Carmina lucis vel umbrae — Chapitre 1 · La haine Reine des ruines
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Coup de cœur
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L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la précision des images : la haine décrite comme « une blessure qui marche », le cœur transformé en « champ de bataille », la clé et la serrure qui rouillent ensemble. Ces formules ne sonnent jamais creux — elles font mal juste ce qu'il faut. Le poème avance comme la haine elle-même : lentement, sûrement, avec une logique implacable qui finit par toucher juste.
Carmina lucis vel umbrae
Chapitre 1 · La haine Reine des ruines
Elle naît d'un souffle, d'un frémissement,
d'un grain de sable coincé dans la mécanique fragile
du cœur.
Elle murmure d'abord, presque timidement,
comme un souvenir que l'on croit reconnaître
mais qu'on préfère ne pas regarder trop longtemps.
Elle se tient là, tapie,
au bord du silence,
dans la fissure d'un mot oublié ou d'un geste manqué,
dans l'ombre molle d'une déception.
elle s'allonge,
elle se construit une demeure.
Pas une forteresse :
une tanière impénétrable.
Elle se nourrit de ce que tu ne dis pas,
de ce que tu retiens,
de ce que tu caches même à toi-même.
un frisson électrique dans les pensées,
un goût métallique sur la langue.
Elle montait en moi comme une marée sombre,
invisible d'abord,
puis insistante,
puis impossible à ignorer.
Je croyais pouvoir la contenir,
l'enfermer dans une boite fermée à double tour.
Mais la haine se moque des serrures :
elle attend simplement que la clé et la serrure rouillent.
Ceux qui hurlent n'en portent souvent
que la surface.
La vraie, la profonde,
celle qui creuse comme un gouffre dans la poitrine,
celle qui ronge les os,
celle-là ne parle pas :
elle écoute,
elle observe,
elle veille.
et les remodèle à son image.
Là où il y avait un sourire,
elle peint une ombre.
Là où il y avait un espoir,
elle dresse un mur.
Là où il y avait un amour fragile,
elle plante des couteaux.
et tu réalises que la haine a pris ton visage,
qu'elle se tient devant toi comme un miroir retourné,
déformant, cruel,
mais terriblement sincère.
Elle te montre ce que tu n'as jamais osé avouer :
ta déception,
ta peur,
ta blessure,
ta vanité fracassée.
Elle est l'héritage d'un cœur brisé,
la fille sombre d'une confiance trahie,
la compagne fidèle d'une douleur mal enterrée.
Elle ne survient pas dans le vide :
elle pousse dans la terre retournée
d'un souvenir qu'on n'a pas su laisser mourir.
Regarde ce qu'on t'a fait.
Regarde ce que tu n'as pas pu empêcher.
Regarde comme ton silence t'a détruit.
Et dans la morsure de ses mots,
tu sens une étrange consolation :
elle te donne l'illusion
d'être enfin armé.
mais elle pèse comme une prison.
Elle protège,
mais elle enferme.
Elle brûle ceux qu'elle touche,
mais elle consume d'abord celle ou celui
qui la porte.
c'est toujours avec une voix familière,
comme si elle avait toujours vécu là,
dans le creux de mes côtes,
dans le tremblement de mes veines.
Elle me raconte ce que j'ai oublié
ou ce que j'aurais préféré oublier.
Elle ravive la brûlure des mots qui ont blessé,
des gestes qui ont trahi,
des regards qui ont transpercé.
Elle alimente le feu
et me demande de le regarder droit.
par fatigue,
par fierté,
par orgueil.
Parce qu'il est plus simple
d'en vouloir à l'univers
que d'accepter qu'on s'est trompé,
qu'on a aimé trop vite,
trop fort,
trop mal.
de la première goutte de sang.
Elle veut tout,
jusqu'aux derniers fragments d'espoir
accrochés à la chair.
Elle transforme les battements du cœur
en tambours de guerre,
les pensées en flèches,
la mémoire en champ de bataille.
elle cherche la domination.
Elle veut régner sur toutes les ruines,
mais elle oublie toujours
qu'elle se tient elle-même
au centre de ce qu'elle détruit.
me voler des heures entières,
me faire croire que la vengeance
était un chemin
alors qu'elle n'est qu'un cercle.
J'ai vu la haine déformer mes mots,
fermer mes mains,
flétrir ma voix.
Il y a dans la haine une vérité brute,
aussi tranchante qu'un éclat de verre :
elle révèle la profondeur de la blessure.
Elle n'existerait pas
si quelque chose n'avait pas compté.
Elle n'aurait pas grandi
si le cœur n'avait pas été trop tendre.
La haine n'est pas le contraire de l'amour :
elle en est l'ombre.
Le contraire de l'amour,
c'est l'indifférence.
un amour qui se sent trahi,
un amour qui n'a plus la force d'aimer
et qui se retourne contre lui-même.
Non pour la nourrir,
mais pour la comprendre.
Je l'ai laissée dire ce qu'elle avait à dire,
dérouler ses serpents,
vider ses orages.
Et dans ce face-à-face,
j'ai découvert ce qu'elle cachait :
une peur enfantine,
un sanglot vieux,
un chagrin mal recousu.
C'est une blessure qui marche.
Un manque qui brûle.
Une plaie qui n'a pas trouvé
la bonne main pour se refermer.
Elle s'érode,
elle s'effrite,
elle devient poussière
quand le cœur, enfin,
accepte de regarder
ce qu'elle protégeait.
J'ai haï jusqu'à croire
que ce sentiment pouvait me définir.
J'ai haï jusqu'à sentir
mon propre reflet me fuir.
Mais aujourd'hui je vois clair :
la haine n'était qu'une torche
que je brandissais dans le noir
pour ne pas admettre
que j'avais peur.
je comprends ceci :
que tant que l'on se sent petit.
Elle n'est forte
que tant que l'on se croit faible.
Elle n'est vivante
que tant que l'on refuse
de guérir.
et le vent l'emportera.
Et dans l'espace qu'elle laissera,
le silence
aura enfin la place
de devenir paix.
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