Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Belle-sœur, beau-frère — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Belle-sœur, beau-frère
Chapitre 2
Émilie Dorlandier a épousé Bertrand. Son frère, Paul Dorlandier, a épousé Zélia. Ils avaient prévu de partir tous les quatre en vacances. Ensemble. Mais, en raison d'une réunion de famille de dernière minute, « sans pièces rapportées » et parce que la location était payée, le beau-frère et la belle-sœur partent finalement tous les deux. Seuls. Avec la bénédiction de leurs conjoints respectifs. Un rapprochement entre eux était inévitable.
– C'est fou ce que ça donne envie !
Zélia finissait de déjeuner, sur le balcon, en regardant la mer.
– Quoi donc ?
– La petite île au large là-bas. Il y a peut-être rien du tout dessus. Sauf les quelques arbres qu'on voit d'ici. Probable d'ailleurs, mais ça fait rien, tu peux pas t'empêcher de penser que ça doit être d'une beauté fabuleuse. Avec plein de trucs extraordinaires dont t'as même pas idée. Et du coup tu te dis qu'il faut absolument que t'y ailles Que tu vas louper quelque chose de grandiose sinon. Ça te fait pas ça à toi aussi ?
– S'il y a que ça pour te faire plaisir c'est pas bien compliqué de nager jusque là-bas.
– Pas compliqué… Pas compliqué… Ça fait quand même un sacré bout.
– Et ça te fait peur ?
– Oh, que non ! Toi non plus ?
– Quand j'arriverai là-bas t'auras à peine quitté la plage. On parie ?
– Prétentieux, va !
Zélia finissait de déjeuner, sur le balcon, en regardant la mer.
– Quoi donc ?
– La petite île au large là-bas. Il y a peut-être rien du tout dessus. Sauf les quelques arbres qu'on voit d'ici. Probable d'ailleurs, mais ça fait rien, tu peux pas t'empêcher de penser que ça doit être d'une beauté fabuleuse. Avec plein de trucs extraordinaires dont t'as même pas idée. Et du coup tu te dis qu'il faut absolument que t'y ailles Que tu vas louper quelque chose de grandiose sinon. Ça te fait pas ça à toi aussi ?
– S'il y a que ça pour te faire plaisir c'est pas bien compliqué de nager jusque là-bas.
– Pas compliqué… Pas compliqué… Ça fait quand même un sacré bout.
– Et ça te fait peur ?
– Oh, que non ! Toi non plus ?
– Quand j'arriverai là-bas t'auras à peine quitté la plage. On parie ?
– Prétentieux, va !
* * *
– Je t'ai laissée gagner.
– Mais oui ! C'est ça ! C'est ça ! En attendant c'est tout petit. Encore plus petit que ce qu'on aurait dit du balcon de l'appart.
– Et ça casse pas trois pattes à un canard.
– L'avantage c'est que comme on est tout seuls – et qu'on peut pas nous voir de là-bas – on va pouvoir faire comme on fait sur la plage naturiste.
Et elle a joint le geste à la parole…
– Mais l'inconvénient, pour toi, c'est qu'à part moi t'auras personne à mater. C'est con, hein ? Tant pis ! Va falloir que tu fasses contre mauvaise fortune bon cœur. Et dire que t'as même pas ton bouquin pour te consoler !
Elle a fermé les yeux. L'ombre d'une branche de pin, au gré du vent léger, lui caressait amoureusement le ventre, s'aventurait plus bas, semblait prise d'un remords, renonçait. Elle a brusquement éclaté de rire.
– Tu sais à quoi je pense ? À la tête des deux Dorlandier là-bas si on leur racontait notre après-midi tout à l'heure au téléphone. T'imagines ? « À poil. Tous les deux, oui. Sur une plage déserte. Ben oui, oui. Pourquoi ? » Ils s'en remettent pas. C'est sûr qu'ils s'en remettent pas.
– Mais oui ! C'est ça ! C'est ça ! En attendant c'est tout petit. Encore plus petit que ce qu'on aurait dit du balcon de l'appart.
– Et ça casse pas trois pattes à un canard.
– L'avantage c'est que comme on est tout seuls – et qu'on peut pas nous voir de là-bas – on va pouvoir faire comme on fait sur la plage naturiste.
Et elle a joint le geste à la parole…
– Mais l'inconvénient, pour toi, c'est qu'à part moi t'auras personne à mater. C'est con, hein ? Tant pis ! Va falloir que tu fasses contre mauvaise fortune bon cœur. Et dire que t'as même pas ton bouquin pour te consoler !
Elle a fermé les yeux. L'ombre d'une branche de pin, au gré du vent léger, lui caressait amoureusement le ventre, s'aventurait plus bas, semblait prise d'un remords, renonçait. Elle a brusquement éclaté de rire.
– Tu sais à quoi je pense ? À la tête des deux Dorlandier là-bas si on leur racontait notre après-midi tout à l'heure au téléphone. T'imagines ? « À poil. Tous les deux, oui. Sur une plage déserte. Ben oui, oui. Pourquoi ? » Ils s'en remettent pas. C'est sûr qu'ils s'en remettent pas.
* * *
– Allô ! Bertrand ? Tu m'entends ? C'est moi! Mais bouge un peu ! Déplace-toi ! Là, oui, ça va mieux. Je dis qu'on devrait plus trop tarder maintenant. C'est l'affaire d'un jour ou deux. Le temps que Paul finisse de mettre son projet au point avec Philippe. Ils sont sur quelque chose, là, tous les deux. Quelque chose d'important. Et si ça marche… Je t'en dis pas plus. Pour le moment, c'est top secret. Bon, mais… et toi ? Ça va ? Elle te saoule pas trop ? La laisse pas t'encombrer, hein ! Parce que ça, elle sait faire. Hésite pas à la remettre à sa place, s'il le faut. Chaque fois qu'il le faut. Elle deviendrait vite insupportable sinon. Je me demande vraiment ce qui est passé par la tête de Paul pour aller s'enticher d'une fille pareille. On en parlait encore tous ensemble hier soir. Mais ça, c'est un sujet qu'il est hors de question d'aborder avec lui. Tu es sûre de le mettre dans une colère noire. Bon, mais toi prends ton mal en patience en attendant. Il y en a plus pour longtemps.
* * *
– Qu'est-ce que tu fais ?.
– Ben, tu vois, je nous prépare à dîner.
– Laisse tomber ! Tu veux pas qu'on aille au restaurant plus tôt ? Parce que, à mon avis, quand ils seront revenus, on n'aura plus l'occasion d'y aller aussi souvent.
– Ben, tu vois, je nous prépare à dîner.
– Laisse tomber ! Tu veux pas qu'on aille au restaurant plus tôt ? Parce que, à mon avis, quand ils seront revenus, on n'aura plus l'occasion d'y aller aussi souvent.
* * *
– Alors ? J'avais pas raison ? On n'est pas bien là ? Le serveur nous a repérés en plus. Il nous a à la bonne. Et il est aux petits soins pour nous. Comment c'est bon, ça ! Tiens, goûte ! Et toi ? Fais voir ! Oui, c'est pas mal non plus. Mais je préfère quand même le mien.
Elle a consciencieusement saucé son assiette, l'a repoussée sur le côté.
– Finalement, si on y réfléchit bien, on est dans la même situation tous les deux.
– Dans la même situation ? C'est-à-dire ?
– C'est-à-dire avec nos conjoints. Moi, avec Paul il se passe rien. Et toi avec Émilie pas grand-chose, si je t'ai bien compris l'autre jour. Tu te débrouilles comment si c'est pas indiscret ?
– Ben…
– Je veux dire : en dehors de tout seul. Parce que ça, ça compte pas. Presque tout le monde le fait. Non, mais… t'as d'autres nanas des fois ? Oui, forcément. Quelle question idiote ! Beaucoup ? Beaucoup ou pas de toute façon ça y change rien. Le problème, c'est que ça t'oblige à prendre des risques. Et qu'un jour ou l'autre tu finiras par te faire gauler. Et si ça se passe avec elle comme Paul m'a dit que ça se passerait avec lui si un jour je le trompais, eh bien je te la souhaite bonne ! Non, tu sais ce que ce serait la solution ? Aussi bien pour toi que pour moi ? Ce serait qu'on se fasse du bien ensemble tous les deux. Ils n'y verraient que du feu. On est beau-frère et belle-sœur. Normal qu'on se voie. Qu'on soit ensemble. Souvent. La preuve : on l'est en ce moment. Et c'est même eux qu'ont tout fait pour ça. On le sera encore quand on sera rentrés. On aura mille prétextes. Et personne n'y trouvera rien à redire. On jouerait sur du velours. Pratiquement sans courir le moindre risque. Un truc pareil ça pourrait seulement pas leur venir à l'idée. Suffirait juste qu'on soit suffisamment prudents pour pas se laisser prendre sur le fait, c'est tout.
Elle a consciencieusement saucé son assiette, l'a repoussée sur le côté.
– Finalement, si on y réfléchit bien, on est dans la même situation tous les deux.
– Dans la même situation ? C'est-à-dire ?
– C'est-à-dire avec nos conjoints. Moi, avec Paul il se passe rien. Et toi avec Émilie pas grand-chose, si je t'ai bien compris l'autre jour. Tu te débrouilles comment si c'est pas indiscret ?
– Ben…
– Je veux dire : en dehors de tout seul. Parce que ça, ça compte pas. Presque tout le monde le fait. Non, mais… t'as d'autres nanas des fois ? Oui, forcément. Quelle question idiote ! Beaucoup ? Beaucoup ou pas de toute façon ça y change rien. Le problème, c'est que ça t'oblige à prendre des risques. Et qu'un jour ou l'autre tu finiras par te faire gauler. Et si ça se passe avec elle comme Paul m'a dit que ça se passerait avec lui si un jour je le trompais, eh bien je te la souhaite bonne ! Non, tu sais ce que ce serait la solution ? Aussi bien pour toi que pour moi ? Ce serait qu'on se fasse du bien ensemble tous les deux. Ils n'y verraient que du feu. On est beau-frère et belle-sœur. Normal qu'on se voie. Qu'on soit ensemble. Souvent. La preuve : on l'est en ce moment. Et c'est même eux qu'ont tout fait pour ça. On le sera encore quand on sera rentrés. On aura mille prétextes. Et personne n'y trouvera rien à redire. On jouerait sur du velours. Pratiquement sans courir le moindre risque. Un truc pareil ça pourrait seulement pas leur venir à l'idée. Suffirait juste qu'on soit suffisamment prudents pour pas se laisser prendre sur le fait, c'est tout.
* * *
– Ça devient une véritable tradition, notre petite promenade digestive sur la jetée en sortant du resto. J'aime bien. Je pourrais plus m'en passer, je crois.
– Dis-moi… Je voudrais te demander… Tu parlais sérieusement tout à l'heure ?
– Je t'ai choqué ?
– Oh non, non, pas du tout. Seulement un peu surpris.
– L'un de mes défauts – ou l'une de mes qualités, tout est question de point de vue – c'est d'être très directe. On aime ou on n'aime pas. Et… je voudrais pas en rajouter une couche, mais j'avoue que les quelques jours qu'on a passés ici tous les deux ont été enchanteurs pour moi. Il y a longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien. Il n'y manquait qu'une chose. Une chose dont je suis privée depuis de trop longs mois. Une chose dont tu es, toi aussi, manifestement trop souvent privé. Une chose dont – j'en suis convaincue – nous aurions tort de continuer à nous priver. Mais tu ne réagis peut-être pas, tu ne raisonnes peut-être pas, tu ne ressens peut-être pas comme moi. Je le comprendrais parfaitement. Dans ce cas tu oublies… Mettons que je n'ai rien dit.
– Mais je n'ai pas du tout envie d'oublier. Je n'ai pas du tout envie que tu n'aies rien dit.
Nos mains se sont cherchées, trouvées. On s'est souri. Et on a cheminé, flanc contre flanc.
– Dis-moi… Je voudrais te demander… Tu parlais sérieusement tout à l'heure ?
– Je t'ai choqué ?
– Oh non, non, pas du tout. Seulement un peu surpris.
– L'un de mes défauts – ou l'une de mes qualités, tout est question de point de vue – c'est d'être très directe. On aime ou on n'aime pas. Et… je voudrais pas en rajouter une couche, mais j'avoue que les quelques jours qu'on a passés ici tous les deux ont été enchanteurs pour moi. Il y a longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien. Il n'y manquait qu'une chose. Une chose dont je suis privée depuis de trop longs mois. Une chose dont tu es, toi aussi, manifestement trop souvent privé. Une chose dont – j'en suis convaincue – nous aurions tort de continuer à nous priver. Mais tu ne réagis peut-être pas, tu ne raisonnes peut-être pas, tu ne ressens peut-être pas comme moi. Je le comprendrais parfaitement. Dans ce cas tu oublies… Mettons que je n'ai rien dit.
– Mais je n'ai pas du tout envie d'oublier. Je n'ai pas du tout envie que tu n'aies rien dit.
Nos mains se sont cherchées, trouvées. On s'est souri. Et on a cheminé, flanc contre flanc.
Tout au bout, à côté du phare, je l'ai prise contre moi. Nos lèvres se sont effleurées, jointes. Son portable a sonné.
– C'est Paul. Allô ! Oui… Oui… Très bien… D'accord… Oui… Non… Non… À tout de suite…
Elle a raccroché.
– Ils arrivent. Dans moins d'une heure ils sont là.
– Hein ? Mais demain elle m'avait dit, Émilie. Demain au plus tôt.
– Ils auront changé d'avis.
– On a un pot, mais un pot !
– En attendant on a intérêt à se dépêcher d'aller mettre un peu d'ordre. Parce que qu'est-ce que je vais pas entendre sinon !
– C'est Paul. Allô ! Oui… Oui… Très bien… D'accord… Oui… Non… Non… À tout de suite…
Elle a raccroché.
– Ils arrivent. Dans moins d'une heure ils sont là.
– Hein ? Mais demain elle m'avait dit, Émilie. Demain au plus tôt.
– Ils auront changé d'avis.
– On a un pot, mais un pot !
– En attendant on a intérêt à se dépêcher d'aller mettre un peu d'ordre. Parce que qu'est-ce que je vais pas entendre sinon !
* * *
Paul est venu me rejoindre sur le balcon.
– Figure-toi… Tu m'écoutes ? Figure-toi qu'avec Philippe on a eu une idée de génie. De génie, oui, n'ayons pas peur des mots ! Comme quoi ça sert ces petites réunions de famille. En plus d'être très agréable. Il y en a qui ont beau les dénigrer… Je parle pas pour toi évidemment. Oui, tu sais quoi ? Je te le donne en mille Eh bien on va en organiser pour les autres. Parce que des gens qui souhaiteraient se rencontrer comme nous on le fait il y en a des quantités. Surtout aujourd'hui où tout un chacun a besoin de retrouver ses racines. De se ressourcer aux vraies valeurs. Seulement tout le monde ne dispose pas toujours d'un lieu adéquat. Nous, on l'a. Magnifique. Somptueux. Et inoccupé pratiquement toute l'année. On peut y loger une centaine de personnes au bas mot. Autant en faire profiter autrui. Contre coquette rémunération cela va sans dire. Mais ce n'est pas tout… Parce qu'on va aussi œuvrer en amont. Il y a des familles éparpillées dont les membres n'ont seulement jamais songé à se recontacter. Mais qui seraient pourtant ravis si cela se faisait. Notre rôle va justement consister à les retrouver – avec Internet ce sera un jeu d'enfant – et à leur donner l'idée et l'opportunité de restaurer les liens distendus. Bon, mais je te montrerai tout ça. En détail. Pour le moment faudrait peut-être qu'on aille retrouver nos femmes. Elles doivent nous attendre.
Émilie dormait profondément.
– Figure-toi… Tu m'écoutes ? Figure-toi qu'avec Philippe on a eu une idée de génie. De génie, oui, n'ayons pas peur des mots ! Comme quoi ça sert ces petites réunions de famille. En plus d'être très agréable. Il y en a qui ont beau les dénigrer… Je parle pas pour toi évidemment. Oui, tu sais quoi ? Je te le donne en mille Eh bien on va en organiser pour les autres. Parce que des gens qui souhaiteraient se rencontrer comme nous on le fait il y en a des quantités. Surtout aujourd'hui où tout un chacun a besoin de retrouver ses racines. De se ressourcer aux vraies valeurs. Seulement tout le monde ne dispose pas toujours d'un lieu adéquat. Nous, on l'a. Magnifique. Somptueux. Et inoccupé pratiquement toute l'année. On peut y loger une centaine de personnes au bas mot. Autant en faire profiter autrui. Contre coquette rémunération cela va sans dire. Mais ce n'est pas tout… Parce qu'on va aussi œuvrer en amont. Il y a des familles éparpillées dont les membres n'ont seulement jamais songé à se recontacter. Mais qui seraient pourtant ravis si cela se faisait. Notre rôle va justement consister à les retrouver – avec Internet ce sera un jeu d'enfant – et à leur donner l'idée et l'opportunité de restaurer les liens distendus. Bon, mais je te montrerai tout ça. En détail. Pour le moment faudrait peut-être qu'on aille retrouver nos femmes. Elles doivent nous attendre.
Émilie dormait profondément.
Elle dormait encore quand je me suis levé. Zélia et Paul étaient attablés devant l'ordinateur portable.
– Là, c'est Basile. Tu le connais pas Basile. Tu peux pas le connaître. C'est un cousin d'Alice. Éloigné certes, mais un cousin quand même. Si tu regardes l'arbre généalogique, il fait partie de la famille, c'est incontestable. Ça se discute même pas. Là, c'est Adrien Mais si ! Je t'en ai parlé d'Adrien. C'est celui qui était resté coincé toute une matinée dans un ascenseur à Lille il y a deux ans. Et là, c'est quand on est montés à Notre-Dame de La Châtaigneraie. C'est toujours aussi émouvant. Même tant d'années après. Jean y a dit la messe C'était d'une intensité !
– Là, c'est Basile. Tu le connais pas Basile. Tu peux pas le connaître. C'est un cousin d'Alice. Éloigné certes, mais un cousin quand même. Si tu regardes l'arbre généalogique, il fait partie de la famille, c'est incontestable. Ça se discute même pas. Là, c'est Adrien Mais si ! Je t'en ai parlé d'Adrien. C'est celui qui était resté coincé toute une matinée dans un ascenseur à Lille il y a deux ans. Et là, c'est quand on est montés à Notre-Dame de La Châtaigneraie. C'est toujours aussi émouvant. Même tant d'années après. Jean y a dit la messe C'était d'une intensité !
* * *
Émilie voulait savoir.
– Eh bien, raconte ! Épluche-moi les patates et raconte tant qu'on n'est que tous les deux.
– Raconter ? Mais raconter quoi ?
– Eh bien comment ça s'est passé avec elle. Parce que j'imagine que ça a pas dû être rose tous les jours. Qu'elle a démultiplié les caprices comme à son habitude. Elle est imbuvable. Proprement imbuvable. Là-dessus, tout le monde est d'accord. Sauf Paul qui la porte tant et plus aux nues. Quand on dit que l'amour rend aveugle ! Le problème, c'est qu'il commence à se rendre compte qu'elle passe mal, très très mal dans la famille et qu'il en souffre. Il ne m'a pratiquement parlé que de ça pendant tout le voyage. Et il m'a fait de la peine. Beaucoup de peine. Je t'assure que c'était poignant par moments de l'entendre. Mais que veux-tu que j'y fasse ? Mamie est remontée contre elle comme une horloge. Quant aux autres, c'est guère mieux. Faut voir comment ils parlent d'elle. Si seulement elle s'était efforcée, de son côté, d'arrondir un minimum les angles. Mais non ! À croire qu'elle prenait un malin plaisir à les monter contre elle. Maintenant la seule chose que nous puissions faire, toi et moi, à notre petit niveau à nous, pendant les quelques jours que nous allons passer avec elle ici, c'est de la supporter. De notre mieux. Et je te demande, quoi qu'il t'en coûte, de faire des efforts, de prendre sur toi, de te montrer aussi aimable que tu pourras. Avec le caractère qu'elle a ce ne sera pas facile, oui, je sais, mais je te le demande. Pas pour elle, non. Je m'en fiche d'elle. Complètement. Non. Pour lui. Pour Paul.
– Eh bien, raconte ! Épluche-moi les patates et raconte tant qu'on n'est que tous les deux.
– Raconter ? Mais raconter quoi ?
– Eh bien comment ça s'est passé avec elle. Parce que j'imagine que ça a pas dû être rose tous les jours. Qu'elle a démultiplié les caprices comme à son habitude. Elle est imbuvable. Proprement imbuvable. Là-dessus, tout le monde est d'accord. Sauf Paul qui la porte tant et plus aux nues. Quand on dit que l'amour rend aveugle ! Le problème, c'est qu'il commence à se rendre compte qu'elle passe mal, très très mal dans la famille et qu'il en souffre. Il ne m'a pratiquement parlé que de ça pendant tout le voyage. Et il m'a fait de la peine. Beaucoup de peine. Je t'assure que c'était poignant par moments de l'entendre. Mais que veux-tu que j'y fasse ? Mamie est remontée contre elle comme une horloge. Quant aux autres, c'est guère mieux. Faut voir comment ils parlent d'elle. Si seulement elle s'était efforcée, de son côté, d'arrondir un minimum les angles. Mais non ! À croire qu'elle prenait un malin plaisir à les monter contre elle. Maintenant la seule chose que nous puissions faire, toi et moi, à notre petit niveau à nous, pendant les quelques jours que nous allons passer avec elle ici, c'est de la supporter. De notre mieux. Et je te demande, quoi qu'il t'en coûte, de faire des efforts, de prendre sur toi, de te montrer aussi aimable que tu pourras. Avec le caractère qu'elle a ce ne sera pas facile, oui, je sais, mais je te le demande. Pas pour elle, non. Je m'en fiche d'elle. Complètement. Non. Pour lui. Pour Paul.
* * *
– Il descend pas, Paul ?
Émilie n'a même pas relevé la tête.
– Non. Il préfère rester là-haut, sur le balcon, à trier ses photos. Tant qu'il aura pas fini…
Zélia s'est levée.
– Oui, ben moi, je vais nager. Jusqu'à la petite île là-bas. Vous venez ?
Émilie s'est retournée sur le ventre.
– Pas moi, non ! J'ai trop la flemme. Mais allez-y, tous les deux, si vous voulez, allez-y !
Émilie n'a même pas relevé la tête.
– Non. Il préfère rester là-haut, sur le balcon, à trier ses photos. Tant qu'il aura pas fini…
Zélia s'est levée.
– Oui, ben moi, je vais nager. Jusqu'à la petite île là-bas. Vous venez ?
Émilie s'est retournée sur le ventre.
– Pas moi, non ! J'ai trop la flemme. Mais allez-y, tous les deux, si vous voulez, allez-y !
* * *
On a pris pied, dégoulinants. Elle a quitté son maillot, suivi mon regard.
– Ils peuvent pas nous voir. On est trop loin. Il leur faudrait des jumelles. Et ils n'en ont pas. Ni l'un ni l'autre.
On s'est allongés côte à côte.
– On est quand même mieux là.
– Ça, ça se discute même pas.
Elle s'est retournée sur le ventre.
– Tu sais l'impression que ça me donne depuis qu'ils sont arrivés ? C'est qu'ils forment un vrai couple tous les deux. Le frère et la sœur. Qu'ils l'ont toujours formé. Et je sais pas trop où elle peut être notre place à nous là-dedans. À toi comme à moi.
Elle a fait couler un long filet de sable entre ses doigts.
– Ça faisait six jours qu'on les avait pas vus. Je voudrais pas être indiscrète, mais… tu y as eu droit, toi, hier soir ?
– Non. Et toi ?
– Oh, moi je me faisais pas beaucoup d'illusions. Faut que je me fasse une raison. Si j'y ai à nouveau droit un jour, ce sera un véritable miracle.
Elle a tendu la main vers moi et a constaté.
‒ Tu bandes.
Elle, elle mouillait.
Et ça s'est fait. On s'est caressés. On est restés dans les yeux l'un de l'autre. J'ai été en elle. Elle a eu son plaisir. J'ai eu le mien.
On est restés enlacés.
– Eh ben dis donc !
Elle s'est blottie contre moi.
– Oui. Oui. J'avais sacrément du retard à rattraper. Comment c'était bon ! Moins pour toi, non ?
– Si ! Oh, si !
– Je crois pas. Pas vraiment. Tu t'es trop préoccupé de mon plaisir à moi. Pas assez du tien. C'est bien aussi, tu sais, quand un homme tu le sens se perdre. Quand il y a plus rien d'autre qui compte pour lui que sa jouissance. Et que c'est de toi qu'il la veut. De toi et de personne d'autre. Tu peux pas savoir comment ça m'excite, moi, ça aussi !. Quand vous pensez plus qu'à vous.
Et on a recommencé.
– Ils peuvent pas nous voir. On est trop loin. Il leur faudrait des jumelles. Et ils n'en ont pas. Ni l'un ni l'autre.
On s'est allongés côte à côte.
– On est quand même mieux là.
– Ça, ça se discute même pas.
Elle s'est retournée sur le ventre.
– Tu sais l'impression que ça me donne depuis qu'ils sont arrivés ? C'est qu'ils forment un vrai couple tous les deux. Le frère et la sœur. Qu'ils l'ont toujours formé. Et je sais pas trop où elle peut être notre place à nous là-dedans. À toi comme à moi.
Elle a fait couler un long filet de sable entre ses doigts.
– Ça faisait six jours qu'on les avait pas vus. Je voudrais pas être indiscrète, mais… tu y as eu droit, toi, hier soir ?
– Non. Et toi ?
– Oh, moi je me faisais pas beaucoup d'illusions. Faut que je me fasse une raison. Si j'y ai à nouveau droit un jour, ce sera un véritable miracle.
Elle a tendu la main vers moi et a constaté.
‒ Tu bandes.
Elle, elle mouillait.
Et ça s'est fait. On s'est caressés. On est restés dans les yeux l'un de l'autre. J'ai été en elle. Elle a eu son plaisir. J'ai eu le mien.
On est restés enlacés.
– Eh ben dis donc !
Elle s'est blottie contre moi.
– Oui. Oui. J'avais sacrément du retard à rattraper. Comment c'était bon ! Moins pour toi, non ?
– Si ! Oh, si !
– Je crois pas. Pas vraiment. Tu t'es trop préoccupé de mon plaisir à moi. Pas assez du tien. C'est bien aussi, tu sais, quand un homme tu le sens se perdre. Quand il y a plus rien d'autre qui compte pour lui que sa jouissance. Et que c'est de toi qu'il la veut. De toi et de personne d'autre. Tu peux pas savoir comment ça m'excite, moi, ça aussi !. Quand vous pensez plus qu'à vous.
Et on a recommencé.
– Et alors ? C'était pas mieux ? Avoue !
Je lui ai répondu d'un baiser. D'un autre. D'une multitude de baisers.
– Ça t'a pas choqué ?
– Quoi donc ?
– Tout ce que j'ai crié. Parce que quand c'est comme ça je peux pas m'empêcher de hurler des tas de trucs cochons. Tout ce qui me passe par la tête. Je sais pas pourquoi d'ailleurs. J'ai jamais su. Ça a toujours été comme ça. Bon, mais faudrait peut-être qu'on retourne là-bas, non ?
Je lui ai répondu d'un baiser. D'un autre. D'une multitude de baisers.
– Ça t'a pas choqué ?
– Quoi donc ?
– Tout ce que j'ai crié. Parce que quand c'est comme ça je peux pas m'empêcher de hurler des tas de trucs cochons. Tout ce qui me passe par la tête. Je sais pas pourquoi d'ailleurs. J'ai jamais su. Ça a toujours été comme ça. Bon, mais faudrait peut-être qu'on retourne là-bas, non ?
* * *
Émilie n'était plus sur la plage ni Paul sur le perron. Ils étaient installés tous les deux, côte à côte sur le canapé de la petite salle de séjour, les yeux rivés à l'écran de l'ordinateur.
– Ah, c'est vous ? Figurez-vous que la mayonnaise est en train de prendre. Et pas qu'un peu ! Philippe a prospecté et il a fait du sacré bon boulot. Ça a pas perdu de temps. Trois familles d'inscrites déjà. Et pas des petites. Dont une qui veut venir très rapidement. Ce qui signifie que début septembre on est bons pour retourner tout mettre en ordre là-bas. Et les accueillir.
– Ah, c'est vous ? Figurez-vous que la mayonnaise est en train de prendre. Et pas qu'un peu ! Philippe a prospecté et il a fait du sacré bon boulot. Ça a pas perdu de temps. Trois familles d'inscrites déjà. Et pas des petites. Dont une qui veut venir très rapidement. Ce qui signifie que début septembre on est bons pour retourner tout mettre en ordre là-bas. Et les accueillir.
* * *
Dans le lit, Émilie s'est tourné vers moi.
– Tu dors ?
– Non.
– Excuse-moi pour cet après-midi. Je te l'ai laissée sur les bras. Déjà que tu te l'es coltinée tout seul depuis le début des vacances. Mais c'était au-dessus de mes forces de nager avec elle jusque là-bas. Je la supporte pas. C'est physique. Rien que de la voir. J'avais pourtant pris de bonnes résolutions. J'allais me montrer aimable, faire bonne figure sinon pour elle du moins pour Paul. Je peux pas. C'est pas la peine, je peux pas. Vaut mieux que je l'ignore. Le plus possible. Ça tournerait mal. Et très vite. Très très vite. Malheureusement, j'ai bien peur qu'elle n'ait pas fini de nous en faire voir. Parce que si le projet prend corps avec Philippe – et il va prendre corps : on a tous les atouts en mains – s'il prend corps, elle va forcément vouloir s'en mêler.
– Je crois pas. Elle a un métier auquel elle semble tenir.
– Oui, oh, alors ça ! Du moment qu'il va s'agir de faire la Madame et de pérorer tant et plus tu peux être tranquille qu'elle va jouer des pieds et des mains pour être aux premières loges. Seulement ça, c'est le meilleur moyen de tout foutre par terre. D'abord parce qu'elle sera imbuvable avec la clientèle – c'est couru d'avance – et ensuite parce que ni Philippe ni moi on ne la supportera. Et si Paul ne veut pas comprendre ça…
– Vous en avez parlé ?
– Oui. Il y a des moments où il donne l'impression d'être prêt à l'entendre et d'autres où il se braque complètement.
– Ce qui est légitime. C'est quand même sa femme.
– Ce qui ne devrait pas l'empêcher malgré tout d'admettre qu'elle a de gros problèmes relationnels avec la plupart des gens. Non, mais il y a autre chose. Dont il ne parle qu'à mots couverts. Mais je le connais depuis le temps. Non, ce qu'il y a, c'est qu'il répugne à la laisser seule. Parce que… Ben parce que, si j'ai bien compris, elle aurait tendance à courir. En plus ! Ici, c'était pas pareil. Tu étais là. Avec elle. Ça l'a obligée à une certaine réserve. Elle pouvait pas se permettre de faire n'importe quoi. Mais une fois remontée là-haut, livrée à elle-même. Alors, à mon avis, s'il veut l'emmener c'est surtout pour l'avoir à l'œil…
– Tu dors ?
– Non.
– Excuse-moi pour cet après-midi. Je te l'ai laissée sur les bras. Déjà que tu te l'es coltinée tout seul depuis le début des vacances. Mais c'était au-dessus de mes forces de nager avec elle jusque là-bas. Je la supporte pas. C'est physique. Rien que de la voir. J'avais pourtant pris de bonnes résolutions. J'allais me montrer aimable, faire bonne figure sinon pour elle du moins pour Paul. Je peux pas. C'est pas la peine, je peux pas. Vaut mieux que je l'ignore. Le plus possible. Ça tournerait mal. Et très vite. Très très vite. Malheureusement, j'ai bien peur qu'elle n'ait pas fini de nous en faire voir. Parce que si le projet prend corps avec Philippe – et il va prendre corps : on a tous les atouts en mains – s'il prend corps, elle va forcément vouloir s'en mêler.
– Je crois pas. Elle a un métier auquel elle semble tenir.
– Oui, oh, alors ça ! Du moment qu'il va s'agir de faire la Madame et de pérorer tant et plus tu peux être tranquille qu'elle va jouer des pieds et des mains pour être aux premières loges. Seulement ça, c'est le meilleur moyen de tout foutre par terre. D'abord parce qu'elle sera imbuvable avec la clientèle – c'est couru d'avance – et ensuite parce que ni Philippe ni moi on ne la supportera. Et si Paul ne veut pas comprendre ça…
– Vous en avez parlé ?
– Oui. Il y a des moments où il donne l'impression d'être prêt à l'entendre et d'autres où il se braque complètement.
– Ce qui est légitime. C'est quand même sa femme.
– Ce qui ne devrait pas l'empêcher malgré tout d'admettre qu'elle a de gros problèmes relationnels avec la plupart des gens. Non, mais il y a autre chose. Dont il ne parle qu'à mots couverts. Mais je le connais depuis le temps. Non, ce qu'il y a, c'est qu'il répugne à la laisser seule. Parce que… Ben parce que, si j'ai bien compris, elle aurait tendance à courir. En plus ! Ici, c'était pas pareil. Tu étais là. Avec elle. Ça l'a obligée à une certaine réserve. Elle pouvait pas se permettre de faire n'importe quoi. Mais une fois remontée là-haut, livrée à elle-même. Alors, à mon avis, s'il veut l'emmener c'est surtout pour l'avoir à l'œil…
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Commentaires ()
Merci. La suite ne saurait tarder (17/11)
@Exorium j’adore ton style d’écriture et cela se prête bien à ton récit !