Un baiser d'éternité
Chapitre 1
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✦ Norcle Un baiser d'éternité XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Un baiser d'éternité — Chapitre 1

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Norcle
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Un baiser d'éternité

Chapitre 1

- Environ 2220 mots - 8 à 9 minutes de lecture -
    Un soir d'été au sortir d'une chaude journée. Une très douce brise souffle doucement sur leurs épaules. Les brins d'herbe frémissent à peine. Les boutons d'or vacillent. Les myosotis tremblottent. Ce petit air très léger rafraîchit tout de même l'atmosphère. Il fait bon. Elle a ôté depuis bien longtemps son sweat, et lui son cardigan. Leurs bras nus apprécient les caresses furtives de la brise.
    Des montagnes tout autour, à perte de vue, où que se pose leur regard. Certaines ont leur sommet caché sous un épais névé, contraste du blanc éclatant de la neige immaculée et du terne gris-brun de la roche. La nature à l'état sauvage, inaltérée, intacte. Des forêts de sapins et de hêtres de tout âge, camaïeu de vert, des rochers et des prairies bigarrées partout où se posent les yeux. Le soleil vient de disparaître derrière un pic loinain, sans lâcher de rayon vert de par son azimut un brin élevé. Le ciel est à peine rougeâtre, et le ciel au-dessus d'eux est encore bien bleu. L'atmosphère n'est pas tout à fait entre chien et loup, tout est calme, un peu lent, ouaté. Un petit cocon isolé, au milieu de nulle part.
    Un bord de lac. Les eaux sont tranquilles et presque silencieuses. Quelques clapotis par-ci, par-là : des poissons lâchent des bulles, et le petit courant d'air peine à faire onduler la surface de l'eau. De minuscules vagues caressent doucement la berge faite de gravillons et de petits galets. Quelques têtards s'agitent autour d'un quignon de pain flottant au bord de la rive, abandonné là par quelque hiker plus tôt dans l'après-midi. La belle transparence de l'eau rappelle sa pureté. Elle est froide, bien qu'elle ait été sous les chauds rayons du soleil durant de longues heures. Ils y ont plongé leurs mains, pour se rafraîchir, l'ont goûtée pour ne pas offenser la Nature qui leur présente ce qu'elle a de plus précieux.
    Des abeilles furetantes viennent de temps en temps butiner, à quelques pas d'eux. Leur bourdonnement s'arrête un instant, puis reprend quand elles partent vers une nouvelle fleur. Des papillons de toute taille volètent çà et là, se posent sur des épis ou des touffes dépassant l'herbe, parfois sur leur genou ou leur pied. Ils battent des ailes silencieusement. Leur vol saccadé semble un peu irréel : on dirait de simples petits morceaux de papier de soie multicolore que l'on agite au bout d'une ficelle invisible tombant du ciel. Un magnifique spécimen aux grandes ailes bleues se pose sur un de ses genoux à elle, par-dessus sa robe. Il reste ainsi une minute, les ailes repliées à la verticale, puis repart colorer un autre endroit.
    Un peu plus tôt, ils ont vu passé deux ou trois rapaces, très haut au-dessus de leurs têtes. L'un d'entre eux est resté à planer de longues secondes, sur place, les ailes déployées, profitant d'un flux d'air ascendant. Drôle d'image que cet oiseau immobile, suspendu dans le ciel, surfeur sans rouleau de mer à chevaucher. Ils se sont tus, fascinés par le spectacle. Et puis l'animal a continué sa course aérienne. Le moment insolite est passé, ils ont repris leur conversation. Tempus fugit.
    Ils ont également entendu des grenouilles coasser, dans l'herbe près de la berge. Ils se sont amusés quelques minutes à essayer de les débusquer, en se guidant sur la provenance des coassements, le soleil éclairant encore suffisament le sol pour cette partie de chasse improvisée. Mais ils n'ont pas réussi à en ne serait-ce qu'apercevoir une seule. Petite frustration vite balayée par le plaisir d'observer la fuite d'une dizaine de sauterelles, bondissant dans tous les sens pour trouver un coin plus paisible, dérangées par ces deux géants sans gêne à la recherche futile de batraciens. Petit ballet improvisé et désordonné, révélant une faune insoupçonnée. La vie est partout.
    À présent, ils regardent le ciel, là où le soleil s'est caché derrière un pic quelques minutes auparavant. Ils sont là tous les deux, seuls, assis en tailleur sur un adret peu pentu, au bord de la rive. Elle, en appui sur les mains posées dans l'herbe, derrière son dos. Lui, simplement assis, une main sur un genou, l'autre sur une cheville. La stridulation des criquets les berce, douce litanie qu'on n'entend que si on l'écoute. Ils hument les fragrances du mois de juillet : un mélange de fleurs des champs, de vase, d'animaux domestiqués qui ont dû paissé tranquillement non loin de là, de bêtes sauvages qui gambadent, chassent et se reproduisent, de nature brute.
    Le bonheur, la plénitude. Un moment volé d'ataraxie dans ce haut pâturage isolé. Loin de tous. Ils soupirent d'aise. Ils ont beaucoup parlé. Maintenant, la conversation est retombée. Ils ont passé une merveilleuse après-midi, tous les deux. Ils sont apaisés, ils savourent l'instant. Ils sourient de ce sourire qui ne s'adresse à personne, qui n'a pas de vocation sociale. Ils sourient sans s'en rendre compte, simplement parce qu'ils sont bien. Parce qu'ils sont ensemble. Parce qu'ils sont bien ensemble.
    La lumière déclinant, les étoiles commencent tout doucement à poindre, les unes après les autres. Elles s'allument un à une, sans qu'ils ne les voient apparaître, et pourtant leur nombre augmente de minute en minute. Ils les contemplent. Elle directement, le menton levé, toujours les mains dans l'herbe derrière elle. Lui les admire dans le reflet du lac, essayant de reconnaître les constellations renversées. Ils se demandent, comme tant de personnes avant eux, si d'autres êtres font la même chose, au même moment, à des millions d'années-lumière de là. Ils éprouvent ce léger vertige que l'on ressent quand on contemple cette immensité infinie, et que l'on prend conscience de sa place infime au milieu de tout cela.
    Il lève les yeux du lac un instant pour la regarder elle. Il la trouve belle dans cette pose, dans ce cadre si paisible. Il immortalise l'image dans sa tête : ce tableau d'elle est plus joli que n'importe quelle photo qu'il aurait pu prendre. Assise, les jambes à présent tendues, les mains posées derrière elle, le nez dans les étoiles. Sa longue robe légère, ses épaules nues. Et son sourire craquant. En arrière-plan, le plus beau des paysages, que l'on devine malgré la pénombre fort avancée. Et ce ciel, rougeoyant à l'horizon, plus sombre au-dessus d'elle, piqué de quelques dizaines de points blancs plus ou moins brillants, étoiles pressées de se faire remarquer plus tôt que leurs congénères avant que la nuit ne soit complètement installée.
    Tout est beau ce soir : les couleurs chatoyantes du ciel, l'air si pur, la température douce, les étoiles qui scintillent, le silence, les odeurs de la nature, ce petit lac secret perdu au cœur des Cascades. Ce moment a quelque chose de magique. Ils se sentent comme dans un nid moelleux, protégés du monde extérieur par les montagnes environnantes, avec le ciel pour tout toit.
    Il a envie de l'embrasser, de sentir ses lèvres contre les siennes. De lui caresser les joues, lui passer les cheveux derrière les oreilles, en profiter pour lui toucher délicatement les lobes, presque par mégarde. Puis de noyer ses doigts dans sa longue chevelure. Mais il souhaite attendre encore un peu. Car ces minutes sont précieuses et il veut en profiter. Il se replonge dans l'admiration reflet du ciel dans les eaux sombres et calmes du lac.
    Elle a très envie que leur premier baiser se fasse ici, dans ce cadre si romantique. Elle sait qu'elle se souviendra de tous les moindres détails de cette soirée. De ce qu'elle porte, comment il est habillé, les odeurs de nature qui flottent, et ce ciel magnifique qui les entoure. Elle lui laisse le temps. L'attente n'est-elle pas tout aussi délicieuse que la finalité ?
    Sa tête est inclinée vers le ciel. Elle la tourne un peu sur le côté, vers lui, pour le regarder. Elle lui sourit. Elle espère qu'il comprendra. Elle a envie qu'il l'embrasse tendrement.
    Elle fond pour son regard. Ses yeux sont si expressifs ! Il est doux et gentil, attentionné. Romantique, joyeux et drôle. Il répand la bonne humeur partout où il passe. Elle voit sa bonté et tout cela dans ses iris. Sentant son regard sur lui, il relève un peu le menton, abandonnant le spectacle du reflet des étoiles, et se tourne aussi vers elle : il lui sourit avec les yeux.
    Il est temps maintenant. Il lui demande timidement, un peu hésitant, si elle n'a pas un peu froid, si elle ne veut pas se couvrir les épaules. Il a un peu peur de la banalité de la chose. Il se dit que c'est convenu. Elle reconnaît, bien sûr, cette approche timide qui fait partie du jeu de la séduction. Elle accepte sa proposition en accentuant son sourire. En fait, elle n'a pas froid, non. Mais elle attend qu'il l'emmitoufle et qu'une promiscuité se fasse. Elle est heureuse car elle sait à présent qu'ils vont s'embrasser.
    Leurs deux cœurs battent plus vite, à l'unisson, mais ils ne le savent pas. Il se lève et fait trois pas pour ramasser son gilet qui était posé dans l'herbe à leurs côtés. Elle avait pourtant posé son sweat juste là, plus proche, mais il veut qu'elle porte son cardigan. Elle ne le quitte pas des yeux, tourne la tête pour mieux le suivre se saisir du vêtement au sol. Il sent à nouveau son regard sur lui. Sa timidité l'a quitté. Il aime qu'elle le regarde. Elle se réjouit à l'idée de porter son cardigan bleu ciel, tirant sur le gris clair, d'avoir son odeur sur sa peau. D'être un peu à lui.
    Son gilet en main, il vient s'agenouiller derrière elle. Il lui prend doucement une main pour la glisser dans une manche, comme on fait aux nourrissons pour les habiller. Leurs peaux se touchent. Un même frisson les parcourt tous deux. Il lui soulève l'autre main, et la glisse dans la seconde manche. Elle se croise les bras sur le ventre, comme pour se réchauffer un peu. Mais elle ne lui a pas lâché les mains. Il est à genoux, derrière elle, leurs quatre mains posée sur son ventre. Il n'ose plus bouger. Elle sent son souffle sur ses cheveux, elle aime cela.
    Il a fait sa part, à elle d'en faire un peu. Il sait qu'elle va le faire, il lui laisse le temps. Ils ont tout leur temps…
    Elle se penche un peu en arrière, et prend appui sur lui. Puis, basculant lentement la tête, elle se laisse aller contre son épaule. Il baisse le menton. Leurs joues se touchent presque. Elle ferme doucement les yeux, le visage vers le ciel, comme si elle cherchait à bronzer. Elle attend.
    Lui, son cœur bat fort. Il a repris un rythme presque normal, mais il bat puissamment. Elle le sent résonner contre son dos. Elle aime cette sensation, de le ressentir si vivant contre elle. Elle prend une longue inspiration. Ce n'est pas un soupir. Non, c'est juste une lente et profonde inspiration, marquant son bien-être. Il tourne un peu la tête et s'approche très lentement. Il lui embrasse la joue. Elle entrouve les yeux, presque surprise. Mais surtout heureuse. Sa peau est douce, elle sent merveilleusement bon. Ses lèvres sont à peine posées sur cette peau délicate. Il veut juste la toucher de sa bouche, la caresser du bout des lèvres. Il la sent refermer les yeux. Elle est bien, elle profite. Elle se laisse aller complètement contre lui, pour apprécier encore davantage l'instant.
    Il la sent s'abandonner lentement entre ses bras, qu'elle maintient toujours plaqués sur son ventre. Ses mains se relâchent un peu, et sont de plus en plus chaudes. Il en sent la chaleur dans les siennes. Elle est enlacée dos à lui, contre sa poitrine. Leurs cœurs battent à nouveau normalement. Ils sont en phase. Un seul battement de cœur lent et puissant, pour eux deux. Boum… tac… boum… tac…
    Le tendre baiser continue, se déplace imperceptiblement vers le coin de la bouche. La peau sous ses lèvres se fait un peu plus épaisse, un peu plus ferme.
    Il est à présent tout près de sa commissure. Il soupire à son tour. Il la respire plus que jamais. Il lui lâche délicatement les mains, pour les poser sur son ventre, doucement, par-dessus sa fine robe d'été. Elle place ses mains par-dessus les siennes, mélange leurs doigts.
    Enfin leurs bouches se rejoignent. Ils s'embrassent. Ils s'embrassent pour de vrai. Passionnément. Tendrement. Langoureusement. Ils ne respirent plus. Il n'y a plus qu'eux, rien d'autre. Par la magie de ce baiser, leurs âmes se touchent. Leurs âmes se touchent. Ils sont ensemble, plus que jamais. Encore plus ensemble qu'une minute auparavant. Sous la voûte céleste, constellée de milliers de points blancs, les criquets se sont tus, les vaguelettes sont figées, la brise légère s'est arrêtée. Les amoureux sont immobiles, leurs bouches pressées l'une contre l'autre.
    Quoiqu'il se passe sur Terre, et même dans tout l'univers, que ce soit dans dix ans ou bien dans cent milliards d'années, ce premier baiser aura existé. Cet instant - microscopique larme dans l'océan du temps, fragment infime d'histoire dans le cosmos infini - aura existé. Leur moment à eux, à eux seuls, et qu'on ne pourra jamais leur ôter. Il n'a duré qu'une petite minute, et pourtant ce baiser a un goût d'éternité. Un baiser d'éternité.
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Norcle
25 février 2026 à 00:55
deuxieme texte [...]

Merci.
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Xaviernnrs
24 février 2026 à 21:09
deuxieme texte que je decouvre de cet(te) auteur(e)
bin...c'est beau..
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Norcle
30 novembre 2025 à 11:18
C'est une vraie [...]

Merci.
Modifié 6 mai 2026 à 16:42
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Photo de profil de Donatien A.F. de Sade
Donatien A.F. de Sade
30 novembre 2025 à 04:43
C'est une vraie perle de lecture que je viens de lire ici. Qui plus est, cette histoire est racontée sous forme de prose, et vous la maîtrisée à merveille.

Une telle plume poétique ne peut passer inaperçue. Nous n'avons pas souvent l'occasion de lire un texte dont le lyrisme respire tant la sensualité, électrisant l'air-même, que nous la vivons au travers de simples frôlements entre les protagonistes.

Je ne puis que déclamer, humblement, toute mon admiration pour votre talent.
Soyez respectueux
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Norcle
28 novembre 2025 à 12:51
Bravo, une œuvre comme on en fait peu au XXIe sciècle ! Heureux de ne pas avoir été en compétition avec vous.

Le lac étoit-il une flasque de larmes laissées par Pantagruel quand sa mère-grand Gargamelle lui a donné la bastonnade pour l'éduquer ?

Enfin un texte exempt de toute intervention d'une I.A. Ces descriptions parlant à tous nos sens NE PEUT PAS avoir été "imaginée" par une I.A. qui ne sent rien !

Wow! Just, wow! I gotta make a movie out of it! I'm gonna call you to discuss the acquisition of the rights. Think big ! It's gonna be HUGE! Wow!

J'aurais tellement aimé sculpter ces deux-là ! J'en aurais fait mon chef-d'œuvre…

Als ik die scène had kunnen bijwonen, zou ik de portretten hebben gestaakt en mij hebben gewijd aan het proberen haar zo getrouw mogelijk te schilderen.

Merci à vous !

@"Francois Rabelais" : non, car le goût de l'eau était neutre.
Soyez respectueux
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Norcle
25 novembre 2025 à 14:47
Superbe, […]

Merci
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michel60
25 novembre 2025 à 14:39
Superbe, empreint de candeur innocente, de poésie.
Merci pour cet instant de grâce.
Soyez respectueux
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Norcle
22 novembre 2025 à 12:20
Un simple baiser […]

Merci.
Modifié 6 mai 2026 à 16:42
Soyez respectueux
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Photo de profil de Monsieur Plume
Monsieur Plume
21 novembre 2025 à 14:41
Un simple baiser, et pourtant bien plus que cela puisqu'il s'agit d'un premier baiser... Voilà un thème original et très joliment traité ici avec un souffle poétique certain.
Soyez respectueux
Répondre

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