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✦ misssexe Un histoire, un regard... XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Un histoire, un regard... — Chapitre 7

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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misssexe
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Un histoire, un regard...

Chapitre 7

J'avais franchi mon seuil de tolérance niveau alcool et j'en étais consciente. Si je restais comme ça, j'allais vraiment être mal. Il fallait que j'aille vomir.
Je m'étais levée et j'avais trouvé le chemin des toilettes tant bien que mal, m'agrippant au passage aux meubles, aux murs et, aussi, aux invités. Une fois dans la salle de bains, je tournai le loquet de la porte et me mis à genoux au-dessus de la cuvette des WC. Un doigt au fond de la gorge... Rien. Je n'arrivais pas à me forcer à vomir. Trop faible, trop fatiguée. Je déclarai forfait en sentant que, si je ne me relevais pas de suite, j'allais sans doute par finir par m'endormir dans cette position. Je m'aspergeai le visage d'eau froide et contemplai mon reflet.
Cette fille qui me faisait face était une inconnue. Des cheveux humides retombaient en une cascade désordonnée sur ses épaules. Son visage était affreusement pâle, ses yeux bleu-gris totalement inexpressifs, ternes. Elle me regardait comme si elle ne me voyait pas vraiment. Prisonnière du miroir ; prisonnière d'un autre monde. J'étirai mes lèvres pour donner une expression à ce visage. La fille du miroir me rendit un sourire aussi vide que l'étaient ses yeux. Des lèvres presque trop roses dans ce visage livide. Elle était moche. Elle semblait si vieille. Elle était ivre. Ce n'était pas moi. Ça ne pouvait pas être moi !
Je m'écartai du miroir et sortis de la salle de bains, toujours en rasant les murs de près.
Je retournai près du canapé, que les gens avaient en grande partie déserté. Il ne restait dessus que quatre personnes : deux filles et un gars que je ne connaissais pas, ainsi que Vincent. Il me regardait. Enfin, il me semblait qu'il me regardait. J'avais du mal à rassembler mes pensées.
Je tournai la tête. Je ne parvenais pas à localiser Mark. Il n'était pas dans la pièce. Enfin, je ne croyais pas. Je ne le voyais pas, mais en même temps tout était si flou que... il se pouvait bien... peut-être qu'il était là, quelque part, après tout... Ou dans la cuisine... Ou alors, dans l'une des nombreuses chambres. Il dormait sans doute... Ou peut-être...
Oh c'était si flou...
Ma tête était si lourde...
J'avais envie qu'il soit là, Mark. Là, je pouvais aller vers lui, j'allais oser...
Besoin de lui...
On allait se prendre dans les bras et tout irait bien. Il ne boirait plus et moi non plus... J'allais le sauver. Il allait me sauver... On allait se sauver mutuellement...
'Ça va, Caro ?'
La voix de Vincent semblait provenir de loin, très loin...
J'étais sous l'eau...
Loin...
Fatiguée...
'Caro ?'
Je baissai les yeux vers lui. Hochai la tête. Puis je me baissai, posai une main sur le canapé et me laissai choir à côté de lui.
'Je vais bien', marmonnai-je. 'Je crois que j'ai juste un peu trop...'
Je n'eus pas la force de finir ma phrase. Je me laissai aller contre le dossier.
Il faisait frisquet, d'un seul coup. J'avais sommeil. Si sommeil...
Si besoin de Mark...
Il était inaccessible...
Je me tournai vers Vincent. Lui aussi, il s'était laissé aller contre le dossier du canapé. Les bras croisés derrière sa tête. Sous son T-shirt, je voyais saillir les muscles de son torse.
'Ne... ne le prends surtout pas personnellement, hein ?' balbutiai-je. 'Mais j'ai... si sommeil... Je vais dormir un peu...'
Je me laissai aller contre lui, ma tête sur son torse. Il ne protesta pas. Il passa même un bras par-dessus mes épaules, pour me blottir contre lui.
Mon regard se fixa sur la table.
Le vide dans ma tête.
Ou presque.
Il sentait bon. Mais ce n'était pas la même odeur que Mark. Ce n'était pas son torse, ce n'était pas... Ce n'était pas lui...
Comme mue par sa volonté propre, comme pour vérifier qu'il ne s'agissait effectivement pas de... oh, je n'en sais rien. En tout cas, ma main se retrouva d'un seul coup sur ses pectoraux. Les caressant. Doucement. Descendant jusqu'au ventre, remontant... Plissant le tissu... Si doux, ce T-shirt... Si ferme, ce torse...
« Mais qu'est-ce que tu fais ?! » s'insurgea ma conscience.
Vincent me rendait mes caresses.
Tout tournait au ralenti. Tout me déconnectait de cet endroit, de mon propre corps... De ce que je faisais...
Je voulais arrêter. Je savais que je faisais n'importe quoi. Mais je ne contrôlais plus rien. Ma main descendit jusqu'à son entre-jambe. Je sentis, à travers son pantalon en tissus assez fin, son sexe qui devenait de plus en plus dur...
Vincent me massait la poitrine.
Caresses de plus en plus poussées, aussi bien pour lui que pour moi...
C'était Mark que je voulais... Mark... Mon corps était en train de le trahir, mais pas mon cœur, non... Lui, il n'avait pas été atteint par l'alcool... Abruti, anesthésié, trompé... Non...
Les larmes coulèrent. Toutes seules. Je les laissai descendre sans les retenir.
Que se passait-il, pourquoi, pourquoi...
Oh, Mark...
S'il me voyait, là... Et moi, qui n'avais pas la force de lever les yeux, ni celle d'arrêter ma main...
Je voulais mourir.
Je me conduisais comme une salope, oui. Une salope... Salope...
Vincent se retrouva face à moi, d'un seul coup. Ou moi face à lui. Je ne savais plus trop...
Son visage se rapprochant, dangereusement...
Je pensai aux lèvres de Mark sur les miennes, à nos baisers...
Ça c'était unique.
Personne pour gâcher ça, pas même...pas même moi... Certainement pas lui...
Dans un ultime effort, puisant dans le dernier souffle de lucidité qu'il me restait, je m'écartai, l'écartant aussi ; éloignant mon visage, mes lèvres... Sauvant un souvenir pour qu'il reste intact.
'Pardon, excuse-moi !' fis-je. 'Je ne peux pas...' Je me mis debout. Chancelai. Célia me rattrapa. Comme sortie de nulle part.
'Bon sang, Caro... Tu pleures ?'
Je n'avais pas essuyé les larmes de mes joues. J'ignorais si elles coulaient toujours ; je ne sentais plus rien...
'Caro, est-ce que ça va ?'
Je secouai la tête. Non. Ça n'allait pas. Ça n'allait pas du tout...
Oh, mon Dieu...
Je reniflai et un sanglot souleva ma poitrine. Ah ben oui ; je pleurais encore...
Célia ne chercha plus à savoir. Elle passa un bras dans mon dos, mit l'un des miens sur ses épaules et me prit par cette même main.
'Viens. On s'en va d'ici.'
Elle me traina jusqu'aux escaliers. Quelqu'un l'aida à me monter à l'étage. Je ne voyais même plus qui. Mes yeux devaient être fermés... Je m'endormais sur place...
Nous nous retrouvâmes dans une grande pièce obscure. Célia alluma une petite lampe. Faible éclairage. Agréable. Ne me tua pas les yeux...
Elle me fit asseoir sur un lit. S'assit à côté de moi. Me donna un mouchoir. Je le pris et m'essuyai le visage.
Je m'étais calmée.
Ça irait...
J'y survivrais...
'Tu veux qu'on parle ? Tu veux me dire ce qui ne va pas ?'
Elle me parlait d'une voix toute douce... Mais si lointaine... Les mots se détachaient, je les entendais se dissoudre dans l'air...
Se dissoudre dans l'air...
Quelle pensée étrange, insensée !...
'Caro ?'
Je poussai un profond soupir.
'Je ne peux pas', murmurai-je.
Il me semblait que je parlais au ralenti. J'avais du mal à formuler les mots.
'Si, tu peux. Tu peux tout me dire, Caro. Tu le sais. C'est moi... Si je peux t'aider...'
'Tu ne peux pas...'
Elle réfléchit.
'Attends. Je reviens. Je t'apporte un sandwich. Et un verre d'eau.'
La bonne idée. Je la remerciai.
Ça allait me faire du bien, de manger.
'Si tu te sens mal, d'un coup, les toilettes sont juste en face', fit-elle.
Heureusement qu'elle me le dit. Deux minutes après son départ, je m'y étais trainée. Cette fois-ci, même pas besoin de tenter le coup du doigt au fond de la gorge...
Lorsque Célia réapparut dans la chambre, j'étais en train de m'endormir, l'estomac vide. Elle dut me secouer un peu pour que je reprenne mes esprits. Je pris le sandwich qu'elle me tendit et plantai mes dents dedans. Je ne sentais pas vraiment le goût, mais je me sentis mieux après quelques bouchées.
'Merci', fis-je.
Elle mit une main réconfortante sur mon épaule.
'Tu ne veux toujours rien me dire ?'
'Je ne peux pas', soufflai-je.
'Comment ça ?'
Je secouai la tête. Pensai à Mark et à moi, nous cachant du regard des autres pour pouvoir être ensemble... Se cacher... Cacher notre relation.
'C'est un secret...'
Je m'entendis à peine et fus assez surprise de constater que Célia, elle, m'entendit.
'Un secret ?' elle sembla vraiment surprise. 'Est-ce que quelqu'un t'a... t'a fait du mal ?'
'Non', protestai-je. 'Non...'
Je reposai le sandwich. Trop fatiguée pour manger, d'un seul coup.
'Il faut que je dorme', déclarai-je.
'Pas de souci. Je te laisse. Repose-toi bien.'
La porte se referma derrière elle.
Je fermai les yeux. Chassant ces images qui revenaient... Ce que je venais de faire avec Vincent... Je me méprisais tellement, tellement...
Bien fait pour moi. Je méritais tout ce qu'il m'arrivait. Je m'étais comportée comme... comme une... une...
Le sommeil me libéra de ces pensées négatives. Je me réveillai très tard dans la nuit, dans le noir le plus total. Ma montre indiquait 04H15 du matin.
Je me sentais mieux. Enfin, toujours un peu ramollie, mais assez d'attaque, en tout cas, pour aller me rafraichir encore dans la salle de bain. Je m'y dirigeai comme un automate. Le vide parfait dans ma tête.
Le miroir me renvoya une image pitoyable, une fois de plus. Jamais je n'aurais cru qu'il était humainement possible d'être aussi pâle. Presque comme si j'avais mis ma tête dans un gros sac de farine, et éternué dedans. L'eau froide n'arrangea rien.
La maison était nettement moins bruyante qu'en début de soirée, mais il y avait encore de la musique qui provenait d'en bas, et quelques éclats de voix. Signe qu'il y en avait encore qui faisaient la fête.
Situation de déjà-vu. Déjà vécu... J'avais assisté à tant de soirées semblables. Alcool, fumette, musique et des gens totalement dévastés par l'alcool. Je savais qu'il y en avait plein de repartis dans les diverses pièces de la maison ; ça se passait toujours comme ça.
Une vie animée, fêtarde... Non. Ce n'était qu'illusion. En fait, une routine comme tant d'autres. Juste plus violente...
Routine...
Je décidai de descendre pour voir qui était encore réveillé.
J'ignore ce qui, en chemin, me fit jeter un coup d'œil dans l'une des chambres, dont la porte était assez largement entrebâillée. Je le fis, tout simplement. Et je vis Mark. Il dormait, étendu sur un matelas posé à même le sol.
Je m'arrêtai.
Hésitai.
Je voulais entrer ; aller auprès de lui. Mais j'avais peur. Peur qu'il ne le veuille pas ; peur qu'il me repousse...
Peur de rater une occasion, aussi.
Je me glissai dans la chambre, les jambes en coton, et poussai davantage la porte derrière moi, de sorte à ce qu'elle ne fut plus que très légèrement entrouverte.
Je contournai le matelas et m'assis parterre, dos au mur, face à lui.
Je le regardais dormir, le cœur serré. Il ronflait légèrement, ramassé sur lui-même comme un enfant.
Je voulais m'allonger à côté de lui, le prendre dans mes bras... Mais je n'osais pas. Je n'osais pas violer son sommeil ; m'imposer comme ça sans lui demander son avis... Je n'osais pas...
Je trouvai un compromis avec ma conscience. Au bout d'un très long moment d'hésitation, je m'étais avancée et étendue derrière lui, mais sans le toucher. La chaleur que dégageait son corps parvenait jusqu'au mien. Chacun de ses souffles, de ses soupirs... de ses marmonnements pendant qu'il dormait... Je restais couchée là, m'imprégnant de sa présence. Avide du moindre de ses mouvements ; de ce parfum...
Il n'allait quand même pas m'en vouloir beaucoup si je...
Prudemment, je levai une main et effleurai son épaule, puis son dos. Je me sentais tellement intimidée, et tellement... coupable. Coupable vis-à-vis de lui ; d'avoir partagé ces quelques instants indécents avec Vincent... Si coupable...
Je le caressais vraiment doucement. Je ne voulais pas le déranger ; le réveiller... juste l'avoir auprès de moi.
Pourtant, il émergea de son sommeil. Remua légèrement. Toussa.
Je décidai d'en profiter pour chasser l'incertitude et aussi pour lui montrer que je le respectais ; que je ne me permettrais pas de me servir de son incapacité à me dire non comme d'un moyen pour atteindre son corps...
'Si tu veux que je m'en aille, dis-le-moi...' lui glissai-je à l'oreille.
Si grande crainte...
'Non... Reste', murmura-t-il.
Soulagée et encouragée, je me rapprochai de lui, de sorte à l'avoir tout contre moi. Mes genoux sous les siens, ses fesses contre mon pubis. Je me mis à lui masser le dos. Je ne m'en lassais jamais, de cette sensation. Je montai ma main jusqu'à sa nuque ; glissai mes doigts dans ses cheveux ; redescendis de nouveau, jusqu'au niveau des reins... Remontai encore, accentuant un peu plus la pression.
'C'est si bon, ce que tu me fais', marmonna-t-il. 'Ne t'arrête pas...'
Je n'en avais nullement l'intention. Je déposai un baiser sur sa nuque, tout en continuant à le caresser ; variant la pression de mes mains, le sens de mes mouvements, le rythme... Tout ça n'était pas vraiment sexuel, mais, étrangement, je le trouvais encore plus excitant que certaines de nos étreintes les plus intimes. Mark appréciait beaucoup, lui aussi. Je ne doutais pas qu'il avait le même avis sur le sujet. Si ce n'était pas exactement le même, en tout cas il devait être très semblable.
Il souleva sa chemise, pour me permette de plonger mes mains dessous. Je ne me fis pas prier. Je continuai ce massage pendant quelques longs instants, puis je passai ma main sur son torse brûlant, et collai mon buste contre son dos, pour la plus parfaite des fusions, laissant ma main aller et venir.
Si beau, si doux, si parfait dans mes bras.
Et dire que j'avais...
La vague de culpabilité fut encore plus pénible que tout à l'heure.
« Excuse-moi d'avoir fait ça... Pardon, pardon... Excuse-moi... » pensais-je tout en le câlinant.
Le fait qu'il voyait d'autres filles n'avait plus d'importance, à ce stade. Quelque part, il avait des circonstances atténuantes. Mais pas moi, pas moi... Si ce n'était que j'avais beaucoup bu, mais ça n'excusait rien... Et je ne savais toujours pas s'il m'avait vue faire ou pas...
Mark prit ma main et la descendit jusqu'à son entrejambe, refermant ma paume sur la bosse qui s'était formée sous son jean.
Je regrettai un peu de ne pas pouvoir le serrer dans mes bras plus longuement, sans aucune arrière pensée, mais, si c'était ce qu'il voulait... Si c'était de ça qu'il avait besoin...
Je me sentais perdue, déboussolée dans cette relation.
Là, j'éprouvais juste le besoin de me faire pardonner... ou de me pardonner tout court. Qu'il m'ait vue ou pas ; que ça l'ait atteint ou pas...
Je me mis à le caresser. Il se cambra un peu, pressant ses fesses contre mon pubis. Il ôta sa main de la mienne. Mais je la retournai aussitôt, rattrapant ses longs doigts avec les miens. Il accepta le contact. J'écartai mes doigts pour permettre aux siens de se glisser entre eux. Je remontai un peu pour déposer un baiser dans son cou, près de son oreille. Puis un autre, un peu plus bas. Sortis ma langue, redessinant avec le contour de son oreille. Il frissonna, et sa tête roula sur l'oreiller, vers moi. Je promenai mes lèvres fermées le long de son cou, finissant avec un bisou sur sa tempe. Puis je reposai de nouveau ma tête juste derrière la sienne, inspirant à pleins poumons son parfum, jouant avec ses doigts entremêlés aux miens qui, de temps à autre, revenaient chercher le contact de cette bosse de plus en plus grande, de plus en plus dure. Il devait s'être retrouvé très à l'étroit dans son boxer. Mais j'aimais prendre mon temps de la sorte. Et puis, de mon côté, la situation devenait délicate aussi ; l'humidité plutôt froide de ma petite culotte collant aux lèvres brûlantes de mon minou, comme l'appelait Mark.
Plus rien n'avait d'importance et le temps s'était figé. Il ne recommença à s'écouler que lorsque Mark bascula sur le dos et, de l'autre main, défit sa braguette. J'entendis le petit bruit mat que fit sa ceinture en retombant sur le matelas. Comme un appel. Je posai ma tête sur son torse libérai ma main de la sienne et fermai les yeux en la redescendant de nouveau. J'effleurai tout d'abord son gland, déjà très lubrifié. Ma main glissa ensuite le long de sa verge, douce, si chaude et tendue. Je formai un anneau avec mon pouce et mon index ; l'emprisonnai au milieu et commençai quelques vas-et-viens ainsi.
Dans le silence de la chambre, j'entendis Mark déglutir.
'Serre un peu plus fort...' m'encouragea-t-il de cette voix que j'adorais entendre ; nouée, presque tremblante.
J'avais peur de lui faire mal, mais il devait savoir mieux que moi ce qui lui faisait vraiment plaisir. Je resserrai mes doigts davantage. Il soupira. Je soupirai aussi. Nous avions soupiré en même temps.
Comment avais-je pu en arriver à aimer autant cette partie de son corps ? C'était insensé... Et pourtant, je m'extasiais de sa forme, de la perfection ; de ce pouvoir que j'avais dessus, aussi. Je rendais cet organe vivant, docile, dépendant de mes caresses ; presque assoiffé de ma présence ; attentif au moindre de mes effleurements. Etrange pensée, au fond, mais...
'Fais-moi des bisous...' me demanda Mark au bout de quelques instants durant lesquels il n'avait pas été capable de prononcer une seule parole, sa main se crispant dans mon dos dans des caresses un peu chaotiques pendant que son plaisir grimpait.
Je levai les yeux vers la porte entrouverte, sceptique. Il y avait des gens en bas, des gens dans les pièces voisines... des gens partout. Des gens qui pourraient partir en quête d'une chambre où dormir, ou encore d'autres qui pourraient avoir envie d'aller aux toilettes, situées à quelques pas de là à peine...
Trop risqué.
'On risque de nous surprendre', lui fis-je remarquer.
'Ce n'est pas grave...' murmura Mark.
'Tu plaisantes ?' protestai-je. 'Ça me met trop la pression ; je ne peux pas...'
Je n'avais pas cessé mes va-et-vient avec ma main ; Mark avait du mal à être logique dans ses réflexions ; de toute évidence.
'J'aimerais bien', avouai-je. 'Mais là...'
J'ôtai ma main de son pénis pour caresser son bas-ventre.
'Attends' gémit Mark. 'Je crois qu'il y a un loquet sur la porte...'
Tout tremblant, il se leva pour aller voir. Instinctivement, je me mis assise. Mue par la crainte insensée qu'il ouvre cette porte et disparaisse, au lieu de la fermer et revenir.
Il avait remonté son boxer ; instinctivement, aussi, mais sa ceinture pendouillait et son pantalon tenait à tout juste. Ça faisait un peu gamin désordonné ; je le trouvai attendrissant.
'Y en a un', confirma-t-il.
Il lutta un peu avec, et j'en profitai pour m'agenouiller sur le matelas et remettre la couverture en ordre ; arranger un peu ce lit improvisé pour qu'on y soit au mieux. Mark réussit enfin à tirer le loquet, qui émit une sorte de grincement aigu juste avant le petit bruit qui indiqua que nous étions enfermés.
'Avec un peu de bol, il va se bloquer à tout jamais et on restera ici, tout les deux...'
Lorsque Mark eut un léger rire amusé, je réalisai que j'avais produit cette pensée à voix haute. L'espace d'un dixième de seconde je m'en sentis un peu honteuse, mais, vu que Mark ne l'avais pas mal pris du tout...
Il revint vers le lit alors que je finissais d'arranger la couette. Je vis ses jambes pile en face de mon visage et je levai les la tête vers lui. Il était si grand, si séduisant... Ses yeux brillaient dans le noir, plus beaux que jamais. Il avait un sourire de petit garçon. Je le vis glisser les pouces sous la ceinture pour faire descendre son pantalon.
'Attends...' fis-je, étrangement émue.
Il s'immobilisa, me lançant un regard interrogateur.
Dans un premier temps, je fus tout aussi étonnée que lui. Mes désirs avaient devancé mon conscient. Je voulais Mark à moi ; tout à moi ; rien qu'à moi... Je voulais la chaleur de son corps contre le mien, tout en ayant la possibilité de l'enlacer, de le caresser en toute liberté de mouvement...
Je le regardais toujours, qui me dominait de toute sa taille. J'ouvris la bouche pour lui expliquer, mais mes lèvres tremblantes ne firent que remuer, sans produire un seul son. Mais je lus dans ses yeux qu'il avait compris, parce que son sourire avait changé de nature. Lui aussi, il avait lu dans mes yeux.
'Viens, Caroline...' chuchota-t-il en tendant son bras vers moi. Je saisis sa main et m'avançai vers lui, à genoux. A chacun de mes déplacements, je défaisais de plus en plus notre petit nid douillet que j'avais tout juste fini d'arranger.
Mark m'attira à lui. A genoux, j'étais juste à la bonne hauteur... Mais mon premier reflexe fut de me lever un peu plus et de passer mes bras autour de sa taille, ma tête blottie contre son ventre. Mark m'enlaça, lui aussi. Caressant mes cheveux, mon dos... En même temps que je glissais mes mains sous sa chemise, il les glissait sous mon haut, le remontant sur mon ventre. Mes bras étant déjà levés, il me suffit de m'écarter juste un peu pour qu'il le passe au dessus de ma tête et m'en libère. A chaque fois que ses mains entraient en contact avec ma peau nue, je frissonnais. C'était incroyable l'effet qu'il me produisait.
Sentant ses doigts agiles manier la fermeture de mon soutien-gorge, je ramenai mes mains à la surface, pour défaire les boutons de sa chemise. Mes doigts tremblaient d'impatience ; j'étais à la limite de faire de gros dégâts en arrachant tout. Mark vint à bout de mon soutien gorge beaucoup plus rapidement. Il l'enleva doucement, en prenant bien son temps. Ses mains s'attardèrent sur mes seins dénudés ; il les caressa, prit dans ses paumes, joua un peu avec les tétons. Enfin, il m'aida avec sa chemise. Une fois qu'elle fut déboutonnée, il ramena ses épaules en arrière, et la laissa retomber parterre. Elle descendit le long de son corps avec une certaine grâce, mais aussi un peu comme si elle regrettait de devoir se séparer de sa peau.
Ravie, je laissai mes mains courir sur son torse et son dos, pendant qu'il me serrait lui aussi contre lui, ses doigts se perdant dans mes cheveux. Bon sang qu'il était doux ; qu'il sentait bon ; que je l'aimais !... A ce moment-même, je me sentais prête à faire vraiment n'importe quoi pour lui. Il m'aurait demandé de me jeter du haut d'une falaise, d'aller sur la lune, de saisir l'insaisissable... Tout ; je me sentais capable de tout faire...
Sauf s'il me demandait de l'oublier ; de ne plus l'aimer...
Je me mis à l'embrasser partout sur ce torse si parfait, me relevant presque totalement, par moments. Je ne voulais pas laisser passer le moindre millimètre, jouant de ma langue sur ses muscles, refermant mes lèvres sur ses tout petits tétons, redescendant vers son nombril ; m'agrippant tantôt à ses omoplates tantôt à ses hanches. Au passage, mes mains trouvèrent, là où je pensais le trouver, le petit renflement de son grain de beauté. Oui ; je connaissais vraiment sur le bout des doigts (et des lèvres) la géographie de ce corps. Comparé à ça, le mien m'était inconnu.
Mark frémissait délicieusement sous mes lèvres, se tortillant comme une anguille entre mes bras qui l'entouraient et mes mains qui le caressaient. Les siennes se refermaient sur mes seins, mon cuir chevelu, mes épaules... Je glissai quelques doigts sous son pantalon et le descendis un peu, pour concentrer mes baisers dans la zone de son pubis. Le jean retomba assez mollement ; j'y prêtai à peine attention. La respiration irrégulière de Mark m'encourageait incroyablement. Il la retenait de temps à autre dans ses poumons, puis la laissait échapper soit de façon assez saccadée, soit en une seule fois, lentement, tout en produisant un son qui détenait un peu du hoquet et un peu du gémissement.
Il descendit lui-même son boxer. Je vis jaillir son sexe, luisant de liquide séminal, décalotté à son maximum, dressé comme je ne l'avais encore jamais vu dressé. En fait, j'avais si souvent fermé les yeux en m'occupant de son organe, pour mieux m'adonner aux sensations, que je le connaissais davantage d'un point de vue tactile que visuel. Là, je pouvais le contempler dans toute sa splendeur. Je découvris que l'érection l'inclinait légèrement sur la gauche, et qu'il y avait quelques veines qui pulsaient dans sa longueur. Je trouvai un charme tout particulier au gland. Une forme aux courbes tellement douces ; une coloration si délicate... Etrange, d'une certaine façon, qu'il puisse trouver refuge à l'intérieur de la verge... si grand, luisant... fascinant...
Je le pris entre mes mains et j'en rapprochai mon visage.
'Oh oui, vas-y...' supplia Mark.
J'entrouvris la bouche et promenai ma langue autour, risquant un coup d'œil vers Mark. Il avait fermé les yeux et renversé sa tête en arrière. Un dieu debout devant moi. Si bien bâtit ; si solide... mais si tremblant. Je fis quelques léchouilles sur son frein, tremblant de le voir prendre autant de plaisir ; d'en être à l'origine. Je remontai ensuite mes lèvres le long de la verge, suivant les veines du bout de ma langue, l'embrassant de temps à autre. Je sentais son odeur intime ; cette odeur si particulière, que j'avais aussi appris à apprécier ; dont j'avais appris à m'enivrer. Les mains de Mark dansaient dans mes cheveux. Un spasme parcourut son corps et je glissai son gland dans ma bouche. Je fis tourner ma langue sur la couronne, l'aspirai un peu, revins en arrière pour refermer mes lèvres dessus... Pendant tout ce temps, mes mains caressaient ses fesses, descendaient sur ses cuisses, alternant face externe et face interne... remontaient jusqu'aux testicules redevenant très prudentes, pour les caresser doucement.
Bientôt, Mark se mit à faire les habituels mouvements de bassin, qui m'aidaient et me dérangeaient à la fois, parce que je peinais parfois beaucoup à suivre sa cadence. Mais là c'était plus facile. Il prit ma tête entre ses mains, dirigeant tout. Des va-et-vient de plus en plus rapides dans ma bouche, le gland sous ma langue... Le souffle haché de Mark quelque part au-dessus de moi. Un spasme. Un gémissement. Un autre spasme. Son sexe rétrécissant d'un seul coup dans ma bouche. La respiration contenue. Ralentissement du rythme... Et des jets de sperme chaud se déversant dans ma bouche. Son sexe tout mou, libéré de ma bouche... Moi, avalant se semence ; essuyant ce qui avait collé du revers de mon bras... Et puis, revenant tout contre un Mark qui respirait très lentement, et dont le cœur frôlait l'explosion...
Ma tête posée contre son pubis, je le pris dans mes bras. Toujours à genoux. A genoux devant lui. Me blottissant plus désespérément que tendrement. Comme si je le suppliais de ne pas m'échapper, de rester avec moi... Et peu importe qu'il m'ait rendu cette étreinte ; aucune importance ses caresses tendres sur mes cheveux et ma nuque... douces, réconfortant ; remerciant... Oui : j'étais à genoux, agrippé à lui. Comme devant une divinité. Une statue d'Apollon. Ce fut la comparaison qui me vint en premier. Une statue de dieu que j'enlaçais. Et peu importe l'intensité émotionnelle de mon étreinte, peu importe comme cette posture pouvait être pitoyable ; implorante... Juste une statue. Au-delà des sentiments. Je n'allais pas pouvoir l'atteindre véritablement. Et pourtant, une partie de moi se disait que c'était impossible qu'il ne sente pas ce qu'il se passait en moi en ce moment précis. Impossible...
A genoux...
A genoux devant lui, luttant contre mes larmes.
Priant le temps de s'arrêter, ou la foudre de me frapper.
Priant la mort de venir pour que cet instant devienne éternité. Pour que le temps se fige comme je m'étais figée moi.
...C'était fou comme je ne cessais d'espérer ma mort à chaque fois qu'il se retrouvait tout contre moi...
Je finis par le laisser échapper de mon étreinte. Cet instant se finit, comme tant d'autres. L'instant présent n'était plus. Ça appartenait désormais au passé.
On s'étendit sur le matelas, ramenant la couverture à nous. Pourtant, nos bras nous réchauffaient davantage que ce bout de tissus. Mark m'avait invitée à venir poser ma tête sur son torse, après avoir passé son bras derrière ma tête. Avant de m'allonger toute blottie contre son corps nu, je l'embrassai sur la joue et lui, il tourna la tête pour réunir nos lèvres encore une fois. Je fis durer ce baiser aussi longtemps que possible. Mais nous étions épuisés tous les deux. Ainsi, je l'enlaçai de nouveau, me lovant dans le tendre espace délimité par son bras qui entourait mes épaules et son torse, et fermai les yeux lorsque son autre bras vint recouvrir le mien. Il appuya sa joue contre ma tête et poussa un profond soupir de bien-être, en me ramenant encore un peu plus contre lui.
Comme d'habitude, je me mis alors à surveiller sa respiration, pour tenter de deviner à quel moment il allait s'endormir. Moi, j'allais lutter encore. Comme d'habitude, aussi. Garder conscience de sa présence...
Au moins jusqu'à l'aurore. Je m'étais réveillée à moitié un certain temps plus tard, sentant Mark bouger. Il m'avait murmuré qu'il allait aux toilettes ; qu'il reviendrait... Mais, lorsque je me réveillai aux premières lueurs du soleil, il n'était plus à mes côtés. Et ça ne faisait pas peu de temps qu'il était parti ; sa place sur le matelas était totalement froide ; sa chaleur s'était évaporée tout comme tout ce que nous avions partagé dans l'obscurité et le silence de cette chambre.
Dans le secret de cette chambre, plus précisément...
Je caressai cette place vide, tentant de l'y replacer mentalement. Si doux, si tendre, si... grand, protecteur... Pourquoi était-il parti ? Pourquoi me laisser seule faire face à cette... désertion ? C'était si dur, si cruel !... Ne réalisait-il pas que j'aurais adoré me réveiller entre ses bras, comme je m'étais endormie ? Que j'avais encore envie de partager quelques câlins avant de retrouver les autres ?...
Oh, non, évidemment il ne s'en rendait pas compte. C'était plus facile comme ça. Ouais ; c'était moi. Caroline ; une... une salope comme les autres. Qui n'en avait qu'après son corps ; qui s'en fichait de lui ; qui ne demandait pas plus, après tout... Non ?... Si. Bien sûr que si ! Dans le cas contraire, si j'étais une fille bien, je n'aurais pas accepté une telle « relation »...
Une sorte de petit rire amer m'échappa. Je pensai qu'il ne manquait qu'une seule chose : l'argent laissé sur l'oreiller... Ou alors, ça aurait été à moi, de le laisser ?... Je secouai la tête. La pensée n'était pas vraiment nouvelle...
Ce cynisme que j'avais en moi, en revanche, l'était... depuis quelques mois.
Au moins, il avait pris soin de refermer soigneusement la porte en repartant, afin que les autres ne me réveillent pas. ...Oh, piètre consolation !
Je me levai dans un soupir, en entendant des voix dans le couloir. Je regardai ma montre ; il était 09H45. Je posai la main sur la poignée, puis réalisé que je devais avoir une tête horrible ; une petite douche s'imposait. J'avais bien pris des affaires de rechange, mais où diable avais-je laissé mon sac ? J'avais beau me creuser la tête, impossible de me souvenir... J'allais devoir me lancer à sa recherche.
Je fis quand-même un petit détour par la salle de bain avant de redescendre, histoire de me rafraichir un peu. En fait ; c'était moins terrible que je ne l'avais supposé. Certes, j'avais un peu la tête de quelqu'un qui avait besoin d'une bonne nuit de sommeil, mais rien de bien dramatique ; on pouvait encore me reconnaître sans me prendre en pitié.
Sur les escaliers, je croisai Sam. Il me salua et dit que le petit déjeuner était en préparation collective dans la cuisine. Malgré son air désinvolte, il me sembla qu'il me regardait d'un air un peu bizarre...
Ouille ! M'avait-il vue avec Vincent ?...
Oh bon sang, Vincent !!!
Ça me revint brutalement, comme un coup de fouet.
J'allais devoir m'expliquer avec quelques personnes, moi...
Alors que tout me revenait progressivement, plus je descendais, plus ma démarche perdait en assurance. Et s'ils avaient tous une terrible opinion de moi, là ? S'ils commentaient mes âneries en ce moment-même, tous rassemblés dans la cuisine ? Si Mark ne m'avait pas vue, à présent il savait peut-être, et... Et...
Et je ne me souvenais même pas qui avait aidé Célia à me monter... Qui ???
Quel cauchemar !
Non, je n'allais pas pouvoir les affronter !
Les escaliers débouchaient dans le hall. Ça non plus, je ne m'en souvenais pas. Je repérai immédiatement mon sac. Je l'attrapai, furtive, et remontai les marches deux à deux. Quitte à devoir avoir une conversation difficile, je préférais le faire douchée et changée... Combler le manque d'estime de moi-même par une tenue correcte.
La salle de bain était libre. Je m'y enfermai, me déshabillai et me plaçai devant le rideau de douche. Mais j'hésitai. Ne voulant pas laisser l'eau... ne voulant pas qu'elle fasse partir ce qui, d'une certaine façon, était encore présent sur moi... Les souvenirs fantômes des mains de Mark sur tout mon corps. Comme des empreintes invisibles sur moi... Traces de ses caresses, de ses baisers, de son souffle... son odeur.
Ridicule, j'étais ridicule.
Il était parti ; il m'avait laissée là, comme... Comme...
Je me plaçai sous la douche et laissai couler l'eau. Tandis qu'elle m'inondait dans un bruit presque assourdissant, je sentais mon désespoir monter. Ici, rien ne servait de contenir mes larmes ; personne n'allait me voir... et puis, l'eau allait se mélanger à elles ; les laver de mon visage...
Je m'étais donc attendue à ce qu'elles coulent.
Seul le sanglot étouffé qui les accompagna me surprit. Environ un quart d'heure plus tard, je retrouvai les autres en bas. J'avais bien pris mon temps, mais je ne pouvais pas différer ce moment éternellement.
Beaucoup de gens étaient repartis dans la nuit ; nous n'étions plus qu'une dizaine, à vue de nez. Assis à la table de la cuisine, Mark fumait. Sam sortait des assiettes ; Vincent et Célia préparaient des crêpes et les autres s'affairaient aussi ; chacun dans son coin.
'Coucou, Caroline', fit Mark en me voyant arriver.
'Salut', répondis-je assez froidement, tendue comme je l'étais.
'Ciao !' lança Vincent, avec un petit clin d'œil.
'Alors, Caro ? Bien dormi ?' fit Célia.
Ils agissaient tous comme si rien ne s'était passé. Comme si je n'avais pas bu comme un trou, comme s'il n'y avait aucun malaise par rapport à... Comme si c'était tout à fait normal de faire de la séduction poussée entre potes après quelques verres... J'écarquillai les yeux de surprise, mais ne pipai mot.
'Si tu veux te rendre utile...'
On me lança un sachet de café que j'attrapai de justesse.
De toute évidence, l'heure n'était pas aux explications. Elle était au petit déjeuner...
Mark me traita avec cette indifférence si habituelle pendant ce petit déjeuner. Je n'y prêtais même plus tellement attention. Je constatais seulement que rien ne changeait ; que rien ne semblait indiquer qu'un quelconque changement futur soit possible. A vrai dire, on pourrait plutôt croire qu'il sortait avec ou, du moins, avait des vues sur Elodie. Sa façon de lui parler, de la complimenter, de lui proposer du sucre pour sa crêpe...
J'avais l'habitude, oui...
On aida à faire la vaisselle après le petit déjeuner, puis tout le monde se dispersa.
Au moment où il passait à côté de moi, je saisis Vincent par le coude.
'Est-ce qu'on peut parler ?' lui demandai-je, très embarrassée.
Il s'arrêta et me sourit. Il souriait tout le temps.
'Bien sûr, Caro. Tu veux qu'on aille se poser quelque part ?'
'Là où il n'y a pas de monde...'
'Mmmm. Intéressant !' fit-il avec un autre clin d'œil.
Je piquai un fard terrible et il s'en rendit compte.
'Hé ; t'inquiète. Je blague !'
On trouva un coin tranquille ; nous asseyant chacun sur une chaise, face à face. Je déglutis avec peine :
'Ecoute... C'est au sujet de ce qu'il s'est passé cette nuit ; il faut que je t'explique...'
'Caro, il n'y a pas de...'
'Attends. Laisse-moi finir, s'il te plait. J'étais...'
Il s'avança, posa ses mains sur les miennes. En rigolant :
'Je sais ce que tu vas dire. Je t'interromps juste pour que tu te détendes. Tu avais bu. Moi aussi. On a un peu dérapé. Il n'y a pas de quoi en faire tout un plat...'
'C'est juste que je ne veux pas que tu penses que je... que je suis comme ça. Je ne suis pas comme ça.'
Il redevint sérieux, d'un seul coup :
'Je sais bien.'
'Non. Non ; tu n'en sais rien', protestai-je. 'Tu ne m'as pas connue... avant. Comme j'étais avant... Tu dois croire que je ne suis qu'une minable ivrogne qui...'
'Ah non, arrête. Pas du tout ! Dis pas de bêtises.'
Il me regarda droit dans les yeux et parla très lentement :
'C'est à moi de m'excuser, si l'un d'entre nous doit le faire. Pas à toi. J'ai bien vu... Caro, j'avais vu que tu étais triste... facile de deviner que c'est à cause d'un mec. J'ai un peu profité de la situation aussi. Tu avais seulement besoin d'un peu d'affection ; ce n'est pas un drame. Moi aussi, tu vois... J'ai bien compris, si c'est ça qui te tracasse, que tu n'es pas intéressé par moi de façon romantique. Ça ne va pas me briser le cœur, je t'assure', il sourit de nouveau, de toutes ses dents. 'Tu ne m'as pas donné de faux espoirs ; tu n'as pas joué avec moi.'
Je le regardais, ébahie. Comment avait-il réussi à si bien lire en moi ; à mettre des mots aussi justes sur toutes mes appréhensions ? C'était incroyable, quand-même !...
'J'ai raison ?' demanda-t-il sans se défaire de son sourire.
Je hochai la tête, toujours aussi stupéfaite.
'Alors ne te prends pas la tête avec ça. Tout va bien. C'est juste l'alcool... D'ailleurs, fais gaffe avec ça, hein. Evite de boire quand tu déprimes.'
'Je ne déprim...'
'A d'autres !' m'interrompit-il de nouveau. 'Caro, je ne connais pas ton histoire ; je ne sais pas ce qu'il se passe dans ta tête...'
'On dirait, pourtant !' marmonnai-je.
La fossette dans son menton se creusa sous un autre sourire :
'C'est parce que je suis très perspicace, parfois. Mais écoute. Et ne prends pas mal ce que je vais dire.'
« Oulalà ! » pensai-je, me préparant au pire.
'C'est vrai que je ne sais pas comment tu étais avant. Mais je peux très bien me l'imaginer. Caro... Tu vois, ce monde-ci... quelque part, tu donnes l'impression d'y avoir atterri un peu par accident. Tu es bien intégrée et tout, mais... j'ai cette impression qu'il y a comme un truc qui cloche... Comme si tu étais une pièce d'un puzzle. D'un puzzle différent. Une pièce qui a pu être placée avec toutes les autres ; qui a correspondu... et quand on regarde le paysage formé, ça va. Mais si on s'y penche plus près... on constate qu'il y a quand-même une nuance de couleur. Ça passe, mais ce n'est pas ça.'
Je fus vraiment troublée par ces paroles.
Vincent m'éblouit d'un ultime sourire, me pressa gentiment l'épaule et me planta là, dans un « Fais bien attention à toi, miss. » En fait, nous avions pris du temps avant de repartir. Profiter des joies de la campagne... et de la villa. Vincent nous proposa de profiter de la piscine. N'aimant pas trop ça, et n'ayant pas de maillot par-dessus le marché, j'avais décliné la proposition ; tout comme mes amies. Les garçons, eux, allèrent nager, enthousiastes. Sauf Mark, qui se déclara trop pudique pour rester juste en slip devant les autres.
Ça me surprit un peu, mais je trouvai ça assez mimi...
J'avais évoqué la soirée avec Célia. Elle non plus ne m'en tenait pas du tout rigueur ; elle m'a dit avoir connu et vu bien pire, comme états. C'était en quelque sorte inhérent au milieu... Elle me déclara que c'était Sam qui l'avait aidée à me monter. Evidemment... Du coup, il avait fallu que j'aille lui en parler aussi. Il sortait justement de la piscine quand je l'avais trouvé. Tout dégoulinant, très musclé. Trop musclé. En regardant ses pectoraux, ses tablettes de chocolat et ses biceps saillants, je réalisai, un peu surprise, qu'en fait, c'était TROP parfait pour me plaire. Trop affiche de pub. Trop top model. Je préférais amplement l'aspect de celui de Mark ; nettement plus « simple », tout en restant si masculin ! Je me mis à comparer malgré moi. Mark était plus grand, plus large d'épaules ; sans ces muscles saillants et pourtant si ferme, si esthétique, si... Je me réprimandai mentalement pour cette dérive de mes pensées, alors que ce dont je voulais parler avec Sam nécessitait la concentration et l'attention la plus totale pour un bon choix de mots...
Sam ne fut pas étonné. Il me dit qu'il se doutait que j'allais venir lui en parler, mais, comme Vincent, il persista à dire que ce n'était pas bien grave. Seulement, il fut moins diplomate sur ce coup ; moins délicat. « T'étais bourrée ; voilà... », m'avait-il dit, quelque chose de dur au fond de son regard. Je comprenais que je l'avais blessé. Le pire, c'était que j'étais bien placée pour savoir à quel point ça fait mal de voir l'être qu'on aime caresser quelqu'un d'autre... J'avais trop bu, oui. Mais ça ne changeait rien ; je le savais parfaitement. Pour Sam ; ça ne changeait rien. Il me dépassa pour aller prendre une serviette ; ne se retourna pas. Je me dis que j'étais en train de perdre un ami...
A défaut de nager, je suivis Célia et Vincent dans le jardin, où étaient Lucas, Elodie et Mark. Célia me montra l'espace où de nouvelles fleurs allaient être plantées. Vincent s'approcha pour nous dire que, d'ailleurs, si on se sentait motivés, on pouvait les aider à retourner la terre et à arracher quelques mauvaises herbes. Il plaisantait à moitié, mais l'idée plut beaucoup à Mark. Il déclara qu'il adorait jardiner ; qu'il savait s'y prendre, et qu'il était partant pour donner un coup de main. Lucas approuva aussi ; Elodie et moi fîmes de même. Un peu surpris, Vincent alla donc chercher le matériel. Lui, Mark et Lucas allaient bêcher ; ils nous avaient relégué la tâche d'arrachage : c'était moins compliqué et tout à fait à la portée de mes compétences. Je n'avais jamais jardiné de ma vie.
Ça nous occupa bien, en effet. Mais, très vite, ça se révéla plus laborieux que ça n'en avait l'air. Le soleil cognait fort ; il faisait très chaud et je fus rapidement fatiguée, même si je trouvais ce travail assez plaisant. Je me serais volontiers posée dans l'herbe pour souffler un peu, mais les bestioles que j'avais pu voir les dernières dix minutes m'en avaient coupé toute envie. Rien qu'à l'idée de me retrouver assise là où j'avais vu filer quelques grosses araignées et des insectes non identifiés avec plein de pattes, je frémissais.
Je me redressai et m'étirai pour soulager un peu mon dos, et mon regard se posa sur Mark. A quelques mètres devant moi, il bêchait, s'arrêtant de temps à autre pour essuyer la sueur de son front du revers de la main. Je cessai de bouger, hypnotisée par le spectacle qu'il offrait. Les manches de sa chemise étaient retroussées, et la transpiration lui plaquait le tissu à la peau en faisant saillir ses muscles. Elle lui avait également collé au front quelques mèches de ses cheveux rebelles. Debout là, en plein soleil, avec sa peau tannée, bêche en main, il me semblait encore plus beau et plus « homme » que jamais. Et dire que cette nuit même j'avais eu ce corps rien que pour moi ; plus tendre que viril... Cet homme-là, oui ; lui qui se tenait là, caressé par les rayons du soleil ; grand, fort, divinement désirable... Quand je le voyais là, il me paraissait totalement inaccessible et inconnu. Etait-ce vraiment lui qui me retrouvait quelques nuits par mois ? Lui ; cet Apollon qui, à présent, écartait ses cheveux humides de son front du revers de la main ; geste qui aurait été anodin chez n'importe qui d'autre, mais qui, dans sa version, était plein de sensualité...
Mon cœur fit une photo. Mark partit dix jours dans le sud avec quelques amis à lui. Je l'avais su parce que, deux jours après la fête chez Vincent, je l'avais appelé pour lui proposer de venir à la soirée que j'organisais chez moi. Il me déclara alors qu'il était en voiture, là ; en route vers Marseille. Qu'il allait y passer dix jours...
Dix jours. Ça allait donc en faire minimum douze sans le voir... Le chiffre m'horrifia.
Cette absence prolongée me fit vraiment réaliser à quel point il comptait pour moi. Pire ; ça me montra que je n'étais plus capable de mener une vie normale sans sa présence. Pas une seule minute ne s'écoulait sans que je pense à lui. Je mourrais d'envie de l'appeler, mais je n'osais pas. Je ne voulais pas déranger ; je ne voulais pas lui imposer de me parler. Alors j'y pensais, mais sans jamais composer le numéro. C'était une torture mentale qui n'en finissait pas. Et je ne cessais de me demander s'il lui arrivait aussi d'avoir une pensée pour moi. Est-ce que je lui manquais, au moins un peu ? J'en doutais fortement. Je n'avais aucune difficulté à me l'imaginer enchainer des soirées de folie, entre potes ; s'amuser très bien loin de moi... peut-être même sans savoir qu'il me manquait. Et c'était ça le pire, au fond.
Je continuais à sortir, mais plus par résignation qu'autre chose. J'avais totalement perdu l'appétit, et je buvais de plus en plus. Pas par plaisir, évidemment. Mais ça m'aidait à ne plus avoir aussi mal en pensant que Mark était loin. Ça m'aidait à enchainer les jours sans trop réfléchir. Ça me plongeait dans une sorte de brouillard interne ; me faisait dormir... J'étais constamment fatiguée, lasse. Je m'étais aussi mise aux joints. Me contenter de ceux qui circulaient en soirées ne me suffisait plus. Ce goût, j'en avais besoin aussi souvent que possible... Goût des baisers de Mark... Alors, par le biais de Vincent, j'avais acheté un peu de cannabis à l'un de ses potes qui en revendait. Chose que je ne me serais jamais crue capable. Je l'avais fait au bout de huit jours sans Mark. J'avais appris à rouler toute seule, tant bien que mal. Après l'alcool, c'était devenu mon second moyen d'évasion. Nettement plus doux.
Si paisible indifférence à tout...
Célia, Vincent et Elodie furent les plus sensibles à mon mal-être, que j'arrivais de moins en moins bien à dissimuler. Mais je refusais de leur donner les explications qu'ils réclamaient. Sam, lui, savait, bien entendu. Il était toujours le seul de la bande à savoir. Mais il ne trahit pas mon secret. Il m'observait, tentait parfois de m'éviter le verre de trop, mais il s'effaçait de plus en plus. Quelque part, je lui en voulais un peu. Réaction très égoïste. Pourtant, d'un autre côté, je comprenais parfaitement cette réaction. Il ne pouvait rien faire et il le savait. Alors, plutôt que de se faire du mal inutilement, il prenait quelques distances. C'était humain. Et, quand quelque chose en moi se mettait à me dire qu'il n'était pas un vrai ami s'il me laissait faire sans brancher, je faisais alors revenir cet affreux souvenir de moi, regardant Mark sniffer de la coke dans cette voiture enfumée, à la teuf. J'y repensais ; j'excusais aussitôt Sam et me culpabilisais moi, avec violence, me resservant un autre verre au passage, la plupart du temps. Pour me punir...
Je sombrais. Je savais que je sombrais. Je le savais, parce qu'il ne se passait quasiment plus un seul jour sans que je ne descende au moins une canette de bière. Même lorsque j'étais seule chez moi. Dès que je me remettais à penser à Mark, il fallait que je boive, pour noyer ces pensées ; les faire dériver ailleurs... Les rendre floues.
Je sombrais. Oui. Mais ça m'était égal. Je m'en fichais. De toute façon, j'étais dans une impasse. Je n'avais besoin que de Mark, et je ne pouvais pas l'avoir.
Il était parti quelque part, loin ; je ne savais même pas s'il allait bien... Alors il me fallait bien quelque chose pour oublier...
Mark réapparut un vendredi, à la soirée chez Lucas. Je n'avais pas pensé qu'il viendrait. Il avait sonné à la porte vers 23H. J'avais déjà un peu bu, mais pas encore autant que j'avais pris l'habitude ces derniers jours. Je n'étais pas ivre ; juste un peu patraque. J'étais en train de me resservir un verre de vin lorsqu'il entra dans le salon, enjambant de façon assez acrobatique Jérémy, totalement défoncé après avoir abusé du bang apporté par Vincent. Il avait glissé du fauteuil jusqu'au sol, et il était resté là, n'ayant pas eu le courage de dégager le passage. Sam et Fanny lui avaient bien proposé de le porter ailleurs, mais il avait refusé. Ainsi, Mark dût faire un effort pour ne pas l'écraser en arrivant.
Dans un premier temps je fus tellement frappée par son apparence que je n'avais même pas réalisé qu'il était accompagné de Damien et d'un autre type. Tout ce que je pouvais voir, c'était son visage tout lessivé, qui semblait avoir pris dix ans. Des cernes énormes sous les yeux. Sa peau ayant davantage un teint rougeâtre que mate. Les paupières tombantes. Le regard vitreux. Les cheveux mouillés. Ou alors sales. Difficile à dire. En tout cas, il n'était plus que l'ombre de lui-même ; mon cerveau m'imposa même le terme d'épave... Ce n'était pas difficile à deviner à quoi il avait passé ces derniers jours. Il semblait suinter l'alcool par tous les pores de sa peau.
Je m'immobilisai, le verre à la main, profondément bouleversée de le voir comme ça. Un concert de protestations s'élevait en moi. Un désespoir indescriptible. Et pas une seule seconde je ne m'interrogeai sur ma propre tendance à boire un peu trop, dernièrement. Pas un seul instant je ne me dis que, si ça se trouvait, il pouvait aussi m'arriver d'avoir cette allure d'outre-tombe. Tout ce qui me passa par la tête, c'était qu'il se détruisait et que j'étais incapable de l'aider. Alors que je me sentais prête à aller jusqu'à passer un pacte avec le diable en personne si je pouvais avoir la garantie que plus jamais, non plus jamais, je n'allais le revoir dans cet état.
Mes lèvres tremblèrent dangereusement, je les mordillai et sentis le goût du sang dans ma bouche. Mais mes yeux, ils demeuraient parfaitement secs, comme s'ils avaient affronté une tempête de sable brûlant. Ils étaient secs au point d'en être douloureux.
Des « salut » désinvoltes s'élevèrent pour l'accueillir, lui et les deux autres arrivants, que je ne vis qu'à ce moment là. Je fus la seule à demander à Mark si ça allait, lorsqu'il passa devant moi. Il me regarda, donnant dans un premier temps l'impression de ne pas me remettre, puis il sourit, lâcha un « Salut Caroline » et se laissa choir un peu plus loin, dans le canapé.
Je reposai mon verre et je rejoignis. Je voulais qu'il me réponde ; qu'il me parle. Je m'assis à côté de lui. Ça ne sembla pas lui faire plaisir.
'Est-ce que ça va ?' insistai-je.
'Oui ; très bien.'
'Tu es sûr ?'
'Mais oui !' répondit-il, irrité.
Les traits de son visage s'étaient tellement durcis que je me sentis vraiment comme s'il m'avait donné une gifle, sans y aller de main morte. Ça, ce n'était pas « mon » Mark. C'était celui qui me faisait peur ; celui avec lequel une vie commune semblait capable de se transformer en enfer. Il se leva pour couper court à cette conversation. Je le suivis des yeux pendant qu'il disparaissait dans la cuisine ; je le regardai caresser la tête d'Elodie au passage, pour lui dire bonjour.
Je pouffai, amèrement.
« Eh bien voilà ! », avais-je pensé, « C'est ça qu'il faut ! S'en moquer totalement de lui ! S'en foutre ! Limite lui tendre un verre ! Ainsi il sera tout gentil, tout tendre ! Comme ça je ne lui prendrai pas la tête ! »
Contrariée et vraiment vexée, je retournai à ma place, récupérai mon verre, repris la bouteille de vin et me versai une bonne rasade. Je bus d'une traite, me posant de nouveau sur le pouffe que j'avais quitté. Lentement, je me sentais dériver vers la frontière où s'arrêtent les émotions.
Mark ressortit de la cuisine quelque temps plus tard. Il s'arrêta quelques mètres devant moi et se mit à discuter avec son pote. Pas Damien ; l'autre. Celui que je ne connaissais pas. Puis, il prit la direction du canapé ; repassant ainsi devant moi. Je le vis me regarder. Je me savais un peu ivre, là. Je me doutais que je devais avoir le teint livide, le regard un peu hagard. Mais quelque part je m'en fichais ; vu sa tête à lui...
Il me regarda.
Un poignard terriblement acéré plongea dans ma poitrine, déchira mon cœur en deux et se retourna dans la plaie à vif, déchirant et tranchant les différents tissus.
Ce que j'avais vu dans ses yeux...
Quelque chose proche du dégoût. De la pitié, aussi. Et... du mépris ?
Il me regardait un peu comme on regarde un animal pris dans un piège de chasseur, atrocement mutilé par les fers lui transperçant la chair. Dégoûté par le sang, compatissant pour la douleur, méprisant pour la faiblesse et la stupidité de la bête qui s'était laissée prendre ainsi ; n'ayant pas su éviter le piège.
Je fermai les yeux pour ne plus voir ça. Lorsque je les rouvris, il s'était remis sur le canapé.
Si j'avais eu là, sous la main, quelque chose qui puisse causer ma mort sur le champ, j'en aurais usé. Son regard m'avait terriblement blessée. Peut-être que je l'avais mal interprété, mais je n'en avais pas l'impression.
Je voulais mourir...
Il me fallait encore un verre ; un seul, et ça ne ferait plus mal ne compterait plus.
Mais la bouteille devant moi était vide. J'allai en prendre une autre de l'espèce de buffet situé à l'autre bout de la chambre. Ma démarche n'était plus très assurée. Je me servis de la bière. J'avais l'intention de vider ce verre en deux coups. C'était bien parti pour que j'y arrive ; j'engloutis plus de la moitié en une seule fois. Des larmes me montèrent aux yeux, mais purement à cause de l'alcool. Je frémis, grimaçai, et m'apprêtai à recommencer lorsque, doucement mais fermement, le verre me fut repris de la main.
Sam.
Il me regarda gravement, sans rien dire et secoua la tête. Reposa le verre sur la table.
Ma gorge se noua. Là, j'eus vraiment envie de pleurer. Machinalement, je me penchai pour le récupérer. Sam m'éloigna.
'Arrête !' protestai-je. 'Je sais ce que je fais...'
Il soupira et eut l'air en colère, d'un seul coup :
'C'est ça, oui. Qu'est-ce que tu veux ? Te mettre dans le même état que lui ; c'est ça ?!'
'Oui !' m'entendis-je répondre d'une voix larmoyante.
'Je ne te laisserai pas faire.'
Il leva mon verre et le vida, une note de défi dans le regard. Un sentiment de révolte s'empara de moi. Je n'en pouvais plus ; j'en avais assez.
'Comme si ça ne t'étais pas égal !' lui balançai-je dans la figure, désespérée.
'Mais non ; ça ne m'est pas égal, enfin voyons, Caro...'
'Je te dégoûte, hein ? Vision pitoyable, c'est ça ?!'
Ce n'était pas vraiment à lui que je m'adressais. Mais c'est lui qui se tenait devant moi : seul interlocuteur... Lui ; oh pourquoi lui, alors que ce devrait être Mark, Mark...
'Mais non, Caro...'
'Je dérange tout le monde !' sanglotai-je sans larmes. 'C'est ce que vous vous dites tous !... En fait personne n'en a rien à cirer ; je pourrais aussi bien crever...'
'Mais qu'est-ce que tu racontes, arrêtes !' il me prit par les épaules, me secoua un peu. 'Arrête, Caro ! Tu dis n'importe quoi !'
'Ce n'est pas vrai !... Je sais bien...'
'Si je m'en fichais, je ne serais pas là, tu ne crois pas ?'
Je m'entêtai à protester ; je ne voulais pas de ses arguments.
'Tu es en colère après moi ! Tu me haïs !' m'apitoyai-je sur mon sort.
'Oui. Non.'
Il m'entraina dans le couloir.
'Je ne te haïs pas ; c'est absurde !' fit-il 'Mais oui ; je suis en colère. Regarde dans quels états tu te mets...'
Regarde dans quels états tu te mets.
Dans quel état tu te mets.
Tu t'es mise.
Regarde.
Regarde-toi...
Je ne voyais plus Sam. Il y avait cette voix comme un écho ; ces paroles que le regard de Mark disait tout à l'heure sans vraiment les dire...
« Mais regarde-toi, ma pauvre fille... »
Mon imagination les raccommodait à sa façon.
Mépris, pitié. Pitié, mépris. Dégoût...
J'étais seule ; seule parmi tous ces gens et personne ne pouvait me comprendre ; me comprendre vraiment ; pas même Sam... Et personne ne pouvait me sauver et personne ne pouvait m'aider, personne, personne...
Ni m'aider, ni aider Mark...
Mais lui ne semblait même pas réaliser qu'il était pris au piège...
'Je vais rentrer', déclarai-je à Sam, très lasse, d'un seul coup.
'Je te raccompagne.'
'Non', protestai-je. 'Non ; je ne veux pas.'
Il voulut insister et j'étais vraiment sur le point de piquer une crise de nerfs. Je suppose qu'il le réalisa, parce qu'il fit un pas en arrière et poussa un profond soupir.
'D'accord. Je ne vais pas t'ennuyer. Mais si tu as besoin de quelque chose... appelle.'
'OK, merci.'
Je le contournai pour aller mettre mes chaussures. Il fallait que je sorte d'ici, le plus vite possible.
Sam me jeta un dernier regard et retourna dans le salon.
Je m'assis parterre, luttant avec les lacets de mes tennis.
Vincent apparut devant moi, surpris :
'Tu t'en vas déjà ?'
Je hochai la tête. Et je dus décliner une seconde offre de raccompagnement. Maudissant la vie que cette proposition ne soit pas venue de Mark
En fait, je ne rentrai pas chez moi. Juste devant l'immeuble de Lucas, il y avait une sorte d'espace vert, avec de l'herbe, des grands pots de fleurs et quelques banc. Je choisis le plus éloigné d'entre eux et me posai dessus, remontant mes genoux jusqu'à mon menton, enroulant mes jambes repliées de mes bras, comme pour me tenir chaud. Mais je n'avais pas froid. A vrai dire, je ne sentais plus trop mon corps. Je m'étais simplement ramassée sur moi-même ; comme pour exprimer physiquement mon envie de disparaître.
Je pensais à Mark.
Evidemment.
A ce regard qui allai sans doute me hanter encore longtemps.
Je lui en voulais sans vraiment lui en vouloir. Il n'était plus tout à fait lui-même, là...
Etrange comme l'alcool pouvait aider, parfois, et comme il pouvait détruire à d'autres occasions...
J'avais mis beaucoup d'espoirs, pourtant, en ce jour où il allait revenir. Sa présence à mes côtés m'avait tellement manqué... La nuit, dans mon lit, je persistais à enlacer mes couvertures, à trouver mon lit trop grand, à souffrir atrocement de ne pas avoir à côté de moi ce corps que je chérissais tellement. Curieusement, il m'arrivait de réussir à ressentir son odeur lorsque je me concentrais très fort. A la ressentir vraiment ; c'était bien plus intense qu'un souvenir ; ça semblait si réel... ça l'était peut-être. Et ça avait été la même torture pendant de nombreuses nuits ; y compris celles où j'avais bu, mais pas suffisamment pour que ça me terrasse totalement en me plongeant à la limite du coma éthylique...
Alors, suite à tout ce manque dévorant, je m'étais dit que, le jour où j'allais le revoir, je ferais tout pour qu'on reste encore dans les bras l'un de l'autre durant la nuit. Je m'étais dit qu'il attendait peut-être aussi ce moment...
Et là...
Et là, tout ça se retrouvait réduit à néant.
Ça me faisait mal ; et pas seulement à l'intérieur. Physiquement. Ma gorge s'était nouée si fort qu'elle se mit à me faire vraiment très mal ; m'empêchant de respirer normalement. Elle me pressait les larmes aux yeux. J'avais du mal à prendre mon souffle ; j'avais du mal à déglutir et à chaque fois que je le faisais, la douleur s'accentuait. Comme si une main invisible se resserrait sur ma trachée.
J'allais étouffer ; c'était certain !
J'ouvris la bouche, cherchant avec avidité à remplir mes poumons d'air, ignorant les larmes qui, finalement, avaient fuit de sous mes paupières closes.
Je suis incapable de dire combien de temps j'étais restée là. Après avoir réussi à me calmer et à retrouver une respiration normale, j'avais un peu somnolé sur ce banc. Seule la lune et les étoiles étaient témoins de mon désarroi. C'était bien comme ça. Je ne voulais pas répondre aux questions ; je ne voulais pas parler aux gens ; je voulais qu'on me laisse tranquille.
Je voulais Mark...
Tout en émergeant mollement d'un sommeil sans rêves, je vis une silhouette s'avancer vers moi, dans le noir.
Je l'identifiai immédiatement. La carrure, la démarche...
Mark.
Il venait vers moi, seul. L'air un peu hésitant.
'Caroline ?'
Je le regardai sans répondre. Mes joues avaient gardé la trace de mes larmes, mais je m'en fichais.
Il s'arrêta devant le banc, baissant les yeux vers moi. Il avait un peu décuité ; il avait meilleure mine.
'Qu'est-ce que tu fais là ?' me demanda-t-il.
Son ton soucieux me fit presque aussi mal que son regard de tout à l'heure. Difficile de savoir pourquoi. Parce que je n'y croyais pas ? Parce que je l'avais espéré ? Parce que ce n'était pas de sa pitié que j'avais besoin ?
'Rien', murmurai-je, résignée.
Il s'assit à côté de moi, sans me quitter des yeux. Je sentais toutes les barrières que je voulais dresser en moi s'effondrer une à une ; fondre sous l'intensité de mon sentiment pour lui.
'Caroline, qu'est-ce qui ne va pas ?' demanda-t-il. 'Qu'est-ce qui t'arrive ?'
'Rien', répétai-je.
'Tu as pleuré...'
Je ne répondis pas.
'Viens, rapproche-toi', me demanda-t-il.
J'obéis. Je lui permis de m'enlacer. C'est avec soulagement que je posai ma tête sur son épaule.
Ce n'était pas digne, comme attitude, non.
Mais ça m'était égal.
Ça m'était égal puisque je le retrouvais... Après quelques instants passés ainsi, il me proposa qu'on aille chez lui. J'acceptai immédiatement. Au point où j'en étais...
Nous partîmes enlacés, ma tête reposant toujours un peu sur lui. Ce n'était pas très confortable pour avancer, mais je ne voulais pas me détacher de lui. Il tenta de savoir ce que j'avais ; il me reposa plusieurs fois la question. Mais je ne lui répondis pas. Je n'avais pas envie de lui expliquer qu'il était la cause de tout ça.
En théorie, ça aurait pu simplifier les choses.
Mais en pratique, je savais que si je le faisais, je courrais le risque de ne plus jamais le revoir.
Je savais que Mark n'avait aucune envie de me blesser, de me faire souffrir. Je savais que dès l'instant où il réaliserait à quel point cette relation me détruisait, il y mettrait un terme. C'était une certitude absolue. Et ça, je ne le voulais pas. Je préférais encore cette lente agonie que d'être séparée de lui. Je n'avais encore jamais aimé comme ça. Je ne pouvais pas m'imaginer de continuer à vivre ma vie sans sa présence, aussi fragile et instable fut-elle. Encore moins après en avoir fait l'expérience ces derniers jours.
J'allais trouver l'oubli dans ses bras ; je savais... Le reste m'importait peu.
Une fois chez lui, nous ne perdîmes pas trop de temps. Mark défit les couvertures de son lit et il s'y glissa très rapidement. Je le suivis de très près.
Je crois que je n'avais encore jamais été aussi impatiente de prendre Mark dans mes bras. Il ne s'agissait pas de désir sexuel, et pourtant c'était très physique, comme besoin. Ressentir de nouveau la chaleur et la douceur de son corps, pouvoir le serrer contre moi et me blottir contre lui, en sachant qu'on avait quelques heures devant nous pour partager tout ça. Oublier à quel point ça m'avait tourmentée de ne pas l'avoir : essayer de ne pas penser au fait que cette souffrance allait revenir, assez rapidement, lors de la prochaine attente du même genre. Juste profiter, comme il me l'avait si souvent murmuré ; profiter de l'instant présent... Profiter de ce que je pouvais avoir...
Son bras venait déjà me chercher au moment où je m'allongeais. Entourant ma taille, m'attirant vers lui ; son torse ; prés de son cœur... Je frissonnai légèrement au contact de ses doigts. J'en aurais presque eu envie de pleurer de joie de pouvoir à nouveau sentir son toucher. Je m'étendis d'autant plus vite, retrouvant avec volupté le creux de son épaule en guise d'oreiller ; l'enlaçant immédiatement tout en levant la tête vers son visage, à la recherche de ses lèvres. Je fermai les yeux lorsque je les sentis effleurer les miennes. J'entrouvris la bouche pour permettre à sa langue de s'y glisser, savourant la sensation. Tout en l'embrassant, je lui caressais intensément le torse, en me collant à lui autant que possible. Lui aussi me caressait ; je sentais ses grandes mains chaudes dans mon dos, relevant ma chemisette pour dégriffer le soutien-gorge. Je laissai échapper sa langue d'entre mes lèvres, un peu à regret, le temps de l'aider à me débarrasser de mon vêtement. Il m'encouragea aussi à ôter mon pantalon, et en fit autant de son côté, balançant le caleçon au passage.
Je revins de nouveau contre lui, entièrement nue la culotte mise à part, réchauffée à la seconde où je me retrouvai dans ses bras. Je lui demandai de pouvoir passer un bras sous sa tête, et je l'enlaçai de nouveau de l'autre. Il fit la même chose. Et, pendant quelques instants qui semblaient merveilleusement dilater le temps, nous restâmes comme ça, sans bouger, juste à nous transmettre un tout plein de chaleur et de battements de cœur, si tendrement et si fortement enlacés que ça en était limite surprenant que ce ne soit pas douloureux. Non... C'était juste divinement comblant. De nouveau, je me mis à souhaiter une mort soudaine ou un phénomène paranormal qui figerait le temps ; afin que je reste à tout jamais comme ça. Là. Dans ses bras. Il n'y avait pas de meilleur endroit sur Terre. Nulle part ailleurs que je souhaiterais être. La perfection, le bonheur à l'état brut, c'était ça. Le paradis, c'était ça. Comment imaginer un supérieur stade de plénitude ? Impossible... Si Mark était mon Enfer, il n'en était pas moins mon Ciel.
Nous mîmes fin à cette dé
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Franz-38-2
12 février 2023 à 00:16
Ah elle se fait souffrir que cela m'en est pénible. Merci pour ton texte Miss.
Soyez respectueux
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