Sous les toits
Chapitre 2 · Chapitre 3
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Sous les toits — Chapitre 2 · Chapitre 3

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EntreDeux
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Ce qui retient, c'est la finesse du regard intérieur d'Elsa : une façon d'observer le monde qui l'entoure, de peser les gestes et les mots de Camille, sans jamais forcer le trait. Le détail des deux femmes qui détestent toutes les deux le fromage est un coup de maître — un point commun parfaitement futile qui crée plus d'intimité que n'importe quelle grande confession. On sent que quelque chose se construit, doucement, sans précipitation, et c'est exactement ce qui donne envie de tourner la page.

Sous les toits

Chapitre 2 · Chapitre 3

Chapitre 3 — Le marché
Le marché se trouvait à une dizaine de minutes à pied. Camille connaissait le quartier par une accumulation de petites habitudes : le café où elle s’arrêtait parfois après la piscine, une boulangerie qu’elle préférait aux autres, le fleuriste qui la salua lorsqu’elles passèrent devant sa boutique. Elsa, elle, ne connaissait encore de Paris que quelques stations de métro, l’adresse de l’université et les itinéraires enregistrés sur son téléphone. Elle marchait à côté de Camille avec un mélange de curiosité et de réserve. Le départ de sa mère était encore trop récent pour qu’elle se sente vraiment libre ; elle avait plutôt l’impression d’avoir été déposée au seuil d’une vie dont elle ne connaissait pas encore les règles.
À l’entrée du marché, elle retrouva pourtant quelque chose de familier. Les légumes alignés sur les étals, l’odeur du pain, les herbes fraîches, les paniers que l’on remplissait en réfléchissant déjà au repas lui rappelaient les courses faites avec sa mère. Elsa ne devint pas soudain bavarde ou sûre d’elle ; elle se détendit seulement. Elle savait choisir une tomate, reconnaître un poisson frais, imaginer ce qu’elle pourrait préparer avec quelques courgettes et un bouquet de basilic. Dans cette ville où presque tout lui échappait encore, cette compétence modeste lui donnait un point d’appui.
Camille la laissait décider avec une attention amusée. Elle avait avoué ne presque jamais cuisiner et ne cherchait pas à le dissimuler davantage devant les étals. Elsa découvrit rapidement qu’elle connaissait très bien les restaurants du quartier mais beaucoup moins les produits eux-mêmes. Cette différence installa entre elles un équilibre nouveau. La veille, Camille avait été celle qui savait, qui examinait un dos et expliquait ce que le corps supportait mal. Au marché, Elsa n’avait pas davantage besoin de jouer un rôle : il lui suffisait de savoir ce qu’elle aimait manger.
Elles s’arrêtèrent devant un fromager uniquement parce qu’il fallait contourner une file qui débordait dans l’allée. Elsa eut un mouvement presque instinctif pour s’éloigner de l’odeur. Camille le remarqua et crut d’abord qu’elle était simplement pressée. Elsa finit par reconnaître qu’elle n’aimait pas le fromage, pas davantage les gratins trop chargés, les raclettes, les tartiflettes et, plus généralement, tout plat dont on lui vantait la couche fondue comme une qualité essentielle. Elle s’attendait au rire habituel ou à cette exclamation incrédule que cette confidence provoquait souvent.
Camille s’arrêta net et la regarda avec une surprise qui se transforma aussitôt en soulagement. Elle détestait le fromage elle aussi. Depuis des années, expliqua-t-elle, elle supportait les dîners où l’on lui présentait une raclette comme l’idée même de la convivialité et les restaurants où trois quarts de la carte semblaient couverts de parmesan. Elsa sourit réellement pour la première fois de la matinée. Ce point commun était parfaitement insignifiant et, pour cette raison même, lui plut beaucoup. Il ne concernait ni leur différence d’âge, ni l’appartement, ni son corps, ni Jean. Elles n’aimaient simplement pas le fromage toutes les deux.
Le repas qu’elles composèrent prit forme autour de cette préférence commune : des légumes, du poisson, des herbes fraîches, des fruits et rien qui nécessitât de gratiner quoi que ce fût. Camille suivait Elsa sans empressement, portant l’un des sacs et observant ses choix. Elsa appréciait sa compagnie mais demeurait consciente d’elle-même. Elle sortait à peine de l’adolescence et n’avait pas encore cette aisance qui permet de traverser une journée sans se demander constamment l’impression que l’on donne. À certains moments elle parlait facilement ; à d’autres elle se taisait, craignant d’avoir l’air trop jeune, trop impressionnée ou simplement déplacée dans cette vie adulte où Camille semblait évoluer sans effort.
Leur taille identique attirait parfois les regards. Deux femmes d’un mètre quatre-vingt-un marchant côte à côte ne passaient pas tout à fait inaperçues. Camille n’en avait visiblement plus conscience. Elsa, au contraire, continuait à percevoir sa taille comme une chose que les autres remarquaient avant elle. Au lycée, elle avait appris à se tenir légèrement en retrait sur les photographies, à éviter certains talons et à choisir des jeans suffisamment longs. À côté de Camille, elle découvrait une autre manière d’être grande : non plus comme si le corps s’excusait de dépasser, mais comme s’il occupait simplement l’espace qui lui appartenait.
La comparaison n’était pourtant pas toujours favorable à Elsa. Camille portait encore la robe d’été choisie le matin et la lumière donnait à sa peau une couleur chaude que le satin de la nuit avait déjà laissée deviner. Ses épaules paraissaient fermes, sa taille dessinée, sa démarche souple. Elsa, elle, était sortie avec son tee-shirt, sa brassière noire et un jean qui flottait légèrement autour de ses longues jambes. Elle avait conscience de chaque différence. Elle savait bien que Camille avait douze années de plus pour apprendre à habiter son corps ; cela ne l’empêchait pas de la trouver parfaite et de se sentir, à côté d’elle, encore inachevée.
Elle se surprit plusieurs fois à regarder le décolleté de la robe avant de ramener aussitôt ses yeux vers les étals. Ce n’était plus seulement la poitrine de Camille qu’elle enviait. L’admiration commençait à glisser vers quelque chose qu’Elsa ne savait pas encore nommer sans se sentir embarrassée. Elle trouvait cette femme belle avec une intensité qui n’avait rien à voir avec les compliments échangés entre filles. Cette idée lui revenait par vagues, puis elle l’écartait en s’occupant d’un panier de pêches ou du choix d’un bouquet de coriandre.
Camille lui reparla de la natation. Elle nageait deux fois par semaine et restait convaincue que ce serait excellent pour le dos d’Elsa, à condition de commencer tranquillement et de ne pas transformer cela en obligation. Elsa répondit qu’elle voulait essayer. Son intérêt était réel : elle avait toujours trouvé son dos trop maigre et ses épaules trop étroites. Mais l’image de Camille en maillot apparut presque immédiatement dans son esprit, avec une netteté qui la gêna davantage que la veille. Elle se concentra alors sur la conversation et se demanda avec une irritation légère pourquoi son imagination semblait désormais compliquer les choses les plus simples.
Sur le chemin du retour, elles parlèrent moins. Ce silence n’était pas inconfortable. Elsa commençait même à l’apprécier. Camille n’exigeait pas d’elle qu’elle soit constamment intéressante, drôle ou reconnaissante. Elle pouvait marcher à côté d’elle sans remplir chaque seconde. Cette absence d’effort contribua beaucoup à la bonne impression que lui laissa cette matinée. Elsa n’aurait pas dit qu’elle était déjà proche de Camille ; elle avait seulement passé quelques heures avec une femme qu’elle connaissait depuis la veille et s’était sentie bien.
Dans la cuisine, Camille lui abandonna presque entièrement la préparation du déjeuner. Elsa lui confia quelques tâches simples et découvrit qu’elle n’avait pas exagéré son inexpérience. Cela ne donna pas lieu à une succession de plaisanteries. Camille écoutait, reproduisait les gestes et acceptait de ne pas savoir. Elsa apprécia cette disposition plus qu’elle ne l’aurait cru. Avec les adultes qu’elle avait connus jusque-là, il existait souvent une manière de rappeler, même involontairement, qu’ils avaient davantage vécu. Camille pouvait reconnaître qu’une jeune fille de dix-huit ans savait mieux qu’elle tenir un couteau ou préparer un poisson sans que cela menace quoi que ce soit.
Le déjeuner fut simple et réussi. Jean ne rentrerait pas avant le soir. Elles mangèrent près de la fenêtre, parlant de choses sans importance : des études d’Elsa, des lignes de métro, de la piscine, des habitudes du quartier. Camille lui posa quelques questions sur sa rentrée universitaire, qui devait avoir lieu quelques jours plus tard. Cette perspective suffit à ramener les doutes d’Elsa. Le baccalauréat lui paraissait déjà loin, mais elle ne se sentait pas encore étudiante. Elle redoutait ce premier jour avec une intensité qu’elle n’avait confiée à personne.
Elle voulait être bien perçue sans être immédiatement cataloguée. Elle ne voulait ni avoir l’air d’une lycéenne qui se serait trompée de bâtiment, ni donner l’impression d’avoir passé deux heures devant son miroir pour attirer les regards. Elle savait à quel point les premiers jours fabriquaient vite des réputations : la fille trop timide, celle qui veut séduire tout le monde, la grande blonde, la fille bizarre, celle qui semble sûre d’elle alors qu’elle ne l’est pas. Elsa avait dix-huit ans et se trouvait précisément à cet âge où l’on voudrait que les autres voient qui l’on est alors que l’on ne le sait pas encore soi-même.
Camille l’écouta sans minimiser ses inquiétudes. Après le déjeuner, elle lui proposa simplement de regarder ensemble ce qu’elle pourrait porter. La suggestion embarrassa d’abord Elsa, puis lui parut presque rassurante. Camille lui avait déjà proposé de lui prêter des vêtements et elles avaient sensiblement la même taille. La question n’était pas de transformer Elsa mais de trouver quelque chose dans lequel elle ne passerait pas sa journée à se demander si elle avait fait le mauvais choix.
Elles montèrent d’abord dans la chambre d’Elsa pour regarder ce qu’elle avait apporté. Ses vêtements racontaient assez fidèlement les dernières années : beaucoup de jeans, des tee-shirts, quelques sweats, deux robes achetées pour des occasions précises et presque rien qui lui semblât correspondre à la personne qu’elle voulait devenir. Camille ne critiqua rien. Elle sortit simplement plusieurs pièces, les posa sur le lit et lui demanda dans lesquelles elle se sentait réellement elle-même plutôt que correctement habillée.
Elsa essaya un pantalon plus ajusté puis l’enleva, gênée de se voir soudain trop grande et trop mince. Un chemisier lui plut mais elle trouva l’encolure trop ouverte. Lorsqu’elle leva les bras pour l’ajuster, Camille aperçut les bretelles noires de la brassière qu’elle portait encore. Elle ne fit aucun commentaire immédiat, mais Elsa comprit à son regard qu’elle l’avait remarqué. La conversation de la veille lui revint avec une précision désagréable.
Elle finit par avouer qu’elle n’avait pas essayé de s’en passer. La perspective lui paraissait beaucoup plus simple dans une salle de bains, seule devant son miroir, que lorsqu’elle imaginait sortir dans la rue. Ses tétons marqueraient sous le tissu, elle en était certaine, et elle aurait l’impression que tout le monde ne regarderait que cela. Elle ajouta presque à mi-voix qu’elle n’oserait probablement jamais. Camille ne chercha pas à la convaincre du contraire. Elle lui rappela seulement que son conseil n’était pas un défi et qu’Elsa n’avait rien à prouver. Si la brassière la rassurait, elle pouvait parfaitement la garder. Le jour où elle aurait envie de faire autrement, ce serait son choix et non une épreuve à réussir.
Cette réponse soulagea Elsa davantage qu’un encouragement. Depuis la veille, elle avait presque transformé la liberté corporelle de Camille en nouvelle norme à atteindre, comme si elle devait apprendre rapidement à se montrer aussi à l’aise qu’elle. Camille lui faisait comprendre que ce serait une autre manière de se contraindre. Elsa pouvait avoir dix-huit ans, porter une brassière parce qu’elle avait peur du regard des autres et changer d’avis un jour ou ne jamais en changer.
Elles redescendirent ensuite chez Camille. Devant sa penderie, Elsa retrouva la même impression que le matin : des vêtements nombreux, choisis avec plus d’assurance que les siens, dont certains lui semblaient appartenir à une autre version de la féminité. Camille sortit plusieurs pièces qui pouvaient convenir à sa silhouette. Elles écartèrent immédiatement les robes trop habillées et les hauts dont le décolleté mettait Elsa mal à l’aise. Peu à peu, un ensemble prit forme : un pantalon fluide qui allongeait sa silhouette sans flotter autour de ses jambes, un haut clair assez simple pour qu’elle puisse garder sa brassière sans y penser, et une veste légère qui lui donnait soudain une allure plus adulte sans la déguiser.
Devant le grand miroir de la chambre, Elsa se regarda longtemps. Elle ne se trouva pas parfaite. Cette pensée lui aurait même paru suspecte. Elle remarqua encore ses épaules trop étroites, sa poitrine presque inexistante, ses bras interminables. Pourtant quelque chose fonctionnait mieux. Les vêtements ne cherchaient ni à cacher son corps ni à le transformer en argument. Pour la première fois depuis le début de la matinée, elle eut l’impression qu’elle pourrait entrer à l’université sans penser continuellement à ce que les autres verraient d’abord.
Camille se plaça à côté d’elle dans le miroir. Leur taille identique rendit de nouveau la comparaison inévitable, mais Elsa la supporta mieux. Elle n’était pas Camille et n’avait pas besoin de le devenir en quelques jours. Elle avait encore le droit de se sentir maladroite, de garder sa brassière, de ne pas savoir exactement comment se vêtir ou ce qu’elle désirait. Cette pensée, plus que la tenue elle-même, lui fit du bien.
Camille rangea les vêtements écartés et lui dit qu’elles pourraient compléter l’ensemble plus tard si elle en avait envie. Puis, presque comme si l’idée venait de lui traverser l’esprit, elle ajouta qu’elles feraient bientôt leur première sortie toutes les deux. Pas le marché, pas une course utile, mais une vraie sortie. Elsa releva les yeux vers elle. La proposition était parfaitement innocente et pourtant elle sentit quelque chose se déplacer doucement dans sa poitrine.
Elle ne répondit pas avec l’enthousiasme débordant qu’elle aurait peut-être affiché quelques années plus tôt. Elle sourit seulement et dit que cela lui ferait plaisir. C’était davantage conforme à ce qu’elle ressentait : de l’envie, mais aussi de la prudence. Camille était mariée, plus âgée, installée dans une vie que la sienne ne faisait qu’effleurer. Elsa ne savait toujours pas exactement ce qui se passait en elle lorsqu’elle regardait sa peau hâlée, son décolleté ou la façon tranquille dont elle occupait l’espace. Elle savait seulement qu’elle avait passé une bonne journée avec elle et qu’elle avait déjà envie de la suivante.
Lorsqu’elle remonta sous les toits avec la tenue soigneusement pliée sur le bras, la chambre lui parut un peu moins étrangère. Rien n’avait réellement changé depuis le matin : elle était toujours seule à Paris, encore inquiète de sa rentrée, encore mal assurée dans son corps. Pourtant elle possédait maintenant quelques repères. Une cuisine où elle pouvait préparer un repas. Un marché qu’elle saurait retrouver. Une femme qui n’aimait pas davantage le fromage qu’elle. Et, dans quelques jours, une première journée d’université pour laquelle elle avait enfin une tenue qu’elle n’aurait pas envie de remettre en question toutes les cinq minutes.
Elsa posa les vêtements sur le dossier de la chaise, puis se regarda machinalement dans le petit miroir. Sous son tee-shirt, la brassière était toujours là. Elle n’avait pas osé l’enlever et n’était pas certaine de vouloir le faire bientôt. Cette constatation ne lui parut plus tout à fait un échec. Camille avait raison sur un point au moins : elle disposait de temps. Pour son dos, pour son corps, pour Paris et peut-être aussi pour comprendre pourquoi la perspective d’une sortie seule avec elle venait de rendre l’avenir proche beaucoup plus intéressant.
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MadininaSexy
12 octobre 2026 à 15:46
J'aime toujours beaucoup, j'attends la suite...
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Folgi74
12 octobre 2026 à 12:13
Très joli texte … la tension monte doucement… ça donne très envie de découvrir la suite. Félicitations !
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