Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les protectrices du dernier homme — Chapitre 21 · LEURS SOUPCONS
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les protectrices du dernier homme
Chapitre 21 · LEURS SOUPCONS
Les jours suivants ont glissé dans une douceur presque banale, celle qu'on protège parce qu'on sait qu'elle est fragile et rare. On reprenait nos vies « normales », celles qu'on s'était construites à trois, en secret, loin des regards.
On allait faire les courses ensemble, on poussait le caddie comme n'importe quel couple lambda, ou presque. On se promenait main dans la main très tard la nuit, dans des rues désertes, des coins où personne ne passait. On s'embrassait dans les salles de cinéma presque vides, devant des films pourris que personne n'allait voir. Le vendredi soir, on commandait des pizzas, on se collait tous les trois sous la même couette, on regardait des séries en se caressant distraitement… et parfois plus, quand l'histoire était vraiment nulle et qu'on avait besoin d'autre chose.
Sous les draps, quand l'envie montait, on se branlait doucement, en essayant de ne pas se faire griller par les nos chères étudiantes de fac quand on était censées juste « regarder la série ensemble » et on riait quand elles le découvraient et voulaient en faire autant. On se faisait des câlins interminables sans forcément aller jusqu'au bout. On se murmurait des mots tendres, des mots doux, et parfois des mots beaucoup plus crus. On adorait ce petit danger permanent : l'interdit absolu. Il fallait que personne ne sache. Jamais. Alors quand on sortait, on jouait avec le feu juste assez pour que ça picote mais jamais assez pour que tout explose.
Jacques s'habillait toujours comme pour disparaître quand on sortait en sa compagnie : casquette enfoncée, maquillage léger, vêtements larges, démarche raide comme une momie. Et nous, on aimait bien le titiller en public. Au supermarché, je me collais derrière lui au rayon fruits, je glissais une main dans sa poche et j'effleurais son gland à travers le tissu en murmurant dans son oreille : « Je vais te faire bander pendant que tu regardes ces fruits… » Et ça marchait à tous les coups.
Amina, de face, parlait au vendeur d'une voix parfaitement normale : « Des bananes, merci. » Et en même temps je lui pinçais la bite par-dessus le jean avec un sourire innocent. Jacques rougissait, bandait, baissait les yeux. On riait tout doucement. Moi je lui glissais : « T'as peur qu'ils devinent qu'on baise un vieillard qui ne bande plus et qui peut crever à tout moment ? »
On continuait comme si de rien n'était. Mais on savait. On savait que c'était sale, dangereux, risqué… et en même temps tellement beau. C'était à nous. Et plus le temps passait, plus j'avais envie, on avait toutes envie je pense, de tout envoyer balader, de crier au monde qu'on était les trois humains les plus heureux de la Terre. Mais on ne franchissait jamais la ligne car c'était trop important que l'on cache tout ça au monde. L'avenir était devant nous, pas derrière.
Et puis ce mercredi matin, tout a vacillé.
À 4 heures pile, je me suis réveillée d'un coup, comme si mon corps avait senti quelque chose. Jacques était déjà debout. Il enfilait son pantalon, son sweat, prenait ses clés sans un bruit et partit. C'était la troisième fois en un peu plus d'un mois. Toujours un mercredi. Toujours 4 heures.
Je me suis redressée dans le noir, le cœur qui cognait. J'ai secoué Amina.
— Amina… Amina ! Réveille-toi !
Elle grognait, la tête enfouie sous l'oreiller. « Quoi ? Laisse-moi dormir… »
— Il est encore parti. À 4 heures pile.
Elle émergea, cheveux en vrac, un filet de bave au coin de la bouche. « Mais de quoi tu parles bordel, il est quelle heure ? »
— Presque tous les mercredis. À la même heure.
Amina soupira : « Putain mais qu'est-ce que tu racontes ? »
Je restais assise sur le lit, à réfléchir à voix haute. « Il se barre souvent comme ça en pleine nuit. À 4 h du mat'. Souvent des mercredis. Avant je n'y faisais pas gaffe, mais là… c'est pas normal. Tu sais très bien qu'il passe toujours un temps fou à nous regarder dormir avant de partir. Et d'habitude il se douche pendant que le café coule. Et puis merde, qui se lève à 4 h du matin comme ça ? Amina, y a un truc. J'en suis sûre. »
Amina me regarda, encore ensommeillée. « Je sais pas… il va peut-être voir une autre fille. Et même si c'est un plan cul ailleurs, on s'en fout… non ? »
— Mais non ! Il ne nous cache jamais rien, tu le sais. Il est raide dingue de nous, il nous colle tout le temps, il nous saoule avec le danger de se faire prendre… Enfin, tu m'as comprise, il nous “saoule pas” mais bref ... Un plan cul sérieux ? Tu y crois vraiment à ton truc ?
Amina se redressa d'un coup. « Maintenant que tu le dis… ouais, t'as raison. Ça tient pas debout. Y a un truc qui cloche. »
On fixa la porte un long moment, à imaginer n'importe quoi. Puis on se dit qu'on devra creuser. Vraiment creuser.
On s recoucha mais le sommeil ne revenait pas. Quelque chose nous rongeait.
Vers 7 heures, on se leva n'arrivant pas à dormir et ne revoyant pas Jacques revenir. On enfila des t-shirts trop grands, souvent les siens, sales, parce qu'on aimait son odeur sans rien d'autre en dessous et alla à la cuisine.
Il était là, l'air détendu, comme si de rien n'était. Il avait l'air surpris de nous voir déjà debout.
Bisous du matin. Cafés servis.
Je regardai par-dessus ma tasse et lâchai, l'air de rien : « T'es déjà rentré ? »
Amina, en mâchant son pain : « T'étais parti où à 4 heures ? »
Il répondu très calmement : « J'avais pas sommeil. J'suis allé courir un peu. J'voulais pas vous réveiller. »
On s'est regardées sans rien dire mais on savait très bien qu'il nous mentait. Il le fit très bien mais ... y'avait un très léger tremblement dans sa voix, presque imperceptible mais pas pour nous 2.
La semaine passa. On faisait semblant que tout était normal. Mais à l'intérieur, ça bouillonnait.
Le mercredi suivant, à 4 heures pile, on était sur le qui-vive, faisant semblant de dormir… mais il ne bougea pas d'un pouce.
Trois jours plus tard, à 3 heures du matin cette fois, il se leva, s'habilla lentement avec des affaires de sport et sorti.
J'étais déjà réveillée. J'avais attendu. J'ai secoué Amina. « Regarde, il recommence. »
Elle s'est redressée, frottant ses yeux. « Putain… c'est vrai que c'est chelou. Mais on n'est pas mercredi, il n'est pas 4 h et il s'est habillé pour… bah pour courir quoi. »
Je lui dis : « On le suit. »
— À 3 heures du mat' ? Et il doit déjà être loin, on va geler.
— Arrête de parler, mets un pull et viens !
— Arrête de parler, mets un pull et viens !
Amina soupira, mais hocha la tête : « Ok. Mais s'il va vraiment courir, je t'assomme, je te le jure Lucy. »
— Et s'il fait autre chose… on rentre direct, lui dis-je.
On s'habilla en silence : pulls épais, écharpes, casquettes, descendit discrètement. Quand la porte du hall en bas se referma, on accéléra pour le repérer. Il marchait vite au loin. On le suivi à pied, dans le noir, en gardant de la distance.
Il tourna plusieurs fois, comme s'il vérifiait qu'on ne le suivait pas. On resta loin derrière. Après une bonne trentaine de minutes, il arriva devant un bâtiment discret, sonné à une porte à l'arrière arrière. Un bip retentit et la porte s'ouvra.
Juste avant qu'elle ne se referme, Amina glissa son pied dans l'entrebâillement. Et on rentra sans faire un bruit.
Couloir sombre. Lumières de secours verdâtres. On avançait sur la pointe des pieds. On l'entendait parler au loin avec une femme.
— Mais qu'est-ce que tu fabriques à changer les plans à la dernière minute ? Et pourquoi t'es habillé comme si t'allais faire un marathon bon sang ?
On tourna au bout du couloir, une lumière jaune, une porte entrouverte.
À l'intérieur : un bureau simple : des plantes vertes, des Ordinateurs. Jacques assis en face d'une femme d'environ soixante ans. Belle, bien foutue. Mais inquiète.
Il expliquait qu'il avait changé les plans à cause de nos soupçons. Puis elle lui dit : « Vas-y, tout est prêt. Prends ton temps. J'espère que tu vas assurer, parce que si on doit espacer nos rendez-vous, va falloir m'en donner plus, tu t'en doutes bien… »
Jacques hocha la tête. Il se leva, passa dans la pièce à côté. La porte se referma derrière lui.
On resta figées devant le bureau. La femme, “Hélène” de ce qu'on a pu comprendre s'est assise à son ordinateur et fixa son écran.
On y voyait Jacques se mettre nu, bite en main. Il se branlait calmement au-dessus d'un petit pot stérile. Il respirait profondément ...
Hélène gémit doucement. Sa main droite disparu sous sa jupe. Sa main gauche entra dans son chemisier. Elle se caressait les seins à travers la dentelle. Elle se touchait lentement, les yeux rivés sur l'écran, sur lui. Elle murmurait : « C'est bien … continue mon garçon … »
J'étais bouche bée Amina derrière moi essayant de comprendre ce qu'il se passait, elle ne devait pas voir l'écran.
J'ai chuchoté : « Il … donne son sperme. »
Amina, presque sans voix : « Quoi ? Et elle … elle se branle non ? »
On recula sans un bruit puis on s'en alla. On referma la porte du bâtiment. Dehors, l'air froid nous gifla le visage.
Sur le chemin du retour, Amina n'arrêtait pas : « Mais qu'est-ce que t'as vu ? Explique ! »
Je marchais vite, serrant son bras. « Pas ici. Viens. »
On rentra. Je filai à la cuisine et bus un énorme verre d'eau. Amina s'assit, tapant du pied.
Enfin, je lâchai : « Il donne son sperme. Tous les mercredis. À 4 heures. Une vieille, Hélène, elle le regarde sur une caméra. Elle se branle en le matant pendant qu'il remplit des fioles. »
Amina me dit : « Ils en font quoi … ils vendent son sperme ? Ils le donnent ? »
J'avalai une gorgée : « Apparemment. Enfin non, j'en sais rien. »
Silence. Puis Amina : « Putain… »
On discuta une heure. Pourquoi ? Pour qui ? Pour de l'argent ? Pour la science ? Pourquoi il nous le cachait ? On ne comprenait rien.
On rangea la cuisine et remis de l'ordre. Puis, on se posa et patienta de pied ferme. On n'était pas bien du tout, on s'imaginait des trucs tordus. Et puis, il nous mentait depuis combien de temps ?
Vers 5 h 30, la clé tourna dans la serrure.
Jacques entra et posa ses clés. On était assises à la table, cafés devant nous, regards interrogateurs.
Je l'ai regardé et ai dit : « T'es rentré tôt. »
Amina rétorqua : « T'étais parti où ? »
Il s'est assis, détendu. « J'avais pas sommeil. J'suis allé courir, vous voyez bien mes vêtements de sports. »
Silence.
J'ai lâché : « Pourquoi tu nous mens Jacques ? »
Il a levé les yeux. « Comment ça ? »
Amina qui s'impatientait : « Répond à la question putain ! »
Il ne disait rien, on sentait qu'il voulait craquer, que son corps refusé de nous mentir donc je l'aidai un peu à se libérer, la rage au ventre qui grandissait en moi : « Jacques ... on t'a suivi ... » lui dis-je, des larmes coulant le long de mon visage. Je redoutais sa réponse, terriblement, tant je ne comprenais rien à ce qu'il se passait.
Amina : « Mais merde Jacques, tous les mercredis à 4 heures. On a vu le bâtiment, on a vu Hélène, son écran et toi ... avec des fioles. Qu'est-ce que tu fous putain. » et se mit à fondre en larme
Il ferma les yeux quelques secondes. Nous ne l'avions jamais vu dans cet état. Je ne reconnaissais pas l'homme que j'aimais tant, que je croyais si bien connaitre, avec qui je voulais finir ma vie.
J'avais peur bon sang, j'étais tétanisée. Amina me prit la main, elle pleurait de tout son être. Le temps s'emblait s'être arrêté tant sa réponse parue lente à venir.
Il rouvrit ses yeux, des larmes se mirent à couler le long de ses joues et il nous dit :
— Ok, très bien, vous avez raison. Je n'ai pas le droit de vous mentir. Je n'en peux plus de devoir garder se secret, de devoir vous mentir tous les jours. Asseyez-vous. Je vais tout vous dire ...
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