Une collègue pour le moins... surprenante
Le lendemain, à la même heure, je suis seul dans le bureau. J'ai délibérément laissé la porte entrouverte. Un faux hasard bien sûr, une façon de ne pas paraître attendre. Les mêmes bruits, le même silence. J'ai perdu une bonne partie de la nuit dernière à retourner sa dernière phrase dans ma tête, à m'imaginer la suite à venir, puis à me répéter que je me faisais des idées. La porte grince sur ses gonds.
Suzanne pousse la porte du pied, sans frapper, sans même marquer un temps. Son sac sous le bras, sa jupe bleu foncé, avec la démarche de quelqu'un qui revient d'une réunion sans importance. Elle m'accorde à peine un regard, pas un mot. Rien de ce qui s'est passé hier ne transparaît alors sur son visage. Mais dans le bruit mat de la porte qui se referme derrière elle, il y a plus d'intention que dans tous nos échanges professionnels jusqu'alors.
Elle traverse la pièce, contourne son bureau, dépose son sac, et s'installe dans son fauteuil de cuir fatigué. Là, seulement, elle croise les jambes. Le genou droit passe sur le gauche avec une lenteur calculée. Sa jupe remonte de quelques centimètres. Elle pose les coudes sur les accoudoirs, les mains jointes sous le menton, et m'adresse ce sourire si particulier.
— Hier, tu m'as parfaitement écoutée, dit-elle. J'espère que tu as bien dormi.
Je ne réponds pas. Mon cœur bat trop fort pour que je fasse confiance à ma voix. Moi qui suis d'habitude confiant en moi, je ressens alors une fébrilité. Elle le sait, forcément. Elle attend que ce silence devienne insupportable.
— Maintenant, reprend-elle, je veux que tu viennes ici.
Je me lève. Mes jambes m'obéissent avec une raideur d'automate. Elle déroule les siennes, repousse légèrement le fauteuil de la table, et indique le sol d'un geste du menton.
— À genoux, sous la table.
Je reste debout une seconde, les doigts sur le rebord du bureau. La porte est fermée, le monde extérieur se réduit à cette pièce et à l'ordre qu'elle vient de donner. Alors je m'agenouille. Le parquet ancien craque sous mes genoux. Je passe sous la table, entre ses jambes. Elle les ouvre, ramène sa jupe sur ses cuisses, et je vois la culotte, sombre, déjà marquée d'une tache d'humidité.
Elle se penche vers moi, les doigts écartés sur le bord de la table, et sa voix descend d'un ton, comme pour une confidence qui n'appartient qu'à nous deux. — Embrasse-moi, là. Là où tu vois.
Je m'approche. Le cuir du fauteuil grince sous son poids quand elle s'avance encore, et son parfum, celui qu'elle porte depuis des années, m'enveloppe d'un souvenir dont je n'avais jamais osé mesurer la portée. Ma bouche trouve le tissu sombre, la chaleur qui le traverse, et elle pose une main sur ma nuque, sans pression, sans hâte, juste pour que je sache que je suis exactement là où elle veut que je sois.
— C'est bien, souffle-t-elle. Tu apprends vite.
Je sens ses doigts glisser dans mes cheveux, et je comprends que ce n'est pas une fin. C'est le commencement de quelque chose qu'elle décidera seule, à son rythme, comme toujours.
Sa main ne bouge pas tout de suite. Elle reste posée sur ma nuque, paume tiède, doigts immobiles dans mes cheveux, pendant que le temps s'étire entre nous. Ma bouche est toujours contre le tissu de sa culotte. Je respire à travers le coton sombre, je sens la chaleur, l'humidité qui grandit depuis qu'elle s'est assise, depuis avant même, peut-être, depuis le couloir. Le goût du tissu n'est rien à côté de ce qu'il laisse deviner dessous. Elle ne dit plus un mot. Elle attend, et c'est cette attente-là qui vaut tous les ordres.
Alors je commence. Ma langue appuie sur le tissu, remonte le long de la fente, lentement, jusqu'à trouver le petit renflement du clitoris sous la couche humide. Elle expire par le nez, un souffle long, contrôlé. Ses doigts se resserrent à peine sur ma nuque. Je refais le même trajet, plus appuyé, et cette fois elle bouge les hanches, avance le bassin vers ma bouche. Le fauteuil de cuir grince sous elle.
— Tu es bien là-dessous, dit-elle, et sa voix a cette inflexion rauque qu'elle avait hier, juste avant de jouir. Tu ne vois rien, tu ne contrôles rien. Tu fais exactement ce qu'on te dit.
Elle a raison. Sous la table, je ne vois que ses cuisses, le triangle sombre de sa culotte, ses mains qui remontent lentement la jupe bleu foncé sur son ventre. Je ne vois pas son visage, seulement la tension de ses cuisses qui s'écartent davantage, le muscle qui frémit sous la peau.
— Enlève-la, dit-elle. Doucement. Tu me dois bien ça après hier.
Je glisse mes doigts sous l'élastique, de chaque côté. Elle soulève légèrement les hanches, m'aide sans un mot, et je fais descendre la culotte le long de ses jambes jusqu'aux chevilles. Elle la laisse pendre à sa cheville gauche. L'odeur est plus forte maintenant, directe, chaude. Je pose les mains sur ses cuisses et j'approche la bouche, mais elle retient ma tête d'une pression brève.
— Attends.
Deux secondes. Trois. Le silence est plein de sa respiration. Puis elle relâche sa main.
— Vas-y. Et fais-moi regretter d'avoir attendu.
Ma langue touche enfin sa peau. Le contact est salé, tiède, et tellement plus franc que le tissu. Je remonte d'un trait de l'entrée jusqu'au clitoris, et elle laisse échapper un son bref, sec, presque surpris, qu'elle étouffe aussitôt derrière les dents. Ses doigts se plantent dans mes cheveux, guident l'angle, la pression. Je comprends vite ce qu'elle aime, des cercles lents, réguliers, sans précipitation. Sa hanche roule contre ma bouche. Son mollet se crispe contre mon épaule. Je la tiens fermement, les pouces enfoncés dans la chair tendre de ses cuisses, pour qu'elle n'ait pas à se retenir.
— C'est ça, murmure-t-elle. Comme ça. Ne change rien.
Je m'applique à ne rien changer. Le bout de ma langue décrit des cercles patients sur son clitoris pendant que mes lèvres aspirent doucement, par vagues. Elle soupire, renverse la tête en arrière. Le fauteuil craque quand elle s'arc-boute sur les accoudoirs. Son autre cheville se pose sur mon dos, la culotte toujours accrochée comme un trophée grotesque et délicieux. Je l'entends gémir plus franchement, un « oui » tendu, puis sa main enfonce mon visage contre elle et elle jouit par petites secousses nerveuses, la respiration coupée, les cuisses tremblantes autour de ma tête.
Je reste là jusqu'à ce que les dernières contractions passent. Suzanne relâche ma nuque, laisse retomber sa jambe, et attrape doucement mon menton pour m'écarter. Sa paume est moite contre ma joue.
— Regarde-toi, dit-elle, encore essoufflée. Tu en as envie forcément. Tu as été très sage.
Je ne dis rien. Je suis encore sous la table, les mains sur ses cuisses, son goût sur les lèvres, et je ne sais pas encore très bien si ce que je ressens ressemble à de l'humiliation ou à quelque chose pour laquelle je n'ai pas encore de mot.
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