Inspiré du réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'hôtellerie — Chapitre 3 · La cité Bellevue — Une nuit hors du temps
Auteur
L'hôtellerie
Chapitre 3 · La cité Bellevue — Une nuit hors du temps
Quelques semaines avaient passé depuis notre rencontre dans la lingerie de l'hôtel.
Je m'étais habitué à nos regards complices, à ces sourires échangés à la dérobée et à cette façon qu'il avait de me déstabiliser en quelques secondes. Pourtant, nous restions prudents. Dans le quartier où je travaillais, les murs avaient des oreilles, et je tenais à préserver ma vie professionnelle.
Ce soir-là, mon service terminé, je sortis de l'hôtel.
Il était là, sur le trottoir d'en face.
Adossé à un mur, les mains dans les poches, il me regardait avec ce sourire tranquille qui semblait lui appartenir en toutes circonstances. Il me fit un petit signe de la tête. Je lui répondis discrètement, puis continuai mon chemin vers le métro National.
Je venais à peine de descendre les premières marches que je sentis une main se poser sur mon épaule.
— Eh, Pierre !
Je me retournai. C'était lui. Toujours aussi beau, avec son regard sombre et ce petit air malicieux qui me faisait perdre mes moyens.
— Salut, me dit-il. Ça te dit un café ?
Je souris.
— Avec plaisir. Mais pas dans le coin, je préfère rester discret par rapport au boulot.
— T'inquiète. Suis-moi.
Nous ressortîmes par une autre sortie, de l'autre côté des voies, au pied des tours de la cité Bellevue.
Le contraste avec mon univers professionnel était saisissant. Les grandes barres de béton des années cinquante semblaient avoir été oubliées par le temps. Les espaces verts étaient mal entretenus, les façades fatiguées, et les halls s'ouvraient sur des couloirs sombres.
Je ne pouvais pas m'empêcher d'être intimidé. Malgré mes années passées à Marseille, les clichés que l'on entendait sur les cités me revenaient en tête. Je m'en voulais un peu, mais je ne parvenais pas à faire disparaître cette appréhension.
Lui marchait tranquillement, comme s'il me faisait découvrir son jardin.
Arrivés devant la tour C, nous croisâmes plusieurs jeunes installés à l'entrée.
Mon ventre se noua.
Il le remarqua immédiatement.
Sans rien dire, il prit ma main.
Ce geste tout simple me surprit. Sa paume était chaude, ses doigts se refermèrent doucement sur les miens. Je sentis ma nervosité diminuer.
— Hé, les gars ! Ça va ?
Les salutations fusèrent. Des poignées de main, des tapes amicales, des plaisanteries que je ne connaissais pas encore.
Puis il me présenta :
— Ça, c'est Pierre. Vous savez, le patron de l'hôtel juste à côté.
Je levai les yeux au ciel.
— Directeur adjoint, quand même !
Tout le monde éclata de rire.
L'un des garçons me tendit la main.
— Respect, monsieur. Vous êtes là tous les jours, vous et votre équipe. Vous nous regardez normalement, vous nous prenez pas de haut. Ça compte.
Je fus incapable de répondre autre chose qu'un sourire sincère.
En quelques minutes, ma peur s'était dissipée. Ces garçons que j'avais d'abord regardés avec appréhension n'étaient finalement que des voisins qui connaissaient mon visage, mon hôtel et mes habitudes.
Il serra une dernière main, puis m'entraîna vers le hall.
— Ça va mieux ?
— Beaucoup mieux, oui.
Je soufflai intérieurement.
Nous attendîmes l'ascenseur. Lorsqu'il arriva, nous entrâmes et les portes se refermèrent dans un grincement.
À peine étions-nous seuls qu'il se tourna vers moi.
Son sourire avait changé.
— Tu sais que t'es mignon quand tu fais semblant de ne pas avoir peur ?
— Je ne faisais pas semblant !
— Ah bon ?
Il s'approcha, amusé.
— Pas du tout, répondis-je, en essayant de garder mon sérieux.
Il posa doucement une main sur ma joue et m'embrassa.
Je n'eus même pas le temps de réfléchir. Je répondis à son baiser, d'abord timidement, puis avec une envie que j'avais retenue depuis plusieurs jours. Sa main glissa derrière ma nuque. La mienne se posa sur sa taille.
Lorsqu'il s'écarta enfin, nous souriions tous les deux. Il dirigeait son regard vers mon sexe qu'il voyait déformer mon pantalon.
— Je crois que le café va attendre, murmura-t-il.
Les portes s'ouvrirent.
Il attrapa ma main et m'entraîna dans un long couloir faiblement éclairé. Je le suivis, partagé entre l'excitation et l'impression de faire quelque chose d'incroyablement imprudent.
Il s'arrêta devant une porte, sortit ses clés et se retourna vers moi.
— Tu viens ?
Je hochai la tête.
À l'intérieur, l'appartement était modeste, avec des meubles simples et quelques vêtements posés sur une chaise. Rien à voir avec les chambres impeccables que je faisais inspecter chaque matin. Ici, tout avait quelque chose de personnel, de vécu.
— Ferme derrière toi, me dit-il.
Je m'exécutai.
Lorsque je me retournai, il n'était plus là.
— "Viens." entendis-je.
Je suivis cette voix jusqu'à une chambre où une petite lampe diffusait une lumière chaude.
Il était nu, les fesses levées et écartées par ses mains.
— Bouffe-moi, m'ordonna-t-il.
Je me précipitai goulûment sur ce cul. J'y enfonçai mon visage, glissai ma langue au plus profond de lui.
Il gémit.
Je ne résistai pas longtemps, je fis descendre mon pantalon et pénétrai son cul.
C'était tellement intense que je jouis rapidement au fond de lui.
Je m'écroulai sur lui.
Il s'assit sur le bord du lit.
— Tu sais, dit-il, ici, je suis chez moi. Je peux être moi-même.
Je m'assis à côté de lui.
Il baissa les yeux, sourit, puis se rapprocha.
Notre baiser fut différent de celui de l'ascenseur. Plus lent, plus tendre. Il n'y avait plus de défi, plus de provocation. Seulement cette envie réciproque de se découvrir, sans avoir à jouer un rôle.
Je passai une main dans ses cheveux courts. Il posa son front contre le mien.
— Reste avec moi ce soir, murmura-t-il.
Il rit doucement.
Je l'embrassai de nouveau.
La nuit nous appartenait désormais. Nous prîmes le temps de nous découvrir, de rire de nos maladresses, de nous rapprocher sans précipitation. Entre les baisers et les confidences, la distance qui séparait jusque-là nos deux mondes semblait s'effacer.
Il me raconta son enfance dans le quartier, ses frères, ses rêves qu'il gardait souvent pour lui. Je lui parlai de l'hôtel, de mes responsabilités, de cette solitude que l'on peut ressentir même lorsqu'on passe ses journées entouré de monde.
À un moment, il posa sa tête contre mon épaule.
— C'est bizarre, avec toi, je peux parler.
Je tournai le visage vers lui.
— Pourquoi ce serait bizarre ?
— Parce que d'habitude, les gens croient déjà savoir qui je suis avant même de me connaître.
Je caressai doucement sa joue.
— Moi aussi, j'avais des idées toutes faites en arrivant ici. Et j'ai eu tort.
Il ne répondit pas. Il m'embrassa simplement, avec une tendresse qui me toucha davantage que toutes ses provocations.
La suite de la nuit se déroula loin des regards, dans l'intimité de sa chambre. Nous nous abandonnâmes à notre attirance, entre étreintes, baisers et murmures, oubliant les horaires, les responsabilités et les apparences.
Pour une fois, je n'étais plus le directeur adjoint chargé de faire respecter les procédures. Et lui n'était plus le jeune habitué de la 101 que je devais rappeler à l'ordre.
Nous étions simplement deux hommes qui avaient envie d'être ensemble.
Lorsque je regardai l'heure, le ciel commençait déjà à pâlir.
— Il faut que je rentre, dis-je à regret.
Il grimaça.
— Déjà ?
— J'ai une journée qui m'attend.
— Toujours le boulot, monsieur le directeur adjoint !
Je ris en enfilant ma veste.
Il m'accompagna jusqu'à l'entrée de la tour. Dehors, le quartier s'éveillait lentement. Un scooter passa au loin, quelqu'un ouvrit une fenêtre et une voix lança un bonjour depuis un balcon.
Nous marchâmes côte à côte jusqu'au métro.
Arrivés devant l'entrée, il s'arrêta.
— Tu me rappelles quand t'as fini ton prochain service ?
— Je croyais que c'était toi qui devais m'inviter à boire un café.
— Le café, c'est toujours prévu.
Il se pencha pour m'embrasser une dernière fois, puis recula avec son sourire habituel.
Je descendis les marches du métro en me retournant une dernière fois.
Il était toujours là, les mains dans les poches, à me regarder partir.
Et tandis que la rame m'emportait vers le centre de Marseille, je compris que ce qui m'attirait chez lui dépassait largement les quelques nuits volées à nos quotidiens.
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