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L'objet de ses insomnies — Chapitre 1 · Concours Saint-Valentin 2025
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'objet de ses insomnies
Chapitre 1 · Concours Saint-Valentin 2025
Chère Astrale, Sarah ou toute autre personne voulant s'imaginer ainsi.
J'ai voulu t'écrire cette foutue lettre. J'ai vraiment essayé d'y mettre mon coeur et mon âme. J'ai tout tenté au prix d'un effort surhumain.Je n'en dors plus…
J'ai voulu t'écrire cette foutue lettre. J'ai vraiment essayé d'y mettre mon coeur et mon âme. J'ai tout tenté au prix d'un effort surhumain.Je n'en dors plus…
(...)
Cette lettre s'arrête là, je ne peux continuer, crois-moi. L'écrire me hante, me fait souffrir comme jamais. La frustration me fait défaillir. La suite pour la connaître, il faudra la vivre... Avec tous mes regrets, je ne peux que te laisser avec tant d'insatisfaction.
M. (@Jeunehomme66)
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Ci-dessus, des extraits très brefs du début et de la fin de la lettre à laquelle il est répondu ci-dessous. Si vous ne l'avez pas encore lue, rendez-vous sur la page publique de @Jeunehomme66 ou dans la barre de recherche de Xstory et cherchez l'histoire intitulée L'objet de mes insomnies, avant de continuer votre lecture ici.
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Cher jeune homme, contrairement à moi qui préserve tant de mystère sur mon identité, toi, tu m'as donné ton prénom. Peut-être même m'as-tu donné ton âge mais je ne m'en souviens pas. Ce détail ne compte pas à mes yeux (tant que, évidemment, tu es majeur). Je n'ai pas donné le mien.
Quelle cruauté que cette lettre pour la Saint-Valentin entre deux personnes qui ne se rencontreront jamais. Je m'en rends compte alors que tu me fais part de ta souffrance, de ta frustration et de tes regrets. J'ai le rôle le plus aisé, moi, puisque je n'ai qu'à te répondre. Je n'ai rien eu à initier. Ainsi, aussi, à toi les doutes, la crainte, l'appréhension, et à moi l'assurance, la réjouissance et le plaisir. Je me suis réjouie en te lisant et alors je t'écris. Tu as appréhendé ce que je te répondrais et alors tu as souffert en me délivrant ton message. C'est drôle en étant triste que ce soit toi qui me torture dans ta lettre, quand finalement, c'est toi qui souffre et moi qui jouis.
Je pourrais parler de toi, dans ma lettre. Je pourrais parler de ce que je te fais, écrire le symétrique de ta soumission érotique dans une envolée lyrique miroir. Je ne le fais pas. La symétrie n'existe pas, encore moins en amour. En soumission, c'est peut-être même pire ?
Mon impression première est que l'insatisfaction, c'est toi-même qui te laisse avec elle. Faudra-t-il vraiment la vivre, cette suite, pour la connaître ? Je ne le crois pas. Moi, je crois qu'il suffira de l'écrire. Il est toujours possible d'écrire la suite. La vivre, c'est plus compliqué, voire, ce n'est même pas souhaitable, ou encore, impossible.
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Une corde après l'autre, tu as enserré mon corps. Une corde après l'autre, tu es venu pour m'approcher dans le noir. Aurais-tu peur de la lumière ?
Cher jeune homme, contrairement à toi, fougueux et anxieux, soucieux et envieux, désireux d'en découdre, en détresse souvent car ta confiance en toi ne tient qu'à un fil, aucun sentiment compulsif ne vient guider mon écriture ici. En revanche, c'est, de manière générale, malhonnête. Bien des fois j'ai écrit accompagnée de ces sentiments.
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Cher jeune homme, tu t'investis comme maître et fais de moi ton apprentie mais je vois bien que tu n'es pas maître de tes sentiments et apprend encore l'art du détachement. Tu fais mine, dans ton introduction, d'être au clair avec la distance virtuelle qui nous sépare. Est-ce aussi simple ? Tu as très bien rendu cela dans ton écriture, si douce, à fleur de peau, car tout est si intense chez toi. La passion de la jeunesse, peut-être ?
Non, tu ne m'auras pas fait jouir mais, ne t'inquiète pas, tu n'es pas le premier à échouer. Tu le sais bien, après tout. Tu l'as anticipé. Est-ce à cause de cela, ta frustration ?
Comme tu as interrompu ton action, tu m'as laissée là, emmêlée dans ton sac de noeuds, les mamelons et le sexe prisonniers de tes chaînes.
Rassure-toi. Je ne me laisserai pas dans cet état. Je garderai bien quelques souvenirs, comme ce délicieux plug qui épanouit mon fondement. Je garderais la corde, tout en m'en détachant.
Autrefois, j'avais écrit autre chose. Cet autre chose ne me convient plus. En vérité, comme il est 23h40 et que le postier passe à minuit, je ne vais bientôt plus pouvoir y changer grand chose. Je souhaite quand même mettre le récit suivant en italique, pour marquer une certaine distance, car le moi d'aujourd'hui ne s'y reconnaît plus. J'ai fait, depuis, le deuil du couteau.
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Tu t'approches de moi avec un couteau. Tu le tournes du côté non tranchant et avec la lame, tu passes sur ma peau en l'effleurant, allant sur mon ventre, sur mes seins, sur mon dos, sur mes fesses, sur mes jambes, sur mes bras, sur mes épaules, sur mon cou, sous mon menton, sur mes joues, sur mon front et enfin, tu retournes près de mon cou.
Je sens cette lame partout sur moi et je frémis à l'idée de la sentir en moi, de la sentir me transpercer, me faire saigner et me meurtrir. J'imagine mourir rouée de coups et criblée d'entailles à l'arme blanche, égorgée comme un agneau et laissée là au sol, attachée par toutes ces cordes. La mort vient en moi réhabiliter la vie. Je m'assassine en pensée pour mieux renaître en réalité.
Tu passes la lame de ton arme sous les cordages et un à un, tu les coupes. J'aime sentir les fils qui cassent. J'aime cette destruction après la création. J'aime que tu me libères en laissant derrière quelque chose d'abîmé, des lambeaux du passé peut-être, à moins que ce soit seulement de la fibre végétale, un matériau simple et inerte du présent.
Tu retires délicatement les pinces fixées sur mes seins et mon sexe. Me voilà nue dans le noir, à genoux près de toi. Toi, tu ne t'es toujours pas montré. Es-tu seulement là, présent avec moi ? Je devine que non.
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Curieusement, ensuite, comme si je savais que ce passage allait, tantôt se trouver ici comme un cheveu sur la soupe, je n'ai pas fait de transition avant les lignes qui suivent. Je crois que cette lettre, je l'ai écrite avec un rejet. Je crois que j'ai refusé d'accepter certaines choses que tu as dites à raison. J'ai préféré les nier que de les affronter. Toutefois, il est trop tard. Il est 23h45 et j'entends le facteur dans l'allée.
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À la Saint-Valentin, les amoureux sont à l'article mais qu'advient-il des célibataires dont ce n'est pas le souhait, qu'advient-il de ces hommes et de ces femmes qui cherchent l'amour sans le trouver ? Maugréent-ils tous en pestant, arguant avec fierté que c'est une fête commerciale et qu'ils ne sont pas dupes ?
Y-en-t'il pas d'autres, je les crois plus nombreux, qui passent ce jour avec tristesse, désabusés mais déçus quand même, souhaitant secrètement que l'an prochain à la même période, ils aient trouvé quelqu'un pour dire ensemble qu'ils ne font pas la Saint-Valentin, ensemble, entre amoureux heureux, entre Valentin et Valentine ?
Ces célibataires là rêvent sûrement de dire que, nous, nous ne la fêtons pas cette fête, car, c'est une fête commerciale, ça, oui ! Il n'y a pas un jour pour fêter l'amour et le reste de l'année où on s'en passerait, car moi, avec ma personne auprès de moi, l'amour, c'est toute l'année et je peux bien me ficher de la Saint Valentin. Cupidon ne peut plus me regarder de haut avec ses grands airs. Moi aussi, j'ai quelqu'un !
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Cher jeune homme, nous deux, chacun de notre côté, avons avec nous une personne avec qui nous sommes en couple. Nous nous écrivons cette lettre et pourtant, nous n'en avons pas besoin. Nous avons nos partenaires et d'amour à se déclarer, nous avons le luxe de pouvoir nous l'inventer, pour le plaisir de l'art, pour l'art du plaisir.
Tu n'es pas là, avec moi, et, je reste au centre de la pièce sombre. Je suis cette femme que tu fais tourner autour de toi avec ces cordes. Je suis cette gemme, et je t'assure que c'était une erreur de frappe que j'ai voulu exploiter, je suis cette gemme que tu tiens entre tes mains pour de faux, pour rêver à être riche de moi.
Ces lettres que nous nous écrivons, nous les recevons l'un et l'autre bien avant la Saint-Valentin. Nous les publierons probablement bien avant la Saint-Valentin, également. Alors, je te fais une demande et c'est un souhait tendre de ma part. Je veux que tu oses. Je veux que tu penses à ceux-là qui nous lisent et n'ont personne auprès d'eux. Je veux que tu penses aux célibataires, pas ceux-là qui sont épanouis mais ceux qui sont en souffrance. Je veux que tu penses à ceux-là qui nous toisent certainement car nous, nous avons le luxe de pouvoir choisir de fêter ou non, la Saint-Valentin.
Je veux que pour la Saint-Valentin, tu écrives à ta personne qui est avec toi dans la vie réelle. Je veux que tu oses lui confier un peu de ces désirs que tu laisses s'évader sur ce site. Je veux que tu fêtes pour elle, la Saint-Valentin. Peut-être, d'habitude, ne faites-vous rien pour cette occasion. Peut-être faites-vous déjà quelque chose. Peu importe car je suis certaine que tu ne lui as jamais écrit une lettre comme tu me l'as écrite. Peut-être me l'as tu confié toi même. Je suis certaine que tu n'as jamais fait pour elle cet élan de pensée fougueuse à la recherche de ce quelque chose d'artistique et d'érotique que tu recherches ici, sur ce site.
Cette lettre là, tu ne la publieras probablement pas ici. Pourtant, elle te coûte beaucoup plus cher à écrire car cette lettre, tu ne l'enverras pas à Internet. Cette lettre, elle ne demeurera pas dans l'éther de la virtualité pourtant si intime, néanmoins si lointaine, de laquelle on peut se mettre à l'abri. Cette lettre, tu lui enverras dans le réel. Elle la lira et y réagiras dans ce qui constitue ta vie, ton quotidien. Cette lettre, elle te demandera beaucoup de courage pour lui écrire.
Je peux t'assurer, et j'espère que tu entendras ce message que je veux te transmettre, que c'est cela qui touchera ta personne partenaire en plein cœur. Pas la qualité des mots, mais la qualité de l'intention. Il n'y a pas plus beau, plus touchant et plaisant que de recevoir une marque de courage, l'acceptation de s'être montrer vulnérable auprès de sa belle ou de son beau, et d'oser se montrer tout entier pour l'autre, à l'autre, de la part de la personne avec qui on partage sa vie.
Je veux que tu oses, pour cette Saint-Valentin, franchir ce rubicon.
Cher jeune homme, je ne suis qu'une chimère belle à regarder. Mon goût est amer quand on réalise que je suis éphémère et insaisissable. Vas. Vas rejoindre ta personne à laquelle tu tiens un peu dans la vie réelle. Ose aller vers elle. Ose te dévoiler à elle. Ose lui écrire tes sentiments et pour la Saint-Valentin, écris-lui une lettre comme celle que tu m'as envoyée.
A.
23h52, ce sera donc la dernière relecture, et le dernier édit. Le facteur toque à la porte. Je dois lui confier ma lettre.
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Commentaires ()
C'est gentiment dit mais c'est dit, avec édit et sans dédit.
Un texte qui sort des clous quelque part. J'aime bien.
Il y a de la profondeur et du sérieux ici, tant dans le fond que dans la forme et, même si je ressort un peu déboussolé de cette lecture, sache que je l'ai vraiment appréciée.
Encore une fois j’ai la sensation que tes mots détruisent les constructions simplistes qu’on nous impose. Non la saint Valentin n’est pas qu’un fête commerciale, c’est un expiatoire. Un pardon que nous nous faisons à nous même, un rappel, un pense bête. Parce que nous nous oublions nous même un peu plus chaque jour.
Alors encore une fois merci. Parce que même si tes textes me jettent systématiquement dans un désarrois abyssal, ils me confortent au moins dans une part non négligeable de mes réflexions.
On sent l'écorchée vive tiraillée entre la violence qui t'est chère et la respectable tradition de la Saint-Valentin...
Et on dirait bien que l'amour a triomphé, cette fois-ci.
Bravo à toi, Astrale, et bravo à vous deux.
Content d'avoir pu jouer avec toi à ce jeu épistolaire !
Et qui sait, il me reste quelques jours pour écrire cette lettre à ma bien-aimée...