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World of Domination

Chapitre 13

Début des combats

Divers

-Qu’est-ce que tu fous dans ma chambre ?


Les deux joueuses se dévisageaient avec un tel venin dans le regard que l’air lui-même paraissait empoisonné. Renna prit conscience que le pseudo de Megg brillait d’une couleur rouge vif, caractéristique commune de tous les ennemis. Cela ne pouvait signifier qu’une chose.


-C’est contre toi qu’on est en guerre ? Les Insurgés, c’est toi ?

-J’en avais marre qu’on m’invite dans des guilde sans intérêt.


En parlant, Megg s’était emparé de son couteau et le brandissait gauchement mais fermement. Si son père lui avait appris le maniement de l’arc, il n’avait pas jugé utile de lui enseigner à se défendre avec une lame, encore moins avec une arme de si piètre qualité. Renna explosa de rire face au spectacle qu’offrait la débutante : nue, un couteau rudimentaire en main et une position inadéquate, elle possédait tous les atouts pour se couvrir de ridicule.  


-Cette guerre sera encore plus simple que ce que je pensais. Rends-moi le livre, Megg.  

-Plutôt crever !

-Si ce n’est que ça.


Des pixels jaillirent de l’armure pour converger vers le poings de Renna où ils formèrent trois griffes turquoise. Elle arma son bras mais une boule de poile brune lui tomba sur le visage. Les crocs de Sénéchal se refermèrent sur la gorge de la guerrière sans entamer l’épaisse armure. Néanmoins, cela permit à Mégane de s’échapper en repoussant son adversaire d’un coup d’épaule. Le croqueur batailla pendant un moment, griffant et mordant ce qui passait à se portée jusqu’à ce que Renna le projette dans un coin de la pièce. Elle hurla de rage avant de partir à la poursuite de la débutante.


Dans la rue, Mégane ouvrit son inventaire en tremblant comme une feuille, cherchant n’importe quoi qui pourrait la tirer de cette situation désespérée. Elle n’avait qu’une flèche, un livre et la robe usée de Mara. Se rappelant qu’elle courait en habit d’Eve, elle se dit que la robe ne serait pas de trop.


-Ah, Megg, tu tombes bien ! Nous nous demandions, Hugo et moi, Si le trou était assez profond comme ça.

-Laissez tomber le piège, haleta-t-elle. Renna est déjà entrée.

-Quoi ? Comment ?

-À toi de me le dire : vous étiez censés surveiller l’entrée !

-Pardon ?! Tu ne nous as jamais ...

-Pour l’amour du ciel, tais-toi ! Renna est juste là ; prends Tamagotchi avec toi et protège-le.  


La guerrière venait de faire irruption au bout de la rue. Avait-elle doublé de volume ? Non, d’une manière ou d’une autre, son armure avait été modifiée : des piques de la même facture que ses griffes surgissaient de partout, lui conférant un air de hérisson enragé.  


-Je vais te crever, Megg !

-Qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais ??


Planqués dans leur tranchée, les deux PNJ lui firent signe de fuir.


-Pour aller où??

-Ça n’a pas d’importance, cours !


Mégane se jeta sur le côté, évitant de justesse une projection verte qui s’écrasa plus loin. Lorsque la poussière de l’explosion retomba, elle révéla un cratère fumant. La jeune fille déglutit et, sans perdre davantage de temps, prit ses jambes à sou cou.


-Tu vois ce que je te disais plus tôt, soupira Elias, retranché dans son trou, cette jeune fille n’a pas grand chose dans la caboche mais qu’est-ce qu’elle est chanceuse. Regarde-la, ça court partout mais ça ne sait pas où aller. Et une chance qu’elle se soit habillée, normalement elle fait ce genre de chose à poil.


Renna passa devant leur abri en éructant de rage. Elle avait troqué ses griffes contre deux boucliers bardés d’épines. Telle les lanceurs de disques d’antan, elle projeta l’une de ses curieuse arme en direction de Mégane qui ne l’évita que grâce à ses réflexes. L’objet rebondit sur plusieurs structure avant de revenir à son possesseur.  


-Pourtant, tu lui as prêter allégeance, contra Hugo en portant un regard craintif par-dessus le tas de terre.  

-Il est vrai que j’ai fait cela, mais tu comprendrais si tu savais ... et ce, malgré ton déficit cognitif.

-Y-a-t-il un rapport avec la fabrication de ce fameux amour ?


Elias le considéra une pleine seconde avant qu’une explosion ne retentisse, le forçant à se tasser sur lui-même.  


-Peut-être n’es-tu pas aussi bête que tu en as l’air, finit-il par admettre.

-Ne devrions-nous pas l’aider ? Elle semble en bien mauvaise posture.

-Ne t’en fais pas, Hugo, c’est une habitude chez elle. Dans le pire des cas, elle meurt et elle ressuscitera d’ici quelques heures.

-Mais si elle se fait dépixeliser, Renna s’en prendra à nous après ...


Le Roi croqueur ouvrit de grands yeux avant d’oser porter son regard sur le champ de bataille. Mégane se démenait comme elle pouvait pour esquiver les boucliers qui rebondissaient partout. Pendant ce temps, Renna en profitait pour la bombarder de sorts plus meurtriers les uns que les autres.


-Elle a l’air de s’en sortir, je trouve.


Hugo le dévisagea :


-Elle a l’air de tout sauf de s’en sortir. Que peut-on faire ? En quoi es-tu spécialisé ?

-Moi ? En croqueur.

-C’est tout ?

-Oui, c’est tout, monsieur. Je ne suis là que depuis la mise à jour 1.39, moi. Et puis, j’ai passé le plus clair de mon temps dans les geôles d’une château. C’est toi qui a connu le plus de mise à jour, tu devrais savoir faire quelque chose, non ? Tu as une spécialité ?

-J’en ai plusieurs ... J’ai quelques notions en ancien cybervarien.

-Eh bien, qu’est-ce que tu attends ??

-C’est vrai, laisse-moi réfléchir ... Ah, je sais !


Un disque passa à deux doigts du ventre de Mégane tandis que le second lui revenait dessus après avoir ricoché contre la barricade du village. Elle se baissa in extremis, le bouclier la rasant de près. Le sifflement d’une boule de feu retentit ; d’une roulade, elle évita le projectile avant de se relever, le souffle court. Elle n’allait pas tenir longtemps à ce rythme-là. Déjà, un autre disque fonçait sur elle.


L’insidieux calculateur vous bénit.


Pendant un instant, Mégane fut tellement décontenancée par la voix de femme qu’elle faillit se retrouver avec un bouclier en guise de mâchoire. Qu’est-ce que c’était que ça ? Pas le temps de se questionner ; une sphère de magma plongeait sur elle.  


C’est alors qu’elle remarqua un étrange détail : des lignes rouges traversaient son champ de vision. Elle comprit sans savoir comment que les disques et les sorts suivaient ces tracés.  


Ça va être plus simple, maintenant.


Le magma s’écrasa à deux mètres d’elle, parsemant sa robe d’une myriade de projections brûlantes. Elle évita le premier disque avant de se rendre compte que la ligne directrice du second passait au travers de sa gorge. Le Héros quantique seul sait par quel miracle, elle se baissa et parvint à s’emparer du bouclier. La force cinétique de l’objet faillit la jeter au sol mais elle tint bon. Mue par un réflexe, elle dévia d’un coup de bouclier la décharge mauve qui fusait sur elle. Dans un bruit d’éclaboussure, celle-ci recouvrit une maison en bois qui se mit aussitôt à fondre.  


Toutes deux essoufflées, elle se fixèrent en chien de faïence. Chacune était en possession d’un bouclier et, bien que Renna soit caparaçonnée de plaques et de piques, elles étaient maintenant à armes égales.


-Je dois admettre que je suis surprise, jeta la guerrière, je ne m’attendais pas à ce que tu sois toujours en vie à ce stade du combat.


Mégane ne répondit pas, préférant garder son souffle pour le reste de la bataille. Bon sang, pourquoi Elias et Hugo ne venaient-ils pas lui prêter main-forte ?


Renna échangea son bouclier contre une masse d’arme hérissée de pointes métalliques. L’objet paraissait d’une lourdeur sans pareil et pourtant, la guerrière le maniait avec une aisance déconcertante. Megg se campa sur ses jambes, se préparant à l’impact. Lorsque la masse percuta son bouclier, le sol disparut sous ses pieds. Pendant une seconde, elle se demanda pourquoi il y avait autant de vent avant de percuter le mur d’une maison ; tout l’air fut expulsé de ses poumons.


-Ne bloque pas, esquive, entendit-elle.

-Merci du conseil, Elias, grogna-t-elle en se relevant difficilement.  


Une ligne rouge la traversa de haut en bas et, sans réfléchir, elle se jeta sur le côté. La masse d’arme s’abattit à l’endroit où elle se tenait une micro-secondes auparavant, réduisant en morceaux tout un mur de la maison. Elle courut pour se tenir hors de portée de l’arme mais elle discerna une ligne de mire la parcourir de part en part. En se retournant, elle eut tout juste le temps de lever son bouclier pour s’abriter de la boule de feu. Le choc la jeta au sol et, déjà, Renna plongeait sur elle.  


***


Lorsque Paragon émergea de sa sieste précipitée, il se retrouva avec un croqueur lui prodiguant claque après claque pour le réveiller. 


-Sénéchal ? Qu’est-ce que ... Où est Megg ?!


Bien qu’il ne comprit pas ce que le familier d’Elias lui cria, il sut que la jeune fille était en danger de mort. Sans prendre la peine de se rhabiller, il dévala les escaliers pour débouler dans la rue, le regard fou. Là-bas, une jeune fille acculée au sol essayait tant bien que mal de survivre aux assauts répétés de la guerrière. Il s’élança à son secours, sélectionnant dans son inventaire une impressionnante hache à double tranchants. 


À une dizaine de mètres des combattants, il prit conscience que ce n’était pas Megg qui était étalée face à son adversaire, mais Mara. Sa Mara ! Par la grande Quantiquité, elle était vivante ! Elle portait même sa robe habituelle. Et Renna était sur le point de la tuer.


Hurlant à s’en déchirer les cordes vocales, il enfonça son arme dans le flanc de la guerrière qui fut projetée sur le côté avant de se rétablir d’une roulade.


-Qu’est-ce que ...


Elle n’eut jamais le temps de finir sa phrase car un démon nu se jetait sur elle, une promesse de mort inscrite sur le visage. Précipitamment, elle matérialisa un large bouclier contre lequel la hache de Paragon fut déviée. Conservant son élan, il effectua un tour sur lui-même et défonça la protection qui vola plus loin. Porté par une vitesse ahurissante, le coup suivant cueillit Renna au creux des reins et, bien que l’armure tint le choc, elle n’en sentit pas moins une douleur fulgurante.


-Ne touche pas à Mara !! s’époumona le Désosseur. C’est ma Mara ! Ma Ma-ra !


Des larmes de rages dévalaient ses joues ; son cri fut accompagné d’une pluie de coups que Renna eut le plus grand mal à parer. Paniquée, elle récita une formule d’explosion qui les projeta tous deux au loin. Dépourvu d’armure, Paragon fut celui qui en pâtit le plus.


-Ça devrait me laisser quelques secondes de répit, haleta Renna.  


Il n’en fut rien : surgissant à travers la fumé de la déflagration, le corps carbonisé et la hache brandie, Paragon hurlait comme s’il était la mort elle-même.  


À cet instant, Renna connut la peur. Une peur viscérale, ancrée dans ses gènes que même la possibilité d’une résurrection prochaine ne parvint à étouffer.  


L’arme fendit l’air, trancha le bras que la guerrière avait instinctivement levé, s’enfonça dans le creux de l’aisselle avant de poursuivre sa course au travers du corps. Elle fut dépixelisée avant d’avoir touché le sol.


Soudains, le calme s’abattit sur le champ de bataille.  


Paragon, hors d’haleine, fixait la l’endroit où Renna avait disparue. Il lâcha son arme ; le son qu’elle émit sembla le tirer de sa torpeur.


-Mara, marmonna-t-il, où est Mara ?


Paniqué, il balaya les environs des yeux. Un crissement de gravier le fit faire volte-face : c’était elle ! Elle était en vie !


-Mara ? Mara, c’est bien toi ?

-Paragon ... Mara n’est plus ... elle n’est plus en vie ...  

-Plus en vie ... ? Mais si, c’est toi, Mara ! Je me souviens de toi.

-Je regrette. C’est Megg, tu te rappelles? C’est toi qui m’a donné cette robe.

-Cette robe ? Je ...


Il tomba à genoux pour frôler la robe de ses doigts tremblants. Soudain, il enfouit son visage dans le giron de se douce amie et éclata en sanglots.


-Je suis désolé, Paragon. Pardon, pardon ... Je ne voulais pas te faire souffrir.


Le guerrier gémissait comme un enfant, pressant le tissus élimé de la robe grise contre son visage. Mégane tentait de le consoler en caressant ses cheveux sombres. Incapable de rester indifférente à une telle douleur, ses larmes jaillirent également, irrépressibles. 


-Elle me manque tellement ...

-Je sais, Paragon, je sais ...


Hugo et Elias approchèrent, l’hésitation peint sur leurs traits. Ils avaient beau ne pas saisir ce qui se tramait, au moins, le Roi croqueur eut la décence de ne pas lancer de remarques ironiques. Il tenait Tamagotchi dans le creux de ses bras et contemplait en silence le couple enlacé.


Les insurgés ont défait un adversaire ; vous pouvez sélectionner l’un de ces trois objets pris aléatoirement dans l’inventaire du joueur Renna.


Un écran jaillit devant eux dans lequel flottaient une bouteille d’eau-de-vie, une paire de gants et un sabre.  


-Pourquoi a-t-on droit à cela ? s’enquit Mégane en essuyant ses joues. Je n’ai pas eu la même chose lorsque Sénéchal l’a tué la première fois.

-C’est le butin de guerre, lui apprit Hugo. C’est notamment ce qui rend la guerre si intéressante : si tu gagnes, en plus d’obtenir un nouveau territoire, tu pilles les ressources de tes ennemis.

-Je vois ... (la jeune fille se tourna vers le guerrier qui se levait péniblement, le yeux bouffis de chagrin) C’est toi qui l’as tué, Paragon, c’est à toi de choisir la récompense.


Le Désosseur considéra les trois choix d’un œil morne avant de s’emparer de la bouteille d’eau-de-vie. Sans attendre, il l’ouvrit d’un coup de dents pour en déverser une grande partie dans son gosier. Ses compagnons le dévisagèrent, interdits ; il parut s’en rendre compte et leur offrit la bouteille. Si Mégane refusa poliment, Elias ne se fit pas prier :


-Ça tombe bien, ce combat m’a donné soif, dit-il avant de prendre une grande rasade. Ah, qu’est-ce que ... cof cof ... c’est que cette ... cof cof cof ... pisse de goule ?? Tu as vraiment pris le pire objet, grand dadet ... cof cof !


Paragon s’empara du spiritueux et se remit à l’avaler à grands traits.


Mégane récupéra son chapardeur qui se blotit dans ses bras avec un soulagement évident. Elias était un être étonnement doué avec les créatures mais il restait un éleveur de croqueur, des monstres carnivores vivant en colonie dès leur plus jeune âge. Il était donc normal de les élever avec une certaine rudesse. Froussard de nature, Tamagotchi émettait quelques réserves quant à cela ; pour être honnête, il n’appréciait pas fortement le caractère acerbe du Roi croqueur.


-Et maintenant ? questionna Hugo.  

-Renna est arrivée plus vite que prévue, réfléchit la jeune fille tout haut, et le piège est encore loin d’être terminé. Je ne pense pas que ...

-Pardon ?? Cof cof ... Le piège est parfait ... cof cof ... comme ça !

-Il le faudrait bien plus profond.  


Hugo lança un regard victorieux au Roi croqueur qui, toujours sous l’emprise de sa quinte de toux, ne put répliquer.


-Cela dit, je ne sais pas si Renna l’a vu ou pas ... On le finira plus tard. Elias, tu veux bien panser les plaies de Paragon ? Pendant ce temps, Hugo va me montrer le chemin vers cette mystérieuse PNJ. J’aimerais lui parler avant que Renna ne revienne. Si elle peut nous accorder le droit de faire revivre les PNJ, le combat sera plus équitable.


L’ancien chef du village l’emmena dans une ruelle que les carnages du combat avaient épargnés. Là, entre deux bicoques, se dressait une chapelle en bois.


-C’est ça, ton temple ?

-Lui-même, le temple de Ragequit.

-Il ne paye pas de mine.  

-Nous n’avons jamais eu la folie des grandeurs, comme vous autres, joueurs. Une construction se résume à son utilité. En l’occurrence, ce temple est fait pour coder, c’est tout.

-Coder ? Tu veux dire prier ?

-Prier ? Qu’est-ce que c’est ?

-Heu ... ça n’a pas d’importance.


La porte émit un grincement lorsque Hugo la poussa. Il n’y avait qu’une seule pièce au centre de laquelle trônait un autel construit dans un bois sombre. Sur sa droite, la statue d’un homme la considérait avec ce qui ressemblait à de la sagesse dans fond des yeux. Il tenait ses mains en coupe au centre desquels demeurait une gemme noire.


-Il y a fort longtemps que je n’étais plus venu ici, avoua le PNJ avec émotion.

-Combien de temps ?

-Oh, de nombreuses mises à jour ... Je me souviens l’avoir construit avec les membres du village. L’un des gardes qui nous a laissé entrer y avait participé.

-Une chance pour nous que tu les connaissais.


Hugo haussa les épaules avec modestie. Revoir son village devait le chambouler quelque peu et Mégane se surprit à penser qu’il avait dû être un bon leader.  


-Comment allons-nous là-bas ?

-Nous ? Je ne peux pas t’accompagner car je devrai maintenir le passage ouvert. Tu iras seule

-Quoi ? Mais je ne saurai pas quoi faire ; je ne comprends rien à ce monde.

-Tu y arriveras, Megg.

-Pourquoi tu dis ça ? Il y a quelques heures, tu ne pouvais pas m’encadrer.


L’ancien chef du village baissa la tête sur Tamagotchi qui le fixait de ses grands yeux sombres. Loin d’être d’une quelconque utilité, le chapardeur avait été adopté par la jeune fille sans raison particulière. Pour Hugo, les gestes dépourvus d’intérêt comme celui-là étaient la plus belle démonstration de la nature d’une personne, qu’il s’agisse d’un joueur ou d’un PNJ.


-Tu es sensible, Megg. Et, pour une raison que j’ignore, tu te soucies de nous.


Mégane détourna le regard, embarrassée.  


-Alors, comment irai-je là-bas ?

-Je dois coder une demande auprès des dieux.

-Vous avez des dieux ?

-Mmh ... ce ne sont pas des dieux comme vous l’entendez. Je me rappelle avoir eu une discussion avec un joueur quelques temps après la mise à jour 1.42, quand nous apprenions encore à nous connaître. Ils disaient que vos dieux étaient généralement des créateurs, n’est-ce pas ?

-Eh bien, je dirais que c’est plus compliqué mais on peut dire ça, oui.

-Dans notre culture, ce sont davantage ... comment dire ? Des forces ? Il n’y a pas vraiment d’équivalent chez vous. Dieux est ce qui s’en approche le plus. Je dois leur demander un droit de passage en ancien cybervarien.  

-J’imagine que ce n’est pas la même chose que du cybervarien.

-En effet. Si le cybervarien permet d’agir à l’échelle de ce monde, l’ancien cybervarien, lui, permet de faire la liaison avec l’autre monde. Malheureusement, ce savoir a quasiment disparu. Autrefois, il y avait un codeur dans chaque village ...

-Que s’est-il passé ?

-Les joueurs, répondit-il avec laconisme.


Mégane acquiesça. Plus elle discutait avec les PNJ, plus elle comprenait leur haine envers ses pairs et plus elle partageait ce sentiment. Elle n’en fut que plus déterminée pour sa quête.  


-Pendant mon combat avec Renna, se rappela-t-elle, j’ai reçu une bénédiction. Était-ce toi ?

-L’insidieux calculateur. Oui, c’était moi : je lui ai demandé de te venir en aide.

-Merci. Sans ça, je reposerais certainement dans un cimetière à l’heure qu’il est.


Cette fois, ce fut Hugo qui se montra embarrassé. Il n’avait pas pour habitude de recevoir les remerciements d’un joueur.  


-Oui bon ... heu ... il faut que je réfléchisse à un codage. Comme tu ne connais pas ce monde-là, tu ne sauras pas te guider. Je dois donc te placer directement sur le bon chemin, ce qui rend ma sollicitation beaucoup plus complexe.  

-Très bien, je te laisse réfléchir.


Mégane sortit dans l’air frais de la nuit. Elle en profita pour donner le sein à Tamagotchi mais se rendit rapidement compte qu’elle était à sec. Elle effectua une récupération mammaire, le chapardeur blottit entre ses jambes. Cette fois, elle sentit sa poitrine s’alourdir tandis que le lait affluait. C’était une sensation assez étrange, pas dérangeante non plus.


Tamagotchi se rua sur la nouvelle source de nourriture en secouant joyeusement des pattes.


-Héla, doucement, toi. T’aimes ça, pas vrai ? Tu aimes quand maman s’occupe de toi, hein.


Elle lui frotta tendrement le haut du crâne. Elias lui avait dit que les chapardeur de peaux étaient des créatures assez étranges : à l’instar des grenouilles, ils effectuaient une sorte de transformation au cours de leur vie. C’était la raison pour laquelle Tamagotchi ne ressemblait en rien à la forme naturelle de sa défunte mère biologique ; il en était toujours au stade de « têtard ». Le problème, c’est que ces créatures étaient d’une grande faiblesse tant qu’elle n’avait pas atteint leur âge adulte. Et même à ce moment-là, avait ajouté le Roi croqueur, ils sont aussi robustes qu’un tabouret sans pied.


Une fois nourri, elle joua avec lui jusqu’à ce que Hugo l’appelle. Elle entra et eut la surprise de voir une faille magique devant la statue de bois.


-Je pense que c’est le bon chemin, lui sourit l’ancien chef du village.


Le portail était d’une teinte grisâtre parcourue de particules spectrales. Celles-ci convergeaient vers le centre de la porte où elles paraissaient sombrer. Derrière se trouvait la gemme noire que tenait la statue et la jeune fille présuma que cette pierre devait être la source énergétique du portail. Mégane se montra hésitante : elle avait déjà du mal avec le monde de ce jeu vidéo mais en plus s’il y en avait un deuxième ...  


-Est-ce que c’est dangereux ?

-Je pense que ce village en guerre l’est davantage ...  


Elle acquiesça, pas rassurée pour autant. Elle posa Tamagotchi dans les bras d’Hugo, prit une grande inspiration puis, pénétra dans le portail.

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