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World of Domination

Chapitre 19

Saignant ou à point ?

Divers

-Dispersez-vous ! 


Les soldats n’attendirent pas que Paragon le leur ordonne pour obéir ; ils se ruèrent dans Ragequit en poussant des cris de terreur. Le colosse les suivit en ouvrant son inventaire en catastrophe. De quoi pouvait-il se servir contre une telle créature ? Sa hache ne lui serait pas d’une grande utilité face aux écailles du drake noir, alors quoi ? Une lance ? Malheureusement, impossible d’approcher la créature suffisamment à moins de devenir une cible facile. Non, il devait se munir d’un bouclier mais le seul qu’il possédait ne dépassait pas la taille de son torse. Que faire ? Par le Héros quantique, que faire ?


Tout à coup, le drake noir apparut au-dessus de la ville. Ce monstre semblait tout droit sorti des enfers : des ailes démesurées étendues comme s’il tentait d’effacer toute lumière par son ombre, un corps robuste pourvu de quatre pattes et couvert d’écailles épaisses aussi solides que de l’acier biologique, une longue queue, un cou allongé supportant une tête terrifiante effilée de piques. De sa gueule armée de dents plus tranchantes les unes que les autres s’échappa un cri qui fit trembler jusqu’aux fondations de Ragequit


Il plana par-dessus la ville comme un chat observe les allées et venues de souris dans leur souricière. Paragon vit ses hommes lâcher une volée de flèches qui n’eut pas plus d’effet que s’ils avaient jeté des cure-dents.  


-Visez les ailes ! cria-t-il. Il faut empêcher ce monstre de voler !


Ses hommes l’entendirent et armèrent leur arc. Mais, lorsque le drake effectua un virage pour survoler la ville, Paragon distingua son cou se replier sur lui-même comme un serpent qui s’apprête à attaquer.


-Fuyez ! Fuyez vite !! Il va ...


Le monstre vomit un torrent de flamme qui transforma Ragequit en un incendie géant. Les silhouettes de plusieurs soldats furent aussitôt happées par le feu et Paragon eut tout juste le temps de sauter derrière le mur d’une maison avant que les flammes ne l’ensevelissent. 


Il aperçut Mégane au loin. Elle était saisit de terreur et n’avait visiblement aucune idée d’où se cacher. Il courut à toute jambe dans sa direction, s’emparant au passage d’un bouclier dans son inventaire.


-Megg, Hugo, on ne peut pas rester ici, venez avec moi.

-Comment ont-ils put invoquer un drake noir ? s’écria l’ancien chef du village.

-Ce n’est pas une invocation.

-Tu veux dire que ...


Paragon s’arrêta net au coin d’une maison et empêcha ses deux compagnons d’aller plus loin. Un torrent de feu s’abattit devant eux, réduisant en cendre un bâtiment qui avait au préalable été mis en pièces par le bélier d’assaut.


-Paragon, l’appela Mégane, je dois récupérer Tamagotchi !

-Quoi ? Où est-il ?

-Dans l’auberge.


Le Désosseur jeta un coup d’œil en l’air : il pouvait voir l’ombre du drake noir se déplacer dans le ciel grâce à l’incendie qui se reflétait dans ses écailles.


-On ne peut pas, Megg. Il faut quitter la ville, on n’a pas le choix !

-Paragon je t’en prie ! J’ai jurer de le protéger, je ne peux pas le laisser. Attendez-moi ici, c’est tout ce que je vous demande.

-Non Megg, tu n’iras pas.


La détresse qu’il vit dans les yeux de la jeune fille le fit hésiter. Pouvait-il risquer la vie de Mégane en échange de la sienne et de celle d’un chapardeur de peaux 


-Hugo, confère-moi la bénédiction de l’Insidieux calculateur. Si je dois aller là-dedans, il faut que je voie où ce monstre va attaquer.


Le PNJ s’exécuta tandis que Mégane se confondait en remerciements.


-Restez à l’abri, lâcha-t-il avant de s’élancer dans la rue.  


Il rasa les maisons en feu, fouillant les cieux du regard. Un trait rouge lui apprit que le drake allait faire un nouveau passage. Plusieurs lignes apparurent au travers d’une bâtisse qui explosa quelques instants après sous le souffle de la bête. Paragon esquiva une bûche enflammée avant de se réfugier derrière son bouclier.


L’auberge se tenait plus loin. Des flammes jaillissaient de ses fenêtres et le toit laissait s’échapper une fumée noire et épaisse.  


Il se rua dans le bâtiment ; l’air y était irrespirable. La moindre inspiration lui asséchait la gorge tout en lui arrachant des quintes de toux qui le vidaient aussitôt de son air. Paragon se couvrit la bouche de son coude avant de grimper les escaliers quatre à quatre. À l’étage, les chambres étaient en proie aux flammes. Il défonça une porte de son épaule ce qui créa un appel d’air au sein de la pièce : les flammes rugirent de plus belle, léchant les murs et le plafond.


Le chapardeur était là, sur le lit ; il ne bougeait plus.


La fumée a dû l’asphyxier, supposa Paragon avec tristesse.


Songeant que Mégane souhaiterait probablement voir le corps, il s’empara de la petite créature en toussant violemment. La fumée agressait ses yeux et saturait sa gorge, manquant de lui faire perdre connaissance d’un instant à l’autre.


Soudain, un trait rouge traversa obliquement la chambre. Paragon mit une seconde avant de comprendre de quoi il s’agissait ; il se rua dans le couloir et sauta en bas des escaliers comme s’il était pourchassé par le diable lui-même.


L’étage explosa dans une déflagration détonante. Le feu se déversa ensuite au rez-de-chaussé, carbonisant tout sur son passage. L’onde de choc propulsa Paragon contre un mur.


Lorsqu’il rouvrit les yeux, il ne restait plus grand chose de l’auberge. L’étage des chambres avait été éradiqué tandis que quelques murs se dressaient encore, comme celui contre lequel il avait été jeté.


Il sortit en boitant et retrouva ses deux compagnons au coin du bâtiment où il les avait laissé.  


-Paragon, tu es en vie !

-Il ... il est mort, je regrette ...


Dépité, il tendit le corps sans vie du chapardeur. Mégane fondit instantanément en larmes en pressant Tamagotchi contre elle.


-Megg, il faut partir, maintenant, la pressa le guerrier.

-Paragon, tu es sûr ? s’enquit Hugo. Et s’ils nous attendaient dehors ?

-Je préfère les affronter eux, plutôt que cette abomination.


Du coin de l’œil, il aperçut un trait rouge traverser son champ de vision. Il tira violemment ses deux compagnons en arrière.  


Le souffle du drake fit voler en éclat la maison derrière laquelle ils s’abritaient.


-On ne peut pas rester ici, répéta Paragon. Cette ville sera un tas de ruines avant que le soleil ne se lève.

-On ne peut pas sortir non plus ! s’écria l’ancien chef. Ils nous attendent dehors, c’est certain ! Cachons-nous, plutôt.

-Où veux-tu te cacher ? Où, par le Héros quantique ? La ville entière est en feu.

-Je ne sais pas, je ...  

-Le piège ... ?


Les deux PNJ se tournèrent vers Mégane. Elle s’était exprimée d’une petite voix dans laquelle perçaient encore les pleurs.


-Le piège ?


Elle acquiesça. De prime abord, ils avaient creuser un trou dans l’intention de piéger Renna. Malheureusement, elle était entrée dans la ville sans qu’ils ne s’en rendent compte et le piège demeurait à ce jour inutilisé. S’en servir comme abri pourrait peut-être bien les sauver ...


Paragon et Hugo s’entre-regardèrent ? Était-ce possible ? Mais surtout, était-ce un bonne idée ?


Il fallait prendre une décision. Le colosse lança un coup d’œil dans la rue ; il discerna les planches qui recouvraient leur trou. Cinquante mètres. Cinquante mètres à franchir sans se faire voir.


-Bien, faisons ça. Mais si le drake nous repère, on fait immédiatement demi-tour et on sort de cette foutue ville, c’est claire ?


Mégane et Hugo approuvèrent avant de s’élancer à sa suite. Paragon gardait son attention fixée dans le ciel, à la recherche du moindre éclat d’écaille. Ils longèrent plusieurs bâtiments de la sorte sans apercevoir trace du monstre volant. Soudain, Le Désosseur distingua des lignes rouges plus loin dans la rue ; il fit arrêter ses compagnons. Le drake noir déversa sa rage tout en poussant un hurlement terrifiant.  


Lorsqu’il partit, Paragon fit signe à Mégane et Hugo de le suivre. Ils se trouvaient à dix mètres du piège lorsqu’une une voix retentit :


-Megg, te voici enfin !


Mégane se figea. Au centre de la rue, vêtue de son armure turquoise bardée de piques, se dressait Renna. Elle était armée d’un fouet constitué d’une centaines de lames attachées les unes à la suite des autres.


-Il faut dire que tu as mis une sacrée pagaille, lança la guerrière. Regarde autour de toi, tout ça est de ta faute.


La débutante ne quitta pas son ennemi des yeux néanmoins, elle percevait la chaleur étouffante de l’incendie, elle distinguait les flammes jaillirent des fenêtres, les décombres de maisons à moitié écrabouillées, elle avait conscience de tout cela. Elle ne répondit pas, conservant son regard fixé sur Renna.


-Je vois que tu fais bon usage du bouclier que je t’ai offert, poursuivit la guerrière en baissant le regard sur l’arme que tenait la jeune fille. Je présume que tu n’as pas la moindre idée de comment t’en servir, n’est-ce-pas ? (comme Mégane ne répondait pas, Renna se tourna vers Paragon :) Et toi, le mystérieux joueur, tu veux toujours ton duel ?


Le Désosseur resserra son emprise sur son bouclier. Il flairait un piège mais ignorait ce qu’avait en tête leur ennemie. Gagner du temps, voilà ce qu’il devait faire !


-Je ne pense pas que tu accepterais un duel contre moi, Renna. Tu es trop peureuse pour ça.


Paragon afficha un sourire satisfait lorsqu’il vit Renna serrer les poings de rage. Elle fit claquer son fouet qui émit une détonation métallique ; Mégane et Hugo reculèrent d’un pas, effrayés.


-Ce n’est pas contre moi que je te proposais un combat, lâcha Renna dans un sourire terrifiant, c’est contre Lucas.

-Lucas ? Qui est Lu ...


Le drake noir atterrit brutalement derrière Renna, écrasant un arbre carbonisé au passage et faisant trembler le sol. Il poussa un terrible rugissement qui exhiba le spectacle de sa gueule garnie de dents aussi longues que les plus longs couteaux de Paragon.


-Voici Lucas, le familier de notre adoré chef de guilde. Quand il a appris que Megg, la fameuse Megg, celle contre qui nous sommes en guerre, celle-là même qui a banni les joueurs, se trouvait à Ragequit, il nous a envoyé Lucas. Vous savez ce qu’il m’a dit ? « Oublie le village, oublie Ragequit. Je veux qu’elle paye ! ».


Tout en parlant, elle caressait le cou du monstre gigantesque.


-Alors Megg, acceptes-tu ce duel ? Mon champion contre le tien.


Terrifiée, Mégane regarda Paragon. Comment se tirer de ce pas ? Elle serrait le petit corps de Tamagotchi contre son sein tout en cherchant dans les yeux de son compagnons un indice sur ce qu’il pensait.


Les sourcils froncé, son regard acier plus tranchant que jamais, Paragon exprimait une détermination sans faille. Il reporta son attention sur la guerrière.


-Qu’adviendra-t-il quand je gagnerai ?

-Paragon ! s’exclama Mégane. Tu ne peux pas l’affronter ! C’est impossible !

-Paragon, c’est donc ainsi que tu te nommes ? fit Renna. J’ai déjà entendu ce pseudo ... Nous sommes-nous affronter par le passé ?

-Ne t’en rappelles-tu pas ? Ma parole, tu n’as pas bonne mémoire. Il y a deux jours de cela, je t’ai dépixelisée en deux temps trois mouvements. Mais, tu n’as toujours pas répondu à ma question : que m’apportera la victoire ?

-Si tu gagnes ? Vous remportez cette guerre et nous vous laissons le village.

-Bien.


Le Désosseur matérialisa sa hache à double tranchants.


-Ne veux-tu pas savoir ce qu’il adviendra si tu perds ?

-Seul un perdant évoque cette possibilité.


Renna rugit de rire.


-Tu as de la répartie mais ça ne te sauvera pas. Allez Lucas, occupe-toi de ...

-Sénéchal ! Sénéchal, reviens ici tout de suite ! Sénéchal c’est un ordre !


Dans un bel ensemble, Mégane, Paragon, Hugo et Renna portèrent leur attention vers l’autre bout de la rue. Là-bas, une petite créature galopait vers eux, les bras placés dans le dos. Derrière elle, une autre créature, bien plus bruyante celle-là, lui courait après en l’invectivant de tous les noms.


-Par le Héros quantique, Sénéchal, viens ici tout de suite ! Le soleil n’est pas encore levé, tu le vois bien ! Sé-né-cha-le !


Le croqueur stoppa sa course au milieu de la route, à une dizaine de mètres de l’impressionnant drake noir. Le Roi croqueur arriva quelques temps après. Il voulut parler mais il était tellement essoufflé qu’il dut s’y reprendre à plusieurs fois avant d’articuler une explication à cette interruption :


-Nous n’étions pas ... hhh ... hhh ... censé arriver ... hhh ... si tôt ... hhh ...

-Qui est-ce ? demanda Renna à Mégane.

-C’est ... heu ...

-Je suis Elias ... hhh ... hhh ... Elias le Roi croqueur ! Oh cette course ... hhh ... Sénéchal, tu me le paieras !

-Et quand étais-tu censé arriver, Elias le Roi croqueur ?

-J’avais dis ... à mes compagnons ... « Aux premières lueurs du troisième jour, regardez à l’Est. »


Renna considéra le ciel, puis l’endroit d’où avait surgit cet étonnant duo.


-C’est le Sud, ça.

-Le Sud ? Mais non, voyons. Le Sud il est ... heu ... laissez-moi réfléchir ...

-Si, Elias, approuva Paragon, tu viens du Sud.

-Et puis, il fait encore nuit noir, ajouta Renna.

-Ah, pour ça, j’ai une excuse tout à fait valable, c’est la faute de Sénéchal. Je lui avait dit d’attendre mais monsieur n’en a fait qu’à sa tête. Monsieur a filé sans rien dire parce que monsieur sait tout mieux que tout le monde. « Ils vont mourir si on ne fait rien », « il faut intervenir maintenant », et gnagnagna ... Non, Sénéchal, j’ai dit aux premières lueurs du troisième jour, ce devait être aux premières lueurs du troisième jour !

-Mais pourquoi précisément à ce moment-là ?

-Mais parce que, voyons ! Les premières lueurs du troisième jour c’est chantant, c’est poétique ...

-Mais de quoi parle-t-il, je ne comprends pas ?

-C’est vrai, explique-toi, Elias, s’exclama Mégane. Tu ne nous as jamais dit que tu partais.

-Mais si, j’ai dit à Hugo de vous transmettre ce message.


Le concerné se retrouva soudainement au centre de l’attention.


-Je ne te l’avais pas dit ? s’enquit l’ancien chef du village. (Mégane secoua la tête) Eh bien, il semblerait que j’ai omis de t’en parler. Il est vrai qu’Elias était venu me trouver dans la chapelle pour me dire qu’il partait. Comme tu n’as rien dit à son sujet, je croyais que tu étais au courant ...

-Et moi qui pensais que tu fuyais les combats, soupira la jeune fille.

-Fuir ? Moi ? Megg, voyons, tu me connais mieux que ça ...

-Mais pourquoi es-tu parti ?

-Eh bien j’avais à faire, très chère. Vois-tu, j’ai été ...


Le hurlement que poussa le drake noir immobilisa tout le monde sur le champ. Il referma sa mâchoire en un claquement sonore puis Renna prit la parole :


-Bien, maintenant que j’ai l’attention de tout le monde, on va pouvoir poursuivre ce que nous avions ...


Elle fut elle-même interrompue par le cri, nettement moins impressionnant, de Sénéchal. Sa gueule, disproportionnée par rapport au reste de son corps, vibra longuement sous la stridulation de son braillement. Enfin, il cessa.


La guerrière considéra le croqueur avec amusement et dédain, ouvrit la bouche mais, avant de pouvoir faire part de son mépris, le cri fut repris. Une fois, deux fois, dix fois ... Une silhouette émergea du toit d’une maison, une autre surgit d’un trou dans le sol, une troisième sortit de derrière des décombres ... Chaque fois qu’un croqueur apparaissait, il reprenait le hurlement qui s’amplifiait démesurément encore et encore. Il en vint à surpasser la puissance sonore du rugissement du drake noir, si bien que joueurs et PNJ durent se boucher les oreilles.


À présent, ils étaient cernés par une armée de petits monstres poilus et hurlants. Sénéchal fit un pas en avant ce qui mit brusquement fin au cri.


Renna sentit le sang quitter son visage en découvrant le nombre de petits yeux cruels qui la fixaient. Instinctivement, elle chercha la présence protectrice du drake.


Partout où le regard se portait et malgré l’incendie qui consumaient la ville, il y avait des croqueurs. Des petits, des gros, des difformes, des bruns, des gris, des borgnes, des sales ; il semblait que tout le village était couvert de ces petites créatures carnivores.  


Se sentant menacé et ce, à juste titre, le drake noir poussa un rugissement sentencieux : quiconque approcherait rencontrerait la mort. Sénéchal lui répondit et ce fut la débandade.


Tous les croqueurs se ruèrent sur le lézard géant ; il se débattit comme un enragé pour se débarrasser de cette vermine mais déjà, des crocs tentaient de percer sa carapace d’écailles. Alors que le flot de parasites ne cessait de croître sur lui, il battit furieusement des ailes dans l’espoir de s’éloigner de cette menace grandissante. Rugissant de colère, il parvint tant bien que mal à décoller.


Beaucoup de croqueurs furent éjectés durant la manœuvre mais ceux qui tinrent le coup, s’attaquèrent aussitôt à la fine membrane des ailes. Le drake se secoua comme un beau diable, effectuant des acrobaties en l’air qui donnerait le mal de mer aux marins les plus endurcis. Ses flammes illuminèrent la nuit sans paraître affecter les monstres poilus.


Tout à coup, il perdit de l’altitude. Ses ailes s’ouvrirent largement pour amortir sa chute mais elles n’étaient plus qu’un amas de peaux sanguinolentes qui ne lui servirent à rien. Il s’écrasa contre une maison, sa patte avant droite pliée dans un angle impossible. Son hurlement de douleur fut couvert par la marée de croqueurs qui l’ensevelit aussitôt. Il balaya de sa queue un grand nombre de ces créatures mais d’autres les remplacèrent sans attendre. Elles investirent l’ennemi en passant pas son anus, déchirant tout sur leur passage. Les derniers instants du drake noir furent une torture sans pareille tandis qu’il sentait ses intestins grouiller de croqueur assoiffés de sang.  


Éventuellement, des crocs trouvèrent le chemin jusqu’à son cœur et le réduisirent en charpie, mettant un point final à ses souffrances. Dans un dernier spasme, le drake noir s’effondra.


Alors que la carcasse remuait encore due aux parasites présents en son sein, Renna, elle, n’avait toujours pas bougé d’un pouce. Elle n’en croyait pas ses yeux. Le drake noir, créature mythique et réputée imbattable, venait d’être défait pas une bande de poilus avec des grandes bouches. Ils avaient beau être au bas mot un millier, ça n’en restait pas moins un exploit désastreux. Son chef de guilde allait la tuer ... littéralement !


Tout ça c’était la faute de cette foutue Megg ! C’était elle qui avait refusé son invitation. C’était elle qui avait banni les joueurs. C’était elle qui avait débuté cette guerre. Eh bien, Renna allait y mettre un terme définitif.


Elle activa la forme primaire de son fouet qui se rétracta avec une série de tintements métalliques. L’épée qu’elle tenait à présent était parcourue de fines lignes sombres, vestige des lames de son fouet. Profitant de l’inattention de ses adversaires, elle s’élança. Son armure gémit, chaque articulation grinçant sus l’effort fourni. Un pas. Le temps s’était comme arrêté. Un autre. Si elle devait mourir aujourd’hui, elle ne serait pas la seule, oh non ! Un troisième pas. Le colosse la vit mais il n’allait pas avoir le temps d’intervenir.  


Trop tard, mon gros !


Quatrième pas. Elle aperçut le visage terrifiée de cette stupide Megg qui ne pensa même pas à lever son bouclier volant. Renna sourit. Elle arma son bras. Cinquième pas. Crack !


Tout à coup, son pieds traversa la route et elle chuta durant une terrifiante seconde. Son menton percuta le bord du piège avant qu’elle ne s’écrase au fond dans une exclamation étouffée.  


En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Paragon se jeta sur Mégane pour la protéger de son corps. Ils se regardèrent avec intensité et comprirent tous les deux que, sans la présence du piège, la jeune fille ne serait plus de ce monde à l’heure actuelle.


-Mh, vous voyez, je vous avais dit que c’était une bonne idée de creuser un piège.


Tout le monde se tourna vers Elias.


-Toi ! s’écria la jeune fille. Je vais t’étriper !

-Megg, non Megg ! N’oublie pas que je viens de vous sauver la vie, qu’est-ce que tu fais ?! Non ne ...


Elle lui sauta dessus ... pour le prendre dans ses bras. Tout contracté, le Roi croqueur finit par baisser sa garde (il avait vraiment cru qu’elle était sur le point de le passer à tabac) pour lui rendre son étreinte.


-Je pensais que tu étais parti, Elias. Merci d’être revenu.


Il ne sut pas quoi dire à cela et leur accolade dura jusqu’à ce que Sénéchal intervienne.


-Et merci au véritable héros, bien entendu !

-Pardon ?? Sénéchal, un héros ? C’est moi, le Roi croqueur, qui suis allé chercher du renfort.


L’intéressé leva ses petits yeux jaunes au ciel pour faire montre du grand cas qu’il faisait des jérémiades de son maître et accepta bien volontiers les caresses de la jeune fille.


-Et où donc se trouve ce cher petit chapardeur ? J’espère que vous ne l’avez pas laissé dans l’auberge, auquel cas on mange une grillade ce soir.


Le rire du Roi croqueur résonna dans le silence qui s’abattit brusquement. Il se tut progressivement en apercevant le regard assombri de la jeune fille.


-Quoi, on mange une grillade ce soir ?


Suivant les yeux de la joueuse, il distingua un petit tas de fourrure posé contre le mur d’une maison. Il alla récupérer le corps de Tamagotchi et lui et Sénéchal le contemplèrent en silence.


-Il était dans ... 


Mégane détourna les yeux, incapable de finir sa phrase sans fondre à nouveau en sanglots. Paragon fournit l’explication :


-Il se trouvait dans l’auberge lorsque le drake a attaqué.  

-Je pensais que c’était un endroit sûr pour lui, reprit la jeune fille, des larmes plein les yeux.

-Tu n’y es pour rien, Megg, fit le colosse en posant une main réconfortante dans son dos. Tu ne pouvais pas prédire ça.

-J’aurais dû le garder auprès de moi.

-Alors il aurait été exposé à la fureur des gobelins ténébreux et des écraseurs sanguins.

-Mais j’aurais pu le ...

-Megg, arrête, tu n’y es pour rien.


Les traits de la jeune fille se tordirent et elle éclata en sanglots. Le Désosseur la prit dans ses bras pour la bercer doucement.


-Bon Sénéchal, on lui dit ?

-Lui dire quoi ? s’enquit Hugo.

-C’est à Sénéchal que je m’adressais. Dis donc, il a pris la grosse tête celui-là depuis qu’on l’a accepté dans notre guilde.

-Me dire quoi ? demanda Mégane en reniflant bruyamment.  


Le croqueur émit une série de sifflements et de couinements avant de guetter une réaction sur le visage de la jeune fille. Comme elle le dévisageait sans comprendre, il reporta son attention sur Elias qui haussa les épaules.


-Répète parce que je ne pense pas qu’elle ait compris ...


Une fois encore, Sénéchal poussa feulements et cris mais Mégane l’interrompit :


-Bon, Elias, on ne va pas y passer la nuit. Tu sais très bien que je ne comprends pas le croqueur.  


Avec un sourire de connivence, il suréleva la petit paquet de peaux que représentait le corps de Tamagotchi :


-Ceci, ma chère Megg, est une mue de chapardeur.  

-Une mue ?

-De chapardeur, oui. Elle est lente à la détente, n’est-ce pas ?

-Mais alors ce n’est pas ...

-Tamagotchi ? Non. Par le Héros quantique, Megg, c’était plus claire en croqueur !

-Mais, dans ce cas, où est-il ?

-Ça, je l’ignore. Où donc avez-vous déniché cette mue ?

-Dans l’auberge.

-Tamagotchi doit toujours s’y trouv ...


Il s’arrêta au beau milieu de sa phrase en apercevant les restes du bâtiment en proie aux flammes.


-Hum ... eh bien ce sera une grillade, donc ... Aïeuh ! Grand dadet, je viens de vous sauver la vie, la moindre des choses c’est de ...

-Fais montre d’un peu de considération, Elias, Megg vient de perdre un être qui lui était cher.

-Mais j’ai fait montre de considération, voyons ! Non, Sénéchal, je t’ai dit de ne plus me hurler dans les oreilles ! Quoi l’auberge ? Eh bien ? Megg, je pense qu’il t’appelle.


La jeune fille considéra le croqueur qui se tenait devant le bâtiment en flamme. Elle le rejoignit et il lui indiqua des yeux un tas de braise.


À y regarder de plus près, Mégane prit conscience qu’il y avait du mouvement sous les charbons incandescents. Soudain, une tête en émergea et deux grand yeux noir se fixèrent sur elle.


-Qu’est-ce que ... ?


Le petit monstre sortit de son bain de braises et, alors qu’il se dirigeait d’une démarche assurée vers la jeune fille, celle-ci prit grand soin de le détailler. Il était recouvert d’une peau ténébreuse qui, semblait-il, était faite d’un assemblage d’écailles. Se déplaçant sur quatre pattes, il possédait un corps allongé et au bout d’un long cou reposait sa tête pourvue de deux grands yeux aussi sombre que sa peau.  


Il se blottit aussitôt dans la paume que Mégane lui présenta en soupirant de contentement.


-Tamagotchi ?


Le monstre releva la tête à l’appel de son nom faisant jaillir les larmes dans les yeux de la jeune fille.


-Tam, c’est toi ?


Il secoua gaiement sa queue en émettant un jappement que Mégane prit pour une affirmation. Elle cria de joie en le serrant contre son cou. Il était vivant !

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