchal avant qu’ils ne heurtent le sol.


Vous avez tué un joueur. Réputation auprès des Drakes noirs : -10


-Oh mon Dieu ! pleura-t-elle. Merci, merci, merci ! Sénéchal, tu l’as sauvé !


Elle serrait contre elle Tamagotchi qui, tremblant de peur, se remettait difficilement de ses émotions. Le croqueur les considérait avec bienveillance. Avec ses pattes croisées dans son dos, ses larges babines qui paraissaient dessiner un sourire et son crâne parcheminé, il ressemblait réellement à un petit vieux.


-Est-ce que c’est Elias qui t’a dit de me suivre ? questionna-t-elle en remettant ses vêtements ?


Sénéchal poussa un petit cri avant de se diriger vers la commode. Ne sachant pas trop quoi penser de cette réponse, elle l’observa fouiller dans les affaires de la guerrière.


-Qu’est-ce que tu fais ? Ce n’est pas à moi ; Renna va être furieuse. (Il lui jeta un coup d’œil) Ok, elle est sans doute déjà folle de rage ... De toute façon, je ne vois pas pourquoi tu trouverais quelque chose dans son armoire, ses possessions se trouvent probablement dans son inventaire.


Il revint malgré tout avec un livre recouvert d’une couverture en cuir au centre de laquelle « Le cybervarien pour les nuls » était inscrit. À le première page, Mégane put lire : écrit par Ranek77. Elle parcourut la table des matières avec empressement afin d’en comprendre le sujet. 


Visiblement, le cybervarien était le langage que les PNJ employaient. Le recueil compilait une histoire de la langue, comment prononcer les glyphes qui la composaient, les légendes urbaines de World of Domination ainsi qu’une liste de sorts qui, elle en était convaincue, lui serait d’une grande utilité. Mégane fourra le livre dans son inventaire en haussant les épaules :


-Elle n’avait qu’à pas s’en prendre à Tamagotchi. Mon Dieu, Sénéchal, qu’est-ce que tu fais ?!


Pendant sa lecture, le croqueur s’en était pris à la literie et aux meubles : des lambeaux de tissus et des plumes volaient un peu partout dans la pièce. Le coussin calé dans la gueule, Sénéchal stoppa son activité de destruction pour fixer sur la jeune fille des yeux remplis d’une feinte innocence. Catastrophées, Mégane fit signe au petit monstre de quitter la chambre ; elle ne tenait certainement pas à se trouver là lorsque Renna reviendrait de ses vacances forcées au cimetière.


Ragequit était un bien joli village mais la débutante fut forcée d’y raccourcir son séjour pour cause de mauvaise fréquentation. Elle sut où se trouvait Paragon en posant deux doigts sur sa figurine d’invocation et prit donc la direction indiquée. En chemin, après s’être assurée qu’il n’y avait personne aux alentours, elle donna le sein à Tamagotchi que toute cette agitation avait perturbée. Quelques minutes plus tard, elle tombait sur les trois PNJ qui la saluèrent chaleu ... Comment ça, trois PNJ ??


-Heu ... qui c’est ça ?

-Megg, laisse-nous te présenter notre nouvel ami : Hugo l’clodo.

-Hey, lâcha ce dernier sans même regarder Mégane.


Elle lui rendit son salut avec autant d’enthousiasme. Sa première pensée fut que son nom n’était pas des plus reluisant ; sa seconde fut qu’il lui allait aussi bien que les frusques qu’il portait. En effet, Hugo donnait l’impression de vivre dans les bois : il était crasseux, ses vêtements étaient rapiécés, ses cheveux, qui avaient dû être noirs autrefois, arboraient à présent la couleur de la boue ...


-Comment vous connaissez-vous  ?

-Eh bien, nous venons tout juste de le rencontrer, raconta Elias avec une certaine fierté. Je vois que tu as pris soin de Sénéchal, c’est bien aimable à toi.

-Mouais, c’est plutôt l’inverse, en fait ... tu lui as demandé de me suivre ?

-Tu apprendras, chère Megg, que je ne le contrôle pas plus que tu n’emploies les services de tes méninges. Il va où il veut, tout comme moi.


Mégane considéra le croqueur avec un tout autre regard. Elle pensait qu’il obéissait aux ordres du Roi croqueur, pas qu’il agissait de son propre chef. Elle lui en fut d’autant plus reconnaissante et se sentit même davantage en sécurité.


-Je ne savais pas que vous traîniez avec des joueurs, entendit-elle.


C’était Hugo qui avait parlé. Les compagnons de Mégane semblèrent mal à l’aise mais Paragon prit la défense de la jeune fille :


-Megg n’est pas comme les autres joueurs.

-Mph, tous les mêmes, cracha Hugo.

-Pourquoi vous dites ça ? demanda-t-elle.  


Elle ne saisissait pas d’où venait l’antipathie du nouveau venu à son égard. Il se contenta de hausser les épaules, toujours en veillant à ne pas croiser les yeux de la jeune fille.


-Bah super l’ambiance. Bon, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. La mauvaise ...

-Ne me dis pas que tu as encore perdu du QI ? Megg, c’est des choses que tu ne peux pas te permettre, tu le sais.

-La mauvaise nouvelle, disais-je, reprit Mégane en foudroyant le Roi croqueur du regard, c’est qu’une guilde entière en a après moi.

-Comment ça, une guilde entière ?? s’écria Paragon en sautant sur ses pieds. Comment c’est possible ; tu n’es même pas restée une heure dans cette ville ?

-Eh bien il faut croire que j’ai un don pour m’attirer des ennuis.  

-Et la bonne ?

-Regardez ce que j’ai trouvé !

-Houla, Megg, c’est un livre ! s’exclama Elias. Repose-ça tout de suite, tu vas te blesser ! Aïeuh ! Pourquoi tu me frappes, grand dadet ?

-Tu l’as pas volé, grogna Paragon.

-Ce bouquin va me permettre de comprendre un peu mieux ce monde, poursuivit Mégane. Déjà, je ne savais pas qu’il possédait une langue propre. C’est aussi remplie de ...

-Le cybervarien n’est pas dédié aux joueurs, intervint brusquement Hugo.


Il y eut un silence.


-Il faut croire que Ranek77, l’auteur de ce recueil, a trouvé un moyen de rassembler des informations à ce propos. Elias, je me demandais, tu penses qu’il serait possible de trouver un sort pour enlever ton effacement identitaire ?

-Pourquoi voudrais-tu faire une telle chose ?

-Eh bien ... je pensais que c’est ce que tu désirais ...

-Tu vois, cher Hugo, cette charmante jeune fille n’a jamais reçu le mode d’emploi de l’utilisation de son cerveau. N’en aurais-tu pas un double, à tout hasard ?

-Un cerveau ou un mode d’emploi ?

-Bon, arrêtez, vous deux ! Je croyais bien faire, c’est tout. Pourquoi ne veux-tu pas récupérer ton nom, Elias ?

-Ça me parait évident, non ? Les PNJ sont très mal vus par les joueurs ; s’ils ne savent pas que j’en suis un, au revoir les petits tracas. Je peux rester avec une joueuse sans risquer de perdre ma réputation.


Mégane réfléchit ; aussi énervant qu’il pouvait être, Elias n’avait pas tout à fait tort. Les PNJ étaient mal vu, c’était un fait. Mais quant était-il des joueurs traînant avec eux ? Comment les autres joueurs la traiteraient quand ils verraient qu’elle passait son temps avec de PNJ ? Elle médita longuement la question avant de se mettre à feuilleter le livre. Grâce à la table des matières, elle tomba rapidement sur le sort qu’elle convoitait : effacement identitaire.


-Je ne peux pas lire ces glyphes. Elias, tu peux le lancer sur Paragon ?

-Sur moi ? Mais pourquoi ?

-Pour cacher que tu es un PNJ, grand dadet ! Elle a raison et j’ai l’honneur de vous annoncer que c’est une bonne idée.

-Bah voilà, même Elias approuve, jeta Mégane avec ironie.  


Paragon finit par accepter et son identité fut proprement effacée. Après avoir jeté le sort, Elias feuilleta sommairement le livre.


-Il y a même des légendes ! s’écria-t-il. Megg, lis-en une !

-Pourquoi moi ?

-Tu ne veux quand même pas que ce soit ce grand dadet avec sa grosse voix qui s’y colle ?

-Ah, donc tu trouves que j’ai une jolie voix ?

-Plus belle que celle que Paragon, oui.

-Mouais, je vais prendre ça comme un compliment ... Laquelle vous voulez ? Le temple quantique, la guilde des mage-siciens, la bête d’outre-terre, la traversée de la mer des larmes, le sort impossible, la fleur du gardien, la décision du croque-mort, les ...  

-Celle-là ! s’exclama Elias. Il faut respecter les croque-morts ; je suis bien curieux de savoir quelle décision il a prise.


Mégane se lança :


« Voici l’histoire de Bobby, un joueur expérimenté qui dépassa les bornes ...

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