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World of Domination

Chapitre 30

Fin ?

Divers

 Des oiseaux. Des milliers d’oiseaux.

 

Voilà ce qui masquait le soleil.

 

Les quatre joueurs ordonnèrent aussitôt à leur monture volante de plonger. Malheureusement pour Aliax, si la cisailleuse à pointes était réputée pour son vol stationnaire et sa carapace dure comme de l’acier, elle ne brillait pas pour sa rapidité.

 

Le scarabée géant se retrouva rapidement enseveli sous la nuée d’oiseaux et le corps sans vie d’Aliax chuta comme une pierre. Brutalitor se tassa sur sa selle, réduisant le plus possible les forces de frottement. Son javelot angélique fusa dans le ciel comme un F16, laissant loin derrière lui les deux autres sentinelles volantes. Le vent qui sifflait à ses oreilles fit monter les larmes à ses yeux.

 

Une seule chose lui importait : survivre. Survivre coûte que coûte pour pouvoir régler son compte à Megg.

 

 

***
 

 

Les hurlements du bourlingueurs étaient terrifiants ! Ils ressemblaient aux cris d’un cochon qu’on égorge mais en plus graves et menaçants. Si la bête qui poussait de tels rugissements rattrapait Mégane, elle ne donnait pas cher de sa peau.

 

Elle filait à travers les arbres, l’esprit en ébullition, se répétant que la moindre chute équivaudrait à un aller simple pour l’enfer. Ou bien était-ce l’enfer qui lui courait après ? Chaque racine se dressant sur son chemin, représentait un danger mortel à ses yeux et elle devait rassembler toute sa concentration pour les éviter.

 

Les couleurs anormales de la nature environnante lui faisaient perdre son sens de l’orientation, sans parler du monstre à ses trousses. Elle sauta par-dessus un buisson aux feuilles orangées, contourna un tronc doré, évita une branche mauve ... Bon sang, c’était le pays des guimauves, ou quoi ?

 

Elle atteignit une plaine entourant un lac et se souvint vaguement que l’autre dévoreur en possédait un lui aussi. Courant le long de la berge, elle se rendit rapidement compte que, sans slalomer entre les arbres pour ralentir son poursuivant, ce dernier n’allait pas tarder à la rattraper.

 

Les grognements enragés étaient de plus en plus proches et Mégane pouvait presque sentir le souffle du bourlingueur sur sa nuque. C’est alors qu’un épais trait rouge traversa son champs de vision. Comprenant que la bénédiction de l’insidieux calculateur était toujours active, elle se jeta sur le côté juste avant que les poings de l’imposante bête ne l’écrasent.

 

Après une roulade dans l’eau, elle se releva trempée. Le monstre la dévisagea furieusement sans pour autant esquisser de mouvements vers elle. Mégane recula ; l’eau lui atteignait seulement le haut des chevilles. Sa poitrine montait et descendait à un rythme effréné alors qu’elle tentait laborieusement de reprendre son souffle.

 

Le bourlingueur hurla en frappant le sol de ses deux poings ; la rouquine fit encore un pas en arrière, intimidée.

 

-Eh bien, tu n’aimes pas l’eau, mon gros ?

 

Sans réfléchir, elle lui envoya une gerbe d’eau avec son pied. Le monstre battit en retraite devant les gouttelettes avant de considérer avec ce qui ressemblait à un air outré l’humaine qui osait le narguer de la sorte. Il poussa une nouvelle gueulante et chargea.

 

Mégane fit volte-face en se maudissant d’avoir été aussi stupide.

 

Si je meurs comme ça, je dirai à Elias qu’il avait raison depuis le début ! Tu n’es qu’une idiote, ma petite Mégane.

 

Elle plongea dans l’eau avant de nager frénétiquement vers le centre du lac. Après un moment, ne percevant aucune éclaboussure, elle osa jeter un regard derrière elle. La bête était restée sur le berge pour y faire les cents pas avec mécontentement.

 

Son regard fut alors attiré par un mouvement dans le ciel : les trois sentinelles volantes étaient poursuivies par une gigantesque nuée d’oiseaux. L’un d’eux, celui à la monture blanche qui l’avait attaquée, se trouvait bien en avant et, vu sa vitesse, courait peu de risque de se faire rattraper dans l’immédiat.

 

Ce doit être le système de défense des dévoreurs de plaines dont Hugo m’a fait part, songea-t-elle en priant pour que les oiseaux ne la repèrent pas. Il a dû s’activer quand le joueur m’a tiré dessus …

 

Elle put prendre sa première bouffée d’air l’esprit au calme. Le joueur n’était plus à ses trousses, l’eau était presque chaude, les monstres restaient loin d’elle ...

 

Comment ça « les » monstres ??

 

Sur la berge, elle aperçut trois créatures assises qui la considéraient calmement. Même le bourlingueur semblait tout à coup décontracté, ce qui le faisait ressembler à un moine bouddhiste ultra-musclé et ultra-constipé (étant donné son absence de cou). Les deux autres n’étaient visiblement pas de la même espèce mais, à cette distance, Mégane ne parvenait pas à les distinguer correctement. La silhouette d’une nouvelle créature sortit des bois.

 

Si je reste ici, je vais bientôt me retrouver coincée. Et si j’invoque Paragon maintenant, le plan est foutu. Que faire ?

 

La berge se situant du côté opposé du lac était vide ; elle se demanda si ce serait longtemps le cas.

 

Pas le choix, je dois tenter ma chance !

 

Elle si dirigea donc dans cette direction mais, arrivée au milieu du lac, deux monstres sortirent du bois pour attendre sagement sur la berge. À présent, une quinzaine de créatures l’entouraient ; la situation se dégradait.

 

Et puis, qu’est-ce qu’elle avait chaud ! Les lacs coincés entre les montagnes comme celui-ci étaient censés être glacés. Elle se rappela alors qu’elle se trouvait au centre d’une gigantesque créature de World of Domination et non perdue dans quelque obscure contrée du monde réel.

 

C’est en prenant consciente de cela qu’elle l’entendit ...

 

C’était comme ... comme un chant. Comme le chant d’une baleine, même. Plein d’une déchirante mélancolie. Les notes s’égrainaient avec lenteur et accablement.

 

Sans en comprendre le sens réel, Mégane fut profondément touchée par la détresse qu’elle perçut à travers cette ode. Cela fit vibrer une corde sensible en elle et les larmes lui montèrent irrémédiablement aux yeux.

 

Elle eut soudain envie d’alléger cette peine, cette douleur, et le seul moyen qu’elle connaissait pour cela était d’utiliser le sort d’empathie transcendantale.

 

Elle fit donc la planche au milieu de ce lac à l’eau si confortablement chaude et se laissa flotter. Bien que tout fut apaisé, l’eau assourdissait les sons ce qui lui permit de se concentrer plus aisément. Maintenant qu’elle avait entendu le chant, elle était incapable de l’ignorer, un peu à l’image d’une alarme qui résonne dans le lointain. Seulement ici, c’était doux. D’une tristesse sans pareille, mais doux.

 

Mégane laissa l’ode la gagner et la suivit comme on suit un fil d’Ariane, tentant d’en définir la source. Progressivement, la peine prit place en son cœur comme elle essayait de la faire entrer en résonance avec celle qu’elle percevait dans le chant.

 

Seulement, elle était incapable de faire jaillir une telle émotion en la soutirant simplement au néant. Donc elle se remémora des passages difficiles de sa vie : la fois où elle s’était disputée avec une amie, son premier échec scolaire, la réalisation que le monde s’écroulait autour d’elle sans qu’elle n’y puisse rien, sa première rupture amoureuse … Pourtant, aucun de ses souvenirs ne parvint à la faire entrer en résonnance avec le dévoreur.

 

Mais il y avait encore un souvenir auquel elle se refusait à songer. Une lame du passé plus tranchante que bien des outils du monde physique.

 

Mégane aurait pu baisser les bras. Elle aurait pu laisser l’immense créature seule avec ses souffrances et penser à sa propre survie mais … mais le chant l’appelait. Il résonnait en elle presque familièrement et c’est presque avec soulagement qu’elle raviva l’image de sa mère.

 

Avec la soudaineté d’une claque, la tristesse fut décuplée en elle. Elle eut l’impression d’avoir ouvert une trappe d’où un flot de sentiment accablant se déversait. Ce fut une émotion si forte et déchirante que ça en devint douloureux. Si forte même que Mégane eut du mal à respirer.

 

Elle tenta de reprendre son souffle mais s’en trouva incapable. Était-elle en train de couler ? Non, elle le sentait, son visage se trouvait en dehors de l’eau. Dans ce cas, pourquoi ne parvenait-elle plus à respirer ?

 

C’était son esprit. Il était submergé par cet apitoiement, cet insondable chagrin sans qu’il n’y ait rien qu’elle puisse faire contre ça sinon se regarder couler. Elle batailla pour avaler un peu d’oxygène tandis que le cantique emplissait son être.

 

Mon enfant, clamait-il, mon enfant est mort ...


Un enfant ? Quel enfant ?

 

Alors, Mégane comprit. C’était le chant du dévoreur sur lequel elle se trouvait ! Mais, de quel enfant était-il question ? Serait-ce ... la sphère ? La réponse surgit dans son esprit : ce n’était pas une sphère mais un œuf ! Cette sphère qui pulsait entre les deux tentacules était en réalité un œuf de dévoreur de plaines !

 

Mais il était vivant ! Elle avait vu l’autre titan se servir de son tentacule afin d’emporter l’œuf sous le repli de son îlot. Il était vivant, elle en était certaine !

 

La jeune fille voulut le hurler mais le chant, répétitif et lancinant, couvrit son cri. La perte de l’être aimé était plus fort que tout.

 

Mégane suffoqua. La tristesse écrasait sa poitrine et bloquait ses poumons aussi sûrement que si elle se trouvait mille mètres sous l’eau. Son diaphragme se contractait spasmodiquement, cherchant désespérément à aspirer de l’air mais la trachée de la jeune fille était entravée.

 

Il est vivant ! cria-t-elle intérieurement. Vivant !


Pourtant, rien n’outrepassait le chant du dévoreur. Elle avait l’impression d’essayer de se faire entendre au beau milieu d’une tempête.

 

Il est vivant ! Ton enfant est vivant ! Je l’ai vu !

 

À peine poussés, ses cris mentaux étaient aussitôt balayés par le cantique comme une tornade emporte un parasol sur la plage.

 

Peu-à-peu noyée dans ce déchirement, asphyxiée par le manque d’oxygène, écrasée par sa propre peine, Mégane se laissa couler. Comme un hommage à sa douce maman qu’elle ne reverrait plus jamais, elle reprit le chant. Ainsi, elle partagea la tristesse du dévoreur, lui faisant comprendre qu’il n’était pas seul ...

 

Elle ne le fit pas exprès, peut-être était-ce son inconscient qui la fit agir de la sorte, ou autre chose, elle l’ignorait, mais elle modifia légèrement le chant. Elle ajouta une petite chose, un détail.

 

Mon enfant est mort ... ?
 


Ce point d’interrogation n’était qu’une ridicule montée dans les aigus, qu’une insignifiante inflexion dans l’ode, et pourtant, il changea tout. Soudain, le poids qui comprimait la poitrine de Mégane s’allégea, comme si on y avait entrouvert une porte pour laisser filtrer un rai de lumière.

 

Ce point d’interrogation insuffla dans l’esprit du dévoreur de plaines une sorte de légèreté, un sentiment qui, s’il était entretenu, pouvait soulever des montagnes et bien plus encore : l’espoir.

 

Qu’il était faible, cet espoir, qu’il était rachitique. Une étincelle à peine née et pourtant déjà mourante. Il ne lui manquait pas beaucoup pour se faire submerger à son tour par l’écrasante mélancolie. Néanmoins, il permit à Mégane d’aspirer une goulée d’air et, bien qu’elle eût l’impression de faire ça à travers une paille, cela lui sauva la vie.

 

Sans perdre un instant, elle se remit à chanter. Elle donna toute son énergie pour faire grimper les notes, pour leur insuffler la foi.

 

Mon enfant est ... vivant ?


Oui ! Voulut hurler Mégane, oui, il est vivant !


Elle se battit bec et ongle pour asséner la vérité, pour transformer l’espoir en foi, puis en certitude.

 

Mon enfant est ... vivant !


La jeune fille put enfin avaler une grande goulée d’air ... avant d’éclater en sanglot. Quelle tristesse, mon Dieu, quelle tristesse ! Plus jamais je ne veux vivre pareil déchirement. Plus jamais, je vous en prie, plus jamais ...

 

 

 

Elle émergea quelques minutes plus tard (ou était-ce quelques heures ?) sur la berge du lac. De petites vaguelettes s’échouaient sur son côté. Ses yeux papillonnèrent alors qu’une ombre se penchait sur elle.

 

-Paragon, émit-elle piteusement. Paragon, c’est toi ?

 

Elle avait désespérément besoin d’une épaule contre laquelle s’épancher.

 

Mais lorsque les contours de la silhouette se précisèrent, elle eut la surprise de se trouver juste sous l’ombre du bourlingueur. Il la reniflait avec curiosité en s’appuyant sur ses longs bras musclés. Constatant qu’elle était réveillée, il recula avant de se laisser tomber lourdement sur son derrière.

 

Mégane ouvrit de grands yeux terrifiés. Au fur et à mesure que sa vision s’éclaircissait, elle découvrait de nouvelles créatures la fixant étrangement. Il y en avait de toutes sortes et de toutes tailles : sur sa droite, un genre de félin avec des écailles et une queue de lézard, là, on aurait dit un mélange entre un buffle et un hippopotame, et ici, un grand oiseau au plumage rouge et au bec à l’aspect plus que tranchant ... Il y avait même un gluant osseux dont les globes oculaires perchés au bout de deux antennes bougeaient dans tous les sens comme s’ils auscultaient la jeune fille sous toutes les coutures.

 

Mégane était incapable de faire le moindre mouvement. Partout où son regard se posait, il n’y avait que des monstres à l’aspect irréel tout droit sortis d’un cauchemar qui la dévisageaient. Après un moment qui lui parut interminable, elle se décida à esquisser un geste. Comme aucun des monstres ne réagit, elle se leva doucement, très douuuucement ... voiiiilà, pas de geste brusque ma petite Megg.

 

Le bourlingueur se curait nonchalamment les défenses. Manifestement, il n’en avait rien à faire que celle qu’il avait autrefois considéré comme sa proie se mettait en mouvement. En revanche, le morceau de fruit qu’il décoinça d’entre ses dents, voilà qui valait toute son attention !

 

Mégane leva une main que le bourlingueur regarda d’un œil circonspect. Elle ne savait pas trop ce qu’elle espérait en faisant cela mais elle conserva malgré tout son bras en l’air. Après un moment, le drôle d’animal renifla suspicieusement avant de lever à son tour sa main. Alors que les doigts allaient se toucher, il leva subitement la tête, aux aguets.

 

Mégane aperçut la ligne rouge passer au travers la créature avant d’en comprendre la teneur : la bénédiction !

 

-Attention ! cria-t-elle.

 

Le bourlingueur se dressa sur ses courtes jambes en grognant, l’air de dire « qu’est-ce qui te prend de me crier dessus comme ça ?! ». La flèche perça ses côtes ; il fut violemment plaqué au sol, inconscient ou mort.

 

Dans le ciel, le javelot angélique et son cavalier passèrent en trombe au-dessus d’eux, dispersant tous les animaux. L’oiseau rouge prit son envol à la poursuite de la menace et il ne resta plus que le gluant osseux qui fuyait à sa vitesse maximale (un solide 1,6 km/h).

 

Mégane se rendit compte qu’elle était armée de ses boucliers volants. Une fois encore, ses mains avaient agi instinctivement et effectué les gestes définis comme raccourcis pour ses armes.

 

La monture volante fit demi-tour, replia ses ailes et piqua sur l’oiseau au plumage rouge. Son bec transperça sans état d’âme le volatile adverse qui fut ensuite éjecté d’un mouvement de tête. Son corps s’échoua au milieu du lac dans une gerbe d’eau.

 

La jeune fille se ramassa sur elle-même, prête à riposter. Seulement, quand elle vit que la ligne rouge suivante ne la visait pas elle mais le corps du bourlingueur, elle ne sut comment réagir.

 

Il pense que ce sont mes alliés, réalisa-t-elle.

 

Sans savoir si la créature était toujours en vie ou pas, elle sauta tel un gardien de foot, les mains en avant. La flèche percuta ses boucliers et, sous la puissance du tir, elle se retrouva plaquée au sol. Elle se releva après une roulade pour se camper résolument par-dessus le corps de la créature évanouie. Tant qu’elle serait debout, aucun mal ne lui sera fait !

 

Elle para ainsi les deux tirs suivants, serrant les dents à chaque fois sous l’impact.

 

Bon Dieu, comment fait-il pour décocher ses flèches avec tant de force ?

 

Après quoi, le joueur sembla perdre patience et ordonna à son javelot angélique de finir le travail. Mégane vit le grand oiseau blanc obliquer son vol dans sa direction. En triple vitesse, elle ouvrit son tableau de bord, se maudissant de ne pas avoir créé de raccourci pour ça. Deux lignes rouges la traversèrent de part en part : il allait lui tirer dessus pour qu’elle n’ait pas le temps d’esquiver sa seconde attaque.

 

Je ne compte pas me dérober, cette fois !

 

Le joueur tira. D’un puissant revers, elle dégagea le trait meurtrier qui ricocha sur son bouclier. Dans le même mouvement elle lança l’objet qu’elle avait soutiré à son tableau de bord.

 

 

***
 


 

Lorsque Brutalitor décocha sa flèche et vit que sa cible n’esquivait pas, il sourit. C’était exactement ce qu’il espérait qu’elle fasse.

 

Après un coup de bouclier qui la débarrassa du trait, son torse fut exposé.

 

Trop facile, songea le joueur.

 

Il se pressa contre sa selle ; le vent hurla à ses oreilles tandis que le bec de sa monture était pointé en direction du cœur de cette conne de Megg.

 

Il ne prêta pas garde à l’objet qu’elle lui lança. Quoi qu’elle fasse, elle était une morte en sursis et lui, Brutalitor, deviendrait le héros, le libérateur de World of Domination. Il ne saisit pas non plus ce qu’elle cria ; un hurlement de terreur, sans aucun doute.

 

Cependant, alors qu’il n’était plus qu’à quelques mètres de sa cible, l’objet qu’elle lui avait jeté enfla. Il discerna des bras, des jambes, un buste ... Bientôt, un colosse brandissant une hache à double tranchants se trouva entre lui et son objectif. Mais le plus terrifiant, et ce qui restera à jamais gravé dans sa mémoire, fut l’expression de cet homme.

 

Sa bouche s’ouvrait dans un cri terrible, inhumain. Des plis tordaient son visage en une grimace hideuse qui le relayait au rang de démon sanguinaire. Et ses yeux ... Oh, ses yeux étaient comme deux puits sans fond dans lesquels bouillonnait une haine pure, sauvage, intarissable. Une haine dirigée contre lui ...

 

C’est la dernière image qu’il eut avant d’être banni de World of Domination, et c’est cette même image qui le réveillera chaque nuit pour le restant de ses jours.

 

Lourde sanction, en vérité, pour avoir rêvé de devenir un héros ...

 

 

***
 



-Paragon le Désosseur, je t’invoque !

 

Juste après avoir lancé son sort, Mégane sut qu’elle avait réussi. Paragon était là et plus aucun mal ne pourrait lui arriver. Un sourire se dessina sur ses lèvres.

 

Ensuite, ce fut le noir.

 

 

 

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle reposait aux côtés d’un grand oiseau blanc décapité. Son corps se vidait de son sang comme le ferait une bouteille de vin renversée. Elle l’observa sans comprendre.

 

Son cerveau semblait plongé dans un épais brouillard et la première pensée qui en émergea fut : « Où est la tête ? ». C’est avec une accablante lenteur que les yeux de Mégane la trouvèrent. Elle reposait contre son ventre, le bec enfoncé dans son flanc jusqu’à la garde. La jeune fille comprit alors qu’elle était clouée au sol au même titre qu’un insecte punaisé à un tableau.

 

Et il y avait Paragon. Son Paragon.

 

Pourquoi pleurait-il ? Ne t’en fais pas, Paragon, on a réussi.

 

Il lui criait quelque chose mais elle n’entendait rien, ou plutôt, elle ne percevait qu’un lointain murmure, comme s’ils étaient séparés par une vitre.

 

Il se lamentait et gémissait, encore et encore. De gros sanglots le secouaient, les larmes roulaient le long de son visage défiguré alors qu’il lui hurlait ... quoi ? Qui dois-je appeler ?

 

...voque-le ! ... en prie ! ... oque Hugo ! ... sauve ...

 

Hugo ? Mais pourquoi ? Tu es là, toi. Tu m’as déjà sauvée ...

 

Je t’en prie, ... ite flamme ! Invoque ... go ! Tu dois l’invo ... ! Il faut ... tu l’invoques ! ... qu’il te sauve ... il … peut, lui ... il le peut ...

 

Mais, déjà, l’obscurité reprenait ses droits.

 

Avant de sombrer, Mégane eut le temps d’esquisser un sourire : finalement, son plan avait marché. Dommage que Paragon ait tué la monture ; elle aurait pu leur être uti ...

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