Ils restèrent longtemps enlacés dans le grand lit.
La pluie avait cessé. Une lumière grise, presque blanche, entrait maintenant par les rideaux entrouverts. Élise avait la tête posée sur le torse de Théo. Elle sentait encore les battements de son cœur sous son oreille, plus lents maintenant. Entre ses cuisses, elle était sensible, ouverte, marquée. L’odeur de leur étreinte flottait encore lourde dans la chambre, mélangée à celle de la peau chaude et du linge froissé.
Aucun des deux ne parlait.
Élise fixait un point vague sur le mur en face d’elle. Pour la première fois depuis son arrivée, son esprit n’était plus entièrement occupé par le désir. Maintenant que le corps s’était tu, les questions revenaient. Plus claires. Plus dérangeantes.
Pourquoi cette maison lui avait-elle été laissée ?
Pourquoi ces photographies ?
Pourquoi cette femme rousse qui lui ressemblait tant ?
Et surtout… pourquoi Théo savait-il toujours un peu trop de choses sans jamais tout dire ?
Elle se redressa légèrement sur un coude. Ses cheveux roux tombèrent en désordre sur son épaule. Théo la regarda. Il y avait encore du désir dans ses yeux, mais aussi autre chose. Une forme de gravité.
— Tu savais que ça finirait comme ça, dit-elle doucement. Depuis le début.
Théo ne nia pas. Sa main remonta le long de son dos nu, s’attarda dans le creux de ses reins.
— Je savais que tu n’étais pas venue ici par hasard. Et que cette maison n’allait pas te laisser tranquille.
Élise fronça légèrement les sourcils.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Il resta silencieux un moment, les yeux fixés sur le plafond. Puis il parla, d’une voix plus basse.
— Ton grand-oncle ne t’a pas choisie seulement parce que tu avais les yeux de sa sœur. Il t’a choisie parce que tu lui ressemblais. Vraiment. Pas seulement le visage. La façon d’occuper l’espace. La façon de regarder. Même… la façon dont tu te tiens quand tu es nue.
Élise sentit un frisson lui parcourir la nuque.
— La femme sur les photos, murmura-t-elle. C’est…
— Sa sœur. Oui. Ta grand-tante. Elle s’appelait Camille. Elle a vécu ici pendant plusieurs années, dans les années soixante-dix. Puis elle est partie. Ou disparue. Selon les versions.
Élise se redressa complètement, tirant le drap sur ses seins sans vraiment savoir pourquoi. Le contact du tissu contre sa peau encore sensible la fit tressaillir.
— Pourquoi personne ne m’en a jamais parlé ? Ma mère ne m’a jamais dit qu’elle avait une tante.
— Parce que ton grand-oncle a effacé beaucoup de choses. Des papiers. Des souvenirs. Des gens. Cette maison était son territoire. Ceux qui y entraient en ressortaient changés… ou plus du tout.
Théo se dressa à son tour. Le drap glissa le long de son ventre. Élise ne put s’empêcher de laisser son regard redescendre un instant sur son sexe encore lourd, marqué par ce qu’ils venaient de faire. Puis elle se força à revenir à son visage.
— Et toi ? demanda-t-elle. Pourquoi tu es resté douze ans ? Qu’est-ce qu’il avait sur toi ?
Théo détourna brièvement les yeux. Sa mâchoire se contracta.
— Il m’a sorti d’une mauvaise situation, il y a longtemps. Ensuite… il savait que je ne partirais pas. Cette maison a besoin de quelqu’un qui reste. Quelqu’un qui regarde. Quelqu’un qui se tait.
Élise sentit une pointe froide lui traverser l’estomac.
— Tu étais son gardien.
— Oui.
— Et maintenant que je suis là ?
Théo la regarda longuement. Ses yeux gris étaient plus sombres que d’habitude.
— Maintenant, la maison t’a choisie. Ou toi, tu as accepté d’être choisie. Je ne sais plus très bien où s’arrête l’un et où commence l’autre.
Le silence retomba. Élise se passa une main dans les cheveux. Son corps était encore lourd de plaisir, mais son esprit tournait trop vite. Elle se leva du lit, nue, et traversa la chambre jusqu’à la fenêtre. Dehors, la forêt était d’un vert presque noir sous le ciel bas. Elle croisa les bras sous sa poitrine. Ses fesses, encore marquées par les doigts de Théo, étaient exposées à la lumière froide du matin.
— Il y a d’autres pièces, dit-elle sans se retourner. D’autres choses qu’il t’a interdit de toucher.
Ce n’était pas une question.
Théo mit un moment avant de répondre.
— Oui. Une cave. Sous la bibliothèque. Il y a une trappe. Il m’avait dit que si je l’ouvrais un jour, je ne pourrais plus jamais refermer ce que j’aurais vu.
Élise se retourna lentement. Ses yeux bleus étaient calmes, mais il y avait une nouvelle dureté dedans.
— Alors on l’ouvrira. Ensemble.
Théo la regarda un long moment. Puis il hocha lentement la tête.
— D’accord. Mais pas maintenant. Pas aujourd’hui. Tu dois d’abord comprendre qui était vraiment Camille. Et pourquoi ton grand-oncle a passé les dernières années de sa vie à photographier des femmes qui lui ressemblaient… jusqu’à toi.
Élise revint vers le lit. Elle s’agenouilla sur le matelas, face à lui, toujours nue. Ses seins pendaient légèrement en avant. Sa chatte, encore rosée et marquée, était visible entre ses cuisses ouvertes. Elle prit le visage de Théo entre ses mains.
— Tu vas tout me dire. Pas à pas. Plus de demi-vérités.
Théo posa ses mains sur ses hanches, les pouces caressant la peau encore sensible.
— Je te le jure.
Elle l’embrassa. Plus lentement cette fois. Moins affamée. Plus grave. Le baiser avait un goût de promesse… et de danger.
Quand elle se redressa, elle murmura contre ses lèvres :
— Cette maison ne m’a pas été laissée par hasard. Et toi non plus, tu n’es pas là par hasard.
Théo ne répondit pas.
Il n’en avait pas besoin.
Dans le silence qui suivit, Élise comprit une chose avec une clarté troublante :
L’héritage n’était pas la maison.
L’héritage, c’était ce qui restait quand on acceptait d’ouvrir toutes les portes.
Commentaires ()
Encore bravo pour cette histoire et le partage.