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World of Domination

Chapitre 18

Il faut tenir !

Divers

-Protégeons Megg ! hurla Paragon.


Les quelques soldats qui avaient évité la charge des écraseurs sanguins convergèrent aussitôt vers l’infirmerie. Ils durent se tailler à coups d’épée un passage à travers le flot d’invocations. Les gobelins semblaient être investis d’une tâche bien précise : trouver Mégane. Savoir ce qu’ils comptaient faire d’elle ensuite était évident ... À présent, ils se ruaient dans le ville en dépassant les PNJ comme s’ils ne les voyaient plus  


Sentant la panique le gagner, Paragon redoubla d’effort pour rejoindre sa précieuse amie. Il trancha les jarrets d’un écraseur sanguin qui s’écroula dans un meuglement de douleur. Les deux armées étaient maintenant prises dans une course insensée ; c’était au premier qui arriverait auprès de la joueuse.


Le Désosseur l’aperçut au loin, côte-à-côte avec Hugo. Ils avaient dégainé leurs armes et faisaient courageusement face à la marée d’ennemis qui leur fonçait dessus. Perdu dans la masse, Paragon comprit avec une soudaine froideur qu’il n’arriverait pas à temps.


-Megg !! Meeegg !!


Son hurlement fut repris par tous les soldats. Soudain, il fut rejoint pas la femme sur qui Mégane avait lancé une récupération de stade 2. Elle se plaça dans son dos et, tout en le poussant, s’occupa des ennemis sur la droite. Les autres PNJ virent cela et, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ils se rassemblèrent derrière le colosse pour prendre la forme d’une flèche. Ensemble, ils s’enfoncèrent dans la masse d’invocations, Paragon représentant le fer de lance.  


Comment autant de gobelins avaient-ils pu pénétrer dans Ragequit ? Malgré tous ceux qu’ils passaient au fil de l’épée, leur nombre ne cessait de croître. Cependant, la technique improvisée des PNJ fonctionna au-delà de leurs espérances car ils se mirent à gagner du terrain sur les invocations. Seulement, parviendraient-ils à temps auprès de Mégane ?


Un écraseur sanguin fonça sur eux dans le but de briser leur formation. Il faillit y parvenir mais la femme derrière le Désosseur lui trancha la carotide ; le monstre bipède disparut dans une explosion de pixels. Les soldats poursuivirent leur terrible progression parmi les gobelins ténébreux qui se faisaient littéralement écrabouiller. Pourtant, une vingtaine d’entre eux se tenaient toujours entre les PNJ et Mégane.


Par le Héros quantique, ils sont presque sur elle ! s’alarma le Désosseur. Que faire ? Que faire ?!


-On arrive Megg ! Tiens bon !


Entre deux déflagrations de pixels, Paragon capta le regard de la jeune fille. Elle paraissait si frêle dans sa tenue de débutante, armée de son bouclier volant. Elle qui s’en voulait d’avoir tué une créature se retrouvait aujourd’hui face une cinquantaine de gobelins assoiffés de son sang. Avant que l’un des écraseurs sanguins ne lui cache la vue, Paragon crut apercevoir une lueur dans ses yeux. Une lueur comme ... de la résignation ?


N’abandonne pas, petite flamme ! J’arrive !


Paragon distingua un écraseur sanguin à quelques pas de sa protégée. Sa charge allait la balayer aussi sûrement qu’un poids lourd lancé à pleine vitesse sur l’autoroute croisant la route de Bambi.


Le hurlement que poussa le colosse se perdit dans la masse.


Soudain, une voix surgit de nul part :


Paragon le Désosseur, je t’invoque.


En une seconde, il comprit. Sans savoir où il allait apparaître, il frappa en criant :


-Baissez-vous !!


Hugo et Megg s’exécutèrent aussitôt. L’arme à double tranchants rasa leur tête avant de cueillir en pleine face le monstre bipède qui leur fonçait dessus. Le monstre n’eut pas le temps de se demander ce qui se passait que, déjà, ses pixels se répandaient aux quatre vents.


-Approchez, bande d’immondices ! Venez tâter de ma hache !


Le rugissement de Paragon fit trembler les gobelins. Comment le guerrier pouvait-il se trouver là ? Ne l’avaient-ils pas entendu brailler derrière eux une seconde auparavant ? Et maintenant, il se campait entre leurs épées et la cible comme le rempart le plus terrifiant qui ne se soit jamais dressé devant eux. Pas le choix, il fallait s’occuper d’elle coûte que coûte !


La courte hésitation que les invocations les plus proches émirent leur fut fatale ; l’arme de Paragon les sépara chirurgicalement de leurs jambes. Un écraseur sanguin tenta de contourner le colosse mais il rencontra le chemin d’une hache qui lui ôta toute capacité de poursuivre sa route.


-Soldats, protégez Megg !!


Parmi les invocations, la phalange de PNJ déboula, éructant de rage et de folie guerrière. Ils se déployèrent en un demi-cercle autour de la jeune fille, prêts à accueillir l’ennemi comme il se devait.  


Cette fois-ci, lorsque les gobelins ténébreux sautèrent par-dessus leurs rangs, les combattants y étaient préparés et les découpèrent avant qu’ils ne puissent toucher à un cheveux de leur protégée. Il y eut une nouvelle collision entre les deux armées. Les lames déchirèrent muscles, os et organes. Parfois, les pixels jaillissaient ; parfois, du sang.


Avisant un écraseur charger leur groupe de défenseurs, Paragon sortit de la formation pour venir à se rencontre. Le bête fit montre d’un soupçon d’intelligence en feintant sur la droite avant de foncer de l’autre côté. Paragon effectua un demi-tour sur lui-même et sa hache défonça le plexus de l’écraseur ; la bête mugit avant de s’évaporer.


Cherchant des yeux un nouvel assaillant à découper, il réalisa qu’il n’y en avait plus. Un silence surréaliste planait à présent sur Ragequit. Les soldats étaient sur le qui-vive, fouillant la zone des yeux à la recherche d’un ennemi caché.


La tension s’envola d’un coup lorsque Paragon abaissa son imposante hache. Le souffle court, il se tourna vers Mégane et ils échangèrent un long regard.  


Par la Grande Quantiquité, elle était en vie ! Pendant un instant, il avait perdu tout espoir de la revoir, persuadé qu’elle était sur le point de se faire emboutir par un monstre de plusieurs centaines de kilos. Mais elle était là, sa chevelure de feu toute ébouriffée et des larmes plein les joues.


-Ceux qui sont le plus en forme, rassemblez les blessés ici, lâcha Paragon. Les autres, lancez un sort de récupération de stade 1, nous n’avons pas le temps pour davantage.


Les femmes et les hommes se dispersèrent sans un mot. Pas de cri de victoire, de sourire ou même de soulagement : la nuit ne faisait que commencer ...


Les trois compagnons se retrouvèrent seuls. Mégane ne lâchait pas le colosse des yeux.


-Ça va ? (Il acquiesça.) M ... merci, Paragon.

-Pourquoi tu pleures, petite flamme ?


Elle haussa les épaules, l’air de dire : « je n’en sais rien mais ça n’a pas grande importance. On est en vie grâce à toi. On est en vie et c’est tout ce qui compte. »


-Tu as bien fait de m’invoquer, dit-t-il.  


En même temps, ses yeux affichèrent une question : « était-ce du renoncement que j’ai vu tout-à-l’heure ? Avais-tu baissé les bras ? Étais-tu sur le point de me laissé tomber, toi aussi ? ».  


Mais elle rompit le contact. Si elle avait capté l’interrogation, elle n’en montra rien et préféra se tourner vers les blessés qui attendaient toujours ses soins.


-Il faut ... enfin, je dois m’occuper d’eux ...


Le guerrier approuva avant de se détourner.


-Paragon ? (Il se tourna à moitié) Est-ce que tu ... heu ... tu veux bien que j’effectue une récupération sur toi ?


Il refusa, prétextant que les autres soldats en avaient davantage besoin.


-Je m’occupe d’eux, intervint Hugo. Megg, prends soin de notre grand guerrier ; on ne voudrait pas perdre notre meilleur atout, pas vrai ?

-Je dois préparer les défenses et prévenir mes combattants que ...

-C’est toi notre défense, le coupa l’ancien chef du village. Vas auprès de Megg afin qu’elle s’occupe de toi.


Il céda ; manifestement, l’ancien chef du village n’avait pas perdu l’autorité qui était sienne autrefois.  


Mégane le fit asseoir face à elle et posa ses mains dans les siennes. Son visage était maculé de sang coagulé, le sien sans aucun doute.


-Ferme les yeux.


Lui enjoignait-elle cela dans le but de ne plus discerner les questions dans son regard ? Les voyait-elle, seulement ? Peut-être pas ...


Après s’être occupée de plusieurs soldats, la jeune fille avait saisi comment lancer un sort d’empathie transcendantale. Sans perdre de temps, elle mit ses émotions de côté pour se focaliser sur celles de Paragon.


Aussitôt, elle se sentie aspirer dans une tornade de questionnements, doutes et inquiétudes. « Que fait-elle ? » la percuta, l’envoyant bouler plus loin. « Elle est si frêle » la cueillit dans le creux de l’estomac, lui coupant le souffle. « Qu’elle est belle » et « Va-t-elle me laisser tomber ? » la giflèrent sans lui laisser le temps de récupérer. « Est-ce ma faute si elle pleure ? » percuta son flanc, suivi de « Va-t-elle survivre ? », la faisant tournoyer follement sur elle-même. « Parviendrais-je à la protéger ? » la plaqua contre « Brilles-tu pour moi, petite flamme ? ». Assaillie de toute part, elle se recroquevilla sur elle-même seulement « m’aime-t-elle ? » lui envoya un uppercut, l’éjectant hors de sa transe.  


Elle réintégra son corps comme un boxer se réveille après avoir été mis K.O. sans avoir eu l’occasion de rendre les coups. Pire, comme quelqu’un qui ne savait même pas qu’il était entré sur un ring de boxe. Elle était essoufflée et sanglotait sans même s’en apercevoir.


Paragon la dévisageait de ce regard chargé d’innocence. À présent, elle distinguait les questionnements, les doutes et les inquiétudes ; elle voyait la tempête qui faisait rage en lui.


-Paragon ... Oh, Paragon !


Elle l’enlaça, pressant la tête du guerrier contre son cœur. D’abord, il ne sut comment réagir. Ensuite, il referma ses bras autour d’elle, prenant garde à ne pas serrer trop fort pour ne pas la briser en mille morceaux.


Les larmes de Mégane se tarirent comme le silence prenait place en Paragon. Les battements de cœur qu’il percevait accaparaient son attention, réduisant au silence ses questionnements, ses doutes et ses inquiétudes. Ils restèrent ainsi de longues minutes. Leur souffle s’accordèrent comme deux lents métronomes, partageant le même air, le même oxygène.


Difficilement, elle finit par se décrocher du Désosseur, les yeux rougis.  


Récupération de stade 2 lancée.


Paragon afficha une mine surprise : il ne s’attendait plus à recevoir une récupération et encore moins celle de niveau 2.


Il prit une grande inspiration. La douleur dans ses côtes s’était évaporée, tout comme celle présente dans son épaule droite. Les coupures qui zébraient autrefois sa peau n’étaient à présent qu’un mauvais souvenir. Il se sentait un homme nouveau ; était-ce dû aux effets de la récupération ou à ce calme qui l’emplissait ?


-Merci, petite flamme.


Mégane sourit. Paragon se releva avant de se diriger vers ses hommes.  


-Que je sois dépixelisé sur le champ si tu n’es pas dotée d’une faculté de concentration hors norme, ma chère Megg. Je l’ai senti, c’était un stade 2, n’est-ce pas ?


Elle fut surprise d’entendre Hugo la complimenter. Elle se tourna vers lui avant d’acquiescer. Le PNJ secoua la tête comme s’il refusait d’y croire. Il se dirigea vers un autre soldat à soigner en marmonnant pour lui-même :


-Un guerrier imbattable et une experte en récupération, si on sort vivant de cette guerre, notre guilde ira loin ! C’est moi qui vous le dis.


Il ne fallut pas longtemps avant que les ennemis se montrent à nouveau. Seulement, cette fois, ils n’étaient que trois ... Trois cavaliers qui s’arrêtèrent à un jet de flèche des brèches.


À la hâte, les rangs avaient été reformés avec les soldats qui étaient parvenus à lancer une récupération de stade 1 par eux-mêmes. Ceux ayant échoués avaient été envoyés chez Megg et Hugo, ce qui laissait aux PNJ la moitié des effectifs avec lesquels il avaient débuté les combats.


L’un des cavalier descendit de sa monture et s’avança. C’était Renna.


-Je souhaite m’entretenir avec Megg. Il ne lui sera fait aucun mal.

-Elle est occupée et ta parole ne vaut rien.


Renna détailla Paragon en fronçant les sourcils.


-Tu es le joueur qui m’a tué. Pourquoi caches-tu ton pseudo ?


Comme il ne répondait pas, La guerrière se tourna vers l’armée de PNJ qui lui faisait face.


-Soldats de Ragequit, vous êtes tenu de défendre la ville contre l’envahisseur et non contre son propriétaire.

-On ne veut plus des joueurs comme propriétaires, hurla un archer sur les murs.


Les autres PNJ approuvèrent vivement.


-Pourtant, Megg et cet homme sont tous deux des joueurs. Si vous refusez l’autorité de joueurs, vous devez rejeter la leur également.


Déroutés, les soldats se tournèrent vers le colosse. Parlait-elle de Paragon ? Avant que l’un des combattants ne la détrompe, le grand guerrier répondit :


-Une fois cette guerre finie, nous rendrons la ville au PNJ.  

-Pourquoi feriez-vous une telle chose ?

-Cela ne te regarde pas.


Renna se tourna vers ces deux compagnons. Manifestement, les pour-parlers ne se déroulaient pas comme ils l’entendaient ...  


-Laissez-nous nous entretenir avec votre chef de guilde.

-je t’ai déjà dit qu’elle était occupée.

-Non tu m’as ...


Renna se figea, fixant le Désosseur avec des yeux ronds comme des assiettes. Soudain, elle éclata de rire.


-Tu veux dire que ... c’est Megg ! Oh mon Dieu ! C’est Megg votre chef de guilde ?


Personne ne répondit tandis qu’elle s’esclaffait.


-Je peux savoir pourquoi votre chef de guilde ne sa bat pas avec vous ? Peut-être en est-elle incapable.

-Vous n’avez pas idée de quoi Megg est capable ! s’écria une femme dans les rangs.

-Elle commande la Mort ! enchérit un soldat.

-Silence !


Tous obéir à l’ordre de Paragon qui souhaitait éviter de fournir trop d’informations aux Drakes noirs.  


-Elle commande la Mort ..., répéta Renna, songeuse. Je ne le vois pas comme ça, moi. Je pense qu’elle a voulu jouer avec le feu et que cette petite s’est brûlée, nous tous avec. Quoiqu’il en soit, elle a effectivement fait quelque chose qui met les autres joueurs en rage. Vous, les PNJ, n’y avez pas accès mais si vous pouviez voir le forum de World of Domination ... mon Dieu, vous vous débarrasseriez aussitôt de votre précieuse Megg.

-Messire Paragon, chuchota l’un des hommes, qu’est-ce que le « forum de World of domination » ?

-Heu ... eh bien ...

-Tout le monde en a après elle, poursuivit Renna. Chaque joueur de ce serveur ne rêve que d’une chose : la découper en rondelles.

-On ne vous laissera pas faire !  

-Vous mourrez avant d’avoir touché à un seul de ses cheveux !

-Silence, j’ai dit !


La joueuse reporta son regard sur Paragon.


-Je présume que c’est toi qui est parvenu à liguer ces PNJ contre leurs maîtres ? Je dois admettre que ton pouvoir de persuasion est impressionnant ; c’est une qualité que nous recherchons ardemment. Et puis, il faut admettre que tu sais manier la hache ... Je te fais une offre : quitte ta guilde et rejoins les Drakes noirs.  


Le Désosseur afficha un rictus moqueur :


-Qu’est-ce qui te fait croire que je veux me joindre à vous. Vu la dérouillée que je t’ai mise, vous n’avez pas l’air très forts dans ta guilde.


Renna blêmit mais Paragon n’en avait pas fini :


-Et ces invocations, c’est tout ce que vous aviez ? Pour trois joueurs de la fameuse guilde des Drakes noirs, je m’attendais à mieux.

-Trois joueurs ? s’étonna la guerrière. Détrompes-toi, il n’y avait que l’un d’entre nous qui invoquait. Ma collègue et moi, on le regardait faire.


Ce fut au tour de Paragon de pâlir. Un seul invocateur ? Pour une telle armée ? Comment était-ce possible ? Son regard se porta sur les deux cavaliers qui n’avaient pas bougés. L’un d’eux était un invocateur expérimenté mais lequel ? Caparaçonnés d’armure comme ils l’étaient, impossible de distinguer le moindre trait de leur visage. Les yeux gris de Paragon se fixèrent sur la silhouette de droite : elle se balançait d’avant en arrière comme si elle allait s’effondrer de fatigue d’un instant à l’autre.


Ce doit être lui, le cavalier à l’amure grise et au casque à cornes. Il n’a pas l’air en très bonne forme ... Mais si c’est bien lui qui invoquait, je suis surpris qu’il tienne encore sur une cheval.


-Attends, tu pensais réellement qu’on avait tout donné pour cette attaque ? reprit la joueuse avec un rictus méprisant. Mais ce n’était que le tour de chauffe, ça. Si vous refusez de nous emmener auprès de votre précieuse Megg, nous irons la chercher nous-mêmes.  


Elle fit demi-tour.


-Renna, cria Paragon, Renna je te défie en duel ! Combat-moi ici et maintenant. Celui qui sortira vainqueur remportera la ville.


Sans marquer la moindre hésitation, la guerrière sauta sur sa monture avant de se tourner vers celui qu’elle pensait être un joueur :


-Non.


Et les trois cavaliers partirent sans rien ajouter.


 -Que fait-on, messire le Désosseur ?

 -Nous devons défendre Megg à n’importe quel prix ; c’est elle qu’ils veulent. Protéger ces brèches n’a plus aucun sens.

 -Mais comment ? Si un seul d’entre eux est capable d’invoquer une telle armée, comment pourrions-nous affronter les trois joueurs en même temps ?

 

 Paragon considéra les femmes et les hommes qui lui faisaient face. Tous avaient le regard voilé par le doute et la peur. Ils n’étaient pas dupes, bien sûr ; ils savaient que les chances de vaincre étaient plus que maigres.

 

 Paragon, quant à lui, ne songeait pas à cela. Il se l’interdisait. Penser à la défaite revenait à envisager de perdre Mégane et cela, il ne pouvait l’accepter. Pour lui, il n’y avait qu’une seule issue à cette guerre et c’était la victoire.

 

 -Nous pourrions fuir, lança un soldat.

 

 Les autres lui jetèrent un regard outré avant de se tourner vers leur chef. Qu’en pensait Paragon ? Était-ce réalisable ?

 

 Le colosse prit alors conscience de l’autorité qu’il possédait. Ces femmes et ces hommes comptaient sur lui et, peu importe la décision qu’il prendrait, ils le suivraient les yeux fermés.  

 

 Il s’exprima d’une voix forte et claire :

 

 -La fuite ... nous pourrions fuir, en effet. Nous pourrions nous cacher au plus profond des Racines des montagnes ou bien nous terrer dans les Marais pourpres. Nous pourrions aller là où les joueurs ne s’aventureront plus de peur de perdre leur unique vie.

 

 Les combattants s’entre-regardèrent, indécis.  

 

 -Nous pourrions laisser cette ville à l’abandon et partir, seulement ... (Il plongea son regard dans celui de chacun de ses hommes) seulement la mort nous guetterait encore plus sûrement. Que penseront les autres joueurs quand ils sauront que nous avons fuis face à la menace de trois des leurs ? Ils se diront que nous agissons comme des proies, des faibles qui ne sont bons qu’à se cacher lorsque le danger survient. Alors, ils s’allieront, ils se rassembleront sous une seule bannière pour nous traquer. Ils nous pourchasseront sans relâche, jour et nuit. Leur nombre ne cessera de croître ; ils viendront d’Alicyne, la ville lumière, des Limbes désertiques, de la Cité aux mille couloirs, des Grandes plaines, des Îles nomades, de partout !

 

 Une vingtaine de paires d’yeux étaient rivées sur lui.

 

 -Cet ennemi qu’ils ont en commun est notre plus grand atout, notre point de ralliement, notre ange gardien. Megg ne peut pas tomber entre leurs mains, elle ne le doit pas ! Tant qu’elle restera en vie, elle nous offrira la chance de faire de ce monde le notre. Fuir ne nous aidera en rien, il faut nous battre et sortir vainqueur. C’est la seule option que nous ayons. Je sais que ...

 

 Un puissant rugissement éclata au loin, coupant court au discours du guerrier. Tous les combattants se figèrent. Quel genre de créature pouvait pousser pareil cri ?

 

 -Me ... messire le Désosseur ... qu’est-ce que c’était ?

 

 Le regard de Paragon s’était écarquillé. Il savait, lui. Il connaissait ce grondement et le reconnaîtrait entre tous. Comment était-ce possible ? Était-ce une nouvelle invocation de la part de cette maudite guilde ? Non, personne n’était capable d’invoquer un tel monstre.

 

 C’était donc ça, affronter la plus puissante guilde de World of Domination ? Avec une telle force de frappe entre les mains, ces joueurs étaient à même de venir à bout de n’importe quelle armée.

 

 À peine le hurlement avait retenti que l’esprit de Paragon s’était mis à tourner à plein régime. Comme vaincre ça ? Comment ? Les flèches ne lui feraient rien, à moins de viser les yeux. C’est ça, il faut trouver ses points faibles ! Les yeux, bien sûr, les oreilles, le sexe, l’anus ... quoi d’autre ? C’était tout ? Était-ce-là leur unique chance de sortir gagnant de ce combat ? Quatre petits trous ?

 

 -Nous n’aurons pas beaucoup de ...

 

 Avant que le Désosseur n’ait pu achever sa phrase, un nouveau rugissement retentit au-dessus de leur tête. Terrifiés, ils levèrent les yeux.

 

 Là-haut, dans le ciel, un drake noir fondait sur eux.

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