Les apparences peuvent être trompeuses
Chapitre 1
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✦ DeuxD Les apparences peuvent être trompeuses XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Bi Orientation principale dans ce chapitre

Les apparences peuvent être trompeuses — Chapitre 1

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DeuxD
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Les apparences peuvent être trompeuses

Chapitre 1

KEVIN
 
Je suis un con. Je suis le plus ignoble des maris. Je me croyais malin, mais je suis tombé sur plus malin que moi. J'aurais dû me méfier, la proposition était trop bonne. Une belle fille pour m'appâter. Une offre qui paraissait divertissante. Un trio de gars qui donnaient l'impression de ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre. Un début de partie qui avait montré les limites de leur expérience au jeu. Je pouvais lire sur leur visage s'ils avaient un beau jeu. Des relances perdues d'avance pour eux. Et puis, doucement, sans avoir l'air d'y toucher, la chance avait tourné. Et je me suis enfoncé sans vraiment réaliser. Il faut dire que la belle fille, Axa, celle qui était venue m'appâter, ne me quittait pas. Et lorsqu'elle n'était pas à côté de moi, elle faisait le tour de la table pour servir, mais sans me quitter des yeux, avec comme une promesse pour après. . Elle sentait bon. Son décolleté était profond. Sa main qui se posait parfois sur ma main ou sur ma cuisse me troublait. Et puis est arrivé le moment des comptes…. Mon Dieu, comment avais-je pu être si con ? Les jetons se sont transformés en une somme qu'évidemment je n'avais pas…
 
---------------------------------
 
Pourtant, quelques heures avant, tout se passait bien. Notre séjour de deux semaines au Sénégal dans un club très confortable touchait à sa fin. Pendant que Béatrice enchaînait pour la dernière fois toutes les activités qu'elle avait sélectionnées, je lézardais à l'ombre d'un parasol, une bière bien fraîche en main. 
—C'est quel site ?
Une voix derrière moi. C'est la serveuse, la jeune et superbe serveuse. Du genre que l'on aimerait culbuter. Pardon, cette remarque me fait macho, raciste et con. On ne culbute par une jeune femme lorsqu'on a deux fois son âge. Sans parler que culbuter fait plus que sexiste. En plus avec une grosse touche de racisme. Un vieux blanc n'a aucun droit, même en pensée sur une jeune, ou moins jeune, serveuse, ou pas serveuse, noire.
—Oh pardon. Je ne voulais pas… Elle s'excuse.
Il faut dire que pendant que je lézarde, je visionne sur mon smartphone des parties de poker qu'un site diffuse en permanence. Il fait dire aussi que j'aime beaucoup ce jeu, que je le pratique le plus souvent possible. Mais je suis un joueur qui connaît ses limites, pas addict comme certains.
Et c'est donc elle qui, après quelques échanges sur le site et le jeu, m'annonce :
—J'ai des amis qui ont prévu une partie ce soir. Pour l'instant ils sont trois, mais ils préféreraient jouer à quatre en "Texas Hold'em". C'est dans le club, si cela vous intéresse ?
—Ils jouent de l'argent ?
—Bien sur sinon ce n'est pas drôle. Mais pas d'argent sur la table. S'ils se faisaient surprendre… Non, des jetons. Ils font les comptes après.
—Mais ce soir, il y a bien la fête d'adieu ?
—Ils n'en font pas partie, alors ils sont libres. Moi aussi d'ailleurs.
—Vous jouez ?
—Oh non. Mais j'aime bien regarder. J'essaie de consoler le plus gros perdant.
A la façon dont elle le dit, cela donne envie d'être le perdant.
—Et cela se passe où ?
—Oh, pas loin. À une époque il y avait un mini casino ici, mais ils ont dû le fermer. Question de réglementation…
—Il faut que j'en parle à mon épouse. 
—Pas de soucis. Je termine mon service vers 20h. Si vous êtes intéressé, attendez-moi et je vous montrerai.
 
Béa a bien fait la gueule, mais, après tout on avait passé toute une quinzaine soudée l'un à l'autre, à part ses activités et donc elle était en dette. J'avais fait de mon mieux pour réveiller notre sexualité qui était un peu en sommeil. On est ensemble depuis plus de vingt ans, alors il est bien normal qu'a la quarantaine, un couple ressente une lassitude… Surtout que nous n'avons pas eu d'enfants…
 
Awa m'a accompagné. 
En effet le bâtiment était désaffecté, mais pas abandonné. On devinait la table de roulette, une table de Black Jack en demi-lune, d'autres meubles aussi, tous recouverts de grands draps de protection. 
Les trois joueurs attendaient. Des jeunes et je pensais, trop jeunes pour ne pas se laisser emporter par le jeu et commettre des fautes.
-----------
Mais rien ne s'est passé comme prévu. 
Oh, je suis le perdant, mais mon ardoise me fait oublier le cadeau de consolation que promettait à demi-mots, Awa.
J'essaie de discuter : 
Je n'ai pas pareille somme sur moi…. Même ma carte Platinum ne me permet pas de retirer une telle somme… Pour vous payer je dois effectuer quelques opérations… Donnez-moi un RIB et je vous ferai un virement… D'ailleurs si vous pouviez accepter un délai ou un remboursement en plusieurs fois…
J'argumente en me disant qu'une fois rentré, je ferai traîner et négocierai un règlement bien moins élevé. Pertes aux jeux……
Mais, ils refusent.  Pas question que je parte sans avoir réglé. 
Mais Awa susurre à l'oreille de celui qui est manifestement le "chef de bande", Samba.
 
—Il parait que ta femme est blonde. Béatrice, c'est ça ?
—Euh oui, pourquoi ?
—Tu as une photo ?
—Je…
—Tu n'es pas en position de discuter. Oui, ou non ?
—Oui, dans mon téléphone…
—Donne…. Le code….
Comment refuser. Je suis assis sur ma chaise et les trois hommes sont debout autour de moi, une main sur chacune de mes épaules.
—He…. He…. Regardez les gars, c'est une gourmande…
Merde il a dû tomber sur une des vidéos, des sextapes que nous avons faites ici, une façon de pimenter nos baises.
—Et celle-là. Regardez.
Tous les quatre sont concentrés vers l'écran. J'essaie de me lever discrètement mais les mains reviennent et me plaquent sur la chaise.
—He, c'est une chaude, ta femme… Regardez comme elle le suce… Et… Dans le cul…. Dit donc mec elle a l'air d'aimer ça… Mais tu joues petit jeu… Ton truc ne doit pas la satisfaire… Nous, on aurait de quoi… N'est-ce pas les gars ?
Un long silence et puis…
—Assane trouve de quoi l'attacher. Je ne veux pas qu'il se sauve pendant qu'on discute….
 
Il trouve. C'est à ce moment-là que je me suis posé la question ? Est-ce que je n'étais pas tombé dans un piège ? Qui a des serflex dans sa poche. Assez de serflex et de la bonne taille pour me rendre solidaire par les bras, par les jambes, de ce fauteuil qui était le seul autour de la table, et qu'ils m'avaient désigné…
Il rejoint ses complices. Quatre complices. Je comprends qu'Awa est leur rabatteuse. Je ne dois pas être le premier….
 
—Voilà, on a un deal à te proposer. On efface la dette, à part dix mille euros pour les frais, mais tu fais venir ta femme ici, tu la convaincs d'être gentille avec nous, quand je dis gentille, je veux dire aussi coquine qu'avec toi. Le seul risque que tu as c'est qu'elle apprécie trop notre "savoir-faire" et qu'après elle te trouve bien trop fade, trop blanchâtre, trop petit, et cherche à l'avenir des hommes comme nous, des mâles, des vrais………….
—Jamais. Vous êtes fous. Ma femme ? Et quoi encore ?
—Comme tu veux. Mais tes vidéos nous ont bien excité, n'est-ce pas les gars, et si on ne peut pas en faire profiter ta charmante épouse, toute en blondeur, au teint de pêche, alors c'est vers toi que nous allons nous retourner. Même deal, dix mille euros en cash et tu passes à la casserole. Tu t'es déjà fait prendre par le cul. Remarque cela ne m'étonnerais pas…
—Et, peut-être que c'est ce qu'il voudrait. Regardez les gars elle lui prend le cul avec un gode.
Merde. En effet dans une vidéo, Béatrice me gode le cul pendant que je la baise.
—Alors tu décides ?
La question se fait pressante. Pire sur un geste de Samba, ses acolytes me soulèvent et en deux temps trois mouvements, je me retrouve à poil sur le fauteuil.
—Dernière chance.  La voix est menaçante.
Je ne sais plus quoi dire, quoi faire, totalement dépassé. Je dois rêver. Je ne suis pas en vacances. Je suis chez moi et c'est un cauchemar.
Pourtant les mains qui me saisissent paraissent bien réelles. Des mains qui me soulèvent, qui me plaquent contre la table. Des mains qui forcent mes cuisses à s'écarter.
Non je ne rêve pas. Le dard qui sort du pantalon de cet homme, de Samba, me parait bien réel. Pas bandant mais lourd, veiné, sauvage…
—Non, non, arrêtez. Vous voulez quoi ?
Il m'explique, me répète. Rassure-toi on ne lui fera pas de mal, que du bien… Hein les gars… On mettra des capotes… Si tu savais le nombre de femmes qui aiment passer du bon temps avec nous… On n'est pas obligé de payer si cher… Car, par ma proposition, on perd 25000 Euros. Tu ne trouves pas que c'est cher payer. Tu crois que ta Béatrice vaut vraiment cette dépense ? Alors ?
 
BÉATRICE
 
J'ai donné mon accord, mais je lui en veux tout de même. Il devrait être avec moi. Il mériterait que je réponde aux avances de ce beau Suédois qui me regarde, qui m'invite à danser, qui par de subtils attouchements cherche à me faire passer un message. Il a quoi, 25 ans, beau comme un dieu, pourrait avoir toutes les femmes à ses pieds et pourtant qui me drague, moi la femme qui pourrait presque être sa mère. Merde Kevin, tu as de la chance. J'ai apprécié tous tes efforts pendant ces vacances. Des efforts pour essayer de faire oublier la triste routine de l'année, de l'époux qui rentre tard, fatigué, qui ne voit même pas que je suis allée chez le coiffeur, que j'ai une nouvelle robe, pire qui ne voit même pas ce nouveau déshabillé qui a fait dire à la vendeuse : Monsieur votre mari a bien de la chance.
Oh que oui, tu as de la chance.
Pourquoi cette fille me fait signe. Son geste m'invite à la rejoindre au bord de la piste. J'espère que c'est important pour me faire quitter les bras accueillant, enveloppant de mon beau Suédois.
 
—Votre mari voudrait que vous le rejoigniez.
—Pourquoi il vous envoie ?
—Rassurez-vous, il vous expliquera lui-même.
 
Je la suis. La bâtisse a les volets fermés. J'hésite.
—Le poker est interdit sur le site. On doit être discret.
Je la suis. La porte ouverte. Une entrée… Une grande salle dans une demi obscurité. La lumière tout au fond. 
Je ne le vois pas tout de suite. Je vois d'abord ces trois hommes, trois jeunes hommes. Et puis je le découvre.
Il est assis dans un fauteuil. Il est nu… Manifestement les bras prisonniers… Les jambes aussi…
Un piège. Mon sang ne fait qu'un tour, je fais demi-tour et cours vers la sortie.
Mais j'entends, comme un cri, un appel…
—Béa attend, ne part pas. J'ai besoin de toi…
La voix est suppliante. Personne n'a bougé. 
J'attends un moment, puis un autre.
—S'il te plaît chérie, reviens.
Je reviens.
On m'explique.
Il confirme.
Il a perdu 35 000 €. Moi je pèse 25 000 €. 25 000 € pour baiser avec moi. C'est un sacré tarif même si j'étais une Escorte haut de gamme.  Une nuit. Une nuit, oui, mais trois hommes ? Quel con. Comment a-t-il pu se faire piéger ainsi ? Il mériterait que je le laisse.
—Et si je refuse.
—C'est lui qui paiera sa dette. 
—Mais si j'accepte… Vous êtes trois…
—Quatre. Quatre avec Awa.
Quoi la serveuse, l'appât ? Une femme… avec moi… 
—Nous ne sommes pas violents. Je sais que ce ne sont que des paroles mais les femmes que nous avons accueillies ont toujours été satisfaites.
—C'est du chantage.
—Alors faites-nous un virement. Pas de chèque…
—Nous n'avons pas… 
On est dans une impasse… Putain, Kevin dans quelle situation tu me mets… J'étais dans les bras d'un beau Suédois, toute chaude, fantasmant… Mais ne faisant que fantasmer…. Et me voici une proie, la proie de trois hommes, jeunes, pas vilains, mais que je n'ai pas choisi… J'oubliais la fille… 
—Il vous doit combien exactement ?
—36 300 € Mais nous arrondissons à 35 000 €. On ne veut pas la mort du pêcheur.
—Merci pour le pêcheur. Je suis d'accord mais pour la totalité de la dette.
Ils sont sidérés. Kevin aussi. Pourtant lui devait savoir que c'est mon métier, la négociation.
Ils se questionnent du regard. Le chef parle
—D'accord, mais en échange nous voulons votre participation. Nous ne voulons pas d'une poupée de chiffon, nous voulons une femme, une femme qui joue le jeu, qui, si elle éprouve du plaisir le laisse vivre…
—D'accord. Vous pouvez compter sur moi. J'ai un souhait, que mon mari reste avec nous. Qu'il soit le témoin de ce qui va arriver. Ce sera sa punition. Qu'il voie ce que son inconséquente produit.
Ma demande étonne mais c'est avec un sourire que Samba acquiesce.
 Je pensais que Kevin allait protester, mais non. En tout cas il parait à la fois rassuré que j'accepte et j'imagine inquiet de ce que je viens de dire qu'il doit traduire : Elle va jouer le jeu. Mon Dieu avec trois hommes et une femme !
 
Je recule pour m'appuyer sur ce qui est une grande table. Je ne suis pas à plus de deux mètres, face à mon mari, prête à honorer la dette qu'il a contractée. Les hommes ont laissé le champ libre, se décalant pour… C'est Awa qui s'approche la première.
Elle ne marche pas, elle glisse. Je remarque seulement maintenant qu'elle n'a pas sa tenue de serveuse mais porte une jolie robe qui met en valeur ses courbes et sa peau sombre qui parait si douce et soyeuse. Elle s'approche et je sens son parfum, musc, fleur d'Ylang, quelque chose de sucré et de dense qui ne devrait pas aller avec sa jeunesse et qui pourtant lui va comme une seconde peau.
— Tu n'as pas besoin d'avoir peur, dit-elle.
Sa voix est grave, plus grave que je ne l'imaginais. Une voix de femme, pas de fille.
— Je n'ai pas peur, réponds-je.
Et c'est presque vrai. Je n'ai pas peur d'elle. J'ai peur de ce que je ne connais pas, de la frontière que je n'ai jamais franchie. Jamais. Vingt ans avec Kevin, des fantasmes, des jeux, des vidéos pimentées, mais jamais cette frontière-là.
Elle pose sa main sur ma nuque. Pas sur mon épaule, pas sur mon bras, sur ma nuque, exactement là où les vertèbres affleurent la peau, là où tout se noue. Et elle ne caresse pas, elle tient. Ferme mais lente. Comme une prise.
— Regarde ton mari, murmure-t-elle.
Je regarde Kevin. Il ne soutient pas mon regard. Il baisse les yeux et je vois ses mains crispées sur les accoudoirs, les serflex qui entament la peau.
Awa me tourne légèrement la tête vers elle. Ses doigts sous mon menton. Son visage est si près que je sens sa respiration sur mes lèvres.
— Tu peux fermer les yeux si tu veux.
— Non.
Pourquoi non ? Pourquoi cette provocation ? Peut-être parce que fermer les yeux, ce serait céder, et je ne cède pas, je choisis.
Elle m'embrasse. D'abord effleurée, à peine plus qu'un contact. Puis sa main sur ma nuque se resserre et sa bouche s'ouvre sur la mienne. Sa langue cherche la mienne et je la laisse faire, je la laisse venir, et c'est là que le trouble arrive, pas dans le geste, dans la texture. Une bouche de femme est différente de tout ce que j'ai connu. Plus douce, plus précise, plus patiente. Comme si elle savait exactement ce que sa lèvre, sa langue, son souffle allaient produire en moi et qu'elle orchestrait chaque seconde.
Je sens Kevin qui se tortille sur son fauteuil. Je l'entends. Et ce bruit me donne un plaisir féroce, inattendu, pas sexuel, pas encore, un plaisir de puissance. 
C'est moi qui paye ta dette, alors assume au moins.
Awa descend. Son souffle sur mon cou, mes clavicules. Elle défait un bouton, puis un autre, avec une lenteur qui n'a rien d'hésitant, c'est une lenteur de spécialiste. Chaque tissu écarté est un calcul. Elle m'effleure le long du sternum, sous le tissu, et je frissonne. Pas de froid. De découverte.
— Tu as un beau corps, souffle-t-elle. Tu vas voir nous les femmes c'est différent.
Et c'est vrai. C'est exactement, horriblement vrai. Une main de femme connaît un corps de femme comme un homme ne le connaîtra jamais.
Elle s'agenouille. Ses mains sur mes hanches, mes cuisses, ses pouces traçant des sillons que je n'aurais pas su nommer et qui pourtant m'invitent à m'ouvrir encore plus. Elle ne fait pas plus, juste un souffle, une respiration sur ma fente, mais c'est comme si une tempête, un cyclone, écartait mes lèvres. 
Je regarde Awa. Elle me regarde. Et dans ses yeux il n'y a ni pitié ni jeu, il y a une faim réelle, pour moi, pour ce qu'elle fait. Cela me frappe comme une gifle : elle ne joue pas un rôle, elle me désire. Cette pensée me traverse et je me noie dedans.
Alors je lui prends le visage entre mes mains. Moi, Béatrice, quarante-trois ans, blonde, mariée, qui n'a jamais touché une femme, je lui prends le visage et je l'attire vers moi et je l'embrasse avec une bouche qui n'a plus rien de raisonnable.
Kevin gémit dans son fauteuil. Je ne sais plus s'il souffre ou apprécie et je m'en fous.
Awa sourit contre mes lèvres.
— Tu vois ? dit-elle. Tu n'avais pas besoin d'avoir peur.
Je ne réponds pas. Mes mains descendent sur ses épaules, ses reins, trouvent le tissu, tirent. Je veux la sentir. Je veux la découvrir. Ce qui m'effraie le plus, c'est la vitesse de ce renversement. J'étais la proie, je suis la chasseresse. Je veux la faire jouir comme elle me fait jouir, je veux l'entendre, je veux arracher ce son à cette bouche experte qui prétend me consoler.
Je glisse une main entre nous. Elle frémit. Elle frémit.
— Guide-moi, je lui dis. Apprends-moi.
Et je ne parle pas de ce qu'elle croit. Je parle de moi, de ce que je viens de découvrir, que je voulais cela depuis longtemps, que Kevin n'a fait que deviner un désir que je m'interdisais de nommer, et que cette femme, cette nuit, est la clef.
Elle m'apprend. Sa main sur la mienne, guidant le rythme, la pression, l'angle. Je la fais venir. Elle jouit contre ma paume, les yeux rivés aux miens, la bouche entrouverte sur un cri qu'elle retient, et c'est moi qui la lui arrache, fièrement, sauvagement, et je ne savais pas que je pouvais être si fière.
Quand elle s'effondre contre moi, les yeux humides, le souffle court, je murmure à son oreille :
— Merci.
Et je regarde Kevin. Son visage est le plus beau spectacle que j'aie vu ce soir.
 
Mais, très vite, c'est Awa qui reprend la main.
Elle se redresse, repousse ses mèches humides, et dans son regard il y a quelque chose qui a changé,  la gratitude a cédé la place à l'appétit. Elle me fixe avec une gourmandise tranquille, celle d'une femme qui vient de prendre et qui veut rendre, qui sait que rendre sera bon, plus profond, plus dangereux.
— À moi, dit-elle.
Je n'ai pas le temps de protester. Elle a déjà glissé entre mes cuisses. Sa bouche se pose à l'intérieur de mon genou, puis plus haut, puis plus haut encore, et chaque baiser est un feu qui monte. Je sens son souffle brûlant s'approcher du centre et je veux la retenir, la ralentir, parce que je sens que si sa bouche arrive là où elle va, je ne serai plus moi, je serai autre chose, je serai ce que je n'ai jamais été. 
Ne vient pas te plaindre, Kevin, si j'ai du plaisir. Au moins ta bêtise m'aura fait découvrir ces plaisirs de femmes, entre femmes…
Sa langue. Ma respiration s'arrête. Sa langue me trouve, et ce n'est pas comme Kevin, ce n'est pas comme mes propres mains dans le bain ou sous la couette en pensant à je ne sais qui, c'est une amie. Awa connaît ce qu'elle fait comme un violoniste connaît son archet. Elle suit, elle tourne, elle s'attarde, elle recule, elle revient. Elle lit en moi comme dans un livre ouvert. Chaque fois que je suis sur le point de céder, elle ralentit, elle lèche plus lentement, elle me laisse redescendre, puis elle reprend, plus ferme, plus précise, et le plaisir remonte comme une marée qu'elle contrôle, qu'elle décide, qu'elle gouverne.
— Awa…
C'est tout ce que je peux dire. Mon propre nom m'échappe. Kevin n'existe plus, la table n'existe plus, la dette n'existe plus. Il n'y a que cette bouche, cette langue, cette femme qui me démonte et me reconstruit à sa façon.
Elle relève la tête. Ses lèvres luisantes, elle sourit.
— Monte sur la table.
Le tutoiement est une évidence, le salut entre amante, un tutoiement mérité.
Je me hisse sur la table. Le tissu est frais contre mon dos. Les regards des trois hommes me transperce mais je n'y vois que des silhouettes, je ne distingue même pas leurs visages. Awa fini d'enlever sa robe. Son corps est magnifique, ferme, sombre, les seins petits,, le ventre plat, le sexe encore humide de ce que je lui ai fait. Elle me montre de m'allonger, puis elle tourne, et je comprends.
Elle se glisse au-dessus de moi, les genoux de chaque côté de ma tête, son sexe à hauteur de ma bouche. Le sien au-dessus du mien. Soixante-neuf. Je n'ai jamais fait ça. Enfin je veux dire entre femme. Je n'ai jamais eu la fente d'une femme si près, son odeur, sa chaleur, son intimité offerte comme un fruit ouvert. Je n'ai jamais eu ce vertige-là.
— Prends-moi, dit-elle.
Et je le fais. Je lève la tête, je la prends avec ma bouche, avec ma langue, et je découvre ce goût, musc, sel, miel, un goût de femme que je ne connaissais pas et qui me semble, dans cette seconde, être le seul goût qui existe. Ma langue cherche comme si elle l'avait toujours su, suit le pli, tourne, s'enfonce doucement, et Awa frémit sur moi, au-dessus de moi, et sa réponse est immédiate.  Sa propre bouche me reprend, sa langue me trouve, et nous voilà chacune à l'autre, liées, bouche contre sexe, langue contre chair, dans un rythme que nous construisons ensemble.
Je la sens se rouvrir sous ma langue, plus largement, plus humide, plus chaude. Je la sens couler contre mon menton, sur mes lèvres, et je bois, je lèche, je ne sais même plus si je respire. Le plaisir monte en moi par vagues qu'elle déclenche, qu'elle cadence. Elle accélère quand j'accélère, elle s'attarde quand je m'attarde, et nous sommes deux instruments accordés l'un à l'autre, deux corps qui se répondent.
Kevin. Je vois Kevin, par-dessus les hanches d'Awa, par-dessus le sommet de ses fesses sombres. Il est là, nu, attaché, le visage déformé, et je ne sais pas si c'est de douleur ou de désir, et je m'en fous royalement. Je m'en fous parce que la vague arrive. Je la sens monter, irrésistible, partir de mon ventre, s'étendre à mes cuisses, remonter le long de ma colonne, et Awa la sent aussi parce que sa langue s'accélère, se ferme sur moi, m'aspire presque, et je fais la même chose, je la prends toute, je veux que nous jouissions ensemble, je veux que ce soit simultané, je veux que ce soit parfait.
Et ça vient. Ça vient comme une explosion douce, longue, qui me traverse de part en part, qui me fait cambrer le dos, crier contre son sexe, m'agripper à ses hanches. Je jouis et je la fais jouir, je sens les contractions sur ma langue, le souffle brûlant sur mon sexe, le tremblement de ses cuisses contre mes joues, et nous coulons, toutes les deux, abondantes, mouillées, trempées, dans un flot qui se mêle et que je sens tiède sur mon visage, sur ma bouche, et je ne m'arrête pas, je ne l'arrête pas, nous continuons de nous lécher, de nous boire, jusqu'à ce qu'Awa s'effondre sur moi, lourde, tiède, le souffle court, le cœur battant contre mon ventre.
 
Silence. La table tremble encore sous nous.
Je tourne la tête vers Kevin. Ses joues sont rouges. Il a pleuré ou il a joui, je ne sais pas. Peut-être les deux. Je ne dis rien. Je souris. C'est tout ce que je peux faire, sourire, les lèvres encore mouillées d'Awa, le corps encore tremblant, souveraine et vaincue à la fois.
Awa se redresse, me caresse la joue du bout des doigts, et murmure pour moi seule :
— Ce n'était que le début, Béatrice. Laisse-toi guider. Ils sont bons dans leur genre. Il pourrait y avoir plus douloureux pour payer une dette de cette somme.
Je la regarde. Je regarde Kevin. Je regarde les trois hommes qui se sont rapprochés sans bruit, en silence, et qui attendent.
Mon Dieu, Kevin. Dans quelle galère tu m'as jetée.
 
Les trois hommes se sont approchés, mais toujours en laissant Kevin en spectateur de ce qu'il m'a demandé. 
C'est Samba qui avance le premier.
Je le découvre nu. Ils sont tous les trois nus, maintenant, et je ne sais pas quand ils se sont déshabillés. Pendant que je jouissais avec Awa, sans doute, sans que je les voie, sans que je les entende. Trois hommes debout, trois sexes à demi bandés, mais déjà bien présents, épais, pesants contre leurs cuisses. Le contraste avec la finesse d'Awa est brutal. Samba est le plus grand, le plus noir, le plus taillé, des épaules de nageur, un ventre plat, et entre ses jambes un sexe lourd, veiné, pas encore dur mais déjà impressionnant. À sa droite Khadim, plus fin, plus nerveux, le sexe plus long, presque entièrement bandé. À sa gauche Assane, le plus jeune, le plus discret, un sexe plus modéré, raisonnable, presque petit. Mais je sais que ce n'est qu'une illusion. Si Assane se mettait à côté de mon mari, il serait probablement plus imposant. 
Kevin voit la même chose que moi. Je le sais parce que ses yeux vont de moi à eux, des trois hommes nus à moi nue sur la table, et qu'il ne détache pas le regard. Il ne proteste pas. Il respire fort, les narines dilatées, et je vois sur son visage quelque chose que je connais, l'excitation sous la peur, le désir sous la honte. 
Tu n'oses pas l'avouer, mon chéri, mais cela t'excite, n'est-ce pas ?
Samba s'approche. Il ne dit rien. Il pose ses mains de chaque côté de mes hanches sur la table, et son visage est au niveau du mien. Ses yeux sont calmes, sûrs, sans cruauté.
— Tu es prête ?
— Non.
— Menteuse.
Il sourit. Et il a raison. Je suis prête. Mon corps l'est depuis qu'Awa l'a réveillé. Je me redresse, m'allonge sur la table face à lui, la tête en bordure, et je tends la main. Je prends son sexe dans mes doigts, le rapproche de ma bouche. Il est tiède, épais, lourd dans ma paume, et quand mes lèvres se referment sur lui je le sens grossir, durcir, prendre toute la place. Il a un goût indéfinissable, en tout cas rien à voir avec celui de Kevin qui est toujours si bien nettoyé qu'il ne sent que l'odeur du savon. Je le suce lentement, le fais glisser dans ma bouche, et la différence est évidente. Plus volumineux. Le gland qui remplit ma joue. Le fourreau de peau qui roule sous mes lèvres. Je lèche le frein, le bout, je le prends au fond, je recule. Samba grogne, la main dans mes cheveux, pas pour m'obliger mais pour accompagner. Il n'a pas menti, il se comporte en amant, pas en violeur ou comme ces hommes qui ne savent pas
Awa s'approche, un carré de plastique dans la main. Capote. Elle la tend à Samba, qui se recule d'un pas, l'enfile d'un geste expert, me regarde.
— Viens, dit-il.
Il m'attire par les mains, m'aide à m'asseoir sur la table face à lui, les jambes pendantes. Il écarte mes genoux, se place entre. Son sexe, protégé, butte contre mon sexe encore trempé d'Awa, il ne force pas, il se place, ajuste, attend.
— Regarde ton mari.
Je regarde Kevin. Il est là, deux mètres, attaché, nu, le sexe bandé contre sa cuisse. Il bande, je le vois, il bande dur. 
Alors c'est ça, Kevin. C'est exactement ce que tu voulais. Regarde ce qu'on me fait, regarde ce que tu as provoqué.
Samba m'enfile. Doucement mais sans hésiter, d'un seul mouvement long qui me fait saisir son cou. Mes bras s'enroulent autour de ses épaules musclées, mes jambes étreignent ses reins. Il me porte. Mes fesses quittent la table, mon ventre se plaque contre son ventre, et je suis suspendue à lui, portée par lui, les pieds décollés.
Rien que ses bras sous mes cuisses, rien que son sexe en moi. Je suis pleine, pleine comme je ne l'ai jamais été, pas par la taille, par la sensation de plénitude, par l'évidence de la chose. Je pense une seconde que d'avouer "Je suis pleine" me fait ressembler à tous les récits que j'ai lus et qui lorsque je lisais "Je suis pleine " me paraissait exagéré, pathétique. Mais je reconnais mon erreur. JE SUIS PLEINE, pleine de son dard, qui repousse toutes mes limites, me dilate, me gonfle, me fait imaginer mon ventre se gonfler.  Il me fait bouger. Me fait monter, descendre, monter, descendre. Mes mains crispées sur ses trapèzes, mon front contre son épaule, le va-et-vient qui s'installe. Je le sens au fond, au bord du col, et chaque fois qu'il s'enfonce, je gémis dans le creux de son cou.
Je suis accrochée à un homme que je ne connaissais pas il y a une heure, portée par lui, remplie par lui, et je jouis déjà. Première vague. Samba la sent et ralentit, me garde, m'étire le plaisir.
— Doucement, souffle-t-il. On a le temps.
Mais mon regard part sur le côté. Awa est à genoux devant Assane, sa bouche qui va et vient sur le long sexe de l'homme, et lui la tient par les cheveux, la tête renversée, les yeux fermés. Il bande dur, maintenant, droit, la peau tendue, brillant de salive. Le voir me fait un effet immédiat, un éclair qui descend de mes seins à mon ventre, et je me contracte sur Samba qui grogne.
— N'ait pas peur. Si c'est ta première fois, tu vas en garder un souvenir impérissable…. Et étonner ton mari… Et le faire regretter, de te laisser payer sa dette. Et pour toi, j'ai bien peur que tu ressortes d'ici avec un souvenir si agréable que tu ne pensera que de le refaire… J'ai prévenu ton mari… Tant pis pour lui… Mais, toi, une épouse qui assume les fautes de son mari, je te souhaite de pouvoir le revivre. 
— Je ne sais pas. Une épouse se doit assistance a son conjoint.
— Alors regarde.
Et voilà la langue d'Awa. Perfide. Je ne l'avais pas sentie s'approcher, elle est derrière moi, alors que Samba me porte, et sa langue se pose sur mon anus. Un contact mouillé, chaud, précis. Mon corps se raidit d'un coup.
Non. Ça, non.
Avec Kevin, le plus que nous avons fait c'est un petit plug, en silicone, tout rose, pas plus gros que deux doigts, pendant qu'il me prenait par-devant. Et encore, c'était il y a des années, et j'avais eu du mal à me laisser faire, à me détendre, et il n'avait pas osé insister. Depuis, rien. C'est un territoire que je n'ai pas exploré, que je ne voulais pas explorer, et cette langue là-bas me terrifie autant qu'elle m'excite.
— Détends-toi, murmure Awa. Je te prépare.
Je sais la suite. Je l'ai vue dans les vidéos de Kevin, celles qu'il regardait en cachette, celles que je feignais de ne pas voir. Je sais ce qui va venir. Et je suis inquiète.
Samba m'attrape plus fort, me ralentit, m'aplatit contre lui.
— Ne bouge pas, dit-il.
Assane s'approche. Celui-là, je le note malgré ma peur, a un sexe raisonnable. Plus court que Samba, plus fin, presque modeste à côté des deux autres et cette raison m'apaise un peu, comme une garantie que je ne serai pas déchirée. Il enfile un préservatif d'un geste tranquille, se place derrière moi, entre les jambes de Samba qui s'écartent pour lui laisser la place. Je sens le bout de son sexe contre mon anus. Il est lubrifié. La langue d'Awa a fait son travail, je suis mouillée là-bas, ouverte, préparée comme une offrande.
— Doucement, dit Samba à Assane. Très doucement. C'est sa première fois.
Comment le sait-il ? Est-ce que ça se voit à ce point ? Est-ce que mon corps trahit ce que je ne dis pas, la raideur de mes reins, la crispation de mes fesses, le tremblement de mes cuisses ? Ou est-ce que Samba lit les femmes comme il lit une partie de poker, en un coup d'œil, sans effort ?
Assane pose ses mains sur mes hanches. Ses doigts sont fins, presque doux. Il ne pousse pas, il se pose, il attend, il presse à peine. Le bout de son sexe est chaud contre ma chair la plus étroite, et je sens la résistance de mon propre corps, cet anneau qui se contracte, qui refuse, qui se méfie.
— Respire, dit Awa à mon oreille. Pousse comme si tu accouchais. Détends-toi.
Comme si tu accouchais. Vingt ans de mariage et pas un enfant, et cette femme me parle d'accouchement pendant qu'un homme entre dans mon cul. Mais aussi, elle me croit coincée du cul. Combien de fois Kevin m'a-t-il enculée ????
Je respire. Je pousse. Et Assane entre.
Doucement, doucement. Millimètre par millimètre. Je ferme les yeux. Le gland passe le seuil, c'est le moment le plus difficile, l'étroit, le refus, la brûlure vive qui me fait serrer les dents. Puis le gland est au-delà, et le reste suit, glisse, et la sensation change du tout au tout. La brûlure se transforme en chaleur, la résistance en accueil, l'étrangeté en évidence. Assane entre en moi et ce n'est pas ce que j'imaginais, pas la douleur, pas la honte, pas la violence. C'est un étirement, une ouverture, une plénitude que je n'ai jamais connue. Un remplissage qui n'a rien à voir avec le vagin, plus profond, plus secret, plus intime, comme si on touchait une partie de moi que je gardais verrouillée depuis toujours et que cette nuit, dans cette salle, elle s'ouvrait enfin.
Samba en avant, Assane en arrière. Les deux sexes en moi, séparés par une paroi fine, et je les sens tous les deux, l'un qui remplit mon ventre, l'autre qui me prend par-derrière, et la sensation de les sentir glisser l'un contre l'autre, presque se toucher à travers moi, me fait perdre pied. Je suis entre les deux, portée par Samba, pénétrée de part et d'autre, remplie comme jamais je ne l'ai été, et le mot « remplie » est ridicule, insuffisant, je suis traversée, habitée, possédée de part en part.
Je gémis. Et je veux parler, je veux accuser mon mari, lui dire que c'est sa faute, que je subis, qu'il me fait honte, mais mes paroles se brisent dans ma gorge et ce qui sort, c'est un cri. Pas de douleur. De plaisir. Un cri long, rauque, qui remplit la salle et que je ne reconnais pas.
— Kevin, j'essaie... c'est... à cause de toi... tu m'as mise... là...
Mais la phrase se noie. Assane pousse un peu plus, jusqu'au fond, et je le sens contre mes reins, son ventre plaqué contre mes fesses, ses mains qui me tiennent comme on tient quelque chose de précieux. Samba me fait descendre sur lui, m'enfonce, et le double va-et-vient commence.
L'un qui entre quand l'autre sort. L'autre qui entre quand le premier sort. Un rythme croisé, alterné, régulier comme un ressac. Au début c'est lent, très lent.  Assane se retire presque entièrement pendant que Samba m'enfonce sur lui, puis Samba me soulève pendant qu'Assane revient. Un va, un vient. Je suis leur équilibre, leur balance, le point autour duquel ils dansent. Je n'ai rien à faire qu'être tenue, portée, remplie, vidée, remplie à nouveau.
Puis le rythme s'accélère. Samba grogne en face de moi. Assane accélère derrière, ses mains sur mes hanches qui me tirent vers lui à chaque va-et-vient, et je sens, j'entends, le bruit sourd de la chair contre la chair. Samba me fait descendre plus fort, m'enfonce plus profond, et le double remplissage devient un battement, un tempo qui s'installe, qui s'installe, qui m'emporte.
— Oh mon Dieu...
Ce n'est pas une prière. C'est un cri. Le plaisir arrive par vagues, mais pas comme avec Awa, pas un flux, un ruissellement. Ici c'est un tsunami. Chaque vague est une montée brutale qui part du ventre, descend dans les cuisses, remonte le long de la colonne, éclate dans la tête. Je sens les deux sexes glisser en moi, croisés, alternés, et chaque passage sur le point sensible m'arrache un gémissement nouveau, plus aigu, plus déchiré.
Ils me font jouir. Encore. La première vague me prend par surprise. Je me contracte sur les deux sexes et les deux hommes grognent en même temps, me serrent plus fort, et le plaisir ne s'arrête pas, il enchaîne, il ne me laisse pas redescendre. La deuxième vague arrive avant que la première ne finisse, puis la troisième, et je ne sais plus laquelle est laquelle, je ne sais plus où je suis, je ne sais plus qui je suis.
Je m'agrippe à Samba, mes ongles dans son dos, mes jambes serrées autour de ses reins comme si je craignais de tomber, mais je ne tombe pas, il me tient, il me porte, il me soulève et m'abaisse avec une force tranquille qui me fait fondre. Et Assane derrière, ses mains sur mes hanches, ses doigts qui s'enfoncent dans ma chair, son souffle brûlant contre ma nuque, son ventre qui frappent mes fesses avec un bruit humide, régulier, obsédant. Les deux sexes glissent en moi, un en avant, un en arrière, un qui entre, un qui sort, et je suis pleine et vide en alternance, pleine et vide, pleine et vide, et c'est ce rythme-là qui me détruit, ce battement qui me fait jouir.
— Oh... oh... non... oui... oui...
Mes mots ne veulent plus rien dire. Mes mains griffent le dos de Samba, ses muscles roulent sous mes doigts, sa peau est moite de sueur, et je sens le sien palpiter en moi, gros, dur, chaque pulsation comme un battement de cœur dans mon ventre. Et celui d'Assane, plus discret, qui me prend par-derrière, qui me fait découvrir que je suis sensible là aussi, que les nerfs du rectum ne sont pas seulement des nerfs de douleur, qu'ils peuvent être des nerfs de plaisir, de jouissance, d'extase.
Je coule. Je sens les fluides couler le long de mes cuisses, de mes lèvres, mêler le mien à la sueur de Samba, à l'odeur d'Awa qui reste sur ma peau, tout est trempé de moi.
Samba me parle, à l'oreille, d'une voix grave et rauque :
— Tu aimes ça, Béatrice ? Tu aimes être prise par deux hommes ?
— Oui.
— Dis-le à ton mari. Dis-lui.
Je tourne la tête vers Kevin. Mes yeux sont brouillés, mes joues brûlantes, mes lèvres entrouvertes sur le souffle.
— Kevin... tu vois... ils me prennent... tous les deux... et j'aime ça... j'aime ça, Kevin...
Kevin ne dit rien. Ses yeux sont écarquillés, fixes, et sur son visage je lis quelque chose que je ne lui ai jamais vu, un mélange de dévastation et de désir si intense qu'il en est presque beau. Il a joui. Sans qu'on le touche, sans qu'on s'en occupe, il a joui en regardant sa femme prise par deux hommes. Le sperme tache son ventre, sa cuisse, et il est encore bandé, toujours, encore, comme si le spectacle le vidait sans l'épuiser. Et il ne détourne pas les yeux.
Tu vois, Kevin. Tu vois ce que tu as fait. Tu vois ce que tu m'as donné. Tu vois ce que tu m'as pris.
Assane accélère, son ventre qui claque plus fort, plus vite, et Samba ralentit en contrepoint, m'enfonce profond et me garde, et le contraste des rythmes, l'un rapide et pressant, l'autre lent et profond, me brise en deux. La jouissance arrive, immense, totale, un long cri que je ne peux plus retenir, qui sort de ma gorge comme quelque chose qu'on arrache, et je jouis sur les deux sexes, je me contracte sur eux des deux côtés, et les deux hommes grognent ensemble, un son de bêtes, un son d'hommes pris dans le même torrent que moi.
Et à travers les vagues, à travers les cris, je souris. Les larmes aux yeux, le corps en feu, le sexe en feu, l'anus en feu, tout mon corps un brasier, souveraine et vaincue à la fois, tenue entre deux hommes comme une offrande, et je ne sais plus qui de nous tous gagne à cette partie.
Assane se retire lentement. Le vide est étrange, un étourdissement, un manque. Samba me repose sur la table, me dépose comme on dépose quelque chose de fragile. Il se retire à son tour et je sens les deux vides en même temps, l'un devant, l'autre derrière, et mon corps tremble sur le drap, les cuisses ouvertes, les yeux au plafond.
— Ce n'est pas fini, dit Samba.
Je le regarde. Il n'a pas joui. Il a pris son plaisir, mais il n'a pas fini. Khadim, à côté, se masturbe en regardant, le sexe tendu, brillant de la bouche d'Awa. Awa est assise sur un tabouret, nue, les jambes croisées, le regard doux, et elle me regarde avec une tendresse qui me noue la gorge.
Il y a un troisième homme. Et il y a une idée qui germe. Une idée de femme. Une idée de négociatrice.
Mon tour de jouer.
 
Le silence dure. Mon souffle revient, lent, haché. Je suis assise sur le drap trempé, les cuisses ouvertes, le sexe encore palpitant des deux sexes qui viennent de me quitter. Le plafond tourne un peu. Je compte les fissures dans le crépi pour me ressaisir. Un, deux, trois. Quatre. Ça va.
Je me redresse. Samba est debout près de la table, le sexe encore à moitié dur sous le préservatif, les bras croisés. Il me regarde avec une attention tranquille, pas amoureuse, pas possessive, l'attention d'un joueur qui observe l'adversaire.
Je lui fais signe de s'approcher. Il se penche. Je pose ma bouche contre son oreille et je murmure.
Il se redresse d'un coup. Ses yeux s'écarquillent, un instant à peine puis se plissent. Il me fixe.
— Tu es sérieuse ?
— Parfaitement.
— Tu veux que... Ton mari…
— Oui.
Il me dévisage encore. Pas avec dégoût, pas avec gêne, avec surprise, réelle, la première surprise que je lui vois depuis le début de la soirée. Samba ne s'étonne de rien, mais là, il s'étonne. Il cherche le piège dans mes yeux, la ruse, la vengeance. Il ne trouve que du calme.
— Pourquoi ? demande-t-il à voix basse.
— Parce qu'il n'y a pas de raison que ce soit moi qui paie tout. Il a contracté la dette. Il a regardé. Il a joui en regardant. Il participe.
Samba réfléchit. Je le vois peser, pas la morale, pas la bienséance, le rapport de force, l'équilibre de la partie. Puis il hausse les épaules, un demi-sourire.
— D'accord.
Il se tourne vers Khadim, l'attrape par le coude, l'entraîne à l'écart. Je ne peux pas tout entendre, mais je vois le jeune homme se retourner vers moi, les yeux ronds, la bouche entrouverte. Il s'étonne. Samba dit quelque chose à voix basse, ferme. Khadim proteste, à peine, d'un geste de la main. Samba insiste. Khadim regarde Kevin, attaché sur son fauteuil, nu, le sperme séché sur le ventre. Et quelque chose change dans son regard, la surprise devient curiosité, puis intérêt. Il hoche la tête.
Awa se lève de son tabouret, s'approche, le regard interrogateur.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Samba lui explique à voix basse. Awa écoute, penche la tête, ses yeux de biche allant de moi à Kevin, de Kevin à moi. Et puis elle sourit. Pas un sourire de moquerie, ni de triomphe. Un sourire complice. Elle tourne les yeux vers moi et notre regard se croise, un instant, un seul, mais dans cet instant je sais qu'elle a compris. Pas seulement la proposition. Autre chose. Quelque chose qu'elle devine sous la proposition, sous le calme de mon visage, sous la négociation. Elle sait qu'il y a un dessous, un sous-texte, un jeu dans le jeu. Elle ne sait pas lequel. Mais elle sourit parce qu'elle reconnaît une complice.
Tu es fine, Awa. Tu es très fine.
— Faites-le, dit-elle simplement.
Samba se tourne vers Kevin.
— On a une suite, dit-il.
Kevin frémit dans son fauteuil. Il a tout vu, tout entendu, ou presque. Il a vu les deux hommes se parler à l'écart, il a vu Awa sourire, il a vu mes yeux. Et il ne sait pas. Son visage est un masque de peur et d'excitation, les deux mêlés, indémêlables.
Assane s'approche du fauteuil. Il sort un cutter. D'où ? de sa poche de pantalon, jeté sur une chaise avec ses vêtements et coupe les serflex un par un. Les bras de Kevin retombent, inertes, engourdis. Assane coupe ceux des jambes. Kevin tente de se lever, ses jambes ne le portent pas, il vacille. Samba le saisit par le bras, pas brutalement mais fermement, et le traîne vers la table. Sans ménagement. Kevin trébuche, ses pieds nus glissent sur le carrelage, il tombe à genoux, se relève avec l'aide de Samba. Il arrive à la table, s'y appuie, le souffle court, le corps marqué par les serflex, des traits rouges aux poignets, aux chevilles, aux biceps.
Ils le poussent. Le buste de Kevin heurte la table, le drap, et il s'y plaque, les mains à plat sur le tissu, le visage tourné vers moi. Il est penché en avant, les hanches contre le bord, les jambes écartées par les deux mains de Samba qui les écarte sans douceur.
Je me hisse sur la table, face à lui. Mon visage est au-dessus du sien. Il lève les yeux vers moi, et dans ses yeux je vois la question, la peur, le désir, toujours le désir, même maintenant, même plié en deux sur une table de casino désaffecté dans le Sénégal profond, il désire, il bande encore, son sexe dur contre le drap.
— Béa… Qu'est-ce que…
— Chut, Kevin.
Je pose ma main sur sa joue. Ma paume contre sa joue, chaude, humide encore d'Awa, de Samba, de moi. Il ferme les yeux.
— Écoute-moi, Kevin. C'est ta dette. Trente-cinq mille euros. C'est toi qui as perdu. C'est toi qui as regardé. C'est toi qui as joui en regardant. Tu n'as pas bougé, tu n'as pas protesté, tu n'as pas crié. Tu as regardé ta femme se faire prendre par deux hommes et tu as joui. Alors maintenant, tu participes.
— Béa, non, je… Je ne peux pas…
— Tu peux. Et tu vas.
— Je n'ai jamais…
— Moi non plus, Kevin. Moi non plus je n'avais jamais. Et regarde où je suis. Regarde ce qu'on m'a fait. Regarde ce que j'ai aimé. Alors toi aussi, maintenant. C'est ton tour.
Il ouvre la bouche. La ferme. Ses yeux brillent. Je ne sais pas si ce sont des larmes ou de l'excitation. Peut-être les deux. Comme moi, tout à l'heure. Comme moi depuis le début.
— Je reste là, je lui dis. Je reste en face de toi. Tu me regardes. Tu me regardes pendant qu'il te prend, et tu sauras ce que j'ai ressenti.
Awa se glisse derrière Kevin. Elle a dans la main un flacon de gel, je ne sais pas d'où il vient, mais elle a tout, cette femme, tout ce qu'il faut pour tout. Elle prépare Kevin avec ses doigts, lentement, un doigt puis deux, et je sens sous ma main la mâchoire de Kevin qui se crispe, son souffle qui se coupe.
— Détends-toi, dit Awa de sa voix grave. Respire...
Khadim se place derrière lui. Son sexe raisonnable est recouvert, lubrifié. Il pose ses mains sur les hanches de Kevin.
— Respire, dit Samba, debout à côté, les bras croisés, le regard d'un arbitre.
Khadim entre en Kevin.
Je le sens avant de le voir, la contraction de tout le corps de Kevin sous ma main, la crispation de sa mâchoire, le souffle bloqué. Son visage se déforme. Pas de douleur, pas exactement, le choc de l'inconnu, le passage d'un seuil qu'il n'a jamais franchi. Le gode sa femme, mon gode, celui que je lui mettais parfois, docilement, gentiment, un petit accessoire de silicone pour pimenter nos baises. C'était un jeu, un cadeau, un jouet. Ceci est un homme. Un vrai sexe, chaud, pulsant, vivant, qui entre en lui et le prend, le possède, l'ouvre.
— Oh… Béa…
— Je sais, Kevin. Je sais.
Et je sais. Je sais exactement ce qu'il sent, le même étirement, la même brûlure d'abord, la même résistance de l'anneau qui cède, la même surprise de la chair qui accueille. Je sais parce que je l'ai vécu il y a vingt minutes, avec le même homme, le même sexe, la même lenteur. Et je sais ce qui va venir, la transformation, la brûlure qui devient chaleur, la résistance qui devient ouverture, l'étrangeté qui devient évidence.
— Respire, Kevin. Laisse-toi faire. Je t'en supplie, laisse-toi faire. C'est ta dette.
Khadim pousse. Kevin gémit, un son que je ne connais pas, un son d'homme pris, un son que je n'ai jamais entendu sortir de sa bouche. Ce n'est pas un cri de femme, ce n'est pas un cri de honte, c'est un gémissement grave, rauque, surpris, presque animal. Et ce son me fait un effet étrange, pas de la peine, pas de la jalousie, pas de la honte. De l'excitation. Mon Dieu, oui. Voir mon mari possédé, voir son visage se déformer sous le coup d'un autre homme, entendre ce son qui sort de lui, c'est obscène, c'est beau, c'est la chose la plus intime que j'aie jamais vue.
— Tu vois, Kevin ? Tu vois ce que c'est ? Tu vois ce qu'on ressent ?
Il ne peut pas répondre. Khadim a commencé le va-et-vient, lent, régulier, et Kevin est penché en avant, les mains agrippées au drap, le visage à quelques centimètres du mien, les yeux vitrifiés, la bouche ouverte, le souffle coupé à chaque poussée.
Et Samba monte sur la table, s'agenouille derrière moi, femelle en levrette, qui attend. Qui attend tout en regardant son époux se faire enfiler par un dard sombre, un dard qui m'était destiné, mais je lui abandonne bien volontiers. I
Samba ne demande pas. Il prend. Son sexe, le gros, le lourd, le veiné, bute contre mon anus, et je n'ai plus peur. Plus peur du tout. Au contraire. Mon corps s'ouvre, s'offre, comme s'il avait attendu ce moment. Assane m'a préparée, Awa m'a préparée, et maintenant Samba entre en moi par le petit chemin, et c'est presque un délice.
Un délice. Je le pense et je le ressens. L'étirement, la plénitude, la chaleur profonde. Son sexe est gros, plus gros qu'Assane, bien plus gros que celui de Kevin, beaucoup plus. La pression se fait plus forte, mais mon corps a appris, mon corps sait, et je m'ouvre autour de lui comme une main dans un gant.
— Oh… oui…
Le mot sort tout seul. Samba grogne derrière moi, me tient par les hanches. Kevin doit avoir une vision partielle, par-dessous mon ventre, mais une vision qui se suffit à elle-même.
Nous sommes deux. Face à face. Mon mari et moi, penchés sur la même table, pris de la même façon, par deux de ses partenaires de jeux.
— Kevin… Kevin, regarde-moi…
Il cherche mon regard. Mes yeux dans les siens, à quelques centimètres, et dans ses yeux je vois exactement ce que je ressens, la même chose, le même choc, le même vertige, le même plaisir qui monte malgré la peur, malgré la honte, malgré tout.
— On est ensemble, Kevin. On paie ensemble.
Et Khadim, derrière Kevin, dit à Samba d'une voix haletante :
— Franchement, il est serré. Très serré. Comme une pucelle.
Samba rit. Un rire grave, bref, sans interrompre son rythme en moi.
— Elle, elle est grasse. Humide. On glisse comme dans du beurre. Mais quel plaisir, cette femme…
— Lui c'est différent. C'est étroit. C'est virginal. On dirait une femme qui n'a jamais…
— Tu as bien vu sur la vidéo, le gode était très petit. Cela doit le changer.
Ils comparent. Comme on compare des notes de poker. Comme on commente une main. Le cul de mon mari serré, vierge, étroit comme un défilé. Le mien gras, humide, ouvert comme une fleur. Les deux hommes échangent leurs impressions au-dessus de nos corps penchés, et c'est obscène, c'est terrible, et c'est excitant au point que je me contracte sur Samba qui grogne.
— Voilà, dit-il. Voilà. Tu aimes qu'on parle de toi, hein ? De ton mari ? De vos culs à tous les deux ?
— Oui.
— Dis-lui. Dis-lui ce qu'on dit. Qu'il entende par ta voix, sa femme, que je vais ramoner et faire jouir à nouveau.
Je répète à Kevin, le souffle coupé par les coups de reins de Samba :
— Ils disent… que tu es serré, Kevin… très serré… et que moi je suis… grasse… humide… ils nous comparent… comme des cartes… comme des mains de poker…
Kevin ferme les yeux. Son gémissement s'est transformé. Ce n'est plus la surprise douloureuse du début, c'est autre chose, un son plus bas, plus régulier, le son d'un homme qui ne subit plus tout à fait, qui cède, qui cède…
— Béa… c'est… c'est étrange… je ne savais pas… je ne savais pas que…
— Que ça pouvait être bon ?
Il ne répond pas. Mais son silence est une réponse. Et je la connais, cette réponse. Le cul occupé, c'est très bon dès qu'on ose et que le muscle s'apaise.
Samba accélère en moi. Khadim accélère en Kevin. Et les deux rythmes se synchronisent, non pas par hasard, par concertation, les deux hommes qui se regardent au-dessus de nos dos, qui se sourient, qui cadencent leurs coups. Et nous, Kevin et moi, balancés par les mêmes va-et-vient, le même tempo, nos visages face à face sur le drap, nos souffles mêlés, nos gémissements mêlés, les siens graves, les miens aigus, et c'est un duo, un duo obscène et magnifique, et je jouis encore, encore et je sens que Kevin aussi. Je le sens à sa respiration, à la crispation de tout son corps, au tremblement de ses mains sur le drap, et quand il jouit je le vois, je vois son visage se déformer comme le mien, et c'est la chose la plus nue, la plus vulnérable, la plus belle que j'aie jamais vue sur le visage de mon mari.
Samba se retire. Khadim se retire. Le silence retombe. La table ne tremble plus.
Kevin reste penché, immobile, le souffle comme un soufflet. Je reste au-dessus de lui, les jambes écartées, le corps tremblant, le visage contre le sien, le front contre le front.
— Kevin…
— Béa…
Et dans ce seul mot, dans cette syllabe hachée, il y a tout, la peur, la honte, le plaisir, la reconnaissance, la gratitude, et quelque chose d'autre que je ne nomme pas encore mais que je sens, entre nos deux fronts collés, comme une chaleur qui n'a rien à voir avec le sexe.
Awa s'approche, nous regarde tous les deux, ce couple enchevêtré sur une table de casino, les corps marqués, les yeux vitrifiés, et elle pose une main sur l'épaule de Kevin, une main sur la mienne, et murmure :
— La dette est payée
 
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Les masques tombent.
 
 
On est rentré depuis des heures. Je vide les valises. Kevin va et vient, désœuvré, mal à l'aise. Aucun de nous n'a parlé de cette soirée. À chaque fois qu'il s'assied, il grimace.
—Tu as mal ?
—D'après toi.
—Ne te plains pas j'aurai pu demander à Samba. Lui il en avait une bien plus grosse.
—Je devrais te remercier ?
—C'est juste une remarque.
—Puisque tu en parles, moi je trouve que tu as finalement accepté facilement le deal.
—J'avais le choix ? Si j'avais refusé, il se serait passé quoi ?
—Je dis juste que tu n'as pas montré beaucoup de réticence. Tu as même été capable de négocier. Et tu as accepté le deal de leur chef. J'ai même eu l'impression que tu l'as accepté très facilement, qu'il répondait à tes attentes.
—C'est ce que tu crois. Mais moi de mon côté, j'étais face à trois hommes. Ils auraient pu me traiter avec violence. Ce deal comme tu le dis, me garantissait une séance, disons… Plus… Plus proche d'une rencontre souhaitée, organisée… Quoique si on m'avait laissé le choix, un seul amant aurait suffi… Je n'avais pas imaginé avec Awa…
—Au moins tu le reconnais. Avec elle, tu étais vraiment libre.
—Je le reconnais. Ma première expérience avec une femme. Waouh, à devenir lesbienne.
—Avec les hommes aussi. 
—Je ne suis pas de bois. Il faut dire aussi que pendant que tu jouais, un beau Suédois me faisait une cour d'enfer et je résistais de me venger de ton absence. J'étais toute chaude lorsqu'Awa est venue me chercher. Alors, après la surprise, le deal bien accepté, totalement dans l'ambiance par ce que je venais de vivre avec Awa, j'avoue que j'ai laissé tomber mes barrières. On avait fait un deal. Tu oublies dans quelle situation on était. Et puis… Cela te va mal de tout me mettre sur le dos, il me semble que toi aussi tu as bien aimé. Tu oublies que tu as joui de notre spectacle. Alors…
—Bon, bon, je reconnais. Mais avais-tu besoin de me livrer à ce sauvage ?
—Un sauvage qui t'a bien fait jouir. Ne mens pas, tu oublies que j'étais juste en face de toi et que tu montrais tous les symptômes d'un plaisir évident.
—Pareil pour toi.
—Je ne le nie pas. Heureusement que j'avais bien été préparée par Assane sinon Samba m'aurait fait souffrir alors que là c'était super bon. Je pense aussi que d'être en face de toi, de te voir gémir, des gémissements de plaisir sous les avancées de "ton sauvage" comme tu dis, a bien participé à mon plaisir. Pas toi ?
—Si, je le reconnais. Finalement tout fini bien. Plus de dettes et une soirée qui s'est terminée bien mieux qu'elle n'avait commencé.
—Ne me fais plus jamais un coup pareil. La prochaine fois je te laisserai dans ta "merde".
—Promis. Plus de partie surprise. Je suis guéri pour un moment.
—Bien. Enfin raisonnable. Mais j'ai peur tout de même que cela ne laisse des traces.
—Oh, comment ?
—On ne sort pas indemne d'une soirée comme celle-là. Ma première expérience avec une femme. Prise par des hommes bien virils, bien montés, des hommes qui m'ont fait jouir comme jamais. Excuse-moi mon chéri, mais avec toi je n'ai jamais connu de tels orgasmes.
—J'ai bien vu….
 
Un long silence où j'attends. Mais non, il s'est empêtré dans son mensonge. Alors je me dis qu'il faut percer l'abcès.
 
—Tu n'avais peut-être pas imaginer que cela se déroulerait de cette façon. Pourtant j'ai fait ce que je pouvais pour te satisfaire.
—Tu parles de quoi ?
—Que cette soirée est née de ton imagination. D'un fantasme...
—Que va tu chercher ?
—Rien, rien du tout. On oublie donc. On chasse cette soirée de notre esprit et de notre corps. On reprend le train-train d'avant. Tout cela pour rien. Putain Kevin, tu ne vois pas la perche que je te tends.
—Quelle perche ?
.
—Bon, puisqu'il faut de mettre les points sur les i… C'est fou tout de même que tu ne le reconnaisses pas… Et si on parlait franchement. Je n'ai jamais été dupe de ta soi-disant perte de jeux. Franchement, Kevin tu aurais pu me le dire plus simplement que tu avais envie de me voir avec d'autres hommes. Cela s'appelle le candaulisme. Tu n'es pas le seul.
—Mais… Mais… Comment.
—Ton PC, ton navigateur, tes favoris. Au moins vingt liens enregistrés, des dizaines de vidéos, des montagnes de récits, vers des sites Candauliste ou de cocu content. C'était facile à deviner. Je pensais que tu allais profiter des vacances au club pour m'en parler. J'avais en tête ce beau Suédois que j'ai surpris souvent à me regarder. Tu as choisi une voie différente. Putain, Kevin quelle imagination. Des pertes au poker. Trois hommes… Une femme… 
—Tu savais ?
—Bien sûr que je savais. Pour tout te dire, j'ai moi aussi visionné, lus, tous ces couples qui ont une sexualité plus libérée. J'ai compris que, d'une certaine façon, tous ces hommes qui offrent leur femme a d'autre, le font autant pour leur fantasme que pour apporter du plaisir à leur compagne. Une sorte d'amour, un amour différent. J'attendais que tu en parle, à moins que ce n'ai été qu'une idée sans suite.
—Ah. Et si je te l'avais proposé tu aurais accepté ?
—Tout dépend de la proposition. Si tu avais proposé comme ton poker, j'aurais refusé. Passé d'un mari à trois amants… Je n'avais pas ton imagination. J'espère que j'ai été à la hauteur de ton fantasme. 
—Au-delà… Au-delà…
—Je t'ai déçue ? Choqué ?
—Non, non. J'avais imaginé ce scénario, le peaufinant pendant des heures pour le rendre crédible… Je l'avais déjà vécu, par la pensée…. De nombreuses fois… Chaque moment… Chaque détail, même la soi-disant partie, l'attitude des hommes… J'avais même écrit cette scène, ton arrivée, mais la suite a été différente.
—Mais pourquoi si compliqué. 
—Il faillait te mettre en condition. Si tu n'avais pas eu une idée en regardant mes vidéos, tu aurais fait quoi ? D'une certaine façon je jouais sur deux tableaux. D'abord accepter ou refuser me donnait la preuve si tu m'aimais encore. Et si tu acceptais, que cela se passe bien pour toi. Je m'étais assuré qu'ils soient très efficaces afin que, plus tard lorsque je t'aurais proposé d'inviter un autre homme, tu aies envie de revivre un bon moment.
—Je crois avoir répondu à tes attentes, mari pervers.
—Donc tu serais d'accord pour que l'on continue dans cette voie ?
—Pourquoi pas. Mais aussi pourquoi juste un homme. Moi aussi j'aimerais bien te voir avec une femme… À moins que tu préfères un homme… Oh, un couple Bi… On pourrait s'échanger… 
—On verra. On verra.
—Eh, tu ne protestes pas. Est-ce que je t'aurais converti à devenir Bi ?
—Je…
—Allez, laisse-moi voir l'objet de ta douleur. Mon dieu, vous les hommes que vous êtes douillets. Il n'était pas si gros. Si nous les femmes ont était comme vous, notre petit cul vous serait interdit. 
 
Il se déshabille. Il se met à genou sur une chaise. J'ai son petit cul sous les yeux. Sa rondelle n'est même pas irritée. Je le soigne avec ma langue.
—Ton honneur est bafoué au point de… Mais non, tu bandes… C'est bien petit tout cela… Samba était mieux monté.
—Salope.
—Merci pour le compliment. Il va falloir être à la hauteur mon chéri. Tu as placé la barre très haut.
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