Lieu de grâce

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Essaim
30 septembre 2024 à 07:53
Chacun d’entre nous a traversé des instants qui marquent le cours de l'existence, des moments où un lieu pourtant ordinaire s'est soudain auréolé d'une importance capitale, gravé dans notre mémoire comme une empreinte indélébile. Que ce soit l’ombre paisible d’une salle d’hôpital au moment d’une naissance, l’asphalte froid d’une route au détour d’un accident, ou encore le silence d’une forêt avant un adieu, ces lieux banals deviennent des témoins silencieux de l’avant et de l’après.

Je vous invite à partager ici ces lieux de grâce, ces espaces qui, pour vous, ne seront jamais comme pour les autres. Non pas pour raconter l’événement lui-même, mais pour décrire l’atmosphère, les couleurs, les sons qui ont enveloppé cet instant hors du temps. Ce lieu est devenu, pour vous seul, sacré.

Laissez la plume révéler les détails oubliés, la lumière timide qui caressait les murs, le souffle d’un vent chargé de promesses ou de chagrins, les ombres dansantes de la vie qui change. Offrez-nous la poésie des lieux, ces tableaux intimes qui résonnent encore en vous.

Racontez-nous ces lieux empreints de magie ou de drame, où tout a basculé. Donnez à voir ce que vos yeux seuls ont su capter. Ensemble, tissons un recueil d’instants suspendus dans l’étoffe des lieux de grâce.
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Essaim
6 octobre 2024 à 19:26
De ces moments charnières, ne reste que cendres en errements dans les fumées du temps charnier.

Ardre d'une liminaire caracole.

Torréfier d'harangue usance.

Ainsi se posent les questions. Les souvenances d'une enfance lointaine sont-ils phantasmes, entourloupes de l'esprit, dont les gestes et les paroles encensent nos désirs ? Ai-je vécu ces échos hantés ? Pensé-je toujours assertir de ma mémoire ?

Ces lieux de grâce, ils brillent de milles vérités. À cela je puis encore abonder sans abandon ni velléité. Qu'importe alors, que la fleur fleurisse de flavescence et que l'abeille abandonne ses habits, tant que la sincérité imprègne mes mots, je me garde de vos échafauds.

Avant de se tenir immobile, de végéter de trouille aux racines du lieu, fallait-il déjà traverser ce long couloir, sombre, croque-joie, avaleur d'espoir, et cela, qu'importe les efforts échaudés du filament dans l'ampoule afin de m'épauler. Une alliée aujourd'hui disparue, néanmoins que je pleure encore, malgré ma ridicule hauteur, avec elle je projetais grand.

Et comme l'on plonge dans l'enfer, sans fer pour guider ma main, à l'envers le sang, je gravissais les épaisseurs de béton ciré. Toujours plus haut. Toujours plus lente. À chaque ascension, moins de lampe. Les dernières marches aveugles, aussi d'aveu j'assume mon cœur en beugle, j'avais peur de tâtonner le néant de mes dits doigts, car petits ou grands, épais ou fins, je ne les voyait point. Toujours est-il que je fermais les poings, la peau en traîne sur les murs râpe, à l'approche du vingt. Compter m'aidait.

Vingt marches.

Amaurose des dernières, morose des forts, amoureuse de l'effort. Car victorieuse, je foulais le sommet de mon sourire rageur, quoiqu'humide de mes lacrymales ravagées, du dos de la main, je defonçais l'interrupteur par là-haut caché ; à moi le grenier.
Modifié 6 octobre 2024 à 19:27
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Essaim
6 octobre 2024 à 19:28
Une soirée fraîche d'octobre (il y a preque 40 ans) dans une rue calme résidentielle de R. Ça respirait la paix, intemporelle, éternelle... (j'ai écrit une nouvelle sur cette soirée)

Pourrais-je la lire ?
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Filigrane
11 octobre 2024 à 09:50
Une vieille chaise d'église à l'assise de paille, véreuse, à demi cassée et branlante. Hors d'usage, il n'y avait pourtant qu'elle où m'asseoir, adossée au buffet d'orgue, au centre de la tribune du jubé de calcaire marbrier.
Immobile sur ce siège d'infortune, j'avisais le choeur que ce balcon surplombait. La pièce était comble et le public semblait se trouver bien assis. Au dehors, le crépuscule d'août enflammait les immenses baies gothiques étirant leurs panneaux de vitraux restaurés de frais, qui tenaient lieu de fond de scène, derrière l'estrade jupée de velours bleu qu'on avait dressée devant le maître autel. Cerné de deux candélabres sur pied, un tapis persan, tout de rouge tissé, portait le clavecin de salon ouvert face aux spectateurices.
L'entrée public s'était bien passée, une paire de techs jouait du briquet pour allumer les bouquets de bougies plantées dans les chandeliers.
Une chauve souris planait sous la croisée d'ogives qui descendait parfois tout près des têtes blanches, sans doute attirée par l'electricité statique du chignon à épingles de quelque dame.
Derriere moi, dans le désert de la nef, le lambris médieval de la voûte était disjoint par endroits, et laissait s'engouffrer un courant d'air qui me fit rajuster mon châle sur mes épaules nues. Mais le frisson m'avait déjà mordue dans le cou lorsque l'ensemble entra en scène, et le gambiste n'avait pas même achevé de s'accorder lorsque mon téléphone vibra dans ma poche et que je le sortis. Sur Discord, je venais de recevoir la première nude d'une soirée de concert qui allait être l'une des plus chaudes de ma vie...
Modifié 11 octobre 2024 à 09:51
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Pantaï
11 octobre 2024 à 10:12
Cette voiture garée dans une ruelle à l'écart.
La pluie qui tombait et tambourinait sur la tôle, au milieu de la nuit noire.
La buée sur la vitre qui filtrait la lueur du lampadaire à quelques mètres de nous.
Et elle.

Je m'en souviens comme si c'était hier.
Cette nuit, tout mon univers tenait dans cette voiture.

Excellent Wedreca !!
j'espère que tu vas nous faire vivre cette ambiance dans un de tes textes 😘
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Pantaï
11 octobre 2024 à 10:25
Une vieille chaise d'église à l'assise de paille, véreuse, à demi cassée et branlante. Hors d'usage, il n'y avait pourtant qu'elle où m'asseoir, adossée au buffet d'orgue, au centre de la tribune du jubé de calcaire marbrier.
Immobile sur ce siège d'infortune, j'avisais le choeur que ce balcon surplombait. La pièce était comble et le public semblait se trouver bien assis. Au dehors, le crépuscule d'août enflammait les immenses baies gothiques étirant leurs panneaux de vitraux restaurés de frais, qui tenaient lieu de fond de scène, derrière l'estrade jupée de velours bleu qu'on avait dressée devant le maître autel. Cerné de deux candélabres sur pied, un tapis persan, tout de rouge tissé, portait le clavecin de salon ouvert face aux spectateurices.
L'entrée public s'était bien passée, une paire de techs jouait du briquet pour allumer les bouquets de bougies plantées dans les chandeliers.
Une chauve souris planait sous la croisée d'ogives qui descendait parfois tout près des têtes blanches, sans doute attirée par l'electricité statique du chignon à épingles de quelque dame.
Derriere moi, dans le désert de la nef, le lambris médieval de la voûte était disjoint par endroits, et laissait s'engouffrer un courant d'air qui me fit rajuster mon châle sur mes épaules nues. Mais le frisson m'avait déjà mordue dans le cou lorsque l'ensemble entra en scène, et le gambiste n'avait pas même achevé de s'accorder lorsque mon téléphone vibra dans ma poche et que je le sortis. Sur Discord, je venais de recevoir la première nude d'une soirée de concert qui allait être l'une des plus chaudes de ma vie...

Je trouve votre prose excellente. C'est un régal. Félicitations Filigrane !
Modifié 11 octobre 2024 à 10:29
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Essaim
12 octobre 2024 à 11:44
Effectivement, magnifique participation. Merci à vous.
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Filigrane
12 octobre 2024 à 15:15
Je trouve votre prose excellente. C'est un régal. Félicitations Filigrane !

Merci... 😶‍🌫️
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Essaim
24 novembre 2024 à 19:36
[Étreinte en chaire divine]

Je suis revenue, un jour, les pas incertains en traque d'un décor mué, cependant le cœur lourd de souvenirs. La chapelle d'autrefois, sanctuaire d'une union éphémère, n’était plus qu’une ruine, effondrée sous le poids du temps. Les pierres noyées de larmes, jadis sacrées, gisaient en morceaux, englouties par les herbes sauvages et la morsure de l’air salin. Les vitraux brisés n’étaient plus que des éclats de couleur égarés dans la poussière. La chouette n’était plus là, ni le vent qui portait l’odeur de l’océan dans son chez-elle muté. Tout n’était plus que désillusion. Le sable avait recouvert les vestiges de la grâce, effaçait peu à peu l’empreinte de notre étreinte. Je me tenais là, parmi les débris, seule, à contempler ce qu’il restait de cet instant volé au Grand. Le souvenir de notre péché en chaire divine se dissipait, tout comme les pierres sous l’usure des années. Je tendis la main vers les ruines pour ne palper que le vide et l’absence, un souvenir du passé, une ombre rapportée d’un amour qui ne reviendrait jamais. Une rencontre de chair, un baiser de lumière.

Une mémoire qui s’estompe, la roche, en silence, estampe les traces des jours effacés. Au seuil de la chapelle, là où, marquées par le temps les pierres laissent entrevoir des rais filtrés par les vitraux éclatés, je m’arrête et les mire, ces moires suspendues dans le dernier souffle du jour. La lumière du crépuscule, teintée de pourpre et d’or, glisse sur les murs, éclaire les fragments de temps, et tout autour, le vent porte l'odeur salée de l’océan. Ci-et-là, les murs crevés au ciel laissent la poussière flotter. Des souvenirs moribonds, chassés par le souffle des embruns.

C’est là, au sein de ce silence lourd de mille prières passées, que nos corps se rencontrent, pour la première fois. Un souffle suspendu, une brise d’extase.

Nos regards s’entrelacent, complices du désir en ce lieu interdit. Tout autour de nous, mûrs, les murs murmurent le passage des éons, mais ici, au cœur de cette nef sacrée, le monde s’efface. Je pose ma main sur ta peau, et la chaleur se mêle à la fraîcheur de la chapelle. Chaque effleurement, chaque frôlement prêche une question sans réponse, une quête de la vérité dans l'amour, où tout ce qui est pur se mélange à l’interdit. Le sable s’invite sur nos jambes nues, grains fins qui glissent, inaltérables témoins de l’instant. Je frissonne de cet espace abandonné, où il n’y a plus de parole, juste la chair qui se parle, se découvre, se frôle sous cet édifice dévasté.

Où les pierres ont oublié le poids des prières, voûtées par l'âge, une chouette, perchée dans son nid de fortune, nous observe sans un cri, spectatrice silencieuse de notre instant où l’amour transgresse. La chaire, vestigement occupée par des mots sacrés, résonne aujourd’hui de notre union muette, rien que l'écho de corps en cadence où l’âme se fait chair, et la chair se fait sacrifice. Plus de sacrement ici, seulement l’extase pure, désavouée par la stase de notre lie. Le vent, l'océan, le sable et l’horizon, tout cela nous échappe, nous oublie.

Nous, ici, dans cette chaire divine, avons défait le sacré pour un moment d'étreinte pure et sauvage. Je suis transcendée par l’interdit, je jouis d’intimité, d'amour fou qui ne demande ni pardon ni rédemption.
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Wedreca
24 novembre 2024 à 20:17
[Étreinte en chaire divine]

Je suis revenue, un jour, les pas incertains en traque d'un décor mué, cependant le cœur lourd de souvenirs. La chapelle d'autrefois, sanctuaire d'une union éphémère, n’était plus qu’une ruine, effondrée sous le poids du temps. Les pierres noyées de larmes, jadis sacrées, gisaient en morceaux, englouties par les herbes sauvages et la morsure de l’air salin. Les vitraux brisés n’étaient plus que des éclats de couleur égarés dans la poussière. La chouette n’était plus là, ni le vent qui portait l’odeur de l’océan dans son chez-elle muté. Tout n’était plus que désillusion. Le sable avait recouvert les vestiges de la grâce, effaçait peu à peu l’empreinte de notre étreinte. Je me tenais là, parmi les débris, seule, à contempler ce qu’il restait de cet instant volé au Grand. Le souvenir de notre péché en chaire divine se dissipait, tout comme les pierres sous l’usure des années. Je tendis la main vers les ruines pour ne palper que le vide et l’absence, un souvenir du passé, une ombre rapportée d’un amour qui ne reviendrait jamais. Une rencontre de chair, un baiser de lumière.

Une mémoire qui s’estompe, la roche, en silence, estampe les traces des jours effacés. Au seuil de la chapelle, là où, marquées par le temps les pierres laissent entrevoir des rais filtrés par les vitraux éclatés, je m’arrête et les mire, ces moires suspendues dans le dernier souffle du jour. La lumière du crépuscule, teintée de pourpre et d’or, glisse sur les murs, éclaire les fragments de temps, et tout autour, le vent porte l'odeur salée de l’océan. Ci-et-là, les murs crevés au ciel laissent la poussière flotter. Des souvenirs moribonds, chassés par le souffle des embruns.

C’est là, au sein de ce silence lourd de mille prières passées, que nos corps se rencontrent, pour la première fois. Un souffle suspendu, une brise d’extase.

Nos regards s’entrelacent, complices du désir en ce lieu interdit. Tout autour de nous, mûrs, les murs murmurent le passage des éons, mais ici, au cœur de cette nef sacrée, le monde s’efface. Je pose ma main sur ta peau, et la chaleur se mêle à la fraîcheur de la chapelle. Chaque effleurement, chaque frôlement prêche une question sans réponse, une quête de la vérité dans l'amour, où tout ce qui est pur se mélange à l’interdit. Le sable s’invite sur nos jambes nues, grains fins qui glissent, inaltérables témoins de l’instant. Je frissonne de cet espace abandonné, où il n’y a plus de parole, juste la chair qui se parle, se découvre, se frôle sous cet édifice dévasté.

Où les pierres ont oublié le poids des prières, voûtées par l'âge, une chouette, perchée dans son nid de fortune, nous observe sans un cri, spectatrice silencieuse de notre instant où l’amour transgresse. La chaire, vestigement occupée par des mots sacrés, résonne aujourd’hui de notre union muette, rien que l'écho de corps en cadence où l’âme se fait chair, et la chair se fait sacrifice. Plus de sacrement ici, seulement l’extase pure, désavouée par la stase de notre lie. Le vent, l'océan, le sable et l’horizon, tout cela nous échappe, nous oublie.

Nous, ici, dans cette chaire divine, avons défait le sacré pour un moment d'étreinte pure et sauvage. Je suis transcendée par l’interdit, je jouis d’intimité, d'amour fou qui ne demande ni pardon ni rédemption.

C'est très beau, Essaim 😊.
On pourrait presque sentir l'odeur humide des vieilles pierres.
En voilà, un magnifique lieu de grâce 😌.
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Lopette007
25 novembre 2024 à 23:23
16 juin 2002 sur la plage du petit travers pres de Montpellier....

Pour l'anniversaire de la future mère de mes enfants j'avais prévu un pic nique romantique (ouais ca ce faisait a l'époque)
Une connexion érotique comme jamais....
La peur devse faire surprendre, la chaleur de l'eau, le partage, la vie, l amour......
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stgpower
26 novembre 2024 à 00:36
Septembre 1999, dans cette petite ville devenue si touristique et bondée qui à l'époque était encore à peu près abordable...
Le soir, tard, sur les falaises à pic, toi et moi derrière assis sur ce promontoire rocheux qui dominait la plage de galets et les arches de calcaires...
A perte de vue, l'océan et le soleil qui se couche devant nous...
Il faisait un peu frais mais on se serrait fort pour se tenir chaud, et l'amour naissant nous servait de carburant.
Toi ayant peur du vide et moi ne sachant pas rester immobile plus de 10 minutes, nous sommes pourtant restés là 2 heures à parler, peu, à se regarder, beaucoup, et à s'embrasser, souvent...
... jusqu'à ce que la nuit nous entoure de son voile de mystère...
... nous sommes rentrés ensuite dans notre chambre à l'hôtel d'Angleterre, tendrement !
Toi et moi nous n'avons jamais oublié ce moment "suspendu" au sens propre comme figuré... un moment pour nous seuls, un moment pour l'éternité, un moment que nous ne pourrons plus revivre tant ce lieu est maintenant "saccagé" par le tourisme de masse...

Le point GPS : N 49°41'59.42" / E 0°10'58.12"
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Utilisateur supprimé
5 décembre 2024 à 20:47
Lieu de grâce ? Non, je n'en vois aucun. Je suis plus attaché aux odeurs qui vont, sans me faire souvenir forcément, me donner de bonnes ou mauvaises sensations, qui vont parfois me rappeler un évènement.

Les odeurs, parfois aussi une couleur au ton précis, me rappellent des moments oubliés aussi.
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Essaim
9 février 2025 à 17:25
[Vestige d'un battement d'elle]

Le miroir m'attire. Me scrute, capture mes ombres, mes détails ; force mon consentement qui n'est rien, plus qu'un sentiment con. Je vieillis là, pétrifiée, de la glisse musarde du peignoir le long de mes hanches, sans empressement, et de ses révélations par touches et accroches, mes courbes, repliées sur elles. Je me suis promise. J'hésite à me tenir que déjà le tissu frôle.

Et le corps s’éveille, sous cette soie, se fait étranger et familier à la fois. Je frissonne. Qu'importe où se dérobe mon regard, fuient mes rétines sur les parcelles de ma peau, il attend, mais attend quoi ? Peut-être le geste, peut-être le souffle, peut-être la main qui ne viendra pas, ou peut-être est-ce moi qui me le permets enfin. Mes frêles jambes, si fragiles dans leur pente accorte, se déploient, s'accordent, et lentement mes orteils escortent le sol, d'un rien, à peine, juste assez néanmoins. Le friselis me parcourt. Il gèle à chair fendre.

Le reflet enjôle l'infime tremblement. Un torment de faillibilité exposé, et diantre !, ne sais-je point si est-ce affront que de sourire ou détourner les yeux de ses mensonges tortueux. La cicatrice, souvenir du fort passé, darde à brûle-pourpoint les lents silences dans mon dos. Que j'entends et accepte, encore lancinante, mienne cependant. Ma carcasse. Mon histoire. Que mes doigts parcourent, glissent et dévalent, à peine caressent, effleurent l’idée même de ma peine, sensuelle ?, ne pourrais-je jamais l'affirmer, à l'instar du réflecteur qui rend face à ma froisse.

Lors, je clos la mire.

Un instant, rien qu'un, sans autre intention que de m'enfuir de l'émoi de mes doigts au rivages de mes iles et de ma douceur blême. Or, fulgurant pointe le désir, en avance sur mon temps, que je ne souhaite point, peut-être, qu'en sais-je après tout?, rien !, mais voici chose sûre : la fièvre vacille. Une lamentation de l'intérieur.

Qu'un soupir trahit éhontément, l'affabulateur briseur de néant que j'osais garder que pour moi. J'ai gardé mes yeux clos, mais la nuit en moi n'est jamais tout à fait noire. Elle bruisse encore parfois d'éclats ternis, d'images qu'aucun reflet ne rend, et de souvenirs rapiécés aux fils rêches. Une ombre de fin d'enfance, un battement d'autrefois, l'empreinte absente d'une trace toujours gisante à mille lieues de dos. La remembrance ne possède mains, pourtant elles marquent ce corps, mon corps, et ce corps s'est tendu sous la caresse qui ne fut pas, sous la brûlure qui fut trop.

Je rouvre les paupières.

Le reflet ne cille pas, sans pudeur il s’offre à moi. Peau nue, gorge close. Un secret qui palpite sous l’épiderme qui me donne à douter, à croire que j’ai changé, que je suis autre chose que ça ; un souffle et une forme, une douceur et une chair, le tout guéri à force de feu. J'ai beau fuir, je me rattrape. Je m'offre à ma vue, à mes doutes, à la chimère d'un désir que je ne sais nommer.

Que j'affronte et combat. Nul par envie, ni par jeu, non plus pour l'écho d'une pulsion qui me chavire, juste pour me sentir, pour m'ancrer à l'instant, pour m'affirmer là, bien là, dans cette carcasse détruite autant qu'entière.

J'en pleure, et goûte les larmes en glisse sur mes lèvres embuées ; je suis en vie, la grâce en corps de lieu.
Modifié 9 février 2025 à 17:26
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Monsieur Plume
10 février 2025 à 14:39
Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, j'aime ce titre plein de légèreté pour un sujet qui n'est sans doute pas exempt de gravité, bien qu'évoqué avec pudeur et retenue.
Le résultat est, comme toujours sous votre plume, joliment formulé et souvent poétique dans la façon de jouer avec les mots et leur sonorité.

Qui d'autre ici aurait un avis à partager sur ce nouveau lieu de grâce ? Je doute d'être le seul à avoir été touché par ce texte...
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Wedreca
10 février 2025 à 15:20
Tu as raison, Pume, ce texte est très beau (même si, je lui ai déjà avoué, je n'en comprends pas tous les mot 😉).

Essaim est souvent source d'inspiration (et j'en sais quelque chose, ayant écrit un texte sur son sujet).

J'espère qu'elle en inspirera bien d'autres 😊...
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Essaim
10 février 2025 à 17:36
Vous m'inspirez un franc sourire, et cela est victoire.
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Gras
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