Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La naïade — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La naïade
Chapitre 1
La rencontre
Je continue ma récolte, dans le fond, ces huitres sont assez facile à ramasser, mais il faut savoir les repérer et choisir les bonnes, celles qui ont des chances d'avoir une perle. Ça fait pas mal de temps que je suis sous l'eau, je suis obligé de remonter à la surface, il faut que je reprenne mon souffle. J'arrive à la surface, je prends un grand bol d'air, je reste un peu là pour bien reprendre mon souffle, je n'aime pas trop nager mais j'adore sentir l'eau glisser sur ma peau nue et mes cheveux onduler dans l'eau en me caressant les fesses. Je suis plongeuse, je ramasse des huitres perlières sur des rochers au fond de l'eau, je suis ici pour repérer un nouveau coin, il faut toujours changer d'endroit pour permettre aux huitres de se renouveler. Je suis allé voir ma grand-mère qui m'a parlé d'endroits où elle pêchait avant et qu'elle pensait redevenus rentables, je suis sur l'un d'eux. Je replonge pour aller ramasser quatre ou cinq huitres que j'ai repéré, elles devraient contenir une perle, mais elles ne sont pas très proches les unes des autres, je vais devoir faire plusieurs plongées, ça commence à me fatiguer, il va falloir que j'arrête pour aujourd'hui, surtout que les vagues deviennent très fortes.
La mer grossie de plus en plus, je pense qu'il va y avoir une tempête cette nuit, j'espère que je pourrais venir pêcher demain. Je sors de l'eau, je m'allonge sur les rochers lisses en haut de la plage, je laisse ma peau sécher au soleil. J'ai récolté une petite dizaine d'huitres, les plus grosses, je pense que quelques-unes contiennent une perle la seule surprise ce sera leur grosseur. Je l'espère, ça voudra dire que ce spot est rentable et que d'autres plongeuses pourront y venir. En plus, j'ai attrapé trois langoustes et ramassé pas mal d'oursins, la journée a été bonne. Une fois sèche, je retourne au fare familial, je suis bien le corps au soleil, nous ne mettons rien dessus, il fait toujours chaud ici, ma peau est sombre, le soleil la teinte un peu, c'est très joli. Arrivée au fare, je vais amener mes oursins et les langoustes à ma mère Mareva, la cheffe de l'île, elle va les préparer, nous les mangerons ensemble ce soir avec Kahaia ma sœur ainée et Raihere ma jumelle.
–Alors Raiana, la pêche a été bonne ?
–Ça va dépendre des huitres, mais je pense que oui, on aura au moins de quoi manger ce soir avec ces trois langoustes et ces oursins. J'amène les huitres chez Nu'utea, elle va en extraire les perles s'il y en a et me dire ce que vaut cet endroit, je suis de retour le plus vite possible.
–Très bien, mais fais vite, il faut être rentré assez tôt ce soir, il va y avoir une grosse tempête, les nuages s'accumulent et les vagues grossissent, c'est mauvais signe, le vent va être très fort.
–Je sais, c'est pour ça que je suis rentrée plus tôt que d'habitude, je commençais à être sérieusement ballottée par les vagues.
Je vais chez Nu'utea, c'est une amie de ma mère, c'est la seule personne à qui je donne mes huitres, elle s'occupe de vendre les perles qu'elle en extrait, nous lui faisons entièrement confiance. C'est une des rares femmes de l'île qui ait vécu sur une autre île avec un homme, le père de Vaehana, elle a gardé des contacts avec les autres îles et les marchands de perles. Je marche gaiement sur la plage, je pense que la nuit des femmes n'a pas fonctionnée pour moi, ça fait deux lunes que ça s'est passé et j'ai encore eu mes sangs à cette lune au contraire de Kahaia qui ne les a pas eu, Raihere n'y a pas participé, elle n'a pas voulu, ce sera peut-être au prochain printemps. Je ne pourrai pas donner d'enfant à notre communauté, j'en suis un peu triste, mais j'espère me rattraper à la prochaine nuit des femmes, dans dix lunes. Je viens de passer mon vingtième printemps, j'ai donc participé à ma première nuit des femmes il y a deux lunes, j'ai choisi le plus bel homme parmi tous ceux qui avaient trente printemps, je voulais un bel enfant. Il a essayé de me féconder puis il est parti rejoindre son île. La première fois qu'il a mis son sexe dans mon trou, j'ai eu très mal, je ne voulais pas qu'il continue, il s'est arrêté, il a été très gentil, il a dû me quitter tout de suite, les hommes ne dorment pas avec les femmes sur cette île. J'avais un peu de sang au bord de mon sexe, mais pas comme quand j'ai mes sangs, beaucoup moins. Il n'a recommencé que trois jours plus tard tous les jours au moins deux fois, je n'ai plus eu mal, je dois dire que je n'ai pas trouvé ça très agréable, mais il faut le faire pour la communauté, au bout des douze jours, il est reparti avec les autres hommes sur son île.
Nous sommes une communauté de femmes, sur notre île ne vivent que des femmes qui pêchent et ramassent des huitres perlières, nous sommes protégées par une entente entre les différentes îles qui nous entourent, il n'y a jamais de problème. Notre île n'est pas très grande, il ne faut que la moitié d'un jour pour aller d'un bout à l'autre. Trois lunes après la saison des pluies, des hommes des îles d'à côté viennent pour nous féconder. Nous ne pouvons l'être que si nous avons au moins vingt printemps. Les femmes qui le désirent choisissent leur homme, elles ne sont pas obligées de participer. Les hommes essayent de les féconder pendant douze jours. C'est pour ça que toutes les filles qui vivent ici sont nées à la fin de la saison des pluies, Kahaia à deux printemps de plus que nous. Les femmes ne se font pas féconder quand elles allaitent un enfant, elles doivent attendre la nuit des femmes suivante si elles le désirent. Si elles ont un garçon, les hommes le ramènent sur leurs îles au retour d'une nuit des femmes quand il a passé son second printemps avec nous. Il arrive que des femmes repartent avec les hommes ou leur enfant, ou que des femmes arrivent avec les hommes pour vivre avec nous, c'est pour ça que la communauté reste stable, nous sommes une petite cinquantaine réparties dans douze fares disséminés sur toute l'île. L'île n'est pas très grande, mais elle est entourée de corail et produit beaucoup d'huitres, l'accord ancestral entre les communautés des îles nous la réserve exclusivement.
J'arrive chez Nu'utea, elle est avec sa fille Vaehana qui est née le même jour que nous, nous nous saluons en nous collant l'une à l'autre et en remuant nos seins les uns contre les autres, c'est la manière de nous saluer ici. Nu'utea est très intéressée par mes huitres, elle les ouvre toutes, il n'y en a que trois qui ont une perle et seulement une assez grosse pour qu'elle puisse aller la vendre, je laisse les petites à Nu'utea qui en fait des petits bracelets qu'elle distribue aux petites filles de l'île. C'est très bien pour une première fois, j'y retournerai demain si c'est possible avec Vaehana, nous pêchons souvent le mérou et le thazard ensemble. Je reste un peu avec mon amie, elle aussi est une très bonne plongeuse et ramasse des huitres.
–J'ai aussi attrapé des langoustes et ramassé des oursins, on va se régaler ce soir, je dois dire que j'aime beaucoup les langoustes.
–Tu as de la chance, je n'ai pas vu de langouste depuis au moins deux lunes, je crois qu'il n'y en a pas là où je pêche en ce moment.
–Si tu veux en manger tu n'as qu'à venir chez moi ce soir, j'ai ai attrapé trois, et nous en avons encore deux sous le fare dans la fosse d'eau.
–Je crois que je vais venir avec toi, votre fare est plus grand que le nôtre, et j'ai surtout très envie de manger de la langouste.
–Très bien, allons-y.
Nous retournons chez nous, maman n'est pas étonnée de voir débarquer Vaehana, elles se saluent, Kahaia la salue aussi, mais Raihere n'est pas là.
–Où est Raihere ?
–Partie avec Tama, elle ne rentre que demain, si le temps le permet.
–A ce point ?
–Oui, Teina est passée, elle pense que ça va durer au moins deux jours, la mer monte beaucoup, elle ne pourra pas se calmer très vite.
–Donc, pas de pêche demain.
–J'en ai bien peur.
–Très bien, je pense que Vaehana va elle aussi rester plusieurs jours ici.
–Pas de problème, il y a à manger pour au moins trois jours sous le fare.
–Et oui, il y a aussi les poissons que j'ai attrapé hier et ce matin.
–Kahaia, la reine du thazard !
–Et du Carangue, ne l'oublies pas, il y en a un dans la fosse, il va falloir s'en occuper, il est là depuis deux jours.
–Demain me parait un bon jour pour le manger, qu'en penses-tu maman ?
–Parfait, je m'en occuperai demain, il est assez gros pour nous quatre.
Nous préparons tout pour manger, Vaehana nous aide comme toujours, c'est presque une sœur pour moi, nos mère nous ont mises au monde côte à côte, elle est née juste avant moi et Raihere. Maman a fait griller deux langoustes, ça suffit pour quatre, nous les avons mangé avec des oursins, Vaehana a beaucoup aimé. Après le repas, le vent commence à forcir, nous allons sous le fare pour protéger la fosse dans laquelle il y a nos langoustes et nos poissons vivants, de quoi manger pour trois jours. La tempête risque de tout détruire, mais nous savons ce qu'il faut faire, des années de pratique des anciens. La nuit tombe vite, nous allons nous coucher sur ma natte en tapa, je me blotti contre mon amie, je suis assez fatiguées, elle aussi, je m'endors contre elle.
La nuit a été un peu agitée, le vent nous empêchait de bien dormir, mais je me lève quand même reposée, je veux aller pêcher, mais vu la taille des vagues, il est impossible d'y aller sans risquer de se faire emporter, Vaehana doit rester avec nous, je pense que Raihere ne va pas rentrer elle aussi, c'est assez dangereux avec ce vent. Nous ne sommes pas sorties pendant trois jours, la tempête a été très violente une des pires de mes souvenirs, mais elle a fini par se calmer, la mer est de nouveau plus calme, nous pouvons aller à la pêche, nous n'avons plus de poisson ni de langouste, il faut réapprovisionner les réserves, je décide de ne pas aller cueillir d'huitres, mais d'aller à la pêche avec Vaehana, il nous faut du poisson. Nous marchons le long de la plage quand Vaehana me montre une drôle de forme sur la plage, nous courons vers elle, c'est un homme avec des poils sur le visage et quelque chose sur lui, son corps est entièrement recouvert, on ne voit que la peau d'une partie de son visage et de ses mains, il est beaucoup plus clair que les hommes des îles autours de nous. A côté de lui, il y a des morceaux de bois un peu partout sur la plage. Nous regardons autour, il y a une autre chose sur la plage. Quand nous nous approchons, c'est encore un homme pale mais sans poil, lui aussi recouvert sur tout le corps. Nous voyons arriver deux va'as, ce sont des hommes des îles voisines, ils accostent.
–Ne vous inquiétez pas les filles, nous venons voir si vous avez la même chose ici que chez nous et si tout va bien chez vous.
–Il y a quelque chose chez vous ?
–Oui, des hommes morts partout sur les plages, et même une femme, mais ils ne sont pas de notre peuple.
–Venez voir ce qu'on a trouvé.
Nous les emmenons vers les hommes, ils se penchent sur eux, l'un d'eux se redresse.
–Oui, c'est la même chose que sur notre île, mais chez nous il y en a beaucoup plus, tous morts, ils devaient être sur une grande va'a ou plusieurs petites. Ce qu'il y a de bizarre, c'est qu'ils sont entourés de morceaux de bois que nous ne connaissons pas et qui ont une drôle de forme, ça ne vient pas de va'a de chez nous. Je ne sais pas d'où ils viennent, mais ce n'est pas des îles que nous connaissons, ce sont peut-être des envoyés des Dieux qui ont péri dans la tempête.
–En tout cas, ils ne peuvent pas rester ici, que vas-tu faire ?
–Nous allons les emporter avec nous, il faut les regrouper, ça calmera peut-être la colère des Dieux si ce sont leurs envoyés.
–Est-ce que tu peux aller voir s'il y en a d'autres, je ne suis pas rassurée.
–Bien sûr, nous les mettons dans la va'a et nous faisons le tour de l'île, si on en trouve d'autre, nous les enlèverons, ne t'en fais pas Raiana.
–Merci, nous retournons au fare, il n'y en a pas de ce côté.
–Nous allons de l'autre côté, d'autres va'as sont remontées au-delà du fare de ta mère s'il y a des morts ils ramènerons les corps chez nous.
Nous retournons chez nous, fini la pêche pour l'instant, je ne suis pas très rassurée, Vaehana non plus. Nous sommes sur le point d'arriver au fare, je regarde la mer et je vois un gros morceau de bois flotter sur l'eau et venir vers nous. Il me semble qu'il y a quelque chose dessus, Vaehana entre dans l'eau, je l'imite, l'énorme morceau de bois arrive lentement vers nous. Il y a effectivement un corps dessus, cette fois, c'est une femme elle aussi entièrement recouverte, je ne vois que son visage et ses cheveux très longs couleur du soleil, je regarde Vaehana, elle semble aussi étonnée que moi.
–Tu vois le couleur de ses cheveux ?
–Oui, c'est bizarre, je n'ai jamais vu ça, il faut appeler les hommes, ils doivent l'emmener elle aussi.
Je retourne vers la berge, Vaehana la regarde, elle semble subjuguée par ces cheveux clairs, tout à coup, elle bouge, elle recule d'un pas.
–Raiana, elle n'est pas morte, vient m'aider, il faut l'amener sur la plage.
Je vais l'aider, nous la prenons chacune par un bras et l'emmenons sur la plage, nous réussissons à la mettre à l'abris sous un cocotier. Je vois que ce qui l'enveloppe lui serre le cou, elle semble ne pas être très bien, ça l'étouffe. Avec Vaehana, nous lui enlevons tout pour qu'elle respire mieux, ce n'est pas très facile, il faut la manipuler dans tous les sens, elle est inerte. Petit à petit nous la découvrons, nous voyons apparaitre sa peau très claire. Une fois nue, nous la regardons mieux, en fait, elle est faite comme nous, des seins, des fesses, un sexe sauf qu'il n'y a pas de poils autour, ça fait une fine fente entre ses cuisses, des jambes, des bras, une tête, la même chose que nous, mais beaucoup plus clair. Je passe ma main sur sa peau, elle est très douce, comme la mienne, je ne vois pas de différence.
–Elle est comme nous, c'est une femme d'un autre peuple.
–Et que fait-on, on la ramène au fare ?
–Oui, je pense que maman saura ce qu'il faut faire, je ne pense pas qu'il faille la remettre aux hommes, ils s'occupent des hommes morts, ils ont assez de travail.
La légende dit qu'il existe d'autres peuples autour de nous, mais nous ne les avons encore jamais rencontrés, nos hommes sont pourtant allés loin, mais ils n'ont jamais rencontré de terres occupées par d'autre peuple que le nôtre. C'est peut être l'une d'entre eux, alors, ça veut dire qu'elle vient de très loin, d'au-delà de la mer. Elle ouvre les yeux, elle nous regarde et porte ses mains sur ses seins, elle crie quelque chose que nous ne comprenons pas, c'est une autre langue. Elle accompagne ses mots de gestes dont nous ne connaissons pas la signification, elle réalise que nous ne comprenons rien à ce qu'elle dit et surtout qu'elle est nue. Elle se recule et s'adosse au cocotier, elle essaye de récupérer ce qu'on lui a enlevé pour le plaquer contre elle, et nous cacher son corps, nous nous redressons en passant nos cheveux mouillés derrière nous, elle ouvre de grands yeux en voyant que nous sommes nues. Nous nous regardons avec Vaehana, nous ne comprenons pas sa réaction, elle ne veut pas qu'on l'aide, nous allons la laisser ici et aller chercher les hommes pour qu'ils la ramène dans leurs îles, elle pourra peut-être expliquer qui elle est.
Nous nous retournons et allons dans la direction des hommes sur la plage. Nous l'entendons crier derrière nous mais nous n'y prêtons pas d'attention, nous ne savons que faire d'elle, les hommes vont nous en débarrasser. Nous continuons notre chemin, ses cris se rapprochent, je sens une main qui m'accroche, je me retourne, elle est là complètement affolée, elle semble me supplier de rester. Elle tient ce que nous lui avons enlevé dans une main devant elle, elle nous fait des signes que nous ne comprenons pas, elle panique complètement. Je pense qu'elle a réalisé que nous voulions la laisser, elle est au bord de la transe. Je lui fais des signes de la main que je pense apaisants pour tout le monde, elle me regarde et se calme lentement, elle semble plus réceptive, son regard est plus interrogateur que méfiant. Vaehana vient vers elle et entoure ses épaules de ses bras en se collant à elle, ça la calme d'un seul coup, elle lâche ce qu'elle tenait à la main pour se cacher, elle semble beaucoup plus calme. Nous lui prenons chacune une main, je lui montre la direction du fare, elle semble comprendre ce que nous attendons d'elle, elle nous accompagne sans réticences, elle est moins tendue, plus rassurée.
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