Porno amateur : la voisine veut me faire jouir face caméra. — Chapitre 1
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La scène d'ascenseur est un petit bijou de tension retenue : les chiffres qui défilent, le parfum qui arrive avant le regard, et cette façon qu'a Jade de prendre toute la place sans bouger vraiment. Le narrateur est drôle et lucide sur ses propres mensonges — son corps « mauvais employé » qui arrive en retard et parle trop, on s'y reconnaît malgré tout. La voix tient en équilibre entre comédie et malaise, et c'est exactement là que le plaisir de lire s'installe.
Porno amateur : la voisine veut me faire jouir face caméra.
Chapitre 1
— Oh, tu vas faire l'innocent. D'accord. J'adore cette partie.
Jade ne respecte pas le contrat.
Elle est adossée au miroir du fond, les bras croisés, et elle me détaille. Pas le visage. Ce qu'il y a en dessous.
Deux.
Le mensonge : ce n'est pas difficile. Ce qui est difficile, c'est la quantité. Il faut mentir avec les mains, avec la nuque, avec le rythme de la respiration. Le corps ment mal. Le corps est un mauvais employé. Il arrive en retard et il parle trop.
Je hausse les épaules. Lentement. Le bon tempo.
— Plus facile à dire qu'à faire, sourit-elle, surtout avec les pervers de ta catégorie.
Trois.
Elle décroise les bras. Elle fait un pas. Un seul. Dans un ascenseur, un pas c'est une invasion territoriale. Je sens son parfum, l'odeur de sa peau. Elle est plus petite que moi. Elle lève le menton.
Parce que non. Ça ne me dit rien. Ça me dit tout. Ça me dit la petite étiquette cousue à l'envers, l'élastique légèrement distendu à droite, parce qu'elle l'enlève toujours du même côté. Ça me dit que ce n'était pas une culotte.
Mais à l'intérieur, quelque part derrière les yeux, la phrase se forme toute seule, avec l'indignation absurde d'un homme qu'on accuse du mauvais crime :
C'est pas une culotte. C'est un tanga.
Quatre. Les portes s'ouvrent sur le couloir moquetté, cette lumière jaune d'hôpital. On sort. Elle à droite, moi à gauche, chacun vers sa porte, chacun vers sa vie hermétique.
Et je suis à trois mètres de ma serrure quand elle dit :
Je me retourne. Elle tient son téléphone à hauteur de visage, écran vers moi, bras tendu, et elle sourit, pas un sourire de triomphe, non, c'est pire, c'est un sourire de patience. Le sourire de quelqu'un qui a déjà gagné et qui trouve ça un peu ennuyeux.
L'image est granuleuse. Nocturne. Vert et gris. Un homme sur un balcon, un carré de tissu pressé contre le bas du visage, les yeux fermés comme un homme qui prie.
Cet homme a mon manteau.
Elle range le téléphone. Elle ne l'envoie à personne. Elle ne parle pas de police. Elle le glisse dans sa poche arrière comme on range un couteau dans un tiroir dont on connaît l'emplacement.
Derrière, elle rit.
Huit millions de personnes qui se lèvent, qui produisent, qui s'accouplent, qui remboursent un crédit, et qui finissent en urne ou en terre selon le forfait choisi. On nous vend l'excellence. Sois le meilleur. Sois le premier. Comme si le premier et le dernier n'atterrissaient pas dans le même trou, avec la même température, à la même profondeur réglementaire.
Rien de tout ça n'a laissé de trace.
Vous pouvez traverser une ville entière, pendant toute une vie, sans jamais y inscrire quoi que ce soit. Les gens ne sont pas des êtres, ce sont des flux. Ils passent. L'immeuble reste, et encore, pas longtemps.
Ma trace à moi tient dans une boîte en carton entoilé, sous le lit, format archives, celles qu'on vend pour les documents notariés. Vingt-deux pièces. Chacune dans une pochette plastique refermable, chacune numérotée au crayon papier, avec la date, l'adresse, l'étage, l'heure et la météo.
C'est une cartographie. Une ville de huit millions d'habitants qui prétend être un chaos, et moi je prélève, j'indexe, je date. Je transforme le hasard en inventaire. Chaque pièce est une preuve qu'à telle heure, à telle adresse, il y avait un corps vivant, et que quelqu'un l'a remarqué.
Dans le hall, il y a une affiche.
AVIS AUX RÉSIDENTS Plusieurs vols de sous-vêtements féminins ont été signalés dans le quartier ces derniers mois, sur balcons et dans les buanderies. Les résidentes sont invitées à ne pas laisser sécher de linge à l'extérieur pendant la nuit et à signaler tout comportement suspect.
Sept mois qu'elle est là. Sept mois que je passe devant deux fois par jour, les clés dans la main, et que je lis tout comportement suspect comme on relit une carte postale qui nous est adressée.
Cette affiche et le groupe Facebook de madame Ménard du deuxième : voilà mes deux preuves d'existence. Il y a des hommes qui ont des statues. Moi j'ai ça.
J'aurais dû voir le piège.
La prise était trop belle. Bleu électrique sur un séchoir vide, à hauteur d'homme, un soir sans vent, une seule pièce sortie pour sécher alors que personne ne fait tourner une machine pour une seule pièce. Un appât. Un morceau de viande posé sur un déclencheur.
Le plus étrange, ce n'est pas qu'elle ait la preuve. C'est ce que je ressens depuis.
Pas la peur. Pas la honte non plus, ou alors une honte tiède. Non, quelque chose de plus embarrassant : du soulagement. Elle a vu la partie de moi que personne n'a jamais vue, la seule qui compte, et elle n'a pas reculé. Elle a souri.
Je monte. Je sonne.
Elle ouvre en lingerie.
Pas un peignoir mal fermé, pas une mise en scène d'hôtel. Elle m'a habillé un sujet d'étude. Ensemble deux pièces, satin ivoire, soutien-gorge triangle sans armature, un choix, parce qu'avec cette poitrine-là l'armature est une facilité, et elle ne prend pas de facilités. Bonnet D, peut-être E, la peau très blanche qui déborde légèrement sur les bords, cette texture de fille du Nord qui prend le soleil en rouge et jamais en brun. Culotte assortie, taille haute, échancrure remontée sur la hanche pour allonger des jambes qui n'en avaient pas besoin. Blonde, les cheveux remontés à la va-vite avec une pince en plastique à deux euros.
Je ne dis rien.
— Entre, dit-elle en s'écartant de la porte. Tu connais la Plate-forme ?
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