Laura
Chapitre 1 · La rencontre
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✦ Aster Raconte Laura XSTORY
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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Laura — Chapitre 1 · La rencontre

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Aster Raconte
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Ce qui frappe d'emblée, c'est la voix — sèche, précise, sans chichi, qui pose les gens et les lieux en deux phrases et ne s'attarde que là où ça compte vraiment. Le personnage de Laura est rendu avec une économie de moyens redoutable : on la voit, on l'entend, on comprend exactement l'effet qu'elle produit sans que le narrateur ait besoin de s'expliquer. Et quand la tension monte, le récit sait se faire discret pour mieux faire sentir ce qui se joue — on est dedans sans qu'on nous l'ait dit.

Laura

Chapitre 1 · La rencontre

Été deux mille sept
J'ai vingt et un ans. Job d'été à Arcachon, dans un restaurant que tient une amie de ma mère, en bord de mer. Je fais le service — c'est ma deuxième saison. Il y a toujours des jeunes de mon âge qui travaillent là l'été, qui habitent la région. Cette année-là : Christophe, Julie et Laura.
On se rencontre à peine et déjà on se retrouve tous les quatre à faire les pauses et les afters ensemble. Moi je loge chez l'amie qui tient le restaurant, eux dans leur famille. On s'entend bien.
Christophe a vingt-cinq ans, Julie en a dix-neuf, Laura a mon âge. Christophe est assez beau gosse, grande confiance en lui — ça se sent dès les premières minutes. Il est en couple depuis longtemps, comme moi. Je fréquente Céline depuis mes seize ans. Mon premier amour. Elle est à Paris cet été, la copine de Christophe en Dordogne.
De prime abord, c'est Julie qui me tape dans l'œil : petite, fine, brune, yeux clairs — verts ou bleus je ne sais plus très bien —, quelque chose de discret et de doux qui m'émeut plus que les formes évidentes de Laura. Laura, elle : blonde, cheveux lisses souvent attachés, yeux marron, un nez un peu pointu, une jolie bouche assez pulpeuse, un mètre soixante-dix, forte poitrine, très sûre d'elle et plus exubérante. Le cliché ultime, oui. Mais je remarque Julie en premier.
Un soir après la fermeture — veille de jour off. Quelques bières, direction la plage. On cherche un coin reculé. Dans la journée, Christophe m'avait glissé qu'avec Laura ça marchait bien, qu'il allait tenter quelque chose. Et effectivement, dès qu'on arrive sur la plage, il marche devant Julie et moi, d'un pas décidé, un peu plus vif que le nôtre… Si bien qu'on les perd de vue. On n'entend plus que le rire de Laura au loin. Julie et moi décidons de nous asseoir.
On passe un bon moment et elle finit par se blottir contre moi. J'éprouve une gêne — du moins c'est ce que je crois. Puis elle me caresse le torse et je me sens obligé de lui dire que c'est impossible. Elle en rit, mais d'un rire teinté d'agacement. Je plaide ma fidélité, ça n'a rien à voir avec elle bien sûr. « Tu n'as pas un copain ? Une jolie fille comme toi ? » Bref, tout ce qu'on ne veut pas entendre quand on se sent rejeté. La conversation devient moins sympathique et le retour des deux autres n'arrange rien : ils sont tout sourire, leur flirt probablement consommé dans le sable à l'abri des regards.
En aparté, Christophe me raconte : « Putain mec, elle m'a pompé le dard, elle a retiré son t-shirt, elle était seins nus, elle a des obus… C'était énorme… » Christophe parle crûment et ne fait pas grand cas de sa petite amie. Je lui réponds : « Si elle t'a juste sucé ça va, faudrait pas que ça aille plus loin » — ce qui voulait dire : tu te souviens que t'es maqué. Il me regarde : « Tu rigoles ?! On va chez elle après. » Je ne les suis pas ce soir-là. Je ne veux pas céder à la tentation, à Julie.
Le lendemain après-midi, je retrouve Chris. Il me raconte leur nuit avec Laura — la discrétion imposée par les parents dans la maison, les cris étouffés — et évidemment : « Putain qu'est-ce t'as foutu avec Julie ?! Pourquoi t'es parti ? » Je réponds que j'étais fatigué. Je cache au mieux ce que je ressens, et ce n'est pas de la jalousie envers Laura. C'est autre chose, plus diffus : chaque fois que Chris me raconte sa nuit, j'imagine cette légèreté qu'il semble porter comme une seconde peau, cette façon d'aller vers ce qu'il désire sans se retourner. Je me demande à quoi ressemble ma propre vie vue de l'extérieur.
Les filles nous rejoignent. Laura s'assoit volontiers sur les genoux de Chris. Elle nous annonce que ses parents lui laissent la maison pour la semaine — il y a piscine, maillot de bain, toute la panoplie. Julie ne pourra pas être là, ce qui me soulage un peu je l'avoue. Et surtout, la copine de Chris vient lui rendre visite ce week-end. Laura dit, toujours souriante : « Elle aura qu'à venir avec nous. » Christophe semble perplexe une demi-seconde, puis accepte.
Après le service, nous nous retrouvons donc dans la maison de Laura, à quatre, avec Agathe, la copine de Christophe. Elle a vingt-sept ans. Il est tard quand nous arrivons et rapidement Agathe va se coucher. Laura est très chaleureuse avec elle, d'un naturel déconcertant — c'est son style, joyeuse, avenante, même avec la copine de son amant. Quand Chris et Agathe vont se coucher, Laura et moi sommes dans la piscine, elle en bikini qui magnifie ses formes, moi en short de bain.
Laura me dit : « Viens on va écouter à leur porte, je suis sûre qu'ils sont en train de niquer. » Elle semble très excitée à cette idée, mais plus comme une enfant — elle rit, et on monte à l'étage. La chambre communique sur le couloir et sur la salle de bain, qui communique à son tour sur le couloir. Le carrelage est plus silencieux que le plancher en bois. Nous voilà donc dans la salle de bain.
Ils ne sont pas en train de baiser. Ils s'engueulent. Le sujet ? Chris a « reluqué » Laura toute la soirée.
— Tu l'as baisée ?
Un temps.
— Bien sûr que non…
Laura me regarde, sourit, chuchote. « Oups. » Et rit dans sa main, les joues gonflées qui lui plissent les yeux. Son regard brille — espiègle est exactement le bon mot. Elle est pleine de joie, et ça me fait du bien d'être là avec elle, comme deux enfants qui font des bêtises. Toujours en chuchotant :
— Ça me gêne, viens on les laisse.
— Tu rigoles, ils vont se réconcilier, ça va être un carnage.
Je ris avec elle. Nous restons un moment. Rien ne se passe de l'autre côté. Assis tous deux sur le sol frais — alors qu'il fait une chaleur étouffante — nous discutons de choses et d'autres. On fait presque connaissance. Elle est célibataire, n'a jamais vraiment eu de relation suivie, s'en moque un peu. Des galères de famille, d'autres choses l'ont rendue plus distante, et elle « se prend moins la tête sur des conneries ». Je lui raconte mon histoire à moi : maqué depuis l'adolescence. Le reste aussi.
Puis un silence.
Un gémissement, qui ne vient pas de la salle de bain. Le visage de Laura s'éclaire, les yeux écarquillés de bonheur. Elle se lève et va coller l'oreille à la porte, me fait signe de la rejoindre. Je la regarde, interloqué. Je ne porte que ce short, elle son bikini — je réalise seulement maintenant que je viens de passer près d'une heure à parler avec une fille presque nue. Ce n'est pas si souvent.
Les gémissements se font plus réguliers, plus forts. C'est Agathe qu'on entend d'abord. C'est excitant, je l'admets. Puis Chris commence à se faire entendre, lui aussi semble aux anges, et tous les deux entament un concert d'orgasmes.
J'entends respirer fort.
Je réalise que ces souffles viennent de Laura, à côté de moi. Elle a la main dans sa culotte. Elle se masturbe, l'oreille contre la porte. Elle s'assoit, s'agrippant à moi. Je m'assois près d'elle. On n'a plus besoin de coller l'oreille à quoi que ce soit pour les entendre. Laura se colle à moi, côte à côte, et son mouvement ne faiblit pas — elle accélère. Elle me parle dans une respiration qui change :
— Tu peux sortir ta teub si tu veux, en posant la main sur ma joue.
— Ça va merci. Je n'en mène pas large.
— T'es sûr ? Comme tu veux.
Je l'enlace d'un bras. Je ne sais pas pourquoi. Elle semble perdue dans son plaisir, concentrée. J'ai envie de l'accompagner.
— À ton avis, ils font ça dans quelle position ?
J'entends des claquements de chair.
— Levrette.
— Ah ouais, c'est bon ça…
Laura commence à trembler, à se recroqueviller. Plus elle bouge, plus je la retiens fort. Je finis par lui prendre le visage de mon autre main — elle est dans mes bras, et elle jouit, tentant avec force de ne pas faire de bruit. Elle étouffe ses cris dans mon torse. Puis elle se relâche un peu, et je sens des baisers doux sur ma peau. Sur ma joue. Elle sort la main de sa culotte. Me sourit. Me caresse la joue.
Je sens alors l'odeur de son sexe.
Elle me regarde un moment sans rien dire, et quelque chose se passe dans ce silence — quelque chose que je ne saurais pas nommer mais que je sens peser sur ma poitrine. Puis :
— Tu peux dormir avec moi si tu veux, viens ?
Je me lève. J'ai une érection évidente sous le short. Je la suis, je la regarde dandiner devant moi dans le couloir, la lumière de la lune qui entre par une fenêtre entrouverte, et à cet instant précis je trouve que c'est la plus belle femme du monde.
C'est la première fois que je vois une femme se toucher. Que je sens une autre femme — dans tous les sens du terme — dans un moment aussi intime. Sa peau contre la mienne.
Dans sa chambre, elle retire son bikini dans la pénombre bleue. J'aperçois sa silhouette nue. J'hésite une seconde. Elle s'allonge d'un côté du lit. J'enlève à mon tour, dans le noir, le seul vêtement que je porte, et je m'allonge nu sous le drap, de l'autre côté.
« Bonne nuit », j'entends.
Je ne réponds pas.
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