Le rôle du correcteur

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Lioubov
7 juin 2016 à 12:10
Quelle est la place du correcteur dans une histoire ?
Jusqu'à quel point intervient-il ?
Et si ses corrections bouleversaient le récit au point d’annihiler complètement l'identité de l'auteur présumé ?
Comment savoir si, à l'arrivée, le résultat ne lui appartient pas de A à Z ?
Alors qu'est-ce qu'un auteur, s'il a besoin d'un correcteur pour tout corriger à ce point ?
Et qu'en retire au bout du compte le correcteur en question ?

Voici de bien pertinentes questions auxquelles je vais tenter de répondre.
J’exprimerai un point de vue très subjectif puisqu’il s’agit du mien, mais qui est alimenté par une expérience de plusieurs années dans le domaine de la correction.

Quelle est la place du correcteur dans une histoire ?

Elle se situe entre l’auteur et l’éditeur ; c’est en quelque sorte une interface entre les idées que l’auteur désire diffuser (parfois de manière assez malhabile) et les contraintes liées à la publication : orthographe, grammaire, conjugaison, syntaxe, présentation, etc.

Jusqu'à quel point intervient-il ?

Les limites sont à définir avec l’auteur. Par exemple, sur Revebebe (un site sur lequel j’interviens en tant que correcteur), l’auteur a le choix entre « présentation et orthographe » et « toutes corrections ». Dans le premier cas, les corrections se limitent à la mise en page + l’élimination des fautes (quelles qu’elles soient) mais on ne modifie pas la ponctuation ni la structure des phrases pour en supprimer les maladresses. Dans le deuxième cas, toutes les corrections sont autorisées, celles-ci pouvant aller jusqu’au rewriting. Une limite à ne pas dépasser : il ne faut pas modifier les idées de l’auteur. Toutefois, je rectifie les erreurs historiques, géographiques, ou linguistiques (lorsqu’il s’agit de citations latines ou de phrases en anglais ou en italien).

Et si ses corrections bouleversaient le récit au point d’annihiler complètement l'identité de l'auteur présumé ?

C’est un piège à éviter ; il faut respecter le style de l’auteur sinon ça deviendrait de la co-écriture.

Comment savoir si, à l'arrivée, le résultat ne lui appartient pas de A à Z ?

Le correcteur étant un travailleur de l’ombre, le lecteur n’a aucun moyen de savoir ce qui se passe en amont, sauf que – comme je l’ai écrit quelques lignes plus haut – le correcteur ne modifie jamais la totalité du texte. En conséquence, le texte lui appartiendra peut-être de A à F, de A à M, de A à T, mais jamais de A à Z.

Alors qu'est-ce qu'un auteur, s'il a besoin d'un correcteur pour tout corriger à ce point ?

L’auteur est celui qui imagine le scénario ; c’est un créateur. Mais il a parfois – et même souvent – besoin de se faire assister d’un technicien de l’écriture pour pouvoir se faire publier. Ce n’est pas le cas pour tous (car certains sont capables d’écrire fort correctement). Il faut savoir que toutes les grandes maisons d’édition ont une équipe de correcteurs, mais il en existe cependant qui, dans certains cas (comme celui des prétendues autobiographies de personnalités « people ») font tout rédiger par des « nègres ».

Et qu'en retire au bout du compte le correcteur en question ?

Tout d’abord, le plaisir d’aider quelqu’un à faire publier ses histoires. Ensuite, la satisfaction de permettre au site de mettre en ligne des textes de bonne qualité. Enfin, un petit contentement personnel lorsque l’auteur cite le pseudo de son correcteur.

Mes rapports de correcteur avec les auteurs

Lorsqu’un auteur me contacte, je lui fournis une première correction de son texte pour savoir si elle lui convient, quitte à la modifier en fonction de ses observations ; dans la plupart des cas, il en est satisfait, et dès lors il me fait confiance pour tous ses autres textes. Certains me demandent mon avis sur leurs histoires ; d’autres souhaitent que je leur indique leurs fautes pour qu’ils puissent s’améliorer. En général, mes relations avec les auteurs sont bonnes, voire excellentes ; mais quelques-uns d’entre eux – très rares, heureusement – ont tendance à envisager comme un dû le travail bénévole que je fais pour eux. Je m’occupe donc en priorité de ceux qui ne me considèrent pas comme une machine à corriger.

D’autres témoignages de correcteurs pour confronter nos expériences ?
Modifié 7 juin 2016 à 12:14
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Réponses

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Utilisateur supprimé
7 juin 2016 à 13:09
Moi, je dis un grand merci à tous les correcteurs pour leur temps passé à accomplir leur tâche.
Juste valider une histoire contribue à nous permettre de la lire, et de satisfaire notre plaisir par la même occasion.
Votre travail bénévole est très important. On a de quoi vous en être reconnaissant.

Merci 😘
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Utilisateur supprimé
7 juin 2016 à 13:29
Il faut savoir que toutes les grandes maisons d’édition ont une équipe de correcteurs

Jusqu'à cinq euros demandés par page corrigée. Evitez de publier des daubes avec un tirage à trois chiffres, sinon l'entreprise risque d'être d'un mauvais rapport.

mais il en existe cependant qui, dans certains cas (comme celui des prétendues autobiographies de personnalités « people ») font tout rédiger par des « nègres ».

Un peu comme cet homme politique à qui on avait dit du bien de "son" livre et qui avait répondu qu'il n'avait pas eu le temps de le lire.

Ces gens-là sont de toutes les impostures.
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hpassage
7 juin 2016 à 14:04
Lioubov, tu m'impressionnes par la clarté let la pertinence de tes explications. Bravo :)

ps : Il est aussi mon correcteur ; il corrige mes fautes de grammaire et de ponctuation, et m'a fait d'excellentes suggestions au niveau mise en page.
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Lioubov
7 juin 2016 à 14:36
Il faut savoir que toutes les grandes maisons d’édition ont une équipe de correcteurs.

Jusqu'à cinq euros demandés par page corrigée.

Sauf que la totalité de ce montant ne va pas dans la poche du correcteur, car depuis quelques années les maisons d'édition ne salarient plus les correcteurs mais leur imposent le statut d'auto-entrepreneur afin de ne pas régler les charges sociales.

Et bien souvent les corrections sont faites au rabais, avec pour conséquence l'apparition de fautes de plus en plus fréquentes dans les livres publiés : comment faire consciencieusement son travail de correcteur, sachant qu'une page corrigée (soit environ une heure de travail) ne rapporte qu'un ou deux euros ?

Je suis quasiment certain qu'un jour ou l'autre des fautes apparaîtront dans la prestigieuse collection "La Pléïade".
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Lioubov
7 juin 2016 à 14:42
Un peu comme cet homme politique à qui on avait dit du bien de "son" livre et qui avait répondu qu'il n'avait pas eu le temps de le lire.
Ces gens-là sont de toutes les impostures.

S'ils pouvaient cantonner leurs impostures uniquement à la littérature...
Malheureusement pour nous et pour la démocratie, ils agissent de même en politique, n'hésitant pas à renier les engagements pris durant les campagnes électorales. Mais là je suis en train de flooder.
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StormX
7 juin 2016 à 15:53
Ayant moi-même corrigé des textes pour certains auteurs, je peux témoigner de la charge énorme que ce travail représente. Pour certains récits, mes corrections se sont essentiellement limitées à la mise en page et à l'élimination de quelques petites fautes. Pour d'autres, en revanche, la tâche a été plus ardue. Non seulement il y avait beaucoup de fautes mais la mise en page était très mauvaise. J'ai même eu entre les doigts un texte mélangeant le présent et le passé, à tel point que je ne savais plus si l'auteur souhaitait raconter son histoire au présent ou au passé. J'ai donc dû choisir l'un des deux temps, ce qui revenait à du rewriting.

Cependant, j'ai toujours plaisir à voir les textes que je corrige publiés et appréciés par les lecteurs.
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Erika_Xstory
7 juin 2016 à 16:34
Moi, je dis un grand merci à tous les correcteurs pour leur temps passé à accomplir leur tâche.
Juste valider une histoire contribue à nous permettre de la lire, et de satisfaire notre plaisir par la même occasion.
Votre travail bénévole est très important. On a de quoi vous en être reconnaissant.

Merci 😘

Je rejoins tout à fait les mots de Théa pour exprimer un grand merci aux correcteurs, qui sont peu nombreux mais très doués (et très patients parfois ^^).

Merci effectivement à Lioubov pour la clarté de ses explications. Egalement à StormX ; et en espérant que d'autres viennent aussi exprimer leurs ressentis à ce sujet.

Bonne fin de journée,
Erika.
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Utilisateur supprimé
7 juin 2016 à 17:23
Sauf que la totalité de ce montant ne va pas dans la poche du correcteur, car depuis quelques années les maisons d'édition ne salarient plus les correcteurs mais leur imposent le statut d'auto-entrepreneur afin de ne pas régler les charges sociales.

Et bien souvent les corrections sont faites au rabais, avec pour conséquence l'apparition de fautes de plus en plus fréquentes dans les livres publiés : comment faire consciencieusement son travail de correcteur, sachant qu'une page corrigée (soit environ une heure de travail) ne rapporte qu'un ou deux euros ? .

Tu as tout à fait raison. Il y a des écrivains connus comme Édouard Brasey qui sont totalement déçus par les maisons d'édition à cause des motifs que tu as exposé.
Un jour, il recrutait des lecteurs/correcteurs, en échange d'avantages en contrepartie, son roman "Anonymous", disponible sur Amazon.
J'ai eu la chance d'en faire partie, c'était une expérience vraiment enrichissante.
Il a décidé de se passer totalement d'éditeur, puisqu'il a fait paraître son roman uniquement en version numérisée, à un prix dérisoire. Pour dénoncer ces éditeurs qui payent des correcteurs au lance pierre et qui vendent des romans bourrés de fautes à des prix astronomiques. Édouard Brasey est le premier auteur à l'avoir fait. Bien sûr, il s'est fait lyncher.
Modifié 7 juin 2016 à 17:25
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Docsevere
7 juin 2016 à 22:23
Personnellement, quand je fais des corrections, je corrige l'orthographe, la conjugaison, la ponctuation (quand elle est vraiment trop aberrante), et des expressions (quand elles ne veulent rien dire ou sont plutôt des contre-sens...)

Pour le reste je m'oblige à ne faire que des suggestions. Je ne vais pas jusqu'à proposer des synonymes, d'autres mots pour éviter les répétitions ou l'impression d'un manque de vocabulaire. Dans le cas contraire ce serait réécrire l'histoire.
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rorschach2.0
8 juin 2016 à 21:20
Merci Lioubov d’avoir répondu avec autant de patience et de clarté, et surtout bien plus de perspicacité que j’en attendais.

J’ignorais que la plupart des écrivains édités avaient recours aux services d’un correcteur. J’en suis scotché !

Je sais ce qu’est « un nègre », bien-sûr, mais je n’imaginais pas qu’un correcteur avait autant d’importance, de pouvoir, qu’un traducteur par exemple, qui fait lui-même un travail de réécriture remarquable par rapport au matériau d’origine.

Je me plais à penser que les vrais écrivains – comme Houellebecq mon préféré, et tant d’autres je l’espère - sont responsables de A à Z de leur production littéraire.

Parce que le corolaire à ton explication signifie qu’un auteur n’est jamais entièrement responsable du résultat édité. Et c’est terrifiant. Je n’ose pas y croire.

Car nous ne parlons plus seulement d’écrivaillons qui s’amusent à engranger des points sur un site de cul, mais de littérature…
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Jieff
8 juin 2016 à 21:38
"je n’imaginais pas qu’un correcteur avait autant d’importance, de pouvoir, qu’un traducteur"

Sans vouloir minimiser...
N'exagérons rien, comme tu le dis plus loin, un traducteur re-écris l'histoire.
J'ai fait un peu de traduction d'anglais. Juste pour des amis.
Le plus difficile n'est pas de comprendre, mais d'écrire la "presque même chose" dans un français souple, agréable, aussi riche que l'original et, de plus, fidèle au texte. Cela demande une véritable double culture une maitrise parfaite de DEUX langues..
Beaucoup de grands écrivain ont fait des traductions. Boris Vian par exemple.
Chapeau haut de forme à eux. :)
Soyez respectueux
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rorschach2.0
9 juin 2016 à 00:08
Je n'ai jamais dit le contraire, au contraire...

Mais si tu le souhaites, Jieff, je peux t'apprendre comment on quote, je sais le faire moi-même depuis peu !
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Jieff
9 juin 2016 à 07:05
Ror

Tu permet que je t'appelle Ror ? Je ne tape que d'un doigt et je fatigue vite.

Je t'avais écrit un super beautiful et magnifique message de réponse, mais... fausse manip. :(
Tout perdu...
PAF les ordis! :(

"Je n'ai jamais dit le contraire, au contraire..."

Moi non plus, Je dirai même plus- bien au contraire.
De plus et au contraire, j'avais demandé et obtenu l'avis éclairé d'un contraire. :)

Pour les quotes, je trouve que faire un simple copié/collé de quelques mots précis à commenter, puis ajouter des guillemets et sauter une ligne permet de mieux cerner les discours, que de reprendre l'intégralité sur ce fond grisé inconfortable à lire.
Ne manquent que les typos italiques.
Merci de ta proposition :)
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