On va se dire des choses qu’on ne dit presque jamais.
Pas les trucs mignons. Pas les réponses bien peignées qu’on lâche en société pour faire joli ou pour flatter la galerie. Les vraies. Celles qui collent aux doigts, qui sentent le chaud et qui restent incrustées sous l’épiderme longtemps après qu’on a éteint la lampe.
J’ai attrapé le Questionnaire de Proust par le colbac et je l’ai traîné sans ménagement jusqu’au plumard. Draps en vrac, lumière crue de fin de nuit, zéro manières, zéro politesse de salon. On tombe les masques et les fards. Si tu as envie de jouer le jeu, viens comme tu es et réponds à ce qui te démange.
Une seule question. Trois d'affilée. La totale si le cœur t'en dit. Au grand jour sous les yeux de tout le monde ou bien planqué au fond de ma boîte privée, c’est toi qui vois.
Juste une chose : sois aussi honnête que tu as le cran de l’être. Par les temps qui courent, un peu de vérité à nu, c’est devenu tellement rare.
Les questions :
Dis-moi d’abord à quoi ressemble pour toi le bonheur érotique parfait. Pas le scénario de film, le vrai, celui qui te ferait fermer les yeux en souriant ?
Et ta plus grande peur au lit, celle qui te serre un peu le ventre même quand tout va bien ?
Le trait que tu déplores le plus en toi dans l’intimité. Celui que tu aimerais bien pouvoir éteindre parfois ?
Et celui que tu déplores le plus chez un partenaire. Le détail qui te sort complètement de l’histoire ?
Ta plus grande extravagance sexuelle. Celle que tu as déjà osé ou celle qui te fait encore un peu peur rien que d’y penser ?
À quelle occasion tu mens avant, pendant ou après. Parce qu’on sait toutes que ça arrive ?
Ce qui te déplaît le plus dans ton corps nu. La zone, le détail, la lumière, peu importe ?
La qualité que tu exiges vraiment chez un homme ou une femme au lit. Pas celle qu’on met sur les profils, celle sans laquelle tu restes un peu sur ta faim ?
Ton plus grand désir en ce moment. Ou la personne qui l’incarne ?
Quand et où tu as connu ton plus intense plaisir. Le souvenir précis, s’il est encore net ?
Si tu pouvais changer une seule chose à ta sexualité, laquelle serait-ce ?
Ton fantasme le plus récurrent, sans filtre aucun ?
Et celui que tu n’as jamais avoué à personne ?
La pratique que tu veux tester. Et celle que tu refuses catégoriquement ?
Ce que tu aimes le plus faire. Et ce que tu aimes le plus subir ?
Soft, rough, contrôle, abandon. Où tu te situes vraiment, pas où tu aimerais te situer ?
Les paroles sales. Tu en dis, tu en reçois, tu en as besoin pour jouir, ou c’est juste du bruit de fond ?
Quand tu es seule. Comment tu te touches, et à quoi tu penses vraiment ?
À deux en couple exclusif, ou à plusieurs, libertinage, polyamour… concrètement, qu’est-ce que tu en penses. Tu préfères quoi, et pourquoi ?
Le lieu, le vêtement ou le détail qui te fait basculer d’un coup ?
Le scénario que tu rejoues dans ta tête, encore et encore ?
Ta limite actuelle. Et celle que tu aimerais bien réussir à déplacer un jour ?
Ta plus grosse déception. Et ta plus belle surprise ?
Un mot à entendre, ou un mot à dire, exactement au moment de jouir ?
Et pour finir, ta devise au lit. La vraie, la crue, celle que tu n’écrirais jamais sur un mur ?
Allez, je me lance : voilà mon autopsie intime, pas de panique, je me suis totalement lâchée sans jouer les saintes nitouches. Pas besoin de me pondre une thèse de doctorat en retour, respire un grand coup, lis ça au calme et dis-moi juste ce qui t'achève le plus là-dedans.
Dis-moi d’abord à quoi ressemble pour toi le bonheur érotique parfait. Pas le scénario de film, le vrai, celui qui te ferait fermer les yeux en souriant ?
L'abdication totale de mon cortex préfrontal face à une éloquence qui me dépasse. Pas un corps de gymnaste, non, une voix, homme ou femme, capable de me citer du Spinoza ou de me déconstruire une dialectique médiévale tout en glissant une main lourde sous mon pull irlandais en maille. Le vrai bonheur : fermer les yeux, entendre un rire rauque au creux de l'oreille, et savoir que la personne aux commandes a un cerveau assez acéré pour m'interdire de penser pendant une heure.
Et ta plus grande peur au lit, celle qui te serre un peu le ventre même quand tout va bien ?
La vacuité intellectuelle qui s'étale après l'effort. Ce moment sordide où le silence se remplit d'un babillage insipide ou de platitudes d'enfants gâtés. Dès que je réalise que l'autre n'a rien dans le ventre ni sous le crâne, mon bassin se verrouille plus vite qu'une grille de coron.
Le trait que tu déplores le plus en toi dans l’intimité. Celui que tu aimerais bien pouvoir éteindre parfois ?
Cette sale manie professorale de tout analyser. Même en pleine montée de sève, une pensée parasite s'incruste : vérifier mentalement la cuisson des lentilles, décortiquer le champ lexical du soupir du partenaire ou songer à une copie d'adolescent sur la laïcité. C'est un poison de transfuge de classe, cette terreur de baisser la garde.
Et celui que tu déplores le plus chez un partenaire. Le détail qui te sort complètement de l’histoire ?
Le côté dikkenek, chez le mec arrogant qui s'écoute jouir comme s'il inventait la roue, ou chez la femme maniérée qui minaude pour singer une poupée de vitrine. La bêtise prétentieuse me coupe la respiration, au mauvais sens du terme.
Ta plus grande extravagance sexuelle. Celle que tu as déjà osé ou celle qui te fait encore un peu peur rien que d’y penser ?
Avoir fait l'amour contre un mur de briques humides dans une ruelle sombre derrière un vieux cinéma d'art et d'essai, après trois whiskys et un concert de rock qui m'avait laissé les oreilles bourdonnantes. Mes collants en laine y sont restés, mes genoux aussi. Zéro regret.
À quelle occasion tu mens avant, pendant ou après. Parce qu’on sait toutes que ça arrive ?
Par charité pédagogique, parfois. Quand la volonté était sincère mais que l'exécution manquait cruellement d'esprit et de consistance. Je glisse un sourire complice, je flatte l'effort, et je prétexte une faim urgente de frites ou une insomnie pour me réfugier dans mes livres.
Ce qui te déplaît le plus dans ton corps nu. La zone, le détail, la lumière, peu importe ?
Rien de dramatique, mais après trois grossesses et quarante-cinq ans de bonne chère, la fermeté absolue des vingt ans est un lointain souvenir de musée. Disons que la lumière crue d'un plafonnier blanc d'Ikea reste mon ennemie jurée. Donnez moi des bougies ou l'obscurité d'un sous-sol, merci pour la carnation laiteuse.
La qualité que tu exiges vraiment chez un homme ou une femme au lit. Pas celle qu’on met sur les profils, celle sans laquelle tu restes un peu sur ta faim ?
Une culture vivante et une autorité organique. Que ce soit une femme aux ongles courts et au verbe tranchant ou un homme aux avant-bras solides qui sait manier les concepts sans trembler : si vous bafouillez devant une contradiction, vous ne toucherez pas à mes cuisses.
Ton plus grand désir en ce moment. Ou la personne qui l’incarne ?
Un week-end entier enfermée dans un hôtel en briques rouges avec de la pluie battante aux fenêtres, une bouteille de rouge charpenté, et un homme qui me prend contre le bureau jusqu'à faire voler mes notes de cours à travers la pièce.
Quand et où tu as connu ton plus intense plaisir. Le souvenir précis, s’il est encore net ?
À vingt-quatre ans, sur un parquet ciré qui sentait la poussière et le sel de mer, fenêtre ouverte sur le large. Le genre d'absolu qu'on ne vit qu'une fois avant que la vie ne vienne tout compliquer.
Si tu pouvais changer une seule chose à ta sexualité, laquelle serait-ce ?
Rien à l'appétit, mais m'accorder une nuit entière sans regarder le cadran pour savoir si je vais tenir mes quatre heures de sommeil avant le réveil des gosses.
Ton fantasme le plus récurrent, sans filtre aucun ?
Une joute oratoire féroce dans un séminaire universitaire qui dérape à huis clos, les livres qui volent au sol, les mains qui agrippent la gorge juste assez pour couper la parole, et l'abandon forcé face à un esprit plus brillant que le mien.
Et celui que tu n’as jamais avoué à personne ?
Si je vous le dis sur un forum public, ce n'est plus un secret d'alcôve. Disons simplement qu'il implique une bibliothèque capitonnée, un silence religieux et l'interdiction formelle d'émettre le moindre son sous peine de punition immédiate.
La pratique que tu veux tester. Et celle que tu refuses catégoriquement ? Tester le bondage japonais rigoureux, le vrai Shibari suspendu où chaque corde compense la gravité. Refuser les saunas libertins glauques où la chair n'est qu'un kilo de viande sans conversation. Le désir sans esthétique, c'est du brol.
Ce que tu aimes le plus faire. Et ce que tu aimes le plus subir ? Faire courber l'échine à un(e) prétentieux(se) en démontant ses certitudes entre deux gémissements. Subir une prise ferme, sans négociation possible, qui m'arrache ma carapace de maîtresse femme.
Soft, rough, contrôle, abandon. Où tu te situes vraiment, pas où tu aimerais te situer ?
Contrôle cérébral féroce en public, abandon dionysiaque immédiat dès que l'intelligence de l'autre m'a terrassée.
Les paroles sales. Tu en dis, tu en reçois, tu en as besoin pour jouir, ou c’est juste du bruit de fond ?
Elles doivent être d'une précision chirurgicale. Si c'est pour m'asséner du vocabulaire de vestiaire de football, allez voir ailleurs. J'exige une voix basse, une articulation nette, des mots anatomiques glissés dans l'oreille avec le ton d'une sentence judiciaire.
Quand tu es seule. Comment tu te touches, et à quoi tu penses vraiment ?
Tard, après minuit, quand la maison dort. Le casque sur les oreilles avec du doom metal ou la voix caverneuse de Chelsea Wolfe, les doigts précis, en songeant à un regard féminin qui me déshabille avec une insolence royale. Rapide, souverain, sans remords.
À deux en couple exclusif, ou à plusieurs, libertinage, polyamour… concrètement, qu’est-ce que tu en penses. Tu préfères quoi, et pourquoi ? Living Apart Together. Qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme, chacun ses clefs, son loyer et ses chaussettes sales. On se dévore, on se stimule la boîte crânienne, mais au petit matin, tout le monde regagne son sanctuaire. Rien n'assassine plus sûrement l'érotisme que la gestion des bacs à linge.
Le lieu, le vêtement ou le détail qui te fait basculer d’un coup ?
Une diction irréprochable, des lunettes retirées d'un geste sec, l'odeur du café fort mêlée à celle d'un parfum boisé d'armoise.
Le scénario que tu rejoues dans ta tête, encore et encore ?
C'est le bureau de direction, un vendredi soir d'octobre vers dix-huit heures trente.
Dehors, une vraie drache nationale transforme la chaussée d'Ixelles en miroir noir. Le lycée est totalement vide. Pas une âme qui traîne, juste les bruits de tuyauterie qui claquent dans les vieux radiateurs en fonte. J'ai encore mon cartable en cuir patiné sous le bras, ma pince en écaille qui retient mes boucles rousses de travers et une trace de craie blanche sur la manche de mon blazer en laine. J'ai les pieds qui tirent après six heures de cours devant des adolescents intenables.
J'entre pour déposer une farde de comptes rendus. La porte se verrouille à clé derrière moi avec un déclic sec.
L'odeur de la pièce me frappe d'abord, tabac froid, cire de parquet et papier ancien. Étienne ne dit pas un mot, il contourne la grande table en chêne, défait sa cravate d'un geste sec et retrousse ses manches de chemise jusqu'aux coudes. C'est toujours ce détail là qui me liquide, ces avant-bras solides et cette autorité muette, sans emphase, sans le moindre verbiage théâtral.
Il me retire mon manteau trempé, écarte mon cartable sans ménagement pour faire de la place sur le buvard, et me force à me retourner face au bureau, les mains à plat sur le bois froid.
L'interdiction formelle est posée à voix basse, tout près de mon oreille : pas un seul mot, pas un gémissement trop sonore qui traverserait les doubles portes capitonnées. C'est la règle. Il relève lentement le drap de laine de ma jupe crayon. L'air glacé de la pièce sur le haut de mes cuisses nues crée un contraste violent avec la chaleur de ses paumes qui s'ancrent sur mes hanches larges. Il ne demande pas d'autorisation, il sait exactement où appuyer.
La prise est ferme, lourde, presque clinique. Mes repères intellectuels, mes fiches de cours, le contrôle permanent que j'exerce sur le monde, tout s'effondre en une seconde. Je mords l'intérieur de ma joue pour ne pas faire de bruit pendant que le rythme s'impose, régulier, profond, méthodique. Il me maintient fermement contre le plateau ciré, une main plaquée à la base de ma nuque, m'interdisant de bouger d'un millimètre.
C'est cette perte totale de souveraineté, ce silence obligé dans un lieu d'autorité institutionnelle pendant que la pluie cogne contre les carreaux, qui tourne en boucle dans ma tête dès que j'éteins la lumière de ma chambre à minuit passé.
Ta limite actuelle. Et celle que tu aimerais bien réussir à déplacer un jour ? Actuelle, le respect de mon sanctuaire domestique, personne n'y fout le bordel. À déplacer, accepter de me laisser aller sans garder un œil ouvert sur l'environnement.
Ta plus grosse déception. Et ta plus belle surprise ? Déception, les beaux parleurs qui font des promesses épiques autour d'un verre et qui se révèlent être des paresseux au pieu. Surprise, cette femme bibliothécaire aux cheveux tirés qui, un soir de drache bruxelloise, m'a renversée sur une table avec une vigueur de bûcheron ardennais.
Un mot à entendre, ou un mot à dire, exactement au moment de jouir ? « Obéis. » Non pas comme une humiliation, mais comme la délivrance de mon devoir de tout diriger.
Et pour finir, ta devise au lit. La vraie, la crue, celle que tu n’écrirais jamais sur un mur ?
La chair n'a pas d'état d'âme, alors épargne moi tes hésitations et prends ce pour quoi tu es venu.
Pas les trucs mignons. Pas les réponses bien peignées qu’on lâche en société pour faire joli ou pour flatter la galerie. Les vraies. Celles qui collent aux doigts, qui sentent le chaud et qui restent incrustées sous l’épiderme longtemps après qu’on a éteint la lampe.
J’ai attrapé le Questionnaire de Proust par le colbac et je l’ai traîné sans ménagement jusqu’au plumard. Draps en vrac, lumière crue de fin de nuit, zéro manières, zéro politesse de salon. On tombe les masques et les fards. Si tu as envie de jouer le jeu, viens comme tu es et réponds à ce qui te démange.
Une seule question. Trois d'affilée. La totale si le cœur t'en dit. Au grand jour sous les yeux de tout le monde ou bien planqué au fond de ma boîte privée, c’est toi qui vois.
Juste une chose : sois aussi honnête que tu as le cran de l’être. Par les temps qui courent, un peu de vérité à nu, c’est devenu tellement rare.
Les questions :
Dis-moi d’abord à quoi ressemble pour toi le bonheur érotique parfait. Pas le scénario de film, le vrai, celui qui te ferait fermer les yeux en souriant ?
Et ta plus grande peur au lit, celle qui te serre un peu le ventre même quand tout va bien ?
Le trait que tu déplores le plus en toi dans l’intimité. Celui que tu aimerais bien pouvoir éteindre parfois ?
Et celui que tu déplores le plus chez un partenaire. Le détail qui te sort complètement de l’histoire ?
Ta plus grande extravagance sexuelle. Celle que tu as déjà osé ou celle qui te fait encore un peu peur rien que d’y penser ?
À quelle occasion tu mens avant, pendant ou après. Parce qu’on sait toutes que ça arrive ?
Ce qui te déplaît le plus dans ton corps nu. La zone, le détail, la lumière, peu importe ?
La qualité que tu exiges vraiment chez un homme ou une femme au lit. Pas celle qu’on met sur les profils, celle sans laquelle tu restes un peu sur ta faim ?
Ton plus grand désir en ce moment. Ou la personne qui l’incarne ?
Quand et où tu as connu ton plus intense plaisir. Le souvenir précis, s’il est encore net ?
Si tu pouvais changer une seule chose à ta sexualité, laquelle serait-ce ?
Ton fantasme le plus récurrent, sans filtre aucun ?
Et celui que tu n’as jamais avoué à personne ?
La pratique que tu veux tester. Et celle que tu refuses catégoriquement ?
Ce que tu aimes le plus faire. Et ce que tu aimes le plus subir ?
Soft, rough, contrôle, abandon. Où tu te situes vraiment, pas où tu aimerais te situer ?
Les paroles sales. Tu en dis, tu en reçois, tu en as besoin pour jouir, ou c’est juste du bruit de fond ?
Quand tu es seule. Comment tu te touches, et à quoi tu penses vraiment ?
À deux en couple exclusif, ou à plusieurs, libertinage, polyamour… concrètement, qu’est-ce que tu en penses. Tu préfères quoi, et pourquoi ?
Le lieu, le vêtement ou le détail qui te fait basculer d’un coup ?
Le scénario que tu rejoues dans ta tête, encore et encore ?
Ta limite actuelle. Et celle que tu aimerais bien réussir à déplacer un jour ?
Ta plus grosse déception. Et ta plus belle surprise ?
Un mot à entendre, ou un mot à dire, exactement au moment de jouir ?
Et pour finir, ta devise au lit. La vraie, la crue, celle que tu n’écrirais jamais sur un mur ?