Be-Bop-A-Lola — Chapitre 1
Auteure
Coup de cœur
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L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.
Dès la première phrase, on est dedans — la salle de Wortegem s'impose par tous les sens, et l'odeur de gomina et de bière tiède ne vous lâche plus. Ce qu'on aime surtout, c'est la voix de Lola : sèche, directe, un peu cruelle, elle n'explique jamais ce qu'elle ressent, elle le fait sentir. Le jeu de regards avec Jeff, le tic de la main sur le front — chaque détail dit exactement ce qu'il faut sans en faire trop. Et le rythme qui s'emballe avec le juke-box, c'est un vrai plaisir à lire.
Be-Bop-A-Lola
Chapitre 1
L'odeur arrive d'un seul bloc : gomina qui pique les sinus comme une aiguille froide, bière renversée qui colle aux semelles en une pellicule sucrée et aigre, sueur des corps pressés qui monte en vapeur chaude, patchouli des filles qui tourne au vinaigre dès que la chaleur grimpe. Et dessous, l'essence – lourde, métallique, presque animale des bagnoles alignées dehors, pneus encore tièdes, chromes frottés jusqu'au sang.
Il s'arrête à un souffle. Sa main effleure ma taille, descend jusqu'à la lisière de la jupe, remonte un cran. Ses doigts trouvent la peau nue, humide. Il inspire fort, narines qui frémissent.
Je me hisse sur la pointe des talons, bouche contre son oreille.
Il suit.
L'odeur nous suit.
Et moi, je veux qu'elle me colle, qu'elle me noie, qu'elle m'use jusqu'à ce que je ne sente plus que nous.
Le froid nous tombe dessus comme une claque. La musique s'étouffe instantanément, ne reste qu'un bourdonnement grave, lointain, qui vibre encore dans le sternum. Mes talons claquent sur le bitume mouillé. Chaque pas fait remonter la robe, l'air mord la peau nue entre mes cuisses, là où je dégouline déjà.
Glisse sur la banquette large en cuir rouge cerise.
La chaleur du moteur monte encore du siège. Odeur de vieux tabac incrusté, de vinyle chauffé, de nos corps qui commencent à suer. Je m'installe au milieu, jambes écartées, robe remontée jusqu'à la taille. Ma chatte luit, gonflée, ouverte.
L'habitacle se referme comme une cage.
Il s'assied à côté. Je l'attrape par le col du perfecto, le tire vers moi, le pousse dos contre la banquette. Je grimpe à califourchon sur ses cuisses. Ma chatte nue frotte directement contre la bosse dure de son jean. Il gémit déjà.
Je me soulève, positionne son gland contre mon entrée.
Un temps suspendu.
Ses yeux dans les miens.
Tout s'arrête.
Puis je descends. D'un coup. Jusqu'au fond.
La sensation est violente, pleine, brûlante. Je reste immobile une seconde, à le sentir pulser en moi, à le laisser me remplir. Puis je commence à bouger. Hanches qui roulent d'abord, lentes, profondes, puis plus vite, plus fort. Le cuir grince sous mes genoux. Mes seins cognent contre le corset à chaque descente.
Je resserre mes muscles autour de lui, le pompe, le vide.
Un temps suspendu.
Ses yeux dans les miens.
Tout s'arrête encore.
Puis je jouis. Spasmes violents, jus qui gicle sur son ventre, cri rauque que j'étouffe dans son cou. Il explose juste après, chaud, épais, jet après jet qui m'inonde profondément.
Je reste empalée sur lui, tremblante, son sperme qui coule déjà le long de mes cuisses et goutte sur le cuir rouge.
Silence.
Juste nos respirations saccadées, le tic-tac du moteur qui refroidit, le lointain écho de la fête. Une portière claque au loin. Quelqu'un rit, sans nous voir.
Je descends lentement. Sa queue glisse hors de moi, laisse un filet chaud qui dégouline. Je m'assieds à côté, jambes écartées, robe chiffonnée, bas filés à un endroit.
Il me regarde, torse luisant de sueur, jean baissé aux genoux, bite encore rouge et humide.
Je sors une cigarette du sac verni, l'allume. La fumée monte vers le ciel ouvert au-dessus de la capote.
L'habitacle pue la baise, le cuir, la sueur, le tabac, et cette trace de nous qui s'incruste dans les sièges.
Je fais tourner la fumée dans ma bouche.
J'ai encore son goût sur la langue.
Je souris.
Alix.
Pas un accident. Pas une erreur de calcul.
Un cadeau qu'on s'est fait sans le savoir, au milieu de cette nuit où je me suis fait remplir comme une chienne en chaleur pendant que la fête continuait à puer la gomina et la bière à l'intérieur.
Cette nuit-là ne m'a jamais quittée.
Elle vit encore dans la marque rouge sur ma hanche gauche, dans le goût de lui qui remonte parfois quand je ferme les yeux, dans l'odeur de cuir chaud qui me colle encore aux narines quand je passe devant la Chrysler.
Ma petite dernière.
Alix.
Elle est née de cette faim brute, de cette baise sans filet, de ce moment où j'ai oublié d'avoir peur pour ne plus être qu'une bouche ouverte, qu'un ventre qui prend, qu'une femme qui jouit sans demander la permission.
Elle est déjà cruelle.
Elle est libre.
Et quand elle me regarde avec ces yeux qui sont les siens à lui et les miens à moi, je sais que cette nuit n'était pas une fin.
C'était un début.
Le plus beau des souvenirs.
Ma petite dernière.
Alix.
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Commentaires ()
Vous avez tenu tout le week-end.
Le visage trop lisse, les responsabilités, l’excellence qu’on vient chercher sur vous comme on vient chercher une clé. Poker face. Rien ne doit transparaître aux regards inquiets. Et puis un lundi matin, vous ouvrez la bouche, vous dites le mot sale, et vous refermez déjà le col.
Je vous ai lu.
Pas comme un compliment. Comme un homme qui a senti la salle des fêtes de Wortegem lui monter dans la gorge, gomina, bière aigre, sueur, essence, ce patchouli des filles qui tourne au vinaigre dès que la chaleur grimpe, et qui, au lieu de reculer, a demandé à être enduit.
Vous parlez de frites trop grasses, graisse de bœuf trop servie, relents rances. Vous avez raison de ne pas chercher plus joli. Chez moi, le désir n’a jamais senti le linge propre. Il sent le cuir rouge qui a déjà pris nos conneries. Il sent le moteur qui refroidit. Il sent ce qui coule et ce qui reste.
Cette crème dont vous parlez, celle de mes proses, celle qu’on raconte comme une toilette interdite, vous ne la voulez pas au bon endroit. Vous la voulez partout. Gorge. Poignets. Creux des hanches. Derrière les genoux. Comme on oindrait une peau qu’on a décidé de ne plus rendre présentable.
Généreusement. Animalement. Jusqu’à ce que le sceau ne soit plus un secret entre deux cuisses, mais une odeur qu’on porte sous la chemise, contre le sternum, là où personne ne regarde et où tout se sait.
L’objet sous l’oreiller vibre encore un peu, même éteint. Il garde la chaleur de ce qu’on lui a demandé dans le noir. La Chrysler aussi. Même sous la bâche. Même au garage. Jeff le sait : il la réveille parfois juste pour entendre le V8, juste pour que le cuir se réchauffe sous les paumes. Il prétend que ça lui rappelle des hanches. Il ne prétend rien. Il se souvient.
Vous, vous n’êtes pas Jeff.
Vous êtes l’homme qui rentre.
Celui qui a le droit, le devoir, de reposer le masque avant que les regards inquiets ne demandent des comptes. Je ne vous le prends pas. La dignité a sa fonction. Elle tient le décor debout.
Mais l’instant n’est pas perdu.
Il est juste collant.
Il a pris au col, à la nuque, au bas du ventre. Il sent encore la banquette, la fête qu’on a quittée par la porte de secours, cette prière un peu sale : que l’odeur tienne jusqu’au matin.
Le matin est là.
Vous vous cachez.
Moi, je n’essuie pas.
En vous remerciant (embrassant)
Candy
Je te remercie d’avoir pris le temps de lire un de mes récits. Lire, ça arrive. S’arrêter pour le commenter, c’est autre chose. Alors merci surtout pour ça.
Plus qu’honorée que tu compares mon humble baffouille à une telle œuvre. Ce n’est pas un petit écart. C’est un gouffre. Et tu l’as traversé comme si de rien n’était.
Si vous permettez, je vous envoie un baiser tendre.
Candy
En ce matin de septembre, après un week-end à rester cet homme digne, cet homme habitué à gérer son stress pétri de responsabilités derrière un visage trop souvent poker-face afin que rien ne transparaîsse aux regards inquiets qui l'entourent; cet homme dont on n'attend que de l'excellence, mais qui n'est et ne reste qu'un homme.
Oui, cet homme a également parfois des désirs sales. Et ce récit poisseux comme des frites trop grasses plongées dans leur graisse de bœuf aux relents rances pour n'avoir que trop servie, a fait naître en moi quelques désirs tout autant poisseux et odorants comme être ouint de cette crème de beauté intime, si bien narrée dans vos différentes proses lubriques. Cependant pas uniquement sur ma propre intimité mais étalée sur tout mon corps telle une crème de beauté, et ainsi être généreusement et animalement marqué du sceau olfactif de votre luxure, comme l'a pu être l'objet vibrant caché sous votre oreiller.....
Voilà, c'est dit, c'est cru et je m'empresse de me cacher à nouveau derrière mon masque de dignité, un instant perdue
Tu as mis le doigt en plein dans le mille avec ce contraste rétro et cette collision viscérale.
Disons qu'entre la ferveur brute et la sueur sur les dalles, l'imagination ne fait que prolonger ce que la mémoire sensorielle et la réalité des corps connaissent déjà par cœur.
Sauvage. Primitif. Jouissif.
La fécondation est parfaite, brutale voir bestial.
J'ai beaucoup aimé
Bises
Merci pour ce retour qui me fait un bien fou au creux de l'échine.
Savoir que la cadence a su vous cueillir et que la tension a distillé son petit venin au fil des pages reste la plus savoureuse des victoires. Choisir les mots avec douceur n'est souvent qu'une ruse tactile, une façon de poser du satin sur un piège qui se referme sans bruit. Voir que le dosage a trouvé un écho aussi juste chez vous me donne une furieuse envie de continuer à noircir des pages.
Au plaisir de croiser à nouveau vos impressions au détour de mes prochains récits.
"Merci Zico ! Il n'y a rien de plus grisant que d'abandonner un bout de son esprit dans un récit et d'y sentir chaque battement de cœur. Ravie que la chimie ait opéré sur toi."