Au cinéma
Chapitre unique
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Au cinéma — Chapitre unique

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OliH
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La tension du cadre est redoutable : tout se joue à voix basse, à millimètre par millimètre, au milieu d'une salle pleine. La voix intérieure de l'héroïne — ses pensées contradictoires qui se battent en elle — est ce que le texte a de plus juste et de plus addictif. Et cette phrase, « Elle avait envie de refermer les cuisses. Elle avait envie qu'il continue. » — deux lignes, et on est complètement dedans.

Au cinéma

Chapitre unique

La salle était bondée. Ils avaient failli ne pas trouver de places. Quand ils s’étaient enfin assis, au milieu d’une rangée presque complète, les lumières s’étaient déjà baissées et le générique défilait. L’odeur du pop-corn, le froissement des sachets, les chuchotements étouffés, les rires discrets… tout cela formait une rumeur constante autour d’eux. Des têtes se découpaient en silhouettes sombres sur l’écran lumineux. À leur gauche, un couple d’adolescents. À leur droite, un homme plus âgé, absorbé par le film. Derrière, des voix basses. Devant, des nuques.
Ils se tenaient la main depuis qu’ils s’étaient assis. Ses doigts étaient glissés entre les siens, une habitude douce, rassurante. Elle sentait la chaleur de sa paume contre la sienne, le léger frottement de son pouce qui caressait distraitement le dos de sa main. Elle regardait l’écran sans vraiment le voir, attentive plutôt à cette présence à côté d’elle, à la façon dont son épaule touchait parfois la sienne quand il se repositionnait dans le fauteuil.
Pendant un long moment, rien ne changea. Le film avançait. Des scènes se succédaient. Elle se détendit un peu, le corps enfoncé dans le siège, les jambes croisées. Sa jupe, assez courte, remontait légèrement sur ses cuisses quand elle s’installait. Elle le savait. Elle l’avait choisi ce matin-là sans y penser vraiment.
Puis sa main bougea.
Ce ne fut d’abord qu’un petit glissement. Ses doigts se détachèrent des siens, lentement, comme à regret, et vinrent se poser à plat sur sa cuisse, juste au-dessus du genou. La chaleur de sa paume traversa immédiatement le tissu fin de la jupe. Elle sentit le contact, net, précis. Son cœur manqua un battement. Elle ne tourna pas la tête. Elle continua de regarder l’écran, mais son attention tout entière s’était déplacée vers ce point de chaleur sur sa jambe.
Il ne bougea plus pendant un moment. Sa main restait là, immobile, simplement posée. Elle pouvait sentir chacun de ses doigts. Le pouce, un peu plus haut. L’auriculaire, plus près de l’intérieur de sa cuisse. Elle serra légèrement les genoux, par réflexe, puis les relâcha. Autour d’eux, quelqu’un toussa. Une femme rit dans une rangée derrière. Le son du film monta d’un cran. Personne ne regardait. Et pourtant, elle avait l’impression que sa cuisse était illuminée, que tout le monde pouvait voir cette main posée là.
Il commença à bouger.
Ses doigts glissèrent d’abord d’un centimètre à peine vers le haut. Puis d’un autre. Lentement. Très lentement. La paume suivait, chaude, pesante. Elle sentait le tissu de sa jupe se froisser sous le mouvement. Sa respiration se fit un peu plus consciente. Elle fixait l’écran avec une attention feinte, les yeux grands ouverts, pendant que sa conscience entière se concentrait sur cette progression millimètre par millimètre.
La main montait. Elle passait maintenant le milieu de sa cuisse. Les doigts s’étaient un peu écartés, explorant davantage de peau à travers le tissu. Elle sentit un frisson remonter le long de sa jambe. Elle aurait dû arrêter. Poser sa propre main sur la sienne. Lui murmurer de s’arrêter. Mais elle ne le fit pas. Elle resta immobile, le cœur battant trop fort, les lèvres serrées.
Quand ses doigts atteignirent le bord inférieur de sa jupe, elle retint son souffle. Il s’arrêta un instant, comme pour lui laisser le temps de refuser. Puis, avec une lenteur presque cruelle, il glissa sa main sous le tissu.
La peau contre la peau.
Elle ferma les yeux une seconde. La chaleur de ses doigts sur l’intérieur de sa cuisse était brûlante. Il remontait toujours, mais maintenant directement sur sa peau nue. Ses doigts traçaient de petits chemins, hésitants, exploratoires. Elle sentait le bout de ses ongles, la rugosité légère de sa paume. Sa jupe se soulevait un peu sous le mouvement de son poignet. Elle tenta de la rabattre discrètement de l’autre main, sans succès.
Plus haut. Encore plus haut.
Ses doigts frôlaient maintenant l’endroit où sa cuisse rejoignait le bas-ventre. Elle serra les jambes instinctivement, emprisonnant sa main un instant, puis les rouvrit à peine, juste assez pour le laisser continuer. Elle avait honte. Une honte chaude, sourde, qui lui serrait la gorge. Il y avait des gens partout. Des inconnus. À moins d’un mètre. Et lui, il avançait, inexorable, vers le centre de son corps.
Il trouva le bord de son string.
Le contact du tissu fin sous ses doigts la fit tressaillir. Il le suivit d’abord du bout de l’index, le long de l’élastique, comme pour en prendre la mesure. Puis, avec une lenteur qui la rendait presque folle, il glissa un doigt sous le bord.
Elle ouvrit la bouche, sans son. L’air de la salle lui parut soudain trop chaud. Ses doigts s’étaient crispés sur l’accoudoir. Elle regardait l’écran sans rien y voir. Tout son corps était tendu, attentif, à la fois refusant et attendant.
Il s’infiltra complètement sous le string. Sa main entière maintenant, chaude, assurée, se posa sur son sexe. Elle était déjà humide. Elle le sentit immédiatement, et la honte redoubla, mêlée d’une excitation sourde qui la fit rougir dans le noir. Ses doigts s’étaient posés à plat, couvrant presque entièrement son mont de Vénus. Il ne bougeait plus. Il laissait simplement sa main là, lourde, intime, dans ce lieu public.
Elle respirait par la bouche maintenant, par petites bouffées discrètes. Elle avait envie de refermer les cuisses. Elle avait envie qu’il continue. Les deux sentiments se battaient en elle avec la même force. La peur d’être vue. Le plaisir interdit de l’être presque. Le danger. La chaleur de sa main. L’odeur du cinéma. Les voix autour d’eux.
Puis il commença à la caresser.
D’abord du bout des doigts seulement. Il traça de très légers cercles sur ses lèvres, à travers l’humidité qui s’y trouvait déjà. Un mouvement si doux qu’elle aurait pu croire l’imaginer. Puis un peu plus appuyé. L’index glissa entre ses plis, recueillit la chaleur, remonta lentement jusqu’à frôler le clitoris sans vraiment le toucher. Elle se mordit l’intérieur de la joue.
Il prenait son temps. Chaque caresse était longue, délibérée. Il remontait le long d’une lèvre, redescendait de l’autre côté, s’attardait à l’entrée sans y pénétrer, puis revenait caresser le point sensible avec une légèreté presque frustrante. Elle sentait le plaisir monter par vagues successives, chacune un peu plus haute que la précédente. Ses hanches voulaient bouger. Elle les forçait à rester immobiles.
Autour d’eux, le film continuait. Quelqu’un se leva pour aller aux toilettes. Une rangée grinça. Elle avait l’impression que chaque petit son de plaisir qu’elle retenait était audible à des mètres. Elle serrait les dents. Ses ongles s’enfonçaient dans le tissu de l’accoudoir. Une partie d’elle voulait qu’il s’arrête immédiatement. Une autre partie, plus sourde, plus animale, ne voulait surtout pas qu’il s’arrête.
Il appuya un peu plus. Son majeur trouva son clitoris et commença de vrais cercles, lents, réguliers, gras de son excitation. Elle sentit ses cuisses trembler. Un frisson lui remonta le long de la colonne. Elle pencha légèrement la tête vers l’avant, comme pour se cacher, et ferma les yeux. Dans le noir de ses paupières, il n’y avait plus que sa main, que ces doigts qui savaient exactement où appuyer, à quel rythme.
Le plaisir grossissait. Il devenait difficile à contenir. Elle sentait son sexe pulser sous ses doigts, s’ouvrir, réclamer. Elle était trempée maintenant. Elle le savait. Elle imaginait le bruit humide que ses doigts devaient faire, et la honte la submergeait à nouveau, en même temps qu’une vague de plaisir plus forte encore.
Il ne se pressait toujours pas. Il alternait. Des cercles lents. Des allers-retours plus rapides. Une pression plus franche, puis un retour à la légèreté. Elle avait l’impression qu’il la lisait, qu’il sentait exactement quand elle approchait trop près et qu’il ralentissait exprès. Elle voulait le haïr pour ça. Elle voulait qu’il continue pour toujours.
Ses pensées se contredisaient sans cesse.
Il y a du monde. Arrête. Quelqu’un va nous voir.
Ne t’arrête pas. Plus fort. Plus profond.
Je vais gémir. Je vais faire du bruit. Je vais me trahir.
Encore. Juste encore un peu.
Quand l’orgasme arriva enfin, ce fut après une longue montée, presque douloureuse de retenue. Elle sentit le point de non-retour s’approcher, et elle serra tout ce qu’elle pouvait serrer : les mâchoires, les cuisses, les poings, le souffle. Son corps se cambra à peine, un mouvement minuscule, presque invisible. Les vagues la traversèrent en silence, puissantes, répétées, la faisant trembler de l’intérieur. Un tout petit son lui échappa malgré tout, un souffle plus aigu, étouffé contre sa propre main qu’elle avait portée à sa bouche.
Il continua de la caresser pendant encore quelques secondes, adoucissant progressivement le geste jusqu’à le rendre à peine perceptible. Puis, lentement, il retira sa main de sous son string, de sous sa jupe, et la reposa simplement sur sa cuisse, par-dessus le tissu cette fois.
Elle resta immobile un long moment. Le cœur battait trop fort dans sa poitrine, dans ses tempes, entre ses jambes. Ses joues brûlaient. Son string était trempé. Elle sentait encore les échos du plaisir pulser en elle. Autour d’eux, la salle n’avait rien remarqué. Le film continuait. Les gens riaient, chuchotaient, mangeaient.
Elle, dans le noir, les yeux encore un peu humides, serra discrètement la main qu’il lui avait rendue. Et malgré la honte qui lui nouait encore le ventre, malgré la peur rétrospective de s’être fait prendre, elle ne put s’empêcher de sentir, au fond d’elle, une satisfaction sombre et interdite.
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