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World of Domination

Chapitre 14

Un deal mortel

Divers

Mégane se matérialisa au beau milieu d’une gigantesque plaine. Quelques collines arrondissaient le paysage à l’instar de vaguelettes sur un lac tandis que le vent jouait dans l’herbe, évoquant des courants marins. Aussi loin que se portait son regard, la jeune fille ne discernait que ce paysage sans fin. Seul un arbre posé sur une rondeur brisait la monotonie du décor.


Elle s’en approcha. L’arbre possédait un tronc épais et la jeune fille s’étonna de ne pas en reconnaître l’espèce ; l’écorce veineuse ne lui rappelait aucun des cours de dendrologie, l’étude des arbres, que lui avait jadis prodigué son père.


-C’est un rouge de Cassandre, lança une voix.


Mégane se retourna sans croiser âme qui vive.


-Qui a parlé ?

-Bah c’est moi.


Une tête surgit dans son champ de vision, faisant sursauter la jeune fille. L’enfant qui venait de s’adresser à elle était suspendu par les jambes à une branche de l’arbre. La tête en bas, il la considérait avec de grands yeux remplis de curiosité.


-Tu m’as fait peur ! Bonjour toi.

-Salut, madame. Tu veux jouer avec moi ?

-Heu ... à quoi veux-tu jouer ?

-À grimper dans l’arbre !


Mégane porta son regard vers les hauteurs ; de là-haut, elle pourrait peut-être distinguer s’il se trouvait quelque chose sur cette plaine.


-D’accord, sourit-elle. Le premier arrivé gagne ?

-D’accord !


L’entrain du garçon faisait plaisir à voir. Mégane se hissa sur une branche avant de se mettre à escalader.  


-Hey, tu triches ! On n’a pas dit go ...

-Go !

-Mais tu es déjà partie.

-Rattrape-moi, dans ce cas !

-Tu vas voir !


L’enfant se lança à se poursuite. Elle qui se considérait comme une bonne grimpeuse, elle faisait pâle figure face à la vitesse de ce garnement. En quelques sauts, il se retrouva à sa hauteur. Il passa près d’elle, lui lança un sourire de canaille avant de poursuivre sa fulgurante montée. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il atteignit la cime.


-Gagnéééé ouhouuuu ! Trop facile hein !

-Tu es rapide, dis !

-Oui !


Mégane balaya l’horizon du regard : pas la moindre trace de cette fameuse PNJ. Hugo devait l’avoir envoyée au mauvais endroit.


-Tu es jolie.


Elle tourna la tête et rencontra le regard du gamin. Ses grands yeux verts la fixaient avec une curieuse intensité.  


-Oh ... heu ... merci ...Que fais-tu ici tout seul ?

-Je joue dans l’arbre.

-Oui, ça j’ai vu ...  

-Tu veux jouer à un autre jeu ?

-Eh bien ...

-Tu veux jouer aux cartes avec moi ?

-Aux cartes ? Tu sais jouer aux carte, toi ?

-Bah oui, ch’ui trop fort !

-Mais où sont tes ... heu ... amis ?


Elle avait failli dire « parents » avant de se rappeler que ça n’existait pas dans ce monde.


-Je n’ai pas d’ami, répondit-il piteusement. (son regard s’éclaira :) Tu veux bien être mon amie ?

-Je veux bien si tu m’aides à trouver une certaine personne.


L’enfant réfléchit en mordant le bout de son indexe. Le vent jouait dans ses cheveux blonds tandis que ses yeux émeraude se plissaient sous le coup de la réflexion.  


-D’accord, je veux bien ! Tu cherches qui ?

-Il s’agit d’une dame, une belle dame, mais je ne connais pas son nom ... je pense que c’est une croque-mort.

-Tu cherches maman ?

-Oh, c’est ta mère ?

-Tu es son amie ?

-Heu ... je ne sais pas, je ne la connais pas encore.

-Ne lui dis pas que je suis grimpé dans l’arbre ou elle me gronderait.

-Je ne lui dirai rien, promis. Mais où est-elle ?

-Trop chouette, j’ai une amie, maintenant ! Salut.

-Attends, tu ...


Brusquement, l’enfant la poussa. Elle battit des bras mais, ne trouvant rien à quoi se raccrocher, elle tomba sans même pousser un cri. Comme au ralenti, elle se vit plonger entre les branches, le sol foncer vers elle ... puis plus rien. Elle était dans le noir complet.  


-Bonjour.


La voix d’une douceur incomparable la tira de son hébétude. Elle était étendue sur un parterre à l’aspect vaporeux et, lorsqu’elle releva la tête, elle rencontra le regard d’une femme à la beauté renversante.


-Heu ... bonjour.  


L’inconnue la considéra en silence, attendant probablement qu’elle engage la conversation.


-C’est vous, n’est-ce pas ?

-Moi ?

-Oui, c’est vous que je cherche ?

-Ça, c’est à toi de me le dire.

-Êtes-vous celle qui a banni le joueur du nom de Bobby ?

-J’ai fait cela, en effet. Es-tu ici pour le venger ?


Manifestement, elle trouva sa question amusante car ses lèvres s’étirèrent en un sourire taquin.  


-Non, bien sûr que non, je ne le connais même pas, assura Mégane.

-Alors pourquoi ? Contrairement à lui, tu es passée par la bonne voie, cela signifie que tu tenais à me rencontrer. J’ose espérer que tu as une raison de me chercher.

-Oui, j’aimerais vous demander un service.

-Sache, jeune fille, que tout a un prix.  


Mégane acquiesça. Sans savoir pourquoi, elle se doutait qu’elle n’obtiendrait pas gratuitement ce qu’elle convoitait.


-Alors, je t’écoute.

-Pourriez-vous rétablir l’équilibre entre les PNJ et les joueurs ?

-Il n’y a jamais eu d’équilibre entre PNJ et joueurs, jeune fille. Je ne puis rétablir ce qui n’a jamais été.

-Donc vous en avez conscience.

-Bien entendu.

-Dans ce cas, pourriez-vous établir un équilibre ?

-De quoi parles-tu exactement ? Quel niveau de cet équilibre bancal souhaites-tu rehausser ?

-De la mort ... Les joueurs peuvent ressusciter autant de fois qu’ils le veulent alors que le PNJ n’ont qu’une seule vie. C’est injuste.

-Et qu’y puis-je, moi ?

-Vous pourriez permettre aux PNJ de ressusciter.


La femme la considéra longuement. Gênée par ce regard intense, Mégane voulut ajouter quelque chose mais la PNJ la devança :


-Je ne peux faire cela.

-Pourquoi ? Si on ne fait rien, il n’y aura bientôt plus de PNJ dans ce monde.

-Tu ne comprends pas, je n’ai pas le pouvoir d’exaucer ton souhait.  

-Oh, je vois ...

-En revanche, je peux instaurer l’équilibre d’une autre façon ...


***



Mégane refit surface dans la chapelle. Hugo était là, les jambes croisées en position de méditation, à psalmodier doucement. Lorsqu’elle lui tapota l’épaule, il s’arrêta et le portail se referma aussitôt.


-Megg, te voilà ! Vite, Paragon a besoin de notre aide !

-Que se passe-t-il ?

-Des créatures attaquent le village. Normalement, les gardes savent s’en débarrasser mais pour une raison inconnue, ils semblent avoir du mal.


Hugo l’emmena sur la passerelle en bois que chaque rempart possédait. De là-haut, elle eut une vue sur un groupe de gardes positionné en bordure des bois. Ils étaient tous armés, prêts à se battre. Paragon se trouvait là, lui aussi, bien qu’un peu à l’écart des autres PNJ.


Cette fois, il avait revêtu son armure pour le combat, préférant cela à exposer sa nudité aux ennemis.


-Où sont les créatures ? s’enquit Mégane.  

-Elles arrivent par vague. Je pensent qu’ils sont venus à bout de bon nombre d’entre elles déjà.

-Qu’est-ce qu’on peut faire ?


Hugo lui jeta un regard avant de se tourner vers les combattants :


-Toi, je ne sais pas, mais moi, je peux bénir notre cher Désosseur. Je ne pouvais m’occuper de cela tout en maintenant le portail.


Joueurs de World of Domination, écoutez-moi.


Une entité titanesque se matérialisa subitement au loin. Elle faisait la taille de plusieurs immeubles placés bout-à-bout et, malgré la nuit, elle était visible à des kilomètres à la ronde. Il s’agissait de la PNJ à laquelle Mégane s’était adressée dans l’autre monde.


Les règles du jeu viennent d’être modifiées. Dorénavant, la mort entraîne un bannissement éternel, la résurrection ne vous est plus octroyée. Aucune plainte ne pourra être reçue à partir du moment où cette nouvelle loi a été mise en jeu par un joueur.


Mégane croisa la regard de Paragon. Il paraissait sonné comme s’il ne savait pas quoi penser de cette déclaration.  


Son pseudo est Megg. Tant qu’elle vivra, cette loi persistera.


Et la PNJ se dématérialisa. Mégane sentit tout le sang quitter son visage. Ses jambes flageolèrent tant qu’elle dut se tenir au bois de la barricade pour ne pas tomber.


Pourquoi la PNJ avait-elle révéler son pseudo ? Maintenant, ce n’était pas juste les Drakes noirs qui en avaient après elle, c’était tous les joueurs de World of Domination !


Elle vit que Paragon avait également compris cette vérité et un grand vide marquait son regard. Mégane eut envie de lui crier qu’elle ne savait pas que la PNJ comptait la vendre, qu’elle voulait juste bien faire, mais un monstre surgit des bois. Il fonça sur le groupe de soldats amassés devant les murs et la jeune fille vit que Paragon ne l’avait pas détecter ; il allait se faire écraser !


-Paragon ! Derrière toi !!


Le guerrier ne l’entendit pas. Il soutenait faiblement sa hache, comme si tout le poids du monde pesait sur ses épaules.


Mégane sauta des remparts, se réceptionna douloureusement sans y prêter garde, sélectionna dans son inventaire le bouclier qu’elle avait dérobé à Renna pour ensuite se jeter au secours de Paragon. Il la dévisageait sans comprendre, trop abasourdi par la nouvelle pour penser correctement.


Derrière lui, un monstre bipède recouvert d’une toison rouge sang le chargeait. Mégane se jeta sur son ami qui tomba à la renverse, évitant de justesse la créature massive.  


-Bats-toi, Paragon !

-Pourquoi tu as fait ça, Megg ? Qu’est-ce qui t’a pris ?

-Plus tard, Paragon, il revient !


Après avoir fait volte-face, la créature chargea à nouveau. Le sol tremblait à chacun de ses pas ; elle poussa un mugissement qui tira Paragon de sa torpeur. Il arma sa lourde hache avant d’envoyer un formidable coup dans la gueule du monstre.


-Comment ça « plus tard », Megg ? hurla-t-il. Il n’y aura pas de « plus tard » ; tout le monde va vouloir te tuer, maintenant !


Le monstre s’étala par terre avant de lentement se dépixeliser.  


-Tu n’es même pas capable de te défendre ! Tu as vu comme Renna était puissante ? Elle te tuerait en un rien de temps.

-Mais je ...

-Tu quoi ?  

-Je ... je ...

-Messire le Désosseur, à l’aide !


Paragon aperçut le groupe de soldats pris en tenaille par trois de ses imposantes créatures. Il poussa un soupir :


-J’en n’ai pas fini avec toi. Reste bien derrière-moi.


Mégane prit tout à coup conscience de son inutilité. Elle venait de devenir l’ennemie public numéro un dans un monde où combattre était aussi naturel que de respirer et elle ne savait même pas comment tenir correctement son bouclier. En voyant le guerrier foncer sur les êtres bipèdes, elle se surprit à douter de la sagesse de sa décision ...


-Je peux faire en sorte que les joueurs n’aient plus qu’une seule vie, lui avait murmurer la PNJ. Cela fondera les bases de l’équilibre auquel tu tiens tant, n’est-ce pas ?

-Donc, moi aussi je n’aurai qu’une vie ?

-Crois-tu que le simple fait de vouloir l’équilibre te place au-dessus des autres ? Si tu veux faire table rase ente vous et les PNJ, il faut te sacrifier également.


Mégane avait accepté, ça lui avait semblé un deal honnête. Elle ne s’attendait juste pas à ce que son pseudo soit révélé à tous ...


-Sais-tu qui je suis? lui avait alors demandé la belle inconnue.


Mégane ne se l’était pas demandé auparavant mais la réponse lui apparut comme une évidence :


-Vous êtes celle qui dirige les croque-morts. Vous êtes la Mort.


Le sourire de l’entité lui avait alors glacé le sang. Voilà donc ce qu’il en coûtait de passer un pacte avec la Mort.


Paragon revint quelques instants après, le souffle court.


-Quelles sont ces créatures ?

-Oh ne change pas de sujet, Megg. Pourquoi as-tu fait ça ?

-Je ... je voulais simplement rétablir ...

-L’équilibre, oui, je sais ! Mais pas au sacrifice de tes vies !

-Comment alors ? Il n’y avait pas d’autre choix.

-On en aurait trouvé !

-Messire le Désosseur !

-Rah, j’arrive ! Cette discussion n’est pas finie, Megg.


Paragon sauta sur les créatures nouvellement apparues, maniant son arme avec une dextérité inégalable. Il en découpa une d’un fantastique revers avant de réduire en bouilli le museau d’une autre avec un coup d’estoc. Alors qu’un soldat s’occupait de la créature qu’il venait d’étourdir, il acheva la troisième en plantant sa hache dans son entrejambe.


-C’était le seul moyen, assura Mégane lorsque le guerrier revint.  

-Il doit y avoir d’autres moyens.

-C’est trop tard, maintenant ... Pourquoi es-tu en colère contre moi ? Ce n’est pas ce que tu voulais ?

-Pas comme ça, Megg, pas comme ça ... Et puis, pourquoi a-t-elle donné ton nom ? Ça faisait aussi parti du marché ?

-Non, j’ignorais qu’elle ferait cela ... Paragon, pourquoi es-tu en colère ?


Il détourna la tête sans répondre. Mégane s’était attendue à beaucoup de réactions : la haine des joueurs à son égard, par exemple, ou le soulagement des PNJ. Mais la colère de Paragon, par contre, elle ne l’avait pas vu venir. Pire, elle ne la comprenait tout simplement pas. N’avait-il pas souffert lui aussi de l’influence des joueurs ? Ne devrait-il pas se montrer reconnaissant ?


-Heu ... messire le Désosseur ...?

-Je viens, je viens, lâcha-t-il en balançant sa hache sur son épaule. Abrite-toi derrière les remparts, Megg.


Elle baissa les yeux sur son bouclier ; elle n’avait de toute façon aucune idée de comment se servir de ce machin-là. Paragon avait raison, elle n’avait rien à faire ici.


Hugo l’accueillit d’une inclinaison de la tête. Elle s’accouda à ses côtés et regarda son compagnon défaire les ennemis avec une terrifiante efficacité.


-Je ne m’attendais pas à ce que tu fasses ça ... lui souffla le PNJ.

-Tu veux que je te dise ? Moi non plus.


En contrebas, le guerrier passait ses nerfs sur les êtres bipèdes sous le regards admiratif des combattants.


-Tu lui a donné quoi comme bénédiction ?

-Aucune. Je pensais pouvoir lui fournir une quelconque aide mais visiblement, c’était cette bande de soldats qui en avait besoin. Par ailleurs, je les comprends : ces écraseurs sanguins sont des ennemis redoutables. La force de Paragon est remarquable ; venir à bout d’un joueur expérimenté sans trouver nécessaire l’usage d’une armure et enchaîner avec ces créatures est une prouesse que je serais bien loin de savoir égaler.


Paragon sauta sur le dos d’un écraseur sanguin, tira ses longs poils rouge pour exposer sa gorge avant de la trancher à l’aide d’une dague. Il récupéra ensuite sa hache plantée dans le flanc d’un monstre pour le décapiter.


-Je suis dans la merde, pas vrai ?


Hugo soupira ; il porta son regard vers le ciel parsemé d’étoiles :


-Ça tu peux le dire. Mais, Megg ... je te serai éternellement reconnaissant pour ce que tu viens de faire.

-Y a pas de quoi, bro’.

-De quoi ?

-Non, je disais juste « de rien ».

-Oh, je vois.


Mégane ressentit comme une vibration ; elle regarda autour d’elle, se demandant quelle en était la cause. Comme elle n’apercevait rien, elle eut l’idée d’ouvrir son tableau de bord et comprit qu’il s’agissait de Raymond qui essayait de la joindre.


-Allo ?

-Megg ! Megg, ’me dis pas que c’est toi !

-Moi qui quoi ?

-Arrête Megg, tu as entendu comme nous! C’est toi qui as fait ça ?

-Oui ...

-J’arrive pas à le croire.


À travers le tableau virtuel, Raymond la dévisageait avec un dégoût non-dissimulé. Mégane eut envie de raccrocher mais elle était tétanisée, comme quand un professeur la grondait autrefois devant toute la classe. Elle sentait son ventre de tordre d’appréhension et son cœur cogner sourdement à ses oreilles.


-Pourquoi, Megg ? Pourquoi tu as fait ça ?

-Je ... je voulais ...  

-Putain Megg ! Tu as tout fait foiré ! On n’a plus qu’une vie, maintenant. Une putain de vie et c’est tchao !

-Je voulais juste ...

-Tu voulais quoi, bordel de merde ? Ruiner nos vies ? C’est réussi, meuf. J’ai dit à ma guilde qui tu étais, on va te traquer et te buter. T’as intérêt à bien te cacher.


La dernière image qu’elle eut de son ancien ami fut un visage ravagé par la rancœur. Elle balaya son tableau de bord d’un geste dénué d’énergie avant de se recroqueviller sur sa passerelle et de pleurer toutes les larmes de son corps.

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