L'abnégation d'une mère
Chapitre 1 · Les jours difficiles
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✦ Jane Does L'abnégation d'une mère XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'abnégation d'une mère — Chapitre 1 · Les jours difficiles

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L'abnégation d'une mère

Chapitre 1 · Les jours difficiles

Le type qui se rhabille dans la chambre d'hôtel est pressé de partir. Marie-Jeanne s'étire encore comme une chatte que déjà l'autre file vers la porte. Pas un regard, pas un mot pour elle. Mais elle s'en fiche. C'est seulement hygiénique, pour sa santé après tout que de temps en temps elle fait quelques rencontres de ce style. Le nom du gars ? Elle ne le connait même pas. D'un autre côté, ça rend bien plus simples ces départs au petit matin. À quarante-deux ans, elle s'octroie environ tous les deux mois une séance « jambes en l'air » avant de rentrer chez elle jusqu'à sa nouvelle envie.
Chez elle… il y a Raphaël, son fils. Elle l'a eu jeune avec un homme qu'elle a aimé. Mais avant même sa naissance, ce brave Adam, incapable d'affronter la paternité a pris ses cliques et ses claques et a filé sans se soucier de savoir si l'enfant en gestation serait une fille ou un garçon. Marie-Jeanne élève donc son petit toute seule depuis vingt et un ans. Mais la nature et ses envies la rattrapent parfois et comme elle ne tient pas à ce que le jeune homme pense que sa mère couche un peu, elle préfère les chambres anonymes des hôtels low-cost.
Elle se redresse sur le lit dont les draps froissés ont surement des tas d'histoires de ce genre à raconter. Puis une douche rapide, et elle aussi retrouve les brumes matinales d'une aube d'automne. Elle rentre juste avant que son Raphaël ne soit levé et ma foi, ni vu ni connu. Bon, le zig de cette nuit, s'il n'avait rien d'un Appolon a tout de même joué sa partition et il avait suffisamment d'expérience pour qu'elle ait pris son pied. La seule chose, c'est qu'il est souvent difficile à ces amants de passage de comprendre qu'elle ne tient pas à ce qu'ils la baisent sans capote.
Elle garde donc, malgré le départ précipité du lascar, une sorte de sourire de satisfaction aux lèvres. Une nuit presque entière à faire l'amour et là voilà remise en forme pour un certain temps. Il est vrai que depuis quelques mois, ses besoins, ses envies sont plus fréquents. Mais son fils qui poursuit de bonnes études est à la maison tous les soirs. Et de toute façon, elle ne veut pas de mec dans ses pattes, en dehors bien sûr de ses moments chauds que lui impose son corps. Elle se gare dans la cour, soupire en voyant qu'aucune lumière ne perturbe la façade de sa demeure. Son gamin dort donc encore.
Dans la cuisine, elle s'affaire à préparer le petit déjeuner et puisqu'elle est passée par le centre-ville, elle y a acheté des croissants et du pain frais. De quoi faire plaisir à ce bout d'homme qu'elle chérit plus que tout. Apparemment ce matin, il n'est guère pressé de se lever, mais rien de bien inquiétant puisqu'il n'a pas de cours ce samedi matin. Une grasse matinée ne peut donc que le faire se reposer. Ce n'est que vers dix heures du matin que ne voyant toujours pas Raphaël se pointer, que la maman se pose quelques questions.
La chambre de son fils n'est qu'à trois pas et elle hésite, mais après tout, ils se côtoient depuis toujours, alors… Marie-Jeanne frappe trois petits coups dans la porte. Pas de réponse ! Bizarre tout de même ! Il dort à poings fermés ? Anxieuse de ne pas entendre sa progéniture lui répondre, la mère franchit résolument l'entrée de la piaule de son fils.
— Eh bien mon grand ? On paresse au lit ce matin ?
—…
Aucune réaction du corps dans le grand lit alors qu'elle actionne l'ouverture électrique des volets roulants. Il est recroquevillé sur le flanc face au mur et Marie-Jeanne s'assoit donc près de ce fils qui ne bouge pas.
— Ça ne va pas Raphaël ? Tu es malade ?
Faiblement, il lève la main comme pour rassurer celle qui s'inquiète de sa santé… et dans un souffle il murmure enfin quelques mots…
— J'ai horriblement mal au crâne, maman… referme les volets, je suis mieux dans le noir… C'est de plus en plus fréquent…
— Mais… pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ?
— Tu t'inquiètes toujours pour un rien.
— Je vais te chercher un comprimé… c'est surement parce que tu ne sors jamais, ou que tu passes trop de temps dans cette chambre sur tes foutus bouquins.
— Non… depuis quelque temps, j'ai l'impression que ma caboche va exploser… Comme ce matin et rien que parler me donne envie de vomir.
— Moi qui croyais te faire plaisir en allant chercher des croissants…
— Tu… tu es déjà sortie ?
— Ben oui… tu n'as pas entendu le moteur de ma voiture ?
— Non ! Mais bon sang, qu'est-ce que j'ai mal à la cafetière !
— Ah ! Je reviens.
La maman regagne la salle de bain, fouille dans l'armoire à pharmacie et y dégote une gélule qui devrait soulager son fils. Un verre d'eau dans la cuisine, et elle est de nouveau assise sur le pieu du jeune homme.
— Prends ça ! C'est fait pour soulager…
— Humm !
Il avale le remède et se remet sur le dos. C'est devenu un homme son Raphaël. Elle tire sur le drap, histoire de recouvrir le bas du corps de ce grand gaillard qui n'a pas l'air dans son assiette. Mais elle se doute aussi que la médication ne va pas faire effet dans la seconde. Elle passe sa main sur le visage du garçon où une barbe naissante lui gratte la paume.
— Ça va aller, mon chéri ! Juste un peu de patience… et puis si ça continue, tu vas devoir consulter. Des migraines carabinées à ton âge ce n'est pas trop normal…
— Maman… laisse-moi dans le noir… je me lèverai quand la douleur se sera un peu estompée.
— Oui… oui mon chéri.
Une façon de la congédier, elle en est consciente. Mais les maux de tête ne rendent pas gracieux et elle comprend bien que son gamin a besoin d'être au calme. Elle retourne dans sa cuisine et bien qu'un peu oppressée, elle vaque à ses tâches quotidiennes. Ce n'est surement que passager, mais quelle mère n'est pas préoccupée par la santé de ses gosses ? Elle l'a veillé toute sa vie, ce matin ne fait pas exception. Le repas de midi, c'est dans celui-ci qu'elle cherche une échappatoire à ce qui la mine depuis son retour. Elle a oublié les bienfaits de sa nuit pour plonger dans les ennuis de son fils.
— oOo —
Depuis quelques jours, son fils n'est plus dans son assiette. Alors, Marie-Jeanne force un peu la main de son garçon. Elle n'aime pas particulièrement le voir dans un état bizarre, mal foutu, nauséeux. Lui si sage, qui ne sort pratiquement que pour se rendre à ses cours, en peu de temps n'est plus que l'ombre de lui-même. Ce matin, elle prend le taureau par les cornes.
— Bon ! Raphaël, je vois bien que tu n'es pas en forme. Je téléphone à notre médecin de famille.
— Mais non ! Ce ne sont que des migraines, dues à trop de révisions… maman ! Tu ne vas pas encore en faire tout un plat.
— Je préfère en avoir le cœur net. Une consultation ne coute que quelques euros et ça va me rassurer. Si j'avais une fille, avec des symptômes analogues, je dirais qu'elle est enceinte. Ce ne peut être ton cas… alors ça cache surement autre chose qu'un petit coup de fatigue. Fais-moi plaisir, pour une fois, écoute ta mère !
— Pff ! Qu'est-ce que tu peux être rabat-joie… bon ! Prends le ce fichu rendez-vous, si ça peut te rassurer… mais c'est de l'argent jeté par les fenêtres.
— Ouais, on dit cela, et puis tant mieux si le père Rabouel ne te trouve rien !
Et c'est ainsi que ce matin elle accompagne son fils au cabinet de leur médecin familial. Le vieux bonhomme écoute les explications de celle qui semble plus préoccupée que son grand gaillard. Il examine tout de même pour la forme le jeune homme. Tous les deux discutent des études de Raphaël, du stress qu'elles génèrent. Marie-Jeanne dans le cabinet attend anxieusement le diagnostic du toubib. Eugène Rabouel se veut rassurant, laissant entendre que le jeune homme a surement raison, et qu'il ne s'agit vraisemblablement que d'un « coup de moins bien », suite à un surmenage.
Mais par acquit de conscience, et parce que déontologiquement, il se doit de s'en assurer, il fait faire quelques examens complémentaires. C'est donc muni d'une lettre de recommandation du vieux docteur que le couple mère fils se rend dans un cabinet privé pour de plus amples recherches, notamment un scanner de la tête. Et aussi comme ça que deux semaines plus tard, le père Rabouel qui a reçu les résultats du scanner qu'il a prescrit à son jeune patient, appelle juste avant le déjeuner la mère du garçon.
— Allo ! Marie-Jeanne, c'est le docteur Rabouel ! Vous serait-il possible de venir à mon cabinet dans l'après-midi ?
— Dans l'après-midi ? Il y a un problème Docteur ?
— Je ne donne pas d'informations par téléphone. Vous pouvez passer sans rendez-vous, avec votre garçon si possible. Mon secrétariat m'avertira de votre arrivée.
— Bon… je ne sais pas si je dois m'inquiéter ou non. Nous viendrons… à tout à l'heure docteur.
Et bien entendu dans l'esprit de la maman, c'est déjà les quatre cents coups. Pourquoi le toubib n'a rien voulu dire par téléphone ? C'est étrange, depuis tout ce temps qu'elle est sa patiente et son fils également, jamais il n'a appelé directement à la maison. Et c'est encore et toujours Raphaël qui fait le tampon, pour tempérer les craintes de sa mère. Affolée comme elle l'est, elle en a perdu l'appétit et son repas de midi repart comme il est venu. Le rejeton de son côté n'est pas non plus vaillant, mais pas pour les mêmes raisons. Tout simplement parce que pour lui, dans sa caboche, ça ne va guère mieux.
À peine quatorze heures passées de quelques minutes que les deux-là se présentent donc au cabinet d'Eugène Rabouel. Là, la secrétaire appelle son boss au téléphone et dès qu'il en a terminé avec son premier patient de l'après-midi, il reçoit la mère et son fils. Il a l'air grave. Devant lui, les images transmises par son confrère. Il discute quelques minutes avec les deux, demande au jeune homme de passer dans l'antichambre de son cabinet, là où il fait ses auscultations. Et pendant que le garçon se déshabille, Eugène prend sa maman à part.
— Bon… Marie-Jeanne… c'est vous qui aviez raison… regardez…
Il montre les images à la femme qui ne voit bien entendu pas grand-chose. Seul un spécialiste peut déchiffrer ces clichés. Il allume un tube au néon derrière les sortes de photos et par transparence il montre un point précis du cerveau.
— Vous voyez ici, Marie-Jeanne ? C'est là le nœud du problème… Cette grosseur-là, une tumeur et
vraisemblablement maligne.
—… hein ?
La femme vient de blêmir. C'est une véritable gifle que le médecin lui assène là, avec ses mots savants. Tumeur… elle le regarde, les jambes en coton.
— J'ai besoin d'un troisième avis médical, mais le professionnel de santé qui a fait ces images est d'accord avec moi… c'est inopérable, là où cette grosseur est située. Le risque d'endommager le cerveau est bien trop grand. De plus, la maladie est à un stade trop avancé pour que les traitements soient véritablement d'une grande efficacité.
— Vous… vous êtes en train de me dire que mon fils a une maladie incurable ? Non ! Non vous devez vous tromper. Il a tout juste vingt ans, docteur, ce n'est pas possible.
— Asseyez-vous, Marie-Jeanne ! Je peux concevoir ce que ça a d'injuste, mais… avant de nous affoler, nous devons faire procéder à un troisième examen, encore plus approfondi, celui-ci.
— Alors… tout n'est pas perdu ? Vous m'avez fait peur Docteur…
— Madame… je ne veux pas vous laisser de faux espoirs ! Au vu de ces images… mon confrère et moi pensons que les choses ne peuvent guère s'arranger… je vais prescrire à votre Raphaël des antidouleurs costauds. Il ne doit pas souffrir plus que ce doit déjà être le cas… nous allons y veiller. Mais pour une guérison, je ne peux pas vous mentir…
— Non ! Vous êtes en train de me dire que mon fils va… mourir ? Ce n'est pas possible. Pas juste… il ne connait rien de la vie… il est trop jeune pour partir comme ça. Qu'est-ce qu'il a fait de mal à son âge ? Il paye quoi, quelle dette ? Ce n'est pas possible…
— Je suis désolé… je ne suis qu'un vieux toubib… mais je n'ai pas le droit de vous mentir. Ce ne serait pas humain de vous laisser croire…
— Combien… combien de temps lui reste-t-il ? S'il vous plait, monsieur Rabouel, dites-moi… combien de temps ?
— Je ne peux pas vous dire… parce qu'en toute transparence, je ne sais pas… mais six ou sept mois maximum…
— Mon Dieu… c'est horrible… pourquoi… pourquoi ?
— Je crois qu'il nous faut, vous et moi en parler avec Raphaël, parce que c'est aussi sa vie qui est en danger et il a le droit de le savoir. Mais vous, sa mère, vous devez être courageuse pour deux. Il va avoir vraiment besoin de vous. De votre présence de tous les instants… et c'est votre rôle de lui faire vivre le mieux possible ce qui lui reste à… Mais avant tout, nous devons avoir un troisième avis… médical…
Sur le siège qu'elle occupe, Marie-Jeanne est effondrée. Elle se sèche pourtant les yeux, son fils n'a pas besoin de savoir qu'elle vient de pleurer. Se montrer forte quand on se prend un truc pareil en pleine face… c'est dément. Mais le pauvre Eugène, il n'a surement pas le choix et il n'aurait jamais eu la légèreté de lui raconter cela s'il n'avait pas vérifié une fois, dix fois les images. C'est affreux, c'est terrible de savoir et d'être impuissante comme elle l'est là. Les voix des deux hommes qui reviennent du box d'auscultation la font se raidir. Pourvu qu'elle ne s'effondre pas devant son petit… alors, elle serre les dents et fouille sa mémoire. Comment fait-on pour sourire lorsque l'on a le cœur à marée basse, le moral dans les chaussettes ?
— oOo —
Comment vivre avec ce poids, cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête ? Rien de pire que de voir son propre enfant s'étioler, jour après jour, littéralement s'en aller. Marie-Jeanne et Raphaël ont de longues discussions et il apprend de la bouche même de sa génitrice l'échéance qui chaque matin se rapproche. Il n'est plus capable de suivre ses cours, et puis, à quoi bon. Avec sa mère, ils abordent des sujets qui la font frémir, qui lui font froid dans le dos. Elle doit constamment contenir dans la journée les larmes que la nuit elle libère dans son lit. Des sanglots si violents que parfois le jeune homme les perçoit.
Il se fait une raison et c'est souvent lui qui se veut rassurant envers celle qui au fil des jours ne trouve plus guère de forces pour avancer. Mais là, ce matin, les yeux cernés, son garçon, malgré ses maux de tête et ses nausées, évoque deux ou trois points avec sa mère. Des rêves qui s'éloignent pour de bon de sa jeune vie d'homme. Il est cependant très lucide et regarde les choses en face. De toute manière faire l'autruche ne sert plus à grand-chose.
— Je ne verrai surement pas Noël ni même décembre de l'an prochain, maman…
— Ne dis pas cela, mon chéri… s'il te plait…
— Allons ! Tu dois te rendre à l'évidence ! Chaque matin qui passe, chaque heure même m'entrainent loin d'ici et avec cela quelques regrets…
— Oh Raphaël…
— J'aurais une sacrée liste à lui envoyer pourtant au vieux bonhomme au traineau…
— Ben… pourquoi tu ne la dresses pas ta liste ? Tu y inscris toutes ces choses que tu aimerais faire au moins une fois et je vois si je peux réaliser quelques-uns de tes vœux, mon cœur…
— Maman… il y en a surement qu'il est possible de concrétiser, d'autres me paraissent tellement surréalistes…
— Dis-moi… dis-moi quand même mon chéri.
— Ben… j'aimerais revoir la mer ou l'océan une fois… me tremper les pieds dans l'eau salée… ça, c'est encore faisable, même si je suis très fatigué…
— Oui… oui. Nous pouvons tout à fait nous rendre sur la côte… samedi si tu veux… du côté des Sables d'Olonne, par exemple
— Ça fait beaucoup de kilomètres maman… tu le sais ! Et je ne suis pas très en forme…
— Je peux conduire… il est possible de faire une escale dans un hôtel pour faire en deux fois les huit cents kilomètres… d'accord ?
— Si tu veux… mais il en existe tant d'autres des choses que j'aurais à demander…
— Vas-y ! Dis-les-moi… je suis là, je t'écoute. Tu es mon fils et je t'aime…
— Tu sais maman, que je vais mourir sans avoir jamais eu une petite amie, sans savoir ce que c'est que l'amour…
— Mais… tu as le mien, mon chéri… je t'aime moi, de toutes mes forces, de tout mon cœur.
— Bien sûr… mais ce n'est pas de ce genre d'amour dont je te parle, maman. Tu vois, je suis toujours vierge et là encore c'est un truc que je ne pourrais jamais faire… l'amour…
— Mon cœur…
Marie-Jeanne se sent tellement déboussolée. Comment n'a-t-elle jamais pensé à ce genre de détail ? Son fils est en train de lui dire qu'il n'a jamais eu une fille dans son lit, qu'il n'a jamais posé ses yeux sur le corps nu d'une femme. Qu'il rêve surement de faire l'amour une première fois et qu'elle de ce côté-là ne peut vraiment rien pour lui. Elle se sent presque morveuse de ne pas savoir quoi faire. Elle parle tout haut sans se rendre trop compte que lui qui vient de se recoucher sur le canapé suit son monologue sans moufter.
*Je pourrais peut-être trouver une fille… la payer pour donner un moment de plaisir à mon grand garçon… Oui… mais où trouver une fille qui accepte cela ?
Elle va et vient dans sa cuisine, sans réaliser que les phrases sorties de son cerveau quittent aussi sa gorge et s'envolent vers le divan où Raphaël ne dort pas. Mais elle est si stressée, si terrifiée que ses mots dépassent le simple stade de sa pensée. C'est la petite voix fatiguée de son garçon qui la ramène à une réalité tellement cruelle.
— Maman… maman… tu parles toute seule.
— Hein ? Mais non, mon cœur…
— Pas la peine de te poser toutes ces questions… de toute façon… je ne voudrais pas d'une pute, tu comprends.
— Comment ça une pute ? Pourquoi me dis-tu cela ?
— Parce que l'amour… ça ne peut se faire qu'avec amour, donc avec quelqu'un qu'on aime… pas avec des sous… mais arrête de te poser mille questions. Ni toi ni moi n'y pouvons plus rien… Tu m'as toujours donné tout ce dont j'avais besoin. Tout ton amour, et ça me suffit. Alors, ne te rends pas malade pour me rendre la vie… plus facile.
— Mais… c'est le rôle d'une mère trésor, de faire tout pour que ses enfants soient le mieux possible.
— Je sais, je sais ! Mais il y a des limites que l'existence nous impose. Des barrières, des tabous infranchissables… Et aucune maman ne peut ni ne doit payer une femme pour qu'elle couche avec son gamin…
— Pardon ! Pardon, Raphaël, d'avoir parlé à haute voix. Mes paroles n'étaient que des réflexions…
— Je sais maman ! Tu veux bien baisser les volets ? Il y a trop de lumière et elle me fait mal…
— Oui… oui tout de suite.
Les volets se ferment au rythme du ronron du moteur qui les baisse. Marie-Jeanne se tord les doigts, assise sur le fauteuil proche du canapé. Le bras de son petit, duquel un goutte à goutte planté dans une veine lui distille des calmants, est là qui la rend affreusement malheureuse. Il a des difficultés pour parler, pour juste même garder les yeux ouverts. Son état depuis une semaine se détériore encore plus vite. La conversation du petit déjeuner l'a affaibli et il parait tout maigre dans son pyjama. Son corps flotte dans ses vêtements de nuit qu'il ne quitte plus.
Alors elle se fait la réflexion que même si elle donnait de l'argent à une dame pour réaliser le rêve de son gosse, sans doute devant son état celle-ci reculerait. Et l'idée qu'elle ne soit pas en mesure de lui faire un dernier petit plaisir lui devient insupportable. Que c'est difficile de ne pas pleurer là, dans le salon, ou son amour de mère saigne de tous ses pores ! Elle se rend compte aussi que cette expédition pour la côte, oui… celle-là également est presque impossible. Elle serre la main de son garçon, celui qu'elle a amené là ce jour. Ce bébé minuscule qui grâce à son amour de mère est devenu… ou devrait rester un homme plein de vie.
La main de Marie-Jeanne caresse la joue de ce qui reste de son fils. Lui la regarde de ses grands yeux rongés par une sorte de fièvre bizarre. Il tente un sourire qui ne parvient qu'à lui faire tordre les lèvres dans une grimace. Les lippes là, qui bougent sans qu'un seul mot ne passe le seuil de la gorge du jeune homme. Mon Dieu… combien c'est affreux, horrible de voir ce que l'on aime le plus s'enfoncer dans un néant irrémédiable ! Elle se crispe, lissant la chevelure terne de son enfant. Vingt ans de sa vie qui gisent là, sur ce sofa et pour seul fil de chance, une poche de liquide incolore. Raphaël a les quinquets fermés, repos obligatoire pour maintenir des forces qui le quittent inexorablement.
Il ne bronche pas alors qu'elle s'assoit sur le bord du lit, près de son corps allongé. Elle passe et repasse sa main douce sur la bouille de ce grand gosse qui parait apprécier ce bien-être maternel. Il garde les paupières closes, et c'est heureux. Sinon, il verrait les prunelles brillantes de celle qui lui distille une parcelle de son amour. Marie-Jeanne se force pour retenir des larmes qui sont pourtant prêtes à jaillir de ces deux fontaines bleues. Pour quoi ? Qu'a-t-elle fait à Dieu de si vilain qu'il veuille lui reprendre son unique source de joie dans ce bas monde ? Sous sa paume qui lisse sa chevelure, son fils apprécie et ronronne doucement, le bonheur de la savoir si présente. Que se passe-t-il dans la cervelle de celle qui se sent si petite face à l'énormité de ce qui lui tombe dessus ?
Raphaël... use un peu de ses dernières forces pour lui lancer quelques mots...
— Maman... je t'aime. Tu es la meilleure des mamans qu'un fils puisse rêver.
— Chut, mon chéri... repose-toi... Tu as envie de quoi, mon cœur ? Pour le déjeuner, qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
— Oh... maman... je n'ai pas très faim...
— Tu dois manger mon chéri, pour reprendre du poil de la bête... il faut que tu manges. Un peu de poulet et des frites ?
— Maman... à quoi bon ? Tu sais et, je sais... le bout de ma route n'est plus très loin...
— Ne parle pas comme ça, Raphaël ! Je t'interdis de baisser les bras.
— Maman... je ne peux plus, je n'ai plus de forces...
— Stop ! S'il te plait...
Son cri du cœur, il est tout en rage et en trémolo. Un mélange de douleur et de haine face à l'impuissance qui frappe son univers tout entier.
— Qu'est-ce qui te ferait plaisir mon chéri... dis-moi...
—...
Le garçon remue les lèvres, mais aucun son n'en sort. Alors, Marie-Jeanne baisse son visage au niveau de la bouche de son rejeton.
— Dis-moi... dis-moi mon cœur !
— Faire... l'amour... une seule fois, juste une fois !
C'est craché sans violence, c'est juste une phrase, hachée, expédiée telle une sorte de prière, presque une dernière volonté. Les mots pourtant tournent dans le crâne de la maman qui se redresse lentement. Comment réagir à cette demande ? C'est quelque chose d'impossible pour elle. Il s'agit de son gamin, de celui qu'elle a mis au monde, mais ça... c'est une requête, une supplique insurmontable. Elle cherche une réponse adaptée et n'en trouve aucune. Comment aussi trouver une femme qui... non ! Elle ne sait pas et s'en veut terriblement de ce qui la mine. C'est trop injuste. Mais la sonnette de la porte d'entrée la fait sursauter. Le gong qui la sauve du naufrage ? Elle se lève...
— Je reviens mon cœur... quelqu'un vient de sonner.
Pas de réponse, mais la main d'une pâleur effrayante se soulève du drap, signe qu'il a entendu. Elle va ouvrir et le docteur Rabouel est là.
— Bonjour Marie-Jeanne... alors comment va notre petit malade ?
— Bonjour docteur ! Pas très bien !
—...
Il lui serre la main, et ses yeux parlent pour lui. Il avance et elle le laisse se diriger vers la chambre.
— Il est dans le noir, la lumière lui fait mal.
— C'est la meilleure solution ! Lui donner le confort qu'il réclame et si besoin lui faire le plus plaisir possible...
— C'est... c'est affreux docteur.
— Vous allez tenir le coup, Marie-Jeanne ?
—...
Il fait demi-tour et revient vers la forme aux épaules voutées, qui se tasse encore davantage.
— Asseyez-vous ! Je vais vous ausculter... je me doute bien que c'est très difficile. Nous devrions peut-être l'hospitaliser.
— Non !
C'est un non, presque violent, sorti tout droit du cœur de la mère qui se rebiffe.
— Chienne de vie ! Je l'ai élevé avec tout mon amour et le voir partir comme ça... c'est... mais je ne veux pas l'abandonner tout seul dans une chambre d'hôpital. Il est chez lui ici, dans son cocon, et au moins il est rassuré...
— J'ai bien peur que ça ne s'arrange plus vraiment. Mais vous avez sans doute raison, il est entouré de l'amour de sa mère, le reste n'a plus d'importance...
— Vous... il n'y a plus rien à faire, Eugène, vous êtes certain que je ne peux plus rien faire... pour...
— Vous avez tout tenté. La maladie est plus forte que son corps. Il est encore conscient, mais ça peut très vite évoluer... la seule possibilité pour vous, c'est de lui offrir votre amour, tout votre amour...
— Tout ? Tout mon amour monsieur Rabouel... ?
— Je crois qu'il a seulement besoin d'être aimé jusqu'au bout...
— Tout... ? Tout mon amour...
— Oui... et pour cela, je n'ai rien à vous apprendre. Vous savez mieux que quiconque ce qu'il lui faut...
— Tout... vous avez dit... tout !
— Oui, Marie-Jeanne ! Je vais le visiter maintenant. Ça va aller ?
— Ou... oui, ne vous inquiétez pas.
— Mmm !
Il lui jette encore un coup d'œil et cette fois il gagne la chambre où... Raphaël est alité. Il ne manifeste rien, entrouvrant péniblement les paupières à l'entrée du médecin.
— Alors mon grand ! Comment tu te sens aujourd'hui...
—... mm... mal de plus en plus.
— Je vais augmenter ta dose d'antalgique et tu devrais avoir un mieux... dans un moment.
—...
Les lèvres bougent, mais de nouveau plus de son. Eugène Rabouel s'active sur la perfusion, et puis il prend le pouls du garçon. Il ne parle plus non plus, mais sent, sait que les heures du jeune homme sont comptées. Le malade somnole lorsque le généraliste retrouve la maman qui reste hébétée sur son siège.
— Marie-Jeanne... je ne veux pas vous mentir. Si votre fils exprime des désirs particuliers et que vous êtes en mesure de les satisfaire... faites-le. Il ne devrait plus souffrir très longtemps.
—... ? Oh... docteur...
Eugène n'a que le temps de la rattraper. En se relevant, elle a failli tomber. Comment et à quoi bon lui mentir ? Raphaël n'a surement plus grand-chose à espérer... et après s'être assuré que la femme n'allait pas sombrer elle aussi, le toubib quitte la maison. Mais il lui rappelle avant de franchir le seuil...
— Vous m'appelez au moindre signe d'alerte, d'accord. Sinon, je repasserai en début d'après-midi... et puis n'hésitez plus, faites-lui plaisir...
— Il... mon fils vous a dit quelque chose ?
— Non... il est très faible... mais vous êtes sa mère et vous savez exactement ce dont il a besoin.
— Ah...
— A tout à l'heure Marie-Jeanne.
Voilà ! La femme est seule face à l'immensité d'un désespoir qu'elle ne peut partager avec personne. Elle revient sans bruit dans la chambre où le jeune homme git. La main féminine s'accroche à celle décharnée de son pauvre gamin. Un long frémissement, vrai tressaillement de tout son être, il sait qu'elle est revenue. La main douce qui cajole ses joues, s'attardant sur les poils d'une barbe naissante et les doigts qui lissent le front de Raphaël, tout le fait se crisper. Alors... ? La main suit un autre chemin. Elle court sur le menton, en déligne le contour, et coule dans le cou de celui qui a une sorte de sourire. Il sait, il sent... cette chaleur qui monte dans ce corps qui ne réagit plus normalement.
Il est heureux de cette étrange caresse. Cette patte qui se glisse entre la blouse qu'il porte et sa peau, pour venir câliner une poitrine qui a bien du mal de se soulever régulièrement. Les doigts... ils ne s'arrêtent plus à ce torse efflanqué, non, ils se dirigent plus bas, là où un semblant de vie anime encore la petite bête qui n'a jamais servi. La paume se love contre ce qui vole le peu de sang qui navigue dans les veines du petit malade. Et les phalanges se referment sur ce sexe qui parvient à prendre une certaine raideur. Débute alors des aller et retour du poignet qui s'efforcent d'être les plus doux possible. En même temps, les lèvres de la mère claquent une série de bisous sur le visage de son fils. Lui ne cherche pas à parler, mais il a le cœur qui bat.
Elle insiste encore un moment, puis... sans réfléchir, elle repousse le drap, monte sur le lit sans se déshabiller et avec mille précautions, elle enfourche le corps étendu sur le dos de Raphaël. Elle prend bien grade de ne pas peser de tout son poids sur le ventre de celui qui se contente de sourire. Alors, cramponnant d'une main le sexe plus ou moins en état de marche, elle écarte de l'autre sa culotte et... elle se laisse glisser le plus délicatement possible sur le goujon de chair. Puis en posant ses mains de part et d'autre des épaules du garçon, mais sans toucher le haut de son corps, elle facilite l'intromission. Voilà ! Il est en elle et elle peut tout doucettement faire des mouvements de haut en bas. Elle ne cherche pas son plaisir à elle.
Non ! Elle se fiche pas mal de jouir. Ce qu'elle attend, c'est que lui soit une fois, une seule fois dans sa vie un homme heureux. Elle fait l'amour avec ce fils qui n'en est déjà plus tout à fait un... et elle sait, sent lorsqu'il s'épanche en elle par petites saccades, vite stoppées par son manque de vitalité. Alors elle attend sagement que la petite chose mi-dure se rétracte au point de quitter toute seule le nid gluant. Enfin, elle refait en sens inverse les gestes qui la ramènent dans une position plus... correcte. En se servant de mouchoirs jetables, Marie-Jeanne éponge les traces de l'érection sur le vit du jeune homme. Lui parait très satisfait et il respire presque calmement. À son tour donc, la maman file dans la salle de bain, revient avec un gant de toilette préalablement humidifié à l'eau tiède.
Elle lave ce qui vient de donner un peu de bonheur à ce pauvre Raphaël et le drap retrouve sa place initiale. Le corps recouvert, elle lui caresse le front et il ouvre les yeux. Les lèvres bougent sans parvenir à laisser passer le message qu'elles veulent délivrer.
— Ne parle pas mon chéri !
— M...
L'oreille maternelle vient se coller à cette bouche qui voudrait, mais qui ne peut plus vraiment... un dernier effort...
— Mer... merci.
— ... ! Chut... je t'aime mon cœur...
Lui garde un rictus qui se veut toujours sourire. Alors, Marie-Jeanne s'assoit à la tête du lit, gardant les doigts de son fils serrés dans sa main. Elle reste là sans bouger, couvant du regard le pauvre corps de ce qui est toute sa vie. Elle ne bronche plus et la mère et le fils ne sont plus reliés que par un fil ténu. Il est seize heures lorsque Eugène Rabouel fait tinter la sonnette de l'entrée. La maman quitte la chambre pour aller ouvrir.
— Ça va, Marie-Jeanne.
— Je crois qu'il dort...
— C'est bien...
Il file vers la chambre, et en ressort quelques minutes plus tard.
— Il est très beau... avec un sourire... d'ange. Je peux m'assoir ?
— Oui... je vous en prie docteur.
— Merci.
Il sort de sa sacoche un grand livre et un stylo arrive dans sa main. La femme suit le tracé de la plume... qui écrit...
*Heure du décès... seize heures onze... le onze octobre deux-mille...

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Photo de profil de Lauly
Lauly
19 juin 2025 à 06:00
Très touchant.... réaliste, triste mais très beau.
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Photo de profil de Michel63
Michel63
21 janvier 2025 à 16:11
Très bien raconté et qui ne laisse pas indifférent à tout point de vue.
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Aliaspo
15 janvier 2025 à 13:52
Beaucoup d'émotion !!
Très beau texte.
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Photo de profil de Frederyc
Frederyc
6 janvier 2025 à 11:24
Triste à en pleurer … et superbement écrit.
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Photo de profil de Fosgate
Fosgate
5 janvier 2025 à 19:51
Wow c'est carrément triste pour les deux. Chapeau à la maman qui a élevé son fils pendant 20 ans toute seule et qui a fait de lui un homme heureux avant de partir.
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Photo de profil de 69zoo69
69zoo69
5 janvier 2025 à 08:41
Très belle histoire, mais le titre aurait pu être "toutes les femmes s'appellent Marie-Jeanne" en hommage à Régine Desforges ;-))
Soyez respectueux
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Photo de profil de 69zoo69
69zoo69
5 janvier 2025 à 08:40
Très belle histoire, mais le titre aurait pu être "toutes les femmes s'appellent Marie-Jeanne" en hommage à Régine Desforges ;-))
Soyez respectueux
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Photo de profil de rtx42
rtx42
5 janvier 2025 à 07:49
C'est très triste mais très beau
Soyez respectueux
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Belphegor27
4 janvier 2025 à 22:14
Sans commentaire
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Photo de profil de Docsevere
Docsevere
4 janvier 2025 à 22:13
C'est touchant et terrible cette histoire. J'ai senti venir le dénouement, j'avoue
;) Ça aurait pu s'appeler aussi "L'amour d'une mère" tout simplement.
Tu ne nous avais pas habitué à ça... Alors on s'essaie à l'inceste ? :)

Tu ne perds rien de talent de conteuse, chère amie. Bravo.
Modifié 4 janvier 2025 à 22:15
Soyez respectueux
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