La pluie de Mandalore avait un goût de cendre et de fer. Elle tombait depuis trois jours sur les ruines, transformant les décombres en miroirs, et elle tambourinait sur le toit de la forteresse comme un roulement de tambour. Bo-Katan Kryze n'aimait pas cette pluie. Elle n'aimait pas ce qu'elle disait du monde, que Mandalore était morte et qu'elle pleurait sur elle-même et elle n'aimait pas la façon dont elle s'infiltrait partout, dans les joints des armures, sous les casques.
Mais cette nuit-là, la pluie n'était pas son principal souci. Son principal souci portait un casque de beskar, un manteau gris, et il s'appelait Din Djarin.
Elle l'observait depuis le seuil de la salle commune, appuyée contre le chambranle, les bras croisés, le poids familier de son propre casque sous son bras. La salle n'était qu'un hangar reconverti, des murs de pierre, un feu dans un baril éventré, quelques caisses renversées qui servaient de sièges. Din était assis près du feu, et il nettoyait son blaster avec cette patience d'homme qui n'a rien d'autre à faire de ses mains que de les occuper pour ne pas penser.
Bo-Katan le connaissait, maintenant. Assez pour savoir que Din Djarin ne parlait pas beaucoup, qu'il ne se plaignait jamais, qu'il portait son Credo comme d'autres portent une colonne vertébrale, et qu'il y avait, sous cette carapace de fer et de silence, quelque chose de doux qu'il ne montrait à presque personne. Elle l'avait vu avec l'Enfant. Elle l'avait vu avec les villageois de Sorgan, avec les pêcheurs de Trask, avec tous ces gens que la galaxie broyait et qu'il s'obstinait à protéger. Din Djarin était un homme bon. Et Bo-Katan, qui avait connu tant d'hommes mauvais et de dirigeants pires encore, trouvait cette bonté à la fois réconfortante et exaspérante.
Mais ce n'était pas sa bonté qui la tenait éveillée cette nuit-là. C'était le fait qu'il ne retirait jamais son casque.
Elle s'approcha sans bruit, ses bottes claquant à peine sur le sol de pierre. Elle s'assit sur une caisse, de l'autre côté du feu, et le regarda un long moment sans rien dire. Les flammes dansaient entre eux, projetant sur le beskar des reflets orange et mouvants, et le casque de Din semblait vivant, presque organique, comme une seconde peau de métal.
— Tu ne dors pas, dit-il enfin, sans lever les yeux de son blaster.
— Ni toi.
— Le blaster avait besoin d'être nettoyé.
— Le blaster est propre depuis une heure.
Il y eut un silence. Din leva la tête, et Bo-Katan sentit le poids de son regard à travers la visière noire, ce regard qu'elle ne voyait jamais mais qu'elle devinait, attentif, pesant, un peu trop fixe. Elle frissonna, et se demanda si c'était le froid.
— Tu me fixes, dit-il.
— Tu as un problème avec ça ?
— Non. Juste... je remarque.
Elle sourit, d'un sourire qu'il ne pouvait pas voir non plus. C'était étrange, cette intimité d'aveugles. Deux personnes qui se connaissaient par la voix, par les gestes, par la silhouette, par tout sauf le visage. Elle avait retiré son propre casque devant lui des dizaines de fois, et à chaque fois elle avait senti quelque chose se tendre en lui, une faim, une curiosité, le désir frustré de voir.
— Tu sais ce que je pense ? dit-elle.
— Dis-moi.
— Je pense que tu es le Mandalorien le plus seul que j'aie jamais rencontré.
Le silence retomba. Le feu crépita. Dehors, la pluie redoubla.
— Et toi ? dit-il enfin. Tu es seule ?
Bo-Katan eut un rire bref, sans joie.
— J'ai perdu un royaume, un frère, une sœur, une planète. J'ai commandé des armées et des escadrons. Et je finis mes nuits dans un hangar, en face d'un homme qui ne peut même pas me regarder dans les yeux.
— Je peux te regarder dans les yeux, dit Din doucement. Je regarde.
Elle tourna la tête vers lui. Il ne bougeait pas. La flamme se reflétait sur son casque comme un soleil couchant.
— Alors regarde, dit-elle.
Et elle retira son propre casque. Ses cheveux roux tombèrent en cascade sur ses épaules, libérés, humides de la chaleur du feu. Sa peau était pâle, marquée par des années de combat, une fine cicatrice sur la tempe, une autre sous la mâchoire, la lèvre fendue d'un vieux coup de couteau. Ses yeux étaient verts, d'un vert dur, presque métallique. Elle le regarda droit dans la visière noire, sans baisser les yeux, et elle vit la main de Din se crisper légèrement sur son blaster.
— Tu es belle, dit-il.
Il le dit simplement, comme un fait, comme on constate une évidence. Bo-Katan en eut le souffle coupé, sans savoir pourquoi. On l'avait appelée « princesse », « duchesse », « dirigeante », « traîtresse », « libératrice ». Mais « belle », personne ne le lui avait dit comme ça depuis longtemps. Pas comme un fait. Comme une vérité.
— Merci, dit-elle.
Elle se leva, contourna le feu, s'approcha de lui. Din ne bougea pas. Elle s'agenouilla en face de lui, leurs genoux se touchant presque, et elle posa la main sur son casque.
— Je peux ? demanda-t-elle.
— Le Credo dit que...
— Je connais le Credo, Din. Les autres ne peuvent pas voir ton visage. Mais à la rigueur, ils pourraient te toucher. Alors ? Je peux ?
Il hésita. Elle sentit, sous le beskar, la tension de son corps, l'habitude de la défense, le réflexe de la forteresse. Puis, lentement, il hocha la tête.
Bo-Katan caressa le casque, du sommet jusqu'à la visière, du bout des doigts. Le beskar était froid, lisse, presque vivant sous sa main. Elle sentit Din fermer les yeux derrière, elle le devina à la façon dont ses épaules s'affaissèrent, dont sa respiration ralentit. Elle suivit le contour de la mâchoire de métal, descendit vers la gorge, puis vers le col, puis vers l'épaule, où les plaques de l'armure s'emboîtaient comme les écailles d'un animal.
— C'est étrange, murmura-t-elle.
— Quoi ?
— Tu es tout en fer, et pourtant tu es plus tendre que n'importe quel homme en chair.
— C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour survivre.
— Je sais, dit-elle. Moi aussi j'ai survécu. Mais moi, j'ai retiré mon casque.
Elle avait dit ça sans amertume, presque avec douceur. Din eut un mouvement de la tête, comme s'il allait dire quelque chose, puis se ravisa. Bo-Katan attendit. Elle avait appris, avec lui, à laisser le silence faire son travail. Les mots de Din arrivaient toujours tard, poussés par une force intérieure, comme s'il fallait les extraire un par un de sa gorge.
— J'ai retiré mon casque pour l'Enfant, dit-il enfin. Une fois. Quand il le fallait. Quand c'était lui ou le Credo.
— Et tu ne le regretterais pas.
— Non. Jamais.
— Alors il y a des choses qui valent plus que le Credo.
Il la regarda. Elle sentit le poids du regard, à travers la visière noire, et cette fois il n'y avait plus d'hésitation dedans. Il y avait une décision. Une décision d'homme qui a pesé quelque chose et qui sait qu'il va le faire.
— Oui, dit-il. Il y a des choses.
Et il se pencha. Le premier baiser de Din Djarin fut un baiser de casque.
Bo-Katan sentit le beskar s'écraser doucement contre son front, contre l'arête de son nez, et elle rit, un petit rire étouffé qui lui fit du bien, qui détendit quelque chose de noué en elle. Le casque de Din était entre eux, infranchissable, ridicule, parfait. Il y avait quelque chose d'absurde à vouloir embrasser un homme à travers une plaque de métal.
— Ça marche pas, dit-elle.
— Non.
— Retire-le.
— Retire-le toi-même.
Elle tendit les mains, chercha les fermetures sous le casque, ces attaches invisibles que tous les Mandaloriens connaissaient mais que chacun dissimulait un peu différemment. Ses doigts trouvèrent les ergots. Elle appuya, déverrouilla, et souleva.
Le casque se détacha avec un léger sifflement d'air. Elle le posa sur la caisse, à côté d'eux, et releva les yeux. Et elle vit Din Djarin.
Il avait les cheveux bruns, épais, aplatis par le port du casque, une barbe naissante de trois jours qui adoucissait la ligne dure de sa mâchoire. Ses yeux étaient bruns, profonds, chauds, d'un brun de terre, d'un brun de maison. Il avait le nez droit, la bouche pleine, une cicatrice fine sous l'œil gauche. Ce n'était pas le visage d'un dieu de guerre. C'était un visage d'homme, un vrai visage, usé, vrai, bouleversant de banalité et de beauté. Bo-Katan le regarda longtemps, sans rien dire.
— Voilà, dit-elle enfin. C'est ça, le grand secret.
— Ça te déçoit ?
— Non.
Elle tendit la main, posa la paume sur sa joue. La peau était chaude, vivante, rugueuse de barbe. Elle sentit Din fermer les yeux, se pencher légèrement dans sa main, comme un animal qui cherche la caresse. Une bouffée de tendresse la traversa, si violente qu'elle en eut presque mal.
— Tu es réel, murmura-t-elle.
— Ça fait longtemps que tu m'imaginais autrement ?
— Ça fait longtemps que je t'imaginais tout court.
Il ouvrit les yeux, et elle vit quelque chose y passer, la surprise, puis la faim, puis la décision, à nouveau, cette décision de fer qu'elle reconnaissait maintenant. Il l'embrassa.
Cette fois, ce fut un vrai baiser. Sans casque, sans barrière, sans excuse. Sa bouche se posa sur la sienne, chaude, hésitante d'abord, puis assurée. Sa main se referma sur sa nuque, ses doigts dans ses cheveux roux, et il la tira à lui, et Bo-Katan s'abandonna. Elle gémit doucement contre sa bouche, sentit sa propre langue répondre à la sienne, sentit le goût du café froid et du sel, et le feu, tout près, qui leur brûlait les flancs, et la pluie, au-dessus, qui continuait son tambour.
Elle avait embrassé beaucoup d'hommes. Des soldats, des princes, des dirigeants. Elle avait embrassé par devoir, par calcul, par ennui. Mais ce baiser-là était différent. Il ne calculait rien. Il ne promettait rien. Il était juste un homme et une femme, dans un hangar de pierre, au bout du monde.
— Din, souffla-t-elle entre deux baisers.
— Oui.
— Il faut qu'on aille ailleurs. Le feu me brûle les jambes.
Il rit d'un vrai rire, bas, rauque, le premier qu'elle lui entendait depuis des mois et il se leva, et il l'entraîna par la main.
La chambre de Bo-Katan n'était pas une chambre. C'était un réduit derrière le hangar, avec un matelas posé à même le sol, une couverture militaire grise, une lampe à pile posée sur une caisse. C'était là qu'elle dormait, seule, depuis qu'ils avaient repris pied sur Mandalore. Elle n'avait jamais laissé personne y entrer. Elle le fit entrer.
Din referma la porte derrière lui. Le bruit de la pluie devint lointain, étouffé, presque doux. La lampe jetait une lumière jaune, basse, qui découpait les silhouettes. Ils restèrent un instant l'un en face de l'autre, soudain gênés, comme deux adolescents qui ne savent plus comment on fait.
— On y va doucement ? demanda Din.
— On y va comme on veut.
— Ce n'est pas une réponse.
— C'est la mienne.
Il sourit. Il avait un sourire un peu tordu, un peu triste, qui lui allait bien. Il s'approcha, posa les mains sur ses épaules, et elle sentit à nouveau ce contraste, les paumes calleuses, brûlantes, contre le tissu froid de sa tunique. Elle frissonna.
— Tu trembles, dit-il.
— J'ai froid.
— Tu as peur.
— Jamais.
— Tu trembles quand même.
Elle leva les yeux vers lui, et cette fois elle ne mentit pas.
— D'accord. Un peu.
— De quoi ?
— De ce que ça va faire de nous.
Din la regarda longuement. Puis il l'attira, la serra contre lui, et elle posa son front contre son torse, sous le col de beskar. L'armure était dure, anguleuse, inconfortable. Elle l'entendit respirer, sentit son cœur battre sous le métal, et elle sut qu'il tremblait aussi, un peu, lui aussi.
— Bo-Katan, dit-il doucement.
— Oui.
— Déshabille-moi.
Ce fut elle qui enleva l'armure. Pièce par pièce, méthode. Elle connaissait ça, les armures, elle en avait porté une toute sa vie, elle savait où chaque plaque se fixe, où chaque sangle se dénoue, où chaque fermeture se cache. Mais défaire l'armure d'un autre, c'était autre chose. C'était une cérémonie. C'était une lecture du corps.
Les gantelets d'abord. Elle tira sur les attaches, défit les sangles des poignets, et les deux plaques de beskar tombèrent sur le matelas avec un bruit sourd. Les mains de Din étaient larges, fortes, noueuses, couturées de cicatrices, des mains qui avaient réparé des vaisseaux, brisé des os, porté un enfant. Elle les prit, les embrassa l'une après l'autre, le creux de la paume, la base du pouce, et Din frémit.
Les épaulières ensuite. Elle défit les crochets, laissa glisser le métal sur les bras, et les épaules de Din apparurent, larges, couvertes d'une fine sueur, marquées par les années de harnais. Elle posa ses lèvres sur la clavicule, sur le muscle, et il eut un grognement sourd.
Le plastron. C'était la pièce maîtresse, la plaque pectorale qui protégeait le cœur. Elle défit les attaches latérales, souleva le beskar, et le torse de Din fut nu. Il portait une tunique grise en dessous, trempée de sueur, collée à la peau. Elle la remonta par-dessus sa tête, et Din leva les bras pour l'aider, et le tissu tomba, et elle le vit enfin.
Il était bâti comme un Mandalorien, solide, compact, musclé par le travail et le combat plutôt que par l'esthétique. Des cicatrices partout, longues, courtes, brûlures et entailles, comme une carte de sa vie. Une pilosité brune sur le torse, qui descendait en ligne sombre vers le nombril, puis vers la ceinture. Et sous la ceinture, la forme d'un sexe qui se dessinait, tendu, impatient.
Bo-Katan s'accroupit devant lui. Elle défit la ceinture, dégrafa le pantalon, le fit glisser sur les hanches. Din ne portait rien dessous. Son sexe se libéra, épais, dressé, le gland luisant, la hampe traversée d'une veine saillante. Elle le regarda, puis regarda Din, qui la regardait, la bouche entrouverte, les yeux assombris.
— C'est la première fois qu'une femme te voit entièrement ? demanda-t-elle.
— Oui.
— La première fois depuis que tu as prêté le serment ?
— Oui.
Elle eut un frisson, une chaleur qui lui monta au ventre. Elle posa la main autour de lui, lentement, sentit la chaleur, la dureté, le pouls qui battait sous la peau fine. Din ferma les yeux, la tête renversée, un souffle lui échappa.
— Oh, dit-elle.
— Quoi ?
— Rien. Tu es beau, c'est tout.
— Tu ne peux pas savoir, dit-il, la voix rauque. Personne ne me l'a jamais dit. Personne ne m'a jamais vu.
Elle le caressa, de haut en bas, lentement, regardant son visage se tordre de plaisir. Puis elle se releva, et ce fut à son tour.
Din la déshabilla avec plus de maladresse, il n'avait pas l'habitude des fermetures féminines, il cherchait, il tirait, et Bo-Katan riait, corrigeait, guidait ses mains. Sa tunique tomba. Sa propre armure légère tomba. Sa ceinture. Son pantalon. Elle resta en sous-vêtements, puis Din défit la dernière attache, et elle fut nue devant lui.
Son corps n'était pas celui d'une jeune fille. C'était un corps de guerrière, dur, tendu, sculpté par vingt ans de combat. Des seins petits et fermes, des côtes visibles, un ventre plat barré de muscles fins, des hanches étroites, des cuisses puissantes. Une cicatrice de sabre laser sur le flanc droit, une autre, plus ancienne, sur la cuisse. La peau pâle, constellée de taches de rousseur, comme un ciel d'hiver. Din la regarda longtemps, sans rien dire. Puis il s'agenouilla devant elle.
— Din ?
— Laisse-moi.
Il posa les mains sur ses hanches, puis ses lèvres sur son ventre. Il l'embrassa là, doucement, au creux du nombril, puis plus bas, puis il écarta ses cuisses et posa sa bouche sur elle.
Bo-Katan vacilla. Elle s'accrocha à ses épaules, les ongles plantés dans la peau, et elle sentit sa langue, chaude, lente, appliquée qui la cherchait, la trouvait, la caressait. Elle gémit, la tête renversée, les cheveux collés au front. Elle avait eu des amants qui faisaient ça par politesse, vite, mal. Din le faisait comme il faisait tout — avec patience, avec sérieux, avec une attention totale.
— Din... Din, attends...
— Tu n'aimes pas ?
— J'aime trop. Je vais tomber.
Il la poussa doucement vers le matelas. Elle tomba sur le dos, les jambes ouvertes, et il se remit entre elles, la bouche à nouveau sur elle, les mains plaquées sur ses cuisses pour la tenir. Et il la dévora. Elle jouit en trois minutes.
Ce fut brutal, total, un orgasme qui lui remonta la colonne et lui fit serrer les cuisses autour de la tête de Din, qui l'écrasa contre le matelas, les mains agrippées à la couverture. Elle cria, un vrai cri, rauque, sauvage et la pluie couvrit à peine le son. Quand elle rouvrit les yeux, Din était au-dessus d'elle, la bouche luisante, les yeux brillants.
— Voilà, dit-il simplement.
— Voilà quoi ?
— Voilà le bruit que tu fais.
Elle rit, le tira à elle, l'embrassa à pleine bouche, goûtant sa propre saveur sur ses lèvres. Puis elle le fit basculer sur le dos, et elle se redressa à califourchon sur lui.
— À mon tour, dit-elle.
Elle le prit en main, se souleva, et s'empala lentement. Din eut un cri étranglé. Elle sentit son sexe s'enfoncer en elle, centimètre par centimètre, la remplir, l'étirer, et elle dut s'arrêter à mi-chemin, le souffle coupé, les mains à plat sur son torse. C'était plus que ce qu'elle avait imaginé. Plus chaud. Plus plein. Plus vivant.
— Attends, souffla-t-elle.
— Prends ton temps.
— Tais-toi et laisse-moi respirer.
Il rit, les mains posées sur ses hanches, les pouces traçant des cercles sur sa peau. Bo-Katan respira, se détendit, et s'enfonça jusqu'au bout. Elle resta un instant immobile, le corps traversé d'un long frisson, à le sentir au plus profond d'elle.
Puis elle commença à bouger, lentement d'abord, un roulis des hanches, un mouvement circulaire, mesuré, presque paresseux. Elle regardait Din sous elle, la tête renversée, la gorge tendue, les yeux fermés, la bouche ouverte sur des souffles courts. Il était beau ainsi, offert, vulnérable, lui qui était toujours la forteresse. Elle accéléra. Le rythme monta, le matelas grinça, la lampe trembla sur sa caisse, et leurs deux corps se couvrirent de sueur.
Din remonta les mains, lui empoigna les seins, les malaxa, pinça les tétons entre ses doigts. Bo-Katan gémit, se cambra, changea d'angle pour le prendre plus profond. Elle le sentait partout, dans son ventre, dans ses reins, dans sa gorge. Elle n'avait plus rien d'une dirigeante. Elle n'était plus qu'un corps, un désir, une faim.
— Bo... Bo-Katan... souffla Din. Si tu continues comme ça...
— Tu vas jouir ?
— Oui.
— Alors attends-moi.
Elle s'arrêta, s'immobilisa, les cuisses tremblantes. Din rouvrit les yeux, la regarda, et il y avait dans son regard une admiration presque douloureuse. Il glissa la main entre eux, chercha son clitoris, le caressa du bout du pouce. Bo-Katan eut un sursaut.
— Din...
— Continue. Bouge.
Elle bougea. Et il la caressait au même rythme, précis, attentif, et la double sensation la submergea en quelques instants. Elle sentit l'orgasme monter, cette fois du plus profond, une vague lente et énorme qui rassemblait tout son corps. Elle gémit, s'accrocha à lui, et quand elle bascula, elle emporta Din avec elle. Ils jouirent ensemble.
Elle le sentit se déverser en elle, tiède, profond, tandis que ses propres parois se serraient et palpitaient. Leurs deux corps se raidirent, se cambrèrent, se figèrent dans un même cri étouffé. Puis ils s'effondrèrent, l'un sur l'autre, haletants, tremblants, moites.
Ils restèrent longtemps immobiles. Bo-Katan avait la joue contre son torse, elle entendait son cœur cogner, elle sentait son sexe encore en elle, qui palpitait doucement en s'amollissant. Dehors, la pluie continuait. La lampe jetait toujours sa lumière jaune.
— Voilà, dit-elle enfin, la voix pâteuse.
— Voilà quoi ?
— Voilà pourquoi tu es le Mandalorien le plus dangereux que j'aie jamais rencontré.
Din rit, doucement, et sa main se posa sur ses cheveux.
Ils ne s'endormirent pas tout de suite. Ils restèrent allongés, côte à côte, les doigts entrelacés, à écouter la pluie. Bo-Katan avait la tête posée sur son épaule, une jambe jetée en travers des siennes. Din caressait son bras, lentement, du bout des doigts, comme s'il apprenait par cœur la forme de son corps.
— Tu penses à quoi ? demanda-t-elle.
— À la première fois que je t'ai vue.
— Au bord du fleuve de Krownest ?
— Oui. Tu te battais contre trois soldats impériaux. Tu avais perdu ton casque. Tu te battais sans.
— Et ?
— Et j'ai pensé : voilà quelqu'un qui ne recule jamais.
Bo-Katan eut un petit rire.
— J'ai reculé souvent, Din. Plus que tu ne crois.
— Ça ne compte pas. Reculer pour mieux frapper, c'est pas reculer.
Elle leva la tête vers lui, le regarda. Il avait les yeux au plafond, le visage détendu, presque enfantin dans la lumière basse. Elle se demanda combien d'années il avait passées seul, sous ce casque, sans que personne ne le voie jamais. Combien de nuits sans personne pour lui caresser le bras. Combien de blessures pansées par lui-même.
— Din, dit-elle.
— Oui.
— Tu veux rester cette nuit ?
Il tourna la tête vers elle.
— Tu me demandes de rester ?
— Oui.
— Le Credo dit que...
— Din, si tu me cites encore le Credo, je te jette dehors.
Il sourit, ce sourire tordu qu'elle aimait maintenant, et il hocha la tête.
— Je reste.
Elle se blottit contre lui, ferma les yeux. Et pour la première fois depuis des années, elle sentit, dans son ventre, quelque chose se détendre, une vieille tension, un vieux nœud de solitude, qui se défaisait lentement au contact de cette peau chaude.
Elle se réveilla au milieu de la nuit, parce que la main de Din s'était posée sur son ventre, et qu'elle sentait sa respiration changée, plus rapide, plus profonde. Il était dur contre sa cuisse. Il ne dormait pas.
— Tu es réveillé ? murmura-t-elle.
— Depuis un moment.
— Tu me regardais dormir ?
— Oui.
— C'est un peu inquiétant.
— C'est un peu magique.
Elle se retourna, se pressa contre lui, l'embrassa. Il répondit aussitôt, affamé, et sa main descendit entre ses jambes, la trouva moite, prête. Bo-Katan écarta les cuisses, se cambra, et il la pénétra sans un mot, d'un seul mouvement, en la tenant par les hanches.
Ce fut différent, cette fois. Plus lent, plus profond, plus grave. Ils firent l'amour dans le noir, bouche contre bouche, presque sans un bruit, comme s'ils avaient peur de réveiller le monde. Chaque poussée de Din faisait remonter une plainte à la gorge de Bo-Katan, qu'il avalait de ses lèvres. Elle sentait son corps s'ouvrir, se donner, s'abandonner. Elle n'avait plus de crocs, plus de griffes, plus d'armure. Elle n'était qu'une femme dans les bras d'un homme, et elle aimait ça plus qu'elle ne l'aurait cru.
Quand elle jouit, ce fut doux, long, une vague qui la traversa et la laissa tremblante. Din la suivit, le visage enfoui dans son cou, un gémissement sourd contre sa gorge. Puis il resta là, à l'intérieur d'elle, immobile, soudé, et ils s'endormirent ainsi, sans se séparer.
Le matin se leva gris et lavé par la pluie. Bo-Katan ouvrit les yeux la première. Din dormait encore, le visage détendu, la barbe plus fournie, la bouche entrouverte. Il avait l'air plus jeune ainsi, moins lourd. Elle le regarda longtemps, sans le toucher, comme on regarde une chose fragile. Puis elle se leva, enfila une tunique, sortit dans la cour.
L'air était froid, humide, chargé de cendre. Les tours de Mandalore se dressaient au loin, noires, brisées, majestueuses malgré tout. Bo-Katan respira profondément, et pour la première fois depuis qu'elle était revenue sur sa planète, elle n'eut pas l'impression que tout était perdu.
Quand elle rentra, Din était réveillé. Il était assis sur le matelas, torse nu, et il tenait son casque entre ses mains, le tournant et le retournant.
— Tu as faim ? demanda-t-elle.
— Oui.
— Il y a du café dans le hangar. Et des rations.
Il se leva, s'habilla en partie, remit sa tunique et son pantalon, mais il garda le casque entre ses mains. Il ne le remit pas. Il restait là, nu de la tête, dans la lumière grise, et il regardait Bo-Katan comme s'il attendait quelque chose.
— Tu ne le remets pas ? demanda-t-elle.
— Je pensais... qu'ici, entre nous, je pourrais ne pas le remettre.
— Pour toujours ?
— Pour les moments où on est seuls.
Bo-Katan sentit une chaleur lui monter au visage. Elle s'approcha, prit son visage entre ses mains, l'embrassa.
— Oui, dit-elle. Pour les moments où on est seuls.
Din hocha la tête. Il posa le casque sur la caisse, à côté du lit, et il la suivit vers le hangar, tête nue, comme un homme ordinaire.
Les jours suivants furent étranges. Ils combattaient côte à côte, comme avant, à la tête des quelques Mandaloriens qui avaient rejoint leur bannière. Mais quelque chose avait changé dans la manière dont ils se battaient ensemble, un synchronisme nouveau, une confiance muette, une façon de se couvrir mutuellement qui n'était plus seulement tactique. Quand Din ripostait, Bo-Katan était déjà à sa gauche, et quand Bo-Katan chargeait, Din était déjà derrière elle. Les autres le remarquaient, et certains souriaient, et certains chuchotaient.
Et la nuit, quand tout le monde dormait, ils se retrouvaient dans le réduit derrière le hangar. Ils explorèrent tout. Tout ce que deux corps peuvent se faire. Bo-Katan apprit le corps de Din par cœur, ses cicatrices, ses points sensibles, la façon dont il frémissait quand elle lui mordait l'épaule, la façon dont il perdait le souffle quand elle le prenait dans sa bouche. Din apprit le corps de Bo-Katan comme une carte, la cicatrice de sabre sur son flanc, la tache de rousseur sous son sein gauche, la manière dont elle se cambrait quand il la prenait par-derrière, la manière dont elle devenait silencieuse, presque grave, quand elle jouissait.
Ils firent l'amour sur le matelas, contre le mur, debout contre la porte. Une fois, ils le firent dans le vaisseau de Bo-Katan, sur le siège du pilote, dans le cockpit obscur, et elle dut mordre sa propre main pour ne pas crier. Une autre fois, sous la pluie, contre la coque du vaisseau, l'eau ruisselant sur leur peau nue, froide et brûlante à la fois, et ils avaient ri comme des
Un soir, ils parlèrent du Credo. C'était Din qui avait commencé, comme toujours. Ils étaient allongés, repus, la lampe éteinte, dans le noir presque total. Bo-Katan sentait la chaleur de son corps à côté du sien, et la voix de Din, quand il parla, était grave, hésitante.
— Bo-Katan.
— Oui.
— Est-ce que tu penses que c'est une trahison ?
— Quoi ?
— De te laisser te voir.
Elle resta silencieuse un moment.
— Tu as retiré ton casque pour l'Enfant. Pour lui sauver la vie. C'était un devoir.
— Oui.
— Là, c'est pas un devoir. C'est un choix.
— Oui.
— Alors c'est peut-être plus important.
Din ne répondit pas tout de suite. Puis elle l'entendit respirer longuement, comme s'il rassemblait son courage.
— Maître Bo-Katan, dit-il.
— Ne m'appelle pas comme ça au lit.
— Bo-Katan, reprit-il. Le Credo dit qu'on ne peut pas retirer son casque. Mais le Credo ne dit pas ce qu'on fait quand on a envie de le retirer. Il ne dit pas ce qu'on fait quand quelqu'un vous donne envie de le retirer.
— Et moi, je te donne envie ?
Il se tourna vers elle, dans le noir, et elle sentit son souffle sur son visage.
— Depuis Krownest, dit-il. Depuis la première fois où je t'ai vue te battre sans ton casque, à visage découvert, comme si c'était rien. J'ai pensé : si elle peut le faire, peut-être que moi aussi, un jour.
Bo-Katan sentit sa gorge se serrer.
— Din.
— Oui.
— Tu sais que je ne suis pas une bonne personne. J'ai fait des choses terribles. J'ai trahi, j'ai tué, j'ai perdu des gens par orgueil.
— Je sais.
— Et tu me choisis quand même ?
— Je ne te choisis pas. Je te reconnais.
Elle ne sut pas quoi répondre. Alors elle l'embrassa, dans le noir, et Din répondit, et ce fut cette nuit-là qu'ils firent l'amour le plus doucement qu'ils l'avaient jamais fait. Presque sans hâte, presque sans fin. Bo-Katan sentait chaque mouvement de Din comme une phrase, chaque caresse comme un mot, et elle répondait de la même manière, et à la fin, quand ils jouirent, elle eut les larmes aux yeux et ne sut pas pourquoi.
Le lendemain, Din remit son casque pour sortir de la chambre. Il le fit lentement, avec un peu de tristesse, comme on referme une porte. Mais avant de le poser sur sa tête, il se pencha et l'embrassa une dernière fois, à visage découvert, longuement, comme s'il voulait faire provision de sa bouche pour la journée.
— À ce soir, dit-il.
— À ce soir.
Et il sortit dans la cour, casqué, silencieux, redevenu le Mandalorien que tout le monde connaissait. Mais Bo-Katan, qui le regardait partir, savait ce qu'il y avait sous le métal. Elle savait la forme de sa bouche, le goût de sa peau, la chaleur de son souffle. Elle savait.
Le soir venu, quand les autres furent couchés, il revint dans le réduit. Il referma la porte. Il retira son casque. Et Bo-Katan, qui l'attendait sur le matelas, nue sous la couverture grise, lui tendit les bras.
— Viens, dit-elle.
Il vint. Ils continuèrent ainsi pendant des semaines. La guerre avançait lentement, les Mandaloriens se rassemblaient peu à peu autour d'eux, Mandalore renaissait, pierre par pierre, ruine après ruine. Et chaque nuit, dans le réduit derrière le hangar, deux personnes qui n'auraient jamais dû se rencontrer se retrouvaient dans le noir, à visage découvert, à corps découvert, et se donnaient l'une à l'autre tout ce que la guerre leur avait pris.
Certaines nuits, c'était tendre. Certaines nuits, c'était sauvage. Certaines nuits, Bo-Katan prenait Din, le dominait, le poussait sur le dos et le chevauchait jusqu'à ce qu'il crie. Certaines nuits, c'était Din qui la pliait, qui la prenait par-derrière, une main dans ses cheveux roux, l'autre sur sa hanche, et il la poussait jusqu'au bord de l'orgasme encore et encore avant de la laisser basculer. Ils ne parlaient pas de ce qu'ils étaient. Ils ne se donnaient pas de nom. Ils n'étaient ni amants, ni époux, ni compagnons. Ils étaient juste deux Mandaloriens qui se battaient ensemble et qui, la nuit, se retrouvaient. Et pour l'instant, ça leur suffisait.
Un soir, pourtant, quelque chose changea. Ils venaient de faire l'amour, et Bo-Katan était allongée sur le dos, les yeux au plafond, la main de Din posée sur son ventre. Elle sentait encore les palpitations de son propre corps, les restes de l'orgasme qui s'éteignaient lentement. Elle se sentait bien, repue, presque heureuse et c'était ce « presque heureuse » qui l'inquiétait.
— Din, dit-elle.
— Oui.
— Quand tout ça sera fini... quand Mandalore sera reconstruite... tu partiras ?
Il ne répondit pas tout de suite.
— Je ne sais pas, dit-il enfin.
— Tu as l'Enfant.
— Oui.
— Et tu as ton Credo.
— Oui.
— Et tu as ta vieille carlingue, et ton vaisseau, et ta route.
— Oui.
— Alors tu partiras.
Il se tourna vers elle, posa son menton sur son épaule, la regarda. Dans la lumière de la lampe, ses yeux bruns étaient presque noirs.
— Et si je revenais ? dit-il.
— Revenir, c'est pas rester.
— Revenir, c'est déjà beaucoup.
Bo-Katan resta silencieuse. Elle savait ce qu'il voulait dire. Il ne pouvait pas promettre de rester, personne comme lui ne le pouvait. Mais il pouvait promettre de revenir, encore et encore, chaque fois qu'il serait loin. Et elle, la femme qui avait perdu tant de gens, qui avait vu tant de promesses se briser, elle savait ce que valait une promesse de retour. Elle valait plus que tout.
— D'accord, dit-elle.
— D'accord ?
— Reviens, alors. Encore et encore. Et chaque fois, je t'attendrai ici.
Din sourit. Il l'embrassa, tendrement, sur l'épaule, sur la gorge, sur la bouche.
— Je reviendrai, dit-il.
— Je sais.
Le matin, elle se réveilla seule. Din était déjà parti, appelé sur la ligne de front, casqué, silencieux, redevenu le guerrier. Mais sur l'oreiller, à la place où il avait dormi, il y avait un petit objet. Bo-Katan tendit la main, le prit.
C'était une plaque de beskar. Une petite plaque, rectangulaire, fine, polie, découpée dans son armure à lui, elle reconnut la forme, c'était un morceau d'épaulière. Gravée dessus, d'une main maladroite mais appliquée, il y avait un symbole. Le mythosaure. L'emblème de la Maison Kryze, et celui des Mandaloriens du Credo, mêlés en un seul signe.
Elle resta longtemps à la regarder, la plaque chaude dans sa main. Puis elle la glissa dans une poche intérieure de sa propre tunique, contre son cœur, et elle sortit.
Dehors, le soleil de Mandalore, un soleil pâle, voilé par la cendre se levait sur les ruines. Les Mandaloriens s'assemblaient dans la cour, se préparaient au combat. Bo-Katan chercha des yeux la silhouette au casque de beskar, et elle le trouva, à l'autre bout de la cour, en train de vérifier son blaster.
— Din, dit-elle.
Il leva la tête. Elle ne voyait pas son visage, mais elle savait qu'il souriait.
— Oui ?
Elle ne dit rien. Elle posa simplement la main sur son bras, un instant, là où tout le monde pouvait voir, et elle sentit, sous le beskar, la chaleur de sa peau.
— Prêt ? demanda-t-elle.
— Prêt.
Ils se mirent en marche ensemble. Et tandis qu'ils avançaient vers la ligne de front, côte à côte, deux silhouettes d'acier dans la lumière grise, Bo-Katan pensa qu'elle avait enfin trouvé quelque chose qui valait la peine de se battre. Pas un royaume. Pas un trône. Pas une planète. Un homme qui revenait. Et qui reviendrait encore.
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