Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Uchronie soit qui mal y pense ou l'effondrement de l'humanité [SF] — Chapitre 8
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Uchronie soit qui mal y pense ou l'effondrement de l'humanité [SF]
Chapitre 8
L'orage menaçait ; ils ne seraient pas rentrés au bercail à temps pour éviter le déluge. Espérant négocier une nuit dans la grange, Joris traversa la cour de la ferme qui semblait vide. Hinda était restée à l'abri des regards, cachée sous le couvert de la forêt. Il suffirait à l'immense créature de rejoindre son compagnon d'infortune en toute discrétion ; ils quitteraient l'endroit avant l'aurore. Pour l'instant, il n'y avait pas âme qui vive ; pourtant, la ferme ne donnait pas l'impression d'être abandonnée. Des bûches qui venaient d'être fendues attendaient d'être stockées, une hache encore plantée dans la dernière. Du linge finissait de sécher ; le fil tendu entre deux poutres grinçait en se balançant au gré du vent. Personne en vue, comme si les nuages noirs venaient de chasser les habitants, comme s'ils avaient fui un fléau charrié par l'obscure nébulosité. Une vache meugla, confirmant que le lieu n'était pas déserté.
Joris se dirigea vers le champ en contrebas, mais seules les bêtes s'y trouvaient ; toujours pas de fermier. Il retourna au bâtiment qu'il longea, prenant garde de ne pas poser les pieds dans les bouses que, chaque soir, lâchaient les vaches regroupées devant l'étable. Il appela. Personne ne répondit. L'orage s'annonçait imminent. La luminosité déclina ; il fit soudain nuit, comme si l'heure d'hiver cumulait trois années. Joris pesta. Il aurait mieux fait de mettre à profit le temps de cette recherche pour se construire un abri de branches, de fougères et autres mousses. Un tel refuge de fortune n'aurait offert aucun confort mais aurait eu le mérite de les tenir au sec.
Prêt à faire demi-tour pour rejoindre Hinda, il remarqua une lumière dans un bâtiment annexe. De plus petite taille, il était à l'écart ; Joris l'avait d'abord pris pour une ancienne remise menaçant de s'écrouler. Par la lucarne sale filtrait une pâle lueur. Il s'approcha. Quelque chose occultait l'ouverture. Seul le contour laissait deviner qu'une lumière éclairait l'intérieur. Il fit le tour de la cahute, poussa la porte qui grinça, telle une locomotive freinant sur les rails. Pourtant le bruit ne perturba en rien l'activité des personnes présentes. Joris, figé, se demanda s'il devait se manifester ou faire demi-tour.
Une femme rondouillarde offrait sa croupe dodue à l'assaut d'un verrat satisfait d'ensemencer une nouvelle truie. L'animal grognait d'aise dans un concert où se mêlaient des vociférations féminines. Une seconde de répit dans ces bruits de fornication permit à Joris de déceler un bêlement. Il évalua l'âge de l'homme qui s'affairait avec la biquette : ce cochon-là devait être le fils de la femme, qu'il imagina tout à coup fredonner Ah tu verras, tu verras… Il ne manquait au tableau que le père et la fille. Il envisagea cette dernière, supputant qu'elle se prénommait Anne, avec un baudet dont elle tirerait parti de l'anatomie.
— Tourne-toi, que je vois ta face de fouine !
Tout à ses suppositions, Joris n'avait pas prêté attention au troisième larron. Il fit demi-tour comme on le lui avait ordonné. De toute évidence, l'homme avait à peine pris le temps de ranger son attirail pour en saisir un autre moins avenant, une vieille pétoire pouvant tout autant lui exploser à la gueule qu'envoyer un pruneau dont Joris bataillait à évaluer la taille. L'approvisionnement problématique en matières premières rendait plus que probable l'éventualité que la cartouche engagée dans l'arme soit de confection artisanale. Difficile d'en tirer des conclusions sur son efficacité.
Joris requit l'hospitalité des propriétaires, mais à l'évidence, il était arrivé comme un poil de cul dans la soupe. L'envie de se carapater hors de cette nef des fous était devenue sa seule vraie préoccupation.
— Écoutez, je ne veux pas vous embêter plus. Je me débrouillerai autrement ; faites comme si je n'étais pas…
— Tu crois qu'on va te laisser partir puis colporter ce que tu as vu ici ?
Joris, une main sur la poignée, réfléchissait à plein régime pour évaluer les chances de se retrouver hors d'atteinte du projectile. Dehors il faisait maintenant nuit. Une détonation fracassa le silence ; il sursauta. La foudre était tombée quelque part, pas très loin. La vétusté de l'installation électrique de la ferme n'y résista pas. La porcherie plongée dans le noir, le fermier tira sur l'emplacement présumé du visiteur inconnu, certain qu'il chercherait à profiter de l'obscurité pour lui fausser compagnie.
— Je crois que je l'ai touché, ce fumier !
Blessé à l'abdomen, Joris avait repoussé la porte dans sa chute. Il gisait inconscient sur le sol de terre battue. Bernard, le fils, râla de son plaisir gâché tandis que la mère continuait à l'aveuglette de subir les assauts du porc. L'homme à la chèvre chercha son briquet dans la poche de son pantalon qu'il remonta d'un geste confus. Après deux tentatives, une flamme dansante éclaira la porcherie.
— Tu veux foutre le feu, imbécile ?
— Regarda, Pa', il est allongé par terre !
Bernard, soulagé que l'intrus ne soit pas tapi dans l'obscurité, éteignit son briquet. Le père avait profité de la lueur pour avancer vers la porte. Il tirait Joris par les jambes pour dégager le battant lorsque celui-ci vola en éclats. La sombre silhouette cornue de Hinda se détacha sur le ciel qu'un éclair embrasa.
— Mon Dieu ! C'est le Diable…
Bien que cette notion lui fût étrangère, elle ne chercha pas à dissuader le fermier de son erreur de jugement. Elle ne le vit pas, mais ses pensées trahirent son exacte localisation, tout comme son intention : il cherchait à introduire une nouvelle cartouche dans l'arme. Elle en saisit le canon. Tandis que l'homme tirait à deux mains sur la crosse, Hinda émit une onde cérébrale qu'elle ne chercha en aucun cas à retenir. Au contraire, elle l'accompagna d'un effroyable hurlement comme pour en multiplier la puissance. Le corps du tireur valdingua ; il lui faudrait des semaines pour s'en remettre. Bernard, recroquevillé derrière la paroi de bois de l'enclos où était enfermé la chèvre, priait pour que la créature diabolique ne le trouve pas. Quant à la mère, déçue de ne plus sentir la présence porcine sur son dos et ne comprenant rien à la situation, elle se contentait d'appeler son rose amant pour l'encourager à reprendre sa place.
Un long grognement guttural se rapprocha de Bernard. À chaque pas, Hinda martelait le sol de ses sabots. Son déplacement, lent, n'en était que plus impressionnant. Bernard sentit le souffle chaud de l'extraterrestre. Il contracta ses paupières si fort qu'il en eut mal aux yeux. Une main devant la bouche pour masquer son souffle, résister à son envie de pleurer… Il tremblait et pleurait en silence. Puis il sentit l'odeur de la merde qui emplissait son pantalon. La créature souffla, comme pour repousser cette soudaine puanteur, puis fit demi-tour. Du bout du sabot elle racla le sol, et d'un coup de pied rageur projeta de la terre contre la paroi de planches qui servait d'abri précaire à Bernard.
S'ensuivirent quelques secondes de silence.
Le jeune homme releva la tête avec précaution pour apercevoir la scène.
Hinda était toujours là, évaluant les blessures de Joris. Elle arracha le restant de porte qu'elle balança à l'intérieur. Bernard se recroquevilla derrière ses planches qui tremblèrent sous l'impact. La créature se baissa, dispersa quelques mouches que le sang avait attirées, souleva le corps inanimé comme un fétu de paille puis lança un puissant hurlement en direction du fils caché qui se demanda si le cri n'allait pas finir par avoir raison de la résistance du fragile rideau de bois. Il se garda bien de jeter un dernier regard en direction de la sortie.
Joris se dirigea vers le champ en contrebas, mais seules les bêtes s'y trouvaient ; toujours pas de fermier. Il retourna au bâtiment qu'il longea, prenant garde de ne pas poser les pieds dans les bouses que, chaque soir, lâchaient les vaches regroupées devant l'étable. Il appela. Personne ne répondit. L'orage s'annonçait imminent. La luminosité déclina ; il fit soudain nuit, comme si l'heure d'hiver cumulait trois années. Joris pesta. Il aurait mieux fait de mettre à profit le temps de cette recherche pour se construire un abri de branches, de fougères et autres mousses. Un tel refuge de fortune n'aurait offert aucun confort mais aurait eu le mérite de les tenir au sec.
Prêt à faire demi-tour pour rejoindre Hinda, il remarqua une lumière dans un bâtiment annexe. De plus petite taille, il était à l'écart ; Joris l'avait d'abord pris pour une ancienne remise menaçant de s'écrouler. Par la lucarne sale filtrait une pâle lueur. Il s'approcha. Quelque chose occultait l'ouverture. Seul le contour laissait deviner qu'une lumière éclairait l'intérieur. Il fit le tour de la cahute, poussa la porte qui grinça, telle une locomotive freinant sur les rails. Pourtant le bruit ne perturba en rien l'activité des personnes présentes. Joris, figé, se demanda s'il devait se manifester ou faire demi-tour.
Une femme rondouillarde offrait sa croupe dodue à l'assaut d'un verrat satisfait d'ensemencer une nouvelle truie. L'animal grognait d'aise dans un concert où se mêlaient des vociférations féminines. Une seconde de répit dans ces bruits de fornication permit à Joris de déceler un bêlement. Il évalua l'âge de l'homme qui s'affairait avec la biquette : ce cochon-là devait être le fils de la femme, qu'il imagina tout à coup fredonner Ah tu verras, tu verras… Il ne manquait au tableau que le père et la fille. Il envisagea cette dernière, supputant qu'elle se prénommait Anne, avec un baudet dont elle tirerait parti de l'anatomie.
— Tourne-toi, que je vois ta face de fouine !
Tout à ses suppositions, Joris n'avait pas prêté attention au troisième larron. Il fit demi-tour comme on le lui avait ordonné. De toute évidence, l'homme avait à peine pris le temps de ranger son attirail pour en saisir un autre moins avenant, une vieille pétoire pouvant tout autant lui exploser à la gueule qu'envoyer un pruneau dont Joris bataillait à évaluer la taille. L'approvisionnement problématique en matières premières rendait plus que probable l'éventualité que la cartouche engagée dans l'arme soit de confection artisanale. Difficile d'en tirer des conclusions sur son efficacité.
Joris requit l'hospitalité des propriétaires, mais à l'évidence, il était arrivé comme un poil de cul dans la soupe. L'envie de se carapater hors de cette nef des fous était devenue sa seule vraie préoccupation.
— Écoutez, je ne veux pas vous embêter plus. Je me débrouillerai autrement ; faites comme si je n'étais pas…
— Tu crois qu'on va te laisser partir puis colporter ce que tu as vu ici ?
Joris, une main sur la poignée, réfléchissait à plein régime pour évaluer les chances de se retrouver hors d'atteinte du projectile. Dehors il faisait maintenant nuit. Une détonation fracassa le silence ; il sursauta. La foudre était tombée quelque part, pas très loin. La vétusté de l'installation électrique de la ferme n'y résista pas. La porcherie plongée dans le noir, le fermier tira sur l'emplacement présumé du visiteur inconnu, certain qu'il chercherait à profiter de l'obscurité pour lui fausser compagnie.
— Je crois que je l'ai touché, ce fumier !
Blessé à l'abdomen, Joris avait repoussé la porte dans sa chute. Il gisait inconscient sur le sol de terre battue. Bernard, le fils, râla de son plaisir gâché tandis que la mère continuait à l'aveuglette de subir les assauts du porc. L'homme à la chèvre chercha son briquet dans la poche de son pantalon qu'il remonta d'un geste confus. Après deux tentatives, une flamme dansante éclaira la porcherie.
— Tu veux foutre le feu, imbécile ?
— Regarda, Pa', il est allongé par terre !
Bernard, soulagé que l'intrus ne soit pas tapi dans l'obscurité, éteignit son briquet. Le père avait profité de la lueur pour avancer vers la porte. Il tirait Joris par les jambes pour dégager le battant lorsque celui-ci vola en éclats. La sombre silhouette cornue de Hinda se détacha sur le ciel qu'un éclair embrasa.
— Mon Dieu ! C'est le Diable…
Bien que cette notion lui fût étrangère, elle ne chercha pas à dissuader le fermier de son erreur de jugement. Elle ne le vit pas, mais ses pensées trahirent son exacte localisation, tout comme son intention : il cherchait à introduire une nouvelle cartouche dans l'arme. Elle en saisit le canon. Tandis que l'homme tirait à deux mains sur la crosse, Hinda émit une onde cérébrale qu'elle ne chercha en aucun cas à retenir. Au contraire, elle l'accompagna d'un effroyable hurlement comme pour en multiplier la puissance. Le corps du tireur valdingua ; il lui faudrait des semaines pour s'en remettre. Bernard, recroquevillé derrière la paroi de bois de l'enclos où était enfermé la chèvre, priait pour que la créature diabolique ne le trouve pas. Quant à la mère, déçue de ne plus sentir la présence porcine sur son dos et ne comprenant rien à la situation, elle se contentait d'appeler son rose amant pour l'encourager à reprendre sa place.
Un long grognement guttural se rapprocha de Bernard. À chaque pas, Hinda martelait le sol de ses sabots. Son déplacement, lent, n'en était que plus impressionnant. Bernard sentit le souffle chaud de l'extraterrestre. Il contracta ses paupières si fort qu'il en eut mal aux yeux. Une main devant la bouche pour masquer son souffle, résister à son envie de pleurer… Il tremblait et pleurait en silence. Puis il sentit l'odeur de la merde qui emplissait son pantalon. La créature souffla, comme pour repousser cette soudaine puanteur, puis fit demi-tour. Du bout du sabot elle racla le sol, et d'un coup de pied rageur projeta de la terre contre la paroi de planches qui servait d'abri précaire à Bernard.
S'ensuivirent quelques secondes de silence.
Le jeune homme releva la tête avec précaution pour apercevoir la scène.
Hinda était toujours là, évaluant les blessures de Joris. Elle arracha le restant de porte qu'elle balança à l'intérieur. Bernard se recroquevilla derrière ses planches qui tremblèrent sous l'impact. La créature se baissa, dispersa quelques mouches que le sang avait attirées, souleva le corps inanimé comme un fétu de paille puis lança un puissant hurlement en direction du fils caché qui se demanda si le cri n'allait pas finir par avoir raison de la résistance du fragile rideau de bois. Il se garda bien de jeter un dernier regard en direction de la sortie.
***
Emma, allongée sur le canapé du salon, lisait un vieux roman. Elle avait tout un tas de livres qu'elle avait achetés sans jamais les lire. Par manque de temps, sa collection d'ouvrages en attente augmentait sans cesse, mais elle ne cessait pas pour autant de se procurer de nouveaux ouvrages. Lorsque le temps avait tourné à l'orage, elle en avait tout de suite perçu l'avantage. Le livre qu'elle avait choisi narrait les aventures d'un groupe de rock en tournée à travers l'Europe. Au fil des pages, l'histoire mélangeait fantastique, rock et sexe. Tout en lisant, elle passait une main entre ses jambes. Irkoutsk réagit aussitôt, plaçant son museau sur les cuisses d'Emma. Ses reniflements sonores inquiétèrent d'abord Sophie qui corrigeait les copies de l'interro surprise donnée à ses élèves en début de semaine, puis elle sourit lorsque, se déplaçant vers le canapé, elle comprit ce que son chien flairait.
— Avant de trop t'exciter, laisse-moi le temps d'avancer dans mes corrections, s'il te plaît, ma chérie.
Emma continua sa lecture, ignorant la remarque de son amie. Elle s'accorda une brève pause lorsqu'un éclair stria le ciel. Elle savoura le confort de la situation. Dans la cheminée, le bois crépitait sous la torture des flammes. Depuis sa plus tendre enfance, l'odeur du feu procurait à Emma un sentiment de sécurité et de bonheur mêlés. Des châtaignes grillaient dans une vieille poêle percée posée sur le feu. Dehors, la pluie ruisselait sur les fenêtres. Les roulements de tonnerre renforçaient la sensation de cocon qui régnait dans le salon.
— Accorde-toi une pause : les premières châtaignes sont prêtes. Une bonne rasade de bière brune par-dessus… le bonheur, quoi !
— Je sais déjà comment cela finira ; je ne pourrai y résister. Laisse-moi finir cette copie.
Emma se leva. Vêtue d'un épais chandail qui descendait jusqu'à ses cuisses, elle quitta la pièce sous le regard admiratif de sa compagne. Juste avant de franchir le seuil, elle retroussa le pull, dévoilant ses fesses qu'un string de dentelle aussi blanche que ses chaussettes de laine mettait en valeur. Un éclair illumina l'extérieur, comme s'il faisait encore jour. Le tonnerre claqua. La foudre ne devait pas être tombée loin. Un instant, l'intensité de la lumière baissa au point de plonger l'intérieur de la maison dans une obscurité inquiétante. Cela ne dura que quelques secondes. Emma revint de la cuisine, déposa la bière sur la table basse.
— Je vais sortir des bougies, au cas où il y aurait une coupure. Tu pourras finir tes corrections, je te tiendrai la chandelle !
— Je sais ce qu'il risque d'arriver à cette pauvre bougie… plaisanta Sophie. Comme au Cluedo : Mademoiselle Emma dans la chambre avec le chandelier !
Sophie abandonna son stylo rouge sur la table pour venir s'asseoir à côté d'Emma. Allongé sur le tapis, le chien observait les deux femmes, immobile, la tête comme collée au sol ; seuls ses yeux trahissaient une activité. Les corrections attendraient demain. Elles savourèrent les châtaignes qu'elles arrosèrent de stout, mais ce n'était pas l'alcool qui fit briller leurs yeux. Attentif, Irkoutsk se mit à remuer la queue.
— J'ai une proposition à te faire… Ça te dirait, là, de continuer de corriger ? De me corriger, précisa
Emma, allongée sur le ventre.
Elle ôta son pull tandis que son amie allumait les bougies, créant une ambiance plus intime. Sophie souffla l'allumette dans la cheminée. Elle s'approcha d'un pas lent, se donnant le temps de trouver un prétexte à la correction que désirait Emma. Elle s'installa sur le bord du canapé, songeuse. Sa main remonta le long de la jambe de sa partenaire, puis s'arrêta sur l'intérieur de la cuisse.
— Il faut qu'on parle, ma chérie…
— Oui, bien sûr, répondit Emma, soudain inquiète.
— Tu n'as pas été sage !
— Qu'est-ce-que…demanda la brune, rassurée par le sujet de la discussion.
— Cette nuit, tu t'es…servie de mon chien sans mon autorisation…
Sophie leva une main ; une pluie de claques s'abattit sur le postérieur dénudé. C'était bien la première fois qu'elles essayaient ce genre de jeu. Leur sexualité évoluait depuis leur fièvre nocturne. Toutes deux avaient ces changements d'une extrême rapidité, mais ni l'une ni l'autre n'osa aborder le sujet.
Irkoutsk dressa la tête et jappa. Trop occupées, les deux amantes ne prêtèrent guère attention au chien qui se dirigea vers la fenêtre. Il gronda puis revint s'allonger sur le tapis. Les oreilles dressées, il restait sur ses gardes. Sophie, entre deux fessées, remarqua le manège de l'animal. Elle le caressa, l'interrogea comme s'il avait été capable de répondre, puis elle reprit son activité première. Elle redoubla même d'efforts, si bien que le sublime cul d'Emma rougit à vue d'œil. Les gémissements de la suppliciée exprimaient maintenant plus la douleur que le plaisir du début. Pour calmer le feu de la peau, Sophie incita le mâle à lécher les fesses endolories. Emma gloussa lorsque la langue râpeuse glissa sur son épiderme, mais le chien interrompit ses soins pour se remettre à grogner en direction de la fenêtre.
— Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu es bien nerveux, mon gros loup…
— J'espère que ce n'est pas une autre de ces créatures qui t'ont agressée hier.
— Tu ferais bien de te rhabiller, ma chérie : si c'est le cas, mieux vaut protéger ta peau.
— Après le traitement que tu m'as administré, je ne suis pas sûre de pouvoir supporter un vêtement sur mes fesses !
Irkoutsk aboyait de plus belle. Emma enfila son peignoir. Les deux femmes n'en menaient pas large. La faible lumière dansante des bougies semblait animer les ombres projetées. La flamme de l'une d'elle vacilla, comme si un courant d'air soudain tentait de la souffler. La pluie qui tambourinait sur les vitres dans un bruit assourdissant ruisselait en un rideau translucide. Impossible d'apercevoir ce qu'il se passait à l'extérieur qui, de toute façon, restait plongé dans le noir, hormis lorsqu'un éclair zébrait le ciel, ce qui ne durait que quelques secondes.
— Emma, tu es folle de t'approcher si près de la fenêtre !
Planquée derrière le canapé, Sophie regardait avec effroi sa compagne ramper vers la baie. Elle aurait voulu l'empêcher de continuer, mais le souvenir de son agression lui revint comme un coup de poing au visage. La trouille la tétanisa. Irkoutsk grondait maintenant comme elle ne l'avait encore jamais entendu faire. Babines retroussées, il montrait les dents. Emma, impressionnée par le comportement du molosse, hésitait entre observer ce qui se tramait dehors ou retourner se cacher derrière cette protection illusoire qu'offrait le canapé. La maison entière ne semblait pas être à même de procurer une réelle sécurité. Dans un élan de courage dont elle ne comprenait pas l'origine, elle se redressa le long du mur, puis approcha avec précaution son visage de la fenêtre. La pluie empêchait toujours de distinguer l'extérieur. À peine parvenait-elle à deviner le bout de la terrasse. L'éclairage de la rue permettait tout juste de détacher la masse noire du mur de clôture, comme si une monstrueuse divinité avait jeté une purée de poix sur les environs.
Irkoutsk cessa d'aboyer. Un silence relatif régnait dans la pièce ; la seule source de bruit venait de la pluie qui ne cessait de crépiter contre les vitres. Puis le molosse se mit à gémir. Emma, perplexe, regarda l'animal plaqué au sol. En retour, il la dévisageait avec un air de chien battu. Elle allait faire une remarque sur le courage qui s'était tout à coup volatilisé lorsqu'une main heurta la vitre, balayant l'eau qui y coulait. Une silhouette sombre s'approcha, tentant d'observer l'intérieur de la maison. Emma plaqua une main devant sa bouche pour contenir son envie de hurler. Elle se recroquevilla contre le mur en espérant que la créature ne pouvait l'apercevoir. Sophie, cachée derrière le canapé, tremblait de tout son corps.
La pluie recouvrit à nouveau la zone nettoyée de la vitre ; les deux occupantes avaient du mal à discerner avec exactitude la forme de l'être qui se tenait derrière la fenêtre. Son corps semblait humanoïde, quoique dépassant de beaucoup la stature d'un homme de grande taille. Irkoutsk, à la surprise d'Emma, se leva et se promena le long de la fenêtre en s'y collant comme s'il voulait se frotter contre la créature.
— Aidez-moi, s'il vous plaît !
— Sophie ? C'est toi qui viens de parler ?
— Non, je croyais que c'était toi…
Le malamute se collait de plus belle contre la baie vitrée tout en implorant Emma. Il couinait comme lorsqu'il désirait jouer ou voulait qu'on lui ouvre la porte pour aller dehors ; il ne pouvait avoir choisi un pire moment pour cela ! La créature balaya une nouvelle fois la vitre de la main. Elle observa le chien qui remuait sa queue, planté devant Emma. Craignant qu'il ne la trahisse, elle tentait de le faire partir mais le chien n'en démordait pas.
La jeune femme sentit sa gorge se nouer lorsque que la créature tourna la tête dans sa direction.
— S'il vous plaît, mon ami est blessé ; il a un besoin urgent d'un médecin.
— C'est… c'est vous dehors qui… me parlez ?
— Oui. Dépêchez-vous, je vous en prie !
Il y eut un moment de silence. Irkoutsk avait cessé de gémir. Même la pluie semblait se retenir de marteler les carreaux, à moins que ce fût le corps de l'immense créature qui venait de se redresser, faisant ainsi écran entre les gouttes et le verre.
— Mais, Emma, que fais-tu ?
— J'ouvre la fenêtre, pardi !
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Commentaires ()
Je suis bien impatient de voire la suite :D
Vivement la suite
Mon grand-père avait déjà découvert vers 1930 que, depuis que l'éclairage électrique public avait été installé, les sorcières avaient disparu.
C'était en zone rurale, donc connectée beaucoup plus tard.