Les hommes sont nés pour servir les femmes
Chapitre 2 · La paire de chaussures
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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Les hommes sont nés pour servir les femmes — Chapitre 2 · La paire de chaussures

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sorayaabb
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Ce qui accroche d'emblée, c'est la voix de Soraya : tranchante, drôle, jamais dupe — ses répliques font mouche à chaque fois, et on sent qu'elle s'amuse autant qu'elle observe. La scène du stylo et celle des chaussures sont construites avec une vraie tension montante, presque du théâtre à deux, où chaque silence de Thomas en dit plus long que n'importe quelle réplique. L'écriture joue habilement sur ce qui se dit et sur ce qui se tait, et c'est précisément là que le récit tient en haleine.

Les hommes sont nés pour servir les femmes

Chapitre 2 · La paire de chaussures

Un mois et deux semaines. Il s'agissait du temps exact qui s'était écoulé depuis l'arrivée de Thomas au sein de l'entreprise. Chaque matin, en arrivant, je le trouvais déjà installé à son bureau, la tête plongée dans la lecture de codes juridiques ou dans la rédaction d'un livrable. Lorsque j'entre dans la pièce, il ne lui faut que peu de temps pour interrompre ce qu'il fait et pour me saluer. Souvent, je l'entends dire "Bonjour Soraya" ou "Bonjour", ce qui est étrangement très formel pour une personne de notre âge. Mais, dans la mesure où nous étions dans un cadre professionnel, je ne pouvais évidemment pas lui reprocher ce ton.
En un mois et deux semaines, il n'est jamais arrivé qu'il ouvre la discussion sur d'autres sujets que le travail et notre mission. Il passe en général ses journées silencieux, avec parfois un raclement de gorge ou un éternuement qui viennent briser son silence. Au début, les premiers jours de son arrivée, j'ai tenté de récupérer quelques informations sur lui et sur sa vie en général. Mis à part son caractère timide de nature et le fait qu'on pourrait presque oublier sa présence, il n'a jamais vraiment parlé de lui. Encore une fois, je ne lui reproche pas du tout son comportement puisque nous sommes évidemment ensemble pour travailler et non pour se raconter nos vies toute l'après-midi. Parfois, il m'arrive de le surprendre à me regarder au-dessus de son écran d'ordinateur ou au loin lorsque je me sers un café. Nos regards se croisent furtivement, sans vraiment s'accrocher. J'ai l'impression, lorsque je le vois m'observer comme cela, qu'il cherche à me dire quelque chose mais qu'il n'y parvient pas. Je veille alors à fréquemment lui demander si tout est clair pour lui et s'il n'a besoin de rien, ce à quoi il répond tout le temps : "Tout va bien, désolé. Merci."
Sur le plan professionnel, nos personnalités s'accordent merveilleusement bien. Je suis naturellement celle qui va gérer les réunions, les points avec notre responsable et les réunions d'état d'avancement. Thomas, lui, est brillant dans la résolution des problèmes, la rédaction de documents et apporte un regard technique très pertinent. Je le compare parfois à un travailleur de l'ombre qui m'assiste dans ma mission. Je ne manque pas de souligner sa part du travail auprès des collaborateurs et à le créditer lorsque nous recevons de bons retours.
Bien que nos personnalités soient assez opposées, il est assez surprenant de voir que nous avons des points communs. Par exemple, nous déclinons tous les deux systématiquement les after-works et les dîners entre collègues, sauf lorsqu'ils ont un objectif professionnel. Les "team buildings" et autres séminaires ne sont pas non plus dans nos projets du tout. Thomas refuse par timidité. Moi, je refuse par manque d'intérêt. Au final, bien que nos motivations soient différentes, les collègues de notre service n'hésitent pas à nous mettre dans le même panier et à parler de nous comme un "petit couple" qui échapperait aux événements inter-professionnels pour passer du temps à deux. Évidemment, lorsque j'entends des sottises pareilles, je ne manque pas de m'énerver sur la personne qui lance le sujet et à lui rentrer dedans. Thomas, lui, ne dit rien.
Un jour, en rentrant d'une semaine de congés, je retrouve comme d'habitude Thomas sur son poste avant mon arrivée. Ayant passé la semaine auprès de ma famille dans la région où j'ai grandi, j'ai eu l'idée de ramener quelques souvenirs originaires de ma ville pour les partager avec lui. Certainement dans un élan de bonne humeur et pour détendre un peu l'atmosphère au travail. Après m'être installée devant mon ordinateur, je lui tends un sachet que j'avais préparé avant de venir. Il était rempli de divers bonbons et gâteaux secs que j'ai sélectionnés auprès d'un commerçant de la ville avant de retourner à Paris :
— Tiens, j'ai pensé à toi.
— Quoi..? Moi ?
Il semble très surpris puis finit par récupérer finalement le paquet qu'il entreouvre après quelques secondes d'hésitation. Une odeur de biscuits remplit rapidement la pièce.
— Non non, je parle au mec derrière toi. T'inquiètes.
Il le voit se retourner et jeter un œil derrière lui. Je lève les sourcils en souriant avec un petit air moqueur. Sa naïveté me fait toujours sourire bêtement.
— Mais... Merci. Mais. Pourquoi ? reprend Thomas, vraisemblablement étonné.
— Parce que vos biscuits à Paris sont nuls. Il fallait que tu goûtes ceux de chez moi.
J'avais l'habitude de lui répondre avec du second degré ou avec humour. La manière dont son visage changeait lorsque je répondais de cette manière m'amusait un peu. Sans vraiment lui laisser le temps de rétorquer, je me suis assise sur ma chaise et j'ai débuté ma journée de travail, comme d'habitude.
Nous étions en plein hiver et la plupart des collègues s'étaient sauvés en vacances à l'occasion de la fête de Noël. L'entreprise n'imposant pas de congés cette semaine, nous étions libres de venir travailler si nous le souhaitions durant cette période. J'avais décidé de prendre ma semaine de repos avant la semaine de Noël pour, justement, éviter de croiser le plus de monde possible. Je ne pensais pas que Thomas aurait eu la même idée que moi. De base, nous étions déjà plutôt isolés géographiquement dans l'open space, avec un bureau fermé. Mais maintenant que plus de quatre-vingts pour cent des employés de notre étage étaient partis, on avait l'impression d'être vraiment seuls.
La journée se déroulait normalement. Thomas et moi étions occupés sur nos tâches respectives. En cherchant des yeux un stylo sur mon bureau, je constate que celui-ci était tombé à mes pieds. Comme ayant oublié que Thomas était présent, je commence à souffler et à exprimer clairement mon mécontentement sur la situation, comme si ramasser un stylo était une montagne. Alors que je m'apprêtais à reculer ma chaise pour me baisser, une petite voix brise le silence :
— Tu veux que... je le ramasse ?
Mes yeux glissent sur le côté vers l'origine de la voix. C'était Thomas qui avait assisté à toute ma petite scène de princesse fainéante. Je le fixe du regard quelques secondes, les sourcils froncés d'étonnement, n'en croyant presque pas mes oreilles.
— C'est la première fois que tu m'adresses la parole en un mois et demi pour me demander autre chose que de t'envoyer un document par mail, je lui lance.
— Désolé. Je ne veux pas que tu penses que je ne veuille pas te parler. C'est juste que...
— C'est difficile ? lui demandais-je en lui coupant presque la parole.
— Oui. Honnêtement, ce n'est pas facile pour moi.
— Humm. Par contre ramasser un stylo par terre sous mon bureau, c'est plus simple ?
Thomas ne répond plus. J'ai l'impression que j'ai peut-être un peu exagéré avec l'humour. Je me baisse finalement pour ramasser le stylo puis lui réponds.
— Je suis une grande fille, t'inquiètes. Tu n'as pas à ramasser mon stylo parce que j'ai la flemme de le faire.
Il reste encore une fois silencieux. J'ai l'impression qu'il se sent bête. Son regard arrête de me fixer et retombe finalement sur son clavier. De mon côté, je cherche à lancer un nouveau sujet de discussion pour défaire ce sentiment de gêne entre nous puisque ce n'était évidemment pas mon intention. S'il est capable de parler le premier, il doit sûrement être capable de parler d'autre chose que de litiges et contentieux fonciers. Je cherche rapidement un sujet de discussion puis regarde l'endroit où le stylo était tombé avant de m'adresser à Thomas :
— Tu as vu que l'on a reçu la prime de fin d'année en avance ? J'en ai profité pour acheter de nouvelles bottines.
— Oui, j'avais remarqué avant que tu me le dises.
— Tu avais remarqué pour la prime ou pour les chaussures ? lui dis-je avec humour sans trop réfléchir à la question.
— Hum, les chaussures.
— Ah ouais ? Tu regardes les chaussures des filles, toi ?
— Non non, que toi.
Je me retourne vers lui sur ma chaise, très surprise. Je ne m'attendais pas à cette réponse, d'autant plus que je sais qu'il n'est pas du tout dans le second degré.
— Comment ça, "que toi" ?
Thomas rougit. Je le sens mal à l'aise et le vois tenter de fuir mon regard. S'il le pouvait, j'ai l'impression qu'il serait complètement sorti de la pièce. Il fait mine de reprendre le travail et se racle la gorge.
— Non, je veux dire que. Enfin. Je veux dire que je ne voulais pas dire ça, reprit-il.
— Mais tu l'as dit. Pourquoi ? Tu rigolais ?
Il ne répond pas. Je vois qu'il a du mal à trouver ses mots et qu'il commence à s'agiter. Je me lève et me mets en face de lui, comme m'imposer pour l'empêcher de trouver une porte de sortie. Je le vois lever la tête vers moi et je reprends la conversation.
— Je déteste quand quelqu'un lance un sujet mais qu'il ne le finit pas. Ça va être simple, soit on en finit une bonne fois pour toutes, soit tu vas devoir supporter la tempête Soraya qui va t'harceler toute la semaine.
Effectivement, je suis une femme très curieuse et qui aime avoir le fin mot des histoires. Quand quelque chose pique ma curiosité, c'est très difficile pour moi de passer à autre chose tant que ma petite fixation n'est pas assouvie, que la personne en face le veuille ou non. Cette part de moi est certainement un défaut, certes, mais je suis sincèrement désintéressée par l'avis des autres à ce sujet. Tant que j'arrive à mes fins, cela m'allait. Et puis tout de même, sortir une phrase comme cela alors qu'on ne se parle quasiment jamais, ça donne envie de creuser un peu.
Alors que je me tiens fermement devant lui en le fixant, je sens dans son expression et dans ses yeux qu'il capitule. Il baisse finalement une dernière fois le regard et prend une petite inspiration, comme s'il prenait une dose de courage. Toujours les yeux baissés, il me répond finalement.
— Je regarde souvent les chaussures que tu portes. Ce sont souvent des talons. Ça te va bien...
Je sens dans ces quelques mots à la fois de la sincérité mais aussi un semblant de culpabilité. J'ai l'impression de me tenir devant un enfant de six ans qui avoue avoir mangé une sucette avant le repas. Je reste quelques secondes devant lui puis, étant satisfaite de la réponse, je lève les épaules et retourne devant mon bureau pour m'installer sur ma chaise, comme si rien de tout cela ne s'était passé. Certainement très étonné de la manière dont notre discussion s'est conclue, Thomas me regarde et reprend :
— Mais. Tu ne dis rien ?
— Bah, t'es pas le premier homme sur terre à regarder une femme, hein. Puis je sais qu'elles me vont bien mes chaussures à talons. Tu m'as dit ça comme si c'était la confession du siècle.
— Mais, ça ne te fait rien de te dire que je regarde tes chaussures ? Je veux dire, tu ne m'en veux pas ?
— Mais pourquoi je t'en voudrais ? Quand même. C'est exagéré. On dirait que tu m'as avoué quelque chose d'incroyable. Tu voulais que je te mette une gifle ou quoi ?
Pas de réponse. Je vois dans ses yeux que son regard essaye de s'exprimer, comme lorsque qu'il me regarde au loin quand je ne suis pas dans la même pièce mais que sa voix, elle, reste complètement muette.
Après quelques secondes, je prends du recul sur ce que je venais de lui dire et analyse rapidement la situation. Tout de même, je venais de lui demander explicitement s'il voulait que je lui mette une gifle, pour rigoler bien sûr, mais il n'a pas réagi. Il n'a pas du tout rigolé. Son visage est resté le même, expressif mais à la fois neutre. Lorsque je faisais ce genre de blagues avec mes ex-petits amis, je me prenais directement une réflexion du style "Parles mieux, ou c'est moi qui vais te la mettre". Mais là, je ne vois aucune réaction. Juste un garçon silencieux, immobile, avec le regard fixé sur moi. Le temps semble long et je brise finalement le silence. La situation commence à prendre une tournure étrange.
— C'est bizarre. Pendant deux secondes j'ai eu l'impression que tu avais envie que je te la mette pour de vrai...
Mes mots s'échappent de mes pensées. Pourtant, en le regardant comme ça devant moi avec son petit air de chien battu et l'ambiance de la pièce qui avait clairement changé du tout au tout, mon pressentiment semble légitime. Encore une fois, il ne répond pas. Son regard est toujours chargé de mots, mais il cherche à exprimer quelque chose que je ne comprends pas.
C'est à ce moment précis que mon cerveau fit des liens. Rapidement, je me rends compte que son histoire de chaussures, ce n'était pas qu'une simple confession. Lorsqu'il me regardait marcher, il ne s'agissait pas d'un simple regard posé sur une paire de chaussures à talons. C'était un aveu, un aveu qui cachait quelque chose de beaucoup plus profond.
D'un coup, je sens une envie insoutenable monter en moi, celle de percer le mystère de l'homme en face de moi et d'ouvrir sa boîte de Pandore. Le mettre à nu, vider la boîte de mes propres mains et n'en manquer aucune miette. Fouiller dans les moindres recoins, analyser le fond de la boîte, en apprendre son fonctionnement et son schéma par cœur. Comme si ma vie en dépendait, j'ai maintenant un objectif : faire parler Thomas.
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Averde
10 octobre 2026 à 00:20
Hâte de lire la suite. J adore le fait que vous preniez le temps 👍🏻
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mozart
9 octobre 2026 à 16:30
Un chapitre agréable à suivre. Excellente lecture.
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Photo de profil de sorayaabb
sorayaabb
9 octobre 2026 à 16:15
Chères lectrices, chers lecteurs,

Comme vous pouvez le constater, l'atmosphère de mon bureau change de plus en plus depuis qu'il y a Thomas 🤭
Le prochain chapitre s'annonce décisif dans le déroulé des événements. J'aurai voulu continuer à écrire encore et encore, mais il faut bien laisser un peu de suspense et équilibrer la taille des chapitres, non ?

Bonne lecture 💋

- S.
Modifié 9 octobre 2026 à 16:16
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