Ils rentrèrent trempés, couverts de boue et de silence.
Dès qu’ils eurent franchi le seuil, Élise retira son manteau et le laissa tomber au sol avec un bruit sourd. Le body de dentelle noire était collé à sa peau, transparent d’humidité et de désir. On voyait tout : le rose de ses tétons durs, le creux de son nombril, et plus bas le dessin exact de sa chatte épilée, les lèvres légèrement écartées, encore brillantes de ce qu’ils venaient de faire contre l’arbre. L’odeur de son sexe se mêlait à celle de la terre mouillée et de la pluie.
Théo ferma la porte à clé. Le bruit du verrou résonna trop fort dans la maison. Il resta un moment le dos contre le bois, les yeux fixés sur elle.
— Demain, on fouille la cave, répéta Élise d’une voix calme. Tout. Jusqu’à la dernière pierre. Jusqu’à ce qu’on trouve ce qui reste de Camille… ou de ce qu’Henri a voulu cacher.
— Oui, répondit simplement Théo.
Elle le regarda un long moment. Ses yeux bleus étaient plus sombres que d’habitude, presque durs. Puis elle passa devant lui sans le toucher. Ses fesses se contractaient à chaque pas sous la dentelle mouillée.
— Je prends une douche. Ne me suis pas.
Elle monta les escaliers. Derrière elle, Théo ne bougea pas.
Dans la salle de bain, Élise alluma la lumière. Elle se regarda dans le miroir. Ses cheveux roux collaient à ses joues et à sa nuque. Des gouttes d’eau et de boue coulaient encore le long de ses clavicules, entre ses seins. Elle tira le body le long de son corps. Le tissu fit un bruit collant en se détachant de sa peau. Elle le laissa tomber au sol. Nue, elle entra sous le jet.
L’eau était brûlante. Elle s’y abandonna complètement. Les ruisselets glissaient entre ses seins, le long de son ventre, s’infiltraient entre ses cuisses et lavaient lentement les traces de Théo, de la boue et de la nuit. Elle écarta les jambes, laissa l’eau frapper directement sa chatte sensible. Un frisson lui remonta le long de l’échine. Elle posa le front contre le carrelage froid et resta ainsi longtemps, les yeux fermés, à écouter le bruit de l’eau… et derrière, celui de la maison.
Un plancher craqua quelque part au rez-de-chaussée.
Puis un autre, plus près.
Puis plus rien.
Élise rouvrit les yeux. L’eau continuait de couler entre ses lèvres, chaude, insistante. Elle glissa une main entre ses cuisses et se toucha lentement, sans chercher à jouir. Juste pour sentir qu’elle était encore là. Que son corps lui appartenait. Ses doigts glissèrent le long de sa fente lisse, s’attardèrent sur son clitoris, puis s’enfoncèrent légèrement. Elle était encore ouverte, sensible, marquée par ce qui s’était passé dans le jardin. Elle retira sa main et termina sa douche en silence.
Quand elle sortit, elle ne se rhabilla pas tout de suite. Elle traversa le couloir entièrement nue, la peau encore rosée par la chaleur, ses cheveux dégouttant sur ses épaules et le long de son dos. Dans la chambre, elle ouvrit l’armoire. Elle hésita. Puis elle choisit un nouveau body : celui-ci était bordeaux, en dentelle très fine, presque ouverte à l’entrejambe, avec des sangles fines qui croisaient dans le dos. Elle l’enfila sans rien mettre par-dessus. Le tissu moulait ses seins, marquait sa taille, et entre ses cuisses la dentelle ne cachait presque rien. On voyait clairement la fente de sa vulve, le relief de ses lèvres lisses, encore légèrement gonflées.
Elle n’alla pas rejoindre Théo.
Elle s’allongea seule sur le grand lit, sur le dos, une jambe légèrement pliée. Elle préférait dormir nue. Ce soir, le body bordeaux était un compromis. Une armure trop fine. Elle éteignit la lumière.
Dans le noir, la maison reprit sa respiration.
Élise resta les yeux ouverts longtemps. Elle sentait encore le médaillon dans la poche de son manteau, en bas. Une mèche de cheveux roux qui n’étaient pas les siens. Camille. Ou ce qu’il en restait. La maison n’avait pas fini. Elle le savait maintenant. Elle le sentait dans les murs, dans le froid qui montait des planchers, dans la façon dont le silence s’épaississait dès qu’elle fermait les yeux. Comme si quelque chose attendait qu’elle baisse la garde.
Vers deux heures du matin, la porte de la chambre s’ouvrit sans un bruit.
Théo.
Elle le reconnut à sa respiration. Il s’approcha du lit. Elle ne bougea pas. Il s’assit sur le bord. Sa main trouva sa cheville, remonta lentement le long de son mollet, de sa cuisse. Quand ses doigts atteignirent la dentelle bordeaux, juste au bord de sa chatte, Élise parla, d’une voix calme, presque froide :
— Pas ce soir.
Théo s’arrêta. Ses doigts restèrent posés sur l’intérieur de sa cuisse, tout près d’elle. Elle sentait la chaleur de sa paume.
— Élise…
— Je décide. Pas toi. Pas la maison. Moi. Ce soir, tu ne me touches pas. Tu restes, si tu veux. Mais tu ne me prends pas.
Un silence long. Chargé. Puis il retira sa main. Elle entendit le bruit de ses vêtements qu’il ôtait malgré tout. Le matelas s’enfonça quand il s’allongea à côté d’elle, nu. Il ne la toucha plus. Ils restèrent ainsi, côte à côte, sans un mot, dans le noir. Élise entendait sa respiration. Elle savait qu’il bandait. Elle le sentait presque. Mais elle ne bougea pas.
Elle fixait le plafond. Entre ses cuisses, sous la dentelle, elle était tiède. Pas encore mouillée. Juste consciente. La maison, elle, ne dormait pas. Un volet cognait quelque part dans le vent. Régulièrement. Comme un rappel. Comme un doigt qui tapoterait contre le bois en attendant.
Vers le petit matin, alors que la lumière grise commençait à peine à filtrer, Élise glissa une main entre ses propres cuisses. Par-dessus la dentelle d’abord. Puis en dessous. Elle se toucha lentement, en silence, sans chercher à jouir vraiment. Juste pour sentir qu’elle était encore là. Que son corps lui appartenait. Ses doigts glissèrent le long de sa fente, s’attardèrent sur son clitoris, s’enfoncèrent un peu. Elle était devenue plus humide. Théo, à côté d’elle, devait l’entendre. Il ne dit rien. Il ne bougea pas. Elle sentait son regard dans le demi-jour.
Quand elle retira sa main, ses doigts étaient brillants. Elle les porta un instant à ses lèvres, goûta sa propre odeur, puis se tourna vers le mur et ferma enfin les yeux.
Dans le jardin, entre les deux chênes,
la terre détrempée gardait encore
la forme d’une empreinte trop légère
pour avoir été la leur.
Et plus bas, dans la cave,
quelque chose attendait
d’être rouvert.
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