Les idées folles
Chapitre 1
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✦ Jane Does Les idées folles XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Les idées folles — Chapitre 1

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Jane Does
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Les idées folles

Chapitre 1

Existe-t-il quelque chose de plus barbant qu'aller faire les courses, après une semaine de boulot ? Pour moi, c'est le summum de l'ennui et l'on devrait décerner une médaille au type qui a eu l'idée de génie d'inventer « le drive ». C'est exactement ce à quoi je songe ce samedi matin, en gagnant le magasin où j'ai déposé depuis mon ordinateur ma liste de produits à récupérer sans attendre. De plus, par chance, il n'y a pas trop de circulation ce matin. Je suis déjà aux abords du super marché.
Eh zut… un gyrophare bleu, la police ou la gendarmerie ? L'uniforme me fait signe de me garer. Bon ! Qu'est-ce que j'ai encore fait pour qu'ils m'arrêtent ? Ils sont toute une flopée, armés jusqu'aux dents. Ils me prennent pour une terroriste ou quoi ? Je me range proprement et j'attends. Le jeune homme, il ne doit pas avoir beaucoup plus qu'une vingtaine de piges, me fait signe d'ouvrir ma vitre. J'appuie sur le bouton de la manœuvre électrique et un doux ronron accompagne le carreau qui glisse vers le bas.
— Les papiers du véhicule, s'il vous plait…
— Bonjour !
— Vous n'avez pas bien entendu ?
— Eh ! Là… jeune homme, votre uniforme ne vous autorise pas à être impoli. Un bonjour ne coute rien. Je n'ai rien à me reprocher.
— … ? Où allez-vous ?
— Je ne vois pas en quoi ça vous regarde. Tenez !
Je lui tends le certificat d'immatriculation, mon permis de conduire ainsi que l'attestation d'assurance. Il attrape au vol l'ensemble et assez vertement reprend.
— Je vous ai demandé où vous alliez.
— Et je vous redis que le droit de circuler librement dans notre pays existe encore. Cette question ne mérite pas de réponse.
— Vous voulez jouer à la maligne ? Sortez du véhicule.
— Vous êtes malade ? C'est quoi ce cirque ?
Le jeune flic a l'air furibard. Il tire sur la portière et m'attrape par le bras.
— Non, mais ? Ça ne va pas ? Qu'est-ce qui vous prend ?
Un des autres policiers qui suit la scène, à quelques pas de là, s'avance vers nous.
— Qu'est-ce que tu fais, bon sang ?
— Elle refuse d'obtempérer, ça se voit, non ?
— Arrête ça tout de suite… tu as demandé à Madame ses papiers, elle vient de te les donner. Là, ce que tu fais, ça s'appelle une voie de fait. Tu ne peux pas te permettre ce genre d'action qui discrédite notre uniforme et du coup, toute notre profession.
Soulagée de voir que celui-ci prend ma défense !
— Merci monsieur…
Mais le jeune coq ne l'entend pas de cette oreille.
— Boucle là toi ! Tu vas savoir comment je m'appelle !
— Cette fois, ça suffit. Remontez dans votre véhicule, madame. Tu as tout contrôlé ? Les papiers sont en règle ? Alors tu rends tout cela à cette dame et tu la laisses partir.
Je m'énerve du comportement de cet idiot.
— Merci… heureusement que tous les agents ne sont pas…
— Pas quoi ? Tu vois bien qu'elle n'est pas normale… elle a surement picolé.
— Pff ! Ça devient très pénible, jeune homme !
Le policier plus âgé arrête la circulation et me fait signe de déguerpir. Il a parfaitement saisi que le jeunot joue les cow-boys pour une raison qui m'échappe. Et dire qu'il faut encore que ça tombe sur moi… bon ! Je suis en rogne et le parking du « drive » et tout proche. Je récupère mes achats, paie et rentre tranquillement chez moi. Les keufs sont toujours en place, dans l'autre sens bien sûr. Et celui qui est venu à ma rescousse semble me reconnaitre. Il me fait un geste sympa de la main. Je lui réponds avec un large sourire et je roule vers mon domicile. Un incident bizarre pour un samedi matin de repos. Mince ! Je comprends que parfois les vérifications peuvent vite déraper. Et pas toujours de la faute des personnes qui sont contrôlées.
— xXx —
Dix-neuf heures, la solitude me pèse. Autant faire les courses me rase, alors que rester seule m'est insupportable. Je me passe un coup de brosse, badigeonne mes lèvres d'un rouge discret et décide d'aller prendre un pot en ville. À pied, on ne sait jamais, si d'aventure je tombais encore sur un zigoto comme le jeune con de ce matin, en uniforme. Et me voilà partie tranquillement dans les rues qui mènent au bistrot où j'ai mes habitudes. Ce n'est pas que je sois vraiment un pilier de bar, mais je traverse une période un peu sombre. Mes talons claquent donc sur le bitume, alors que je me rapproche du centre du bled. L'enseigne au néon est déjà allumée et le serveur de « chez Gustave » me voit débarquer dans son rade.
Comme chaque fois que j'y fais un bref passage, il me fait une large risette, et sans me poser aucune question me sert un demi sans faux col. Je le salue du menton, les vieux habitués sont encore et toujours là, qui me charrient bien un peu, mais c'est bon enfant. L'un d'eux, Charlie, que je croise à peu près à chacune de mes virées ici me fait un clin d'œil, et se rapproche de moi, son verre de bibine à la main.
— Salut Anita ! Alors ? T'as des problèmes avec la police ?
— Hein ? Non pourquoi ?
— Ben, j'ai vu ce matin un jeune flic qui te forçait presque à sortir de ta bagnole…
— Ah oui ! Non, c'est juste un pauvre type qui voulait faire du zèle… et son pote l'a remis de suite à sa place…
— Ouais… c'est marrant…
— Qu'est-ce qui te fait rigoler dans cette histoire ? Il y a des tordus aussi dans toutes les professions…
— Bien sûr… mais en uniforme, ça ne devrait pas être toléré…
— Son collègue a remis les choses en ordre… pas de souci, c'est déjà oublié…
— D'accord… mais regarde…
— Quoi ? Tu veux un autre verre aussi ? Tu as besoin de parler Charlie ?
— Attends ! Je veux te faire voir un truc.
— Ah bon ?
Il sort laborieusement de son veston fripé son téléphone, sur lequel il bidouille d'un doigt peu sûr puis il tourne l'écran vers moi.
— Ça te dit quelque chose ?
— Tu as donc pris le collègue du jeune sot en photo ? Pourquoi ?
— Regarde mieux…
— Quoi ?
Une seconde étude de sa photo me montre que ce type, flic de son état, n'est pas du tout dans la rue ni avec le même uniforme que ce matin. Je ne pige pas vraiment où veut en venir Charlie.
— C'est quoi cette image ? Tu le connais ce flic ?
— Oh oui ! Très bien même.
— Attends ! Ne me dis pas que tu as déjà eu maille à partir avec la justice et la police.
Il rigole et découvre ses chicots, plus franchement très blancs.
— Mais non ! Bon, je sais que j'ai pris un sérieux coup de vieux et que la bière n'arrange rien, mais tout de même…
— Quoi ?
— Ben, c'est mon gamin, ce flic qui t'a dépêtré du trou de cul qui se prenait pour le Bon Dieu. Y a comme un petit air de ressemblance, non ?
— Ah bon ? Tu m'en diras tant.
— Oui… sa femme s'est tirée il y a tout juste un an et il a du mal de refaire surface… il doit avoir ton âge, à peu de chose près. Elle l'a planté pour filer le parfait amour avec un de ses chefs…
— Et ? Je ne vois pas où tu veux en venir Charlie.
— Ben… c'est une jolie poulette comme toi, qu'il lui faudrait à mon Bertrand… je te croise souvent et toujours solitaire… je me dis que… ce serait bien que vous vous rencontriez.
— Tu veux jouer les marieurs Charlie ? C'est nouveau ça ? Allez… un autre demi… et oublie tes idées de mariage entre ton fils et moi. Je n'ai pas l'âme d'une femme mariée…
— Je n'en suis pas persuadé… mais va pour un autre demi… et tu sais, j'ai des yeux, c'est fait pour m'en servir. Tu n'es pas heureuse, je me goure ?
— On ne va pas philosopher là-dessus, d'accord ? Laisse tomber. Je suis assez grande pour me dénicher un amant toute seule.
— Oui… c'est pas le but.
— Je n'en vois pas vraiment d'autres…
— Oh… j'ai bien peur que mon jeune ne fasse un de ces quatre matins une grosse connerie.
— Ça veut dire quoi ? C'est un message subliminal ton discours, Charlie ?
— Pas du tout. Je crois que sa nana lui en a fait suffisamment baver. Pourquoi n'aurait-il pas droit, lui aussi à sa part de bonheur ? Hein ?
— Là, c'est pour mère Thérèsa que tu me prends, mon petit-père ! Allez, on trinque et puis… on oublie toutes ces bêtises, d'accord ?
— Dommage ! T'es une chouette gonzesse…
— Une vraie emmerdeuse aussi, je t'assure, et je n'ai jamais réussi à garder un mec plus de deux nuits c'est te dire si… je suis chiante.
— Ouais… tu peux me raconter ce que tu veux, je suis un vieux cheval de retour et je vois clair dans les personnes avec qui je parle. Tu n'es rien de ce que tu me décris, là. J'en jurerais.
— De là à m'occuper de ta progéniture… il y a un sacré fossé, non ? Simon… remets-nous une tournée à Charlie et moi…
Le serveur s'active. C'est la journée qui veut ça ? Il y a des jours où on devrait rester couché et ce foutu samedi me parait en faire partie. Nous finissons à peine de siffler notre bière, l'ancien et moi, que déjà la tournée suivante nous tend les bras. Il a la lèvre inférieure qui tremble un peu, Charlie, comme si mon refus lui filait un coup de bourdon. L'état de son rejeton lui cause un tel souci ? Je me pose déjà la question ? C'est pas trop bon ça, et je sens que je vais encore me coller dans les emmerdes jusqu'au cou. Une sale habitude chez moi de toujours me fourrer dans des guêpiers pas possibles.
De bibine en bibine, il arrive un moment où le vase est plein, voire même qu'il risque de déborder. Et le petit-père Charlie avait surement déjà une avance conséquente sur ma pomme. Et… il ne tient pratiquement plus sur ces cannes. Je ne vais surement pas l'abandonner dans cet état. Il radote depuis une bonne demi-heure.
— Je crois qu'il est temps d'aller te coucher, Charlie…
— Euh… on… tu… un dernier pour la route et… on va se coucher.
— Ouais… mais toi dans ton lit et moi dans le mien… tu n'es pas en voiture, j'espère ? Ton fils ne serait pas content que tu conduises dans cet état…
— Il a quoi mon état ? Je peux encore en boire dix, si je veux…
— Ben mon cochon… tu risques bien de rentrer en rampant, si tu insistes trop…
— Tu veux peut-être me donner la main… on est fait pour s'entendre tous les deux…
— C'est ça… bon, tu ne déconnes pas. Toi et moi en avons assez pour cette soirée… allez, je te raccompagne jusqu'à ta porte… comme ça je serai certaine que tu ne prendras pas le volant.
— Une vraie mère poule… dommage… C'est une femme comme toi qu'il lui faut, à mon Bertrand !
Il a de la suite dans les idées, pépère, on dirait. Même bourré comme une cantine, il pense à son gamin. Alors, je raque le reliquat de l'addition puis empoigne Charlie par une aile. Épique la traversée de la salle ! Si nous n'embrassons pas le carrelage du troquet, c'est juste parce qu'il doit exister un Dieu pour les poivrots. Je ne peux pas non plus dire que je suis très fraiche. Mais bon… j'arrive à le soutenir. Il réside à quelques centaines de mètres de chez moi, dans la même direction, donc je n'ai pas de détour à me taper. Il se cramponne à moi et cahin-caha nous avançons, bien que ce soit laborieux.
Il se tait depuis la sortie du bistrot, déjà perdu dans son brouillard alcoolisé ou dans des souvenirs dont je suis, par la force des choses, exclue. Après ce qui ressemble plus à une course de fond qu'à un sprint nous sommes devant sa porte. Une belle maison, de laquelle il lui faut trouver les clés pour ouvrir une porte de chêne. Là, devant cette cloison obstinément fermée, il baragouine quelques mots dont j'ai du mal de percevoir le sens. Incompréhension de ma part qui ait tout bêtement un degré d'alcool trop élevé aussi, ou locution difficile du vieux bonhomme ?
Surement un mixe des deux ! Une fois les clés dans la main… comme il ne parvient pas à viser juste, je lui prends son sésame et j'ouvre pour lui. Il s'accroche à moi tel un naufragé à un débris du bateau qui coule. Et sa bouche près de mon oreille, cette fois, je saisis mieux le sens de ses propos…
— Ah, Anita… vingt piges de moins et je t'aurais proposé un dernier verre… et la botte surement. Mais bon… à mon âge… c'est de plus en plus urinaire et de moins en moins génital… t'es sûr que tu ne veux pas parler à mon jeune ?
— Charlie, bon sang ! Fais un effort ! Essaie de te tenir droit. Et arrête de dire des sottises. Je pourrais être ta fille.
— Ben… ma belle-fille aussi ! Hein !
— Pff !
Ça y est ! Mes doigts parviennent à loger sa foutue clé dans son logement, alors que de l'autre je soutiens le zigoto. La lourde s'ouvre enfin… et je sens bien que mon pote n'est pas vraiment en état d'aller se coucher tout seul. Merde ! Je ne peux tout de même pas le planter là, sur le bord de la rue. Puisque j'y suis… autant que je le colle sur son pieu avant de regagner mon « chez-moi ». Il se laisse faire, mais je dois aussi trouver l'interrupteur pour éclairer son intérieur. Lorsque c'est fait, tout est plus simple. Nous sommes dans une entrée spacieuse et bien rangée. Je dois savoir…
— Dis-moi… tu ne dors pas encore, hein ? Où est ta chambre ?
— Ah… je savais que nous finirions par le faire…
Et il rigole, retourné dans ses idées d'une jeunesse passée, très certainement. Il commence à être lourd l'animal et comme il pèse de tout son poids sur mon cou auquel il reste scotché par un bras de moins en moins vigoureux, je me dois de faire vite. Je ne tiens pas du tout à m'affaler sur le sol de sa baraque avec lui. Il marmonne deux ou trois mots pourtant et son index me montre une porte vers laquelle je le dirige, tant bien que mal. Une chambre, la sienne surement, dont le lit est impeccablement fait. Bon, le plus dur est à venir. Coller le paquet de linge sur la couche.
Un bon exercice pour mes petits bras. Il pèse une tonne le gaillard, et il ronfle quasiment debout. Voilà ! Je lui cloque le derrière sur le rebord de la couche et pousse doucettement sa poitrine. Il est en travers du pucier, il ne reste plus qu'à en faire le tour, à choper ses guibolles et l'allonger dans la bonne position. Il émet un grognement de porc, mais demeure dans la posture que je viens de lui donner. Délacer ses pompes, les lui retirer, et enfin rabattre les bords du couvre-lit en guise de couverture. Il est loin le vieux bonhomme, loin de là, dans des rêves alcoolisés. Une seconde de récupération, l'effort que je viens de fournir fait battre le sang à mes tempes.
Assise sur le bord du pageot, je reprends mon souffle. Et sur la table de chevet… une photo attire mon regard. Une superbe blonde qui sourit. Sans doute la femme de Charlie. Je réalise que si nous nous croisons de temps à autre, je ne sais pas grand-chose de sa vie. S'il a un fils, c'est forcément que ce gosse à une mère. Bon… je dois finir de rentrer chez moi. Je jette un dernier coup d'œil au corps étendu qui respire bruyamment. Il ronfle, donc pas de souci particulier. Je fais le chemin inverse, ferme les lumières, tire la porte sur moi. J'ai fait environ la moitié du voyage qui va du bar à mon domicile.
Je suis surprise de la facilité de cette dernière partie de mon périple. Il est vrai que mon fardeau entravait singulièrement ma marche. Là, mes pas claquent de nouveau sur le bitume et la nuit fait résonner tous les bruits d'une manière inquiétante. Je suis plus ou moins dégrisée, parce que j'ai pas mal descendu de bières moi aussi. Pourvu que Charlie ne fasse pas une connerie. Pourquoi est-ce que cette pensée m'obsède ? J'ai fait de mon mieux pour le mettre en sécurité, non ? Mais non ! Je me sens coupable de je ne sais quoi ! Les effets néfastes de la bibine ? Ouf… je suis devant chez moi. Allez ma vieille, file te pieuter.
— xXx —
Mon retour aux réalités de l'existence se déroule dans un premier temps, avec le passage d'une locomotive lancée à toute vapeur sous ma tignasse brune. J'ai beaucoup de peine à garder les paupières ouvertes tant ça déraille dans mon ciboulot. Ouh, mes amis ! Une gueule de bois pas piquée des vers m'oblige à farfouiller rapidement dans mon armoire de toilette à la recherche d'une gélule miracle. Bon ! Ma fille… qu'est-ce que tu as fichu hier soir pour être dans un tel état ce matin ? Matin… vite dit, il est presque midi ! Je tente de m'éclaircir les idées avec un café noir bien serré. Mais je dois patienter une bonne dizaine de minutes avant que le médoc me libère de la pression de mon cerveau.
Ouf ! Ça va mieux. Bien ! Alors ? Ah oui… « Chez Gustave » et avec Charlie. Trop de bières et puis… le bout de chemin fait ensemble. Bon sang ! Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé de fâcheux ! Je me douche, passe une jupe, un chemisier, et elle me tourne en boucle dans la cafetière cette histoire. Je dois aller voir, si pour mon copain de beuverie tout va bien. Un coup de brosse sur mes tifs encore humides, pas le temps ni l'envie de me maquiller, et me voici sous la flotte. Il pleut ce dimanche midi… oui ! Ma rue est grise, moche, enfin c'est ce qui remonte à mon ciboulot. Mes escarpins… ils vont prendre cher sous cette pluie battante.
J'avance rapidement et l'idée me vient que j'aurais pu prendre un pébroque au lieu de me balader tête nue sous les pleurs du ciel. Quelle idiote ! Je me remémore la soirée, surtout la gymnastique qu'il m'a fallu faire pour coucher Charlie. Et les deux ou trois cents mètres qui me séparent de chez lui suffisent à me rendre dégoulinante. Je suis trempée de la tête au pied. Sa maison est là, tout parait très calme malgré la rincée qui m'inonde. Le bouton de la sonnette… le voilà sous mon index pressé. Loin à l'intérieur, le « dring » spécifique, puis un long silence.
Bon sang ! Il n'est donc pas levé ? Je m'apprête à tambouriner dans sa lourde pour le réveiller et d'un coup, le panneau de bois s'ouvre. Le type qui se tient là me rezieute curieusement.
— Oui ?
— Mais…
— Je vous écoute, Madame ! Vous avez besoin de quelque chose ?
— Euh… Vous êtes Bertrand… Le fils de Charlie ?
— Vous savez qui je suis ? Vous connaissez mon père ?
— Ben… oui… il m'a parlé de vous.
— D'accord ! Et vous lui voulez quoi, à mon père ?
— Je… c'est difficile à dire…
— Bon, ne restez pas sous la pluie… vous êtes toute trempée… vous savez que les parapluies, ça existe ?
— Hein ? Ah oui… les pépins, oui, bien sûr, mais…
Je fais ce pas qui me met hors d'eau et me voilà dans l'entrée, devant ce type qui me parait plutôt baraqué. Mais je suppose que le métier de flic oblige à un certain entrainement. Lui me reluque curieusement. Ses yeux bleus restent plantés sur moi et ça me déstabilise. Puis sa voix… il me parle !
— Alors ? Je vous écoute. Vous vouliez voir papa ?
— Ben… disons que je tenais seulement à m'assurer que tout allait bien pour lui.
— … ? Une raison particulière à cette démarche bizarre ?
— C'est… comment vous dire, assez gênant…
— Oh ! J'en ai vu et entendu bien d'autres ! Je suis tout ouïe. Madame… ?
— Ah oui ! Je ne me suis pas présentée… Anita… Grandchant… Anita.
— Vous savez déjà apparemment mon prénom, n'est-ce pas ?
— Oui… alors, hier soir j'ai croisé votre papa, Charlie quoi et…
Le type me regarde avec des quinquets amusés. Il s'apprête à me répondre lorsqu'une autre voix, que je reconnais de suite dans son dos, vient perturber l'ordre établi.
— Ben, j'étais bourré et mon amie Anita a eu la gentillesse de me mettre au lit… tu sais tout mon garçon ! Et je suppose que toi ma belle, tu t'es inquiétée à ton réveil, c'est bien ça ?
— Ah… Charlie ! Je me suis fait du souci…
— Je te présente mon Bertrand. Mais je vois que vous avez déjà fait connaissance. Allez, entre ma belle, viens te sécher un peu. Tu n'as donc pas d'imperméable ? Tu n'as pas vu qu'il tombait des cordes ? C'est la crève que tu cherches, sacrée Anita… merci de ne pas m'avoir laissé rentrer tout seul.
Je suis abasourdie. Il pète la forme l'ancien. Bien plus que moi qui me sens d'un coup plutôt… minable dans un pareil état. Et son fils qui nous jauge, qui doit se demander ce qui peut bien nous réunir. La patte du vieil homme me pousse gentiment dans le dos vers une grande cuisine. Ça sent rudement bon. Il a donc bien récupéré, au point d'avoir pu cuisiner. Ses paroles me le confirment presque de suite.
— Bon ! Puisque t'es là, tu vas gouter à mon lapin en civet !
— Mais…
— Taratata… il n'y a pas de mais qui tienne ! Tu es là, tu te sèches un peu les tifs et tu t'assois. Et toi Bertrand, ne reste pas planté là comme un piquet. Sers-nous l'apéro… tu veux bien… et surtout… rajoute un couvert.
— Ah… oui… oui, tout de suite.
— On dirait que tu as vu un fantôme, mon grand… qu'est-ce que tu as ?
— Rien… rien ! Vous êtes donc du quartier, Madame ?
— Pas très loin en effet…
— Je ne sais pas pourquoi… j'ai l'impression de vous avoir déjà rencontrée…
— … ?
De ses fourneaux, c'est Charlie qui lance avec une certaine force, une pique à l'encontre des flics.
— C'est surement grâce au morveux qui faisait du zèle avec toi hier… celui qui a failli extraire de force, mon amie Anita, de sa bagnole…
Je peux lire sur le visage du grand gaillard qui me fait face, comme une illumination. Sans doute que les paroles de son daron lui rappellent la scène. Pour un peu, je m'apprêterais à l'entendre jouer à Raymond Souplex… « Mais c'est bien sûr… », Maigret de première bourre ! Cette fois il me dévisage plus en profondeur.
— D'accord, je vous remets maintenant… encore toutes mes excuses.
— Oh… c'est oublié. Je présume que chez vous aussi, dans vos rangs il y a quelques gaillards mal embouchés.
— Je vous rassure, il s'est fait remonter les bretelles au commissariat… je crois qu'il a compris la leçon. Alors comme ça vous trainez dans les bars et vous raccompagnez les petits vieux qui ont trop abusé de la bouteille ? Mon père est incorrigible…
— Oh… Charlie… c'est Charlie quoi !
Le bonhomme ne nous jette pas un regard, alors qu'il s'affaire sur son fameux lapin. Lorsqu'il se rapproche de la table, un plat dans les mains qui chatouille mes papilles, il me fait de plus un clin d'œil malicieux. Semblant heureux de me voir là, assise face à son fils. Les patates qui accompagnent la bestiole en sauce me rappellent quelque part, la mangeaille de ma grand-mère. Et nous discutons donc tous les trois sans nous prendre la tête. Bertrand est un homme affable, solide, costaud physiquement, mais surement un peu plus fragile mentalement. Personne des deux hommes ne parle de la compagne envolée, cause des craintes du papa.
Un bon repas dominical, arrosé du reste de la bouteille du Bordeaux qui a servi à confectionner la sauce du lapin… un régal que je n'aurais jamais pu imaginer en me levant. Mes maux de tête ont totalement disparu et j'apprécie ce déjeuner chez ces deux-là qui s'entendent comme larrons en foire. Une belle complicité entre ces deux hommes sans doute marqués par les événements de la vie. Après un café bienvenu, je me prépare donc à prendre congé du père et du fils. Je me lève et c'est pour constater que la pluie n'a pas cessé. Je fais la moue, à la seule idée d'aller me tremper une seconde fois.
— Je peux vous raccompagner si vous le désirez…
— Oh ! Ne vous dérangez pas pour moi, Bertrand… je ne suis pas en sucre, et ne vais pas fondre.
— Bien sûr… mais vous pourriez choper une bonne crève… c'est le but ?
— Non… mais… je n'ai pas grand chemin à faire…
— Assez pour… être transie… allez, je vous ramène chez vous… Papa… je raccompagne ton amie chez elle.
— Ouais… c'est bien… prenez tout votre temps. Je suis seul depuis bien des années déjà… alors, une heure de plus ou de moins…
— …
C'est bizarre ! Bertrand et moi avons une réaction identique. Celle de poser notre regard sur le vieux bonhomme. Il a une sorte de risette au coin de la bouche. Comme s'il jubilait de nous voir partir tous les deux. Ses paroles de la veille me reviennent, avec tout ce qu'elles impliquaient. Mince… à croire que le sort me joue un bon tour ! Oui ! « Ben… c'est une jolie poulette comme toi, qu'il lui faudrait à mon Bertrand… je te croise souvent et toujours solitaire… je me dis que… ce serait bien que vous vous rencontriez. » Hasard ou coïncidence ? Difficile à dire, mais le vœu pieux de Charlie se réalise donc !
— xXx —
Nettement plus agréable, ce parcours fait sur le siège moelleux d'une berline qui ronronne doucement. Bertrand est châtain, physiquement imposant et je parais bien frêle à côté de ce géant. Une bonne tête de plus que moi et si j'ai bien tout suivi les explications formulées à table, il est mon ainé d'environ douze mois. Il y a chez ce mec, une force tranquille qui m'impressionne. La voiture se range le long du trottoir et pour me montrer très civilisée, je lui propose un café… voire un digestif. Il hésite quelques secondes, et finalement accepte. C'est ainsi qu'il me suit dans mon antre.
La petite maison que je paie à tempérament, grâce à mon salaire de secrétaire chez un courtier en assurances de notre bled, n'a rien à voir avec la demeure familiale que nous venons de quitter. D'une part, parce que je ne peux pas me targuer d'être une championne du rangement, et puis surtout, parce que le ménage et moi, ce n'est pas une grande histoire d'amour. Il ne se focalise pas sur l'endroit et comme la pièce à vivre comporte un canapé trois places, je l'invite donc à y poser ses fesses. Ce qu'il fait volontiers, avant de se relever brusquement. Et je rougis jusqu'à la racine de mes cheveux, en le voyant ramasser un objet, coincé entre les coussins.
Du bout des doigts, il ressort ce qui vient de le gêner… et du coup, c'est ma pomme qui s'en trouve bien embarrassée. Le fard que je pique ne passe surement pas inaperçu. Lui se contente pourtant de coller le truc sur la table qui trône entre le sofa et un fauteuil. Je baisse les yeux, n'osant plus affronter son regard. Mais il ne montre rien de particulier, flegmatique et discret. Je place devant nous un plateau sur lequel deux tasses fument. Je récupère sans un mot le vibromasseur, et file dare-dare le cacher dans le meuble d'où j'extrais de quoi me redonner une contenance, à savoir la bouteille de cognac et les deux dés à coudre qui vont nous servir.
Est-ce dans ma tête que s'opère un virage à quatre-vingt-dix degrés ? L'incident qui vient de se produire est-il seulement le déclencheur de ma vision erronée de la situation ? Ce flic… enfin civil en cet instant ne parait pas plus choqué que cela par sa « découverte ». Bah ! Il doit bien se douter qu'à trente-cinq piges, j'ai aussi parfois des envies, et accessoirement une vie sexuelle. Pas très riche je l'admets, mais elle existe et il en a tenu une preuve flagrante entre ses doigts. Bon ! Je n'ai pas de souvenirs du moment où ce bidule a servi. Cette nuit ? J'étais trop ivre pour m'en rendre compte ? Peu probable parce que j'ai encore en tête mon retour et je ne me suis pas endormie sur le divan.
Après tout, pas de quoi fouetter un chat. C'est vrai que ça m'a fichu un peu la honte, mais je survivrai. Il reste zen, calme et attend sagement que je serve le « Hines rare » dont la couleur ambrée adoucit ma piteuse manie de tout laisser trainer… joujoux compris.
— Je vous sers…
— Volontiers, merci.
Les mini verres se remplissent et je lui tends celui qui est le plus proche de sa place.
— Alors… à votre santé, et surtout à celle de Charlie…
— Oui… à vos amours également…
— … !
Je rougis de nouveau. Une allusion directe à sa trouvaille ? Peut-être et ça me file le bourdon. Mais il revient sur ce qui lui parait important et précise donc.
— Vous vivez donc seule aussi ?
— Ben… oui. Je suis célibataire. Il faut dire que je ne supporte pas vraiment la compagnie des autres.
— Ah ! Ça peut changer un jour, non ? Il vous suffit parfois de trouver la bonne personne…
— Et vous ? Vous l'avez trouvé ?
— Moi oui… mais apparemment, elle n'en a pas décidé ainsi… c'est… enfin, mon père ne vous a rien dit à ce sujet ?
— Pas vraiment… nous ne parlons pas de ces sujets très personnels, lui et moi.
— D'accord… je peux être direct avec vous ?
— … ? Ben… c'est mieux non ?
— Est-ce qu'entre vous et lui…
— Quoi ? Entre Charlie et moi ? Vous parlez de « crac-crac » ? Bien sûr que non ! Il n'est et n'a jamais été question de ce genre de plan, voyons. Nous sommes deux amis, sans plus... comment pouvez-vous avoir de pareilles idées ?
— Oh… on voit des choses bien pires de nos jours…
— Enfin… il pourrait être mon père…
— Ouais… ne vous fâchez pas…
— Et puis… je crois que vous avez eu entre les mains, les doigts même, un début de réponse à toutes vos questions ! Mon amant est plutôt… impersonnel.
— … je vois ! Pardonnez ma curiosité.
— Déformation professionnelle ? Ça vous plait le métier de flic ?
Je change diamétralement de sujet, ne voulant en aucun cas m'engager plus avant sur une piste qui ne mènerait nulle part. Il me regarde et d'une voix blasée me lance simplement quelques mots.
— Il me permet de vivre, c'est bien cela l'essentiel, qu'en dites-vous… ?
— Ouais… un peu comme moi, qui de mon côté m'occupe des formalités des sinistrés dans mon agence. C'est un job pas très reluisant, mais je mange à ma faim…
— Voilà… et puis vous imaginez un monde sans lois, sans police ? Un joyeux bordel, non ?
— Sans assurance aussi ce serait… l'apocalypse… mais… vous aussi êtes seul depuis longtemps ?
— Je peux encore vous poser une question ?
— … évidemment !
— Vous tutoyez mon père, alors pourquoi pas le fils ?
— Ben… oui… ça me semble logique… alors d'accord… tu es seul depuis longtemps, Bertrand ?
— Un peu plus d'un an… la femme de ma vie mène une existence heureuse, tant mieux pour elle, avec mon boss. Un comble non ?
— L'existence nous réserve des surprises parfois… mais je veux croire que ce ne doit pas être rose tous les matins cette situation.
— Surtout pour moi… j'ai eu souvent envie de lui casser la gueu… la figure en fait !
— Comme je te comprends… ben moi, tu sais, le dernier mec qui a franchi ma porte, je ne me souviens plus vraiment de son prénom et encore moins de sa bouille… c'est te dire si ça date.
— Humm ! Je crois que là tu te trompes…
— Comment ça ?
— Le dernier… il me semble que c'est… moi !
— Oui ! Vu comme ça, tu as raison… mais je faisais allusion à celui qui a remplacé un moment mon amant survolté… celui que tu as dégoté entre les coussins…
Il rigole. Et ses yeux bleus plissent les pattes-d'oie au coin de ses orbites. Qu'est-ce que ce type a de différent ? Aucune idée, mais je me sens toute chose devant ce gaillard qui me transperce du regard. Il siffle son cognac de dix ans d'âge et me parait très pressé de déguerpir. Pourquoi est-ce que de mon côté, je n'éprouve aucun enthousiasme à le voir décamper ? Une folle envie de le retenir me surprend. Mais je n'ose pas. Et je l'accompagne sur le seuil de la maison. Il se tourne vers moi, me tend la patte pour me saluer. Mince… j'aimerais toute autre chose. Et la réflexion que je me suis faite la veille revient là, sous mon front. Celle à propos des emmerdes dans lesquelles j'arrive à me plonger sans aide extérieure… eh bien, à mon avis… elles sont là.
— Au revoir et merci pour papa…
— Mais ce n'est rien… je…
— Oui ?
— Est-ce que nous nous reverrons toi et moi ?
— … ? Ça te plairait ? Je n'ai pas osé te poser la même question. De peur de me faire…
— De te faire quoi ?
— Ben, jeter tout simplement… mais c'est vrai que j'aimerais que… oui et puis ton digestif, c'est une merveille.
— La bouteille est tout juste entamée… alors, passe quand tu veux… le soir de préférence. La journée, sauf les week-end, je suis au bureau de la rue des Meuniers… tu situes ?
— Oui… oui ! C'est un secteur où je patrouille assez souvent. C'est assez cocasse qu'on ne se soit jamais croisé…
— Tu oublies le contrôle d'hier, non. Mémorable aussi celui-là. Il y a des jours comme ça…
— D'accord alors. Salut, Anita, et bonne semaine…
— Attends… tiens !
— C'est quoi ça ?
— Ma carte… pour le cas où une assurance te serait nécessaire. Je bosse chez un courtier… ça peut parfois aider.
— Euh… je ne te propose pas une visite dans mon bureau à moi… mes clients ne sont pas toujours très aimables et les locaux forts peu accueillants… encore que…
— Oui… passe aussi une bonne semaine, Bertrand, et qui sait, à bientôt peut-être !
— Merci…
Il croise la rue pour rejoindre sa voiture. La pluie est toujours là, et je me sens… abattue par la grisaille qu'elle engendre, mais aussi de voir ce type se couler sous son volant. Il me gratifie d'un signe de la main, accompagné d'une risette… un copier-coller de ceux qu'en uniforme, il m'a envoyés la veille, lors de mon passage en retour devant lui. Et merde ! Je ne vais tout de même pas tomber amoureuse de ce flic ? Je rentre chez moi et je range finalement mon salon. Un peu tard, je le reconnais. C'est de besoin plus que de gloire. Et je songe à… mon ami vibrant… et le ressors de son tiroir pour le passer à l'eau et au savon. Il est donc prêt si… jamais le besoin s'en fait plus pressant… l'idée me fait grimacer !
— xXx —
Qu'est-ce qui peut chez moi déclencher ce grand remue-ménage ? Je me sens emportée par le vent du nettoyage et tout y passe. Cuisine, salon, chambre à coucher, comme si la visite de ce type venait de me faire prendre conscience que ma maison n'était pas à la hauteur. Après avoir briqué la majeure partie de la fin de journée, je me sens… mieux ! C'est sous la douche qui me remet le corps en état, après ces grandes manœuvres qui font que mon intérieur a changé d'aspect vraiment, que je me sens d'humeur folâtre. C'est même plus que cela. En fait, mes mains qui me frictionnent, à l'aide d'un gel douche aux senteurs « jasmin » s'attardent sur des endroits qui, eux aussi réclament un zeste d'attention.
Je ne cherche pas spécialement à jouir. Non ! Plutôt un plaisir apaisant, qui calme cette étrange faim, qu'a créé la visite du fils de Charlie chez moi. Inexplicable bien sûr, puisque je ne connais pas du tout ce mec. Là, sous la douche, mes gestes simples me font un bien fou. Par contre, je ne vais pas jusqu'au bout de mon action. Et c'est comme ça que je m'arrête, avant qu'un orgasme vienne me couper les jambes. Je m'enroule dans ma sortie de bain en éponge, frictionne légèrement mon corps et jette un coup d'œil au reflet que me renvoie le miroir. Les tifs encore trempés, pas du tout peignés, sans maquillage, j'ai l'air de ce que je suis… une vieille fille.
Cette pensée qui monte dans ma tête me fait bien entendu sourire. Mais mes traits se figent rapidement en inspectant ces rides qui se forment désormais sur ma frimousse et quelques cheveux blancs se mêlent déjà à la masse brune. Je fais une moue un peu dégoutée. Qui voudrait de cette femme que je juge fanée. Ouais… pas de quoi pavoiser, même si l'image ne montre pas encore d'embonpoint prononcé. Pas de poignées d'amour, juste les marques du temps qui s'annoncent, au coin des quinquets. Mais ce sont là les prémices d'une décrépitude annoncée. Et zut ! Je ne suis pas crème et autres artifices pour masquer tout cela, alors… autant détourner le regard et rêver d'autre chose.
Je me sèche sans hâte, frottant le tissu absorbant de mes orteils au sommet de mon crâne, et je me glisse dans un déshabillé qui montre plus qu'il ne cache. Là aussi, un coup d'œil furtif, sur le profil que je présente à la psyché. Dans l'ensemble, ça reste satisfaisant. Ventre plat, poitrine encore ferme dont les seins pointus tendent le voile léger du chiffon que je porte. Acceptable donc, mais c'est un autre vocable qui me monte à l'esprit : potable… oui ! Cette fois, je réalise que c'est seulement le passage de ce Bertrand à mon domicile qui provoque un tel cataclysme dans mon existence !
Dingue ça ! Il n'a montré aucun signe avant-coureur me permettant de dire que je l'intéressais. Alors, pourquoi tout ce cinéma ? La réponse d'un coup me parait évidente. Si ce n'est pas lui qui est intéressé, peut-être bien que c'est… moi qui le suis par lui ! Et ça… j'avoue que c'est nouveau. Est-ce de ma part une prise de conscience rétrospective ? Ou bien l'approche des premiers affronts de la fin d'une jeunesse inéluctable ? Et me voici en train de gamberger. Un autre élément entre en ligne de compte dans ces idées loufoques qui me montent en vagues successives dans la caboche. Une question… remise au gout du jour, à cause de l'objet ramené au jour par les doigts du policier…
Depuis combien de temps n'ai-je pas fait de folies de mon corps ? Même l'usage de mon vibromasseur est si lointain que je n'arrive plus à mettre une date sur sa dernière utilisation. C'est dire si… et l'évidence d'un manque soudain est là qui me submerge. Du reste, mes caresses sexuelles pendant ma douche, ne sont-elles pas un véritable SOS de la part de ce corps réveillé brutalement par l'apparition d'un mâle dans ma sphère intime ? Et pourquoi est-ce que j'analyse cette situation, après que le loup est entré dans la bergerie ? Un signe, non ? Faire le vide dans mon crâne, mais est-ce possible ?
Ma serviette mise à sécher à la salle de bain, me voici déambulant dans une maison trop bien rangée, question sans doute d'habitude. Et j'en souris de cette drôle de remarque muette. Est-ce une nouvelle fois au fils de Charlie que je dois ce brusque changement d'attitude ? De désinvolture devrais-je dire ? Au salon, sur la longue planchette de bois de buis, je plante un bâton d'encens, en me traitant de cinglée. Pas mon style d'ordinaire de parfumer cette pièce, et pourtant ? Ne suis-je pas en train de jouer les mystiques en allumant la tige qui va fumer un long moment ? Et comble de la rigolade, c'est joyeusement que je m'étends sur le divan, pour fixer attentivement la braise qui consume lentement la brindille odorante.
À ne plus quitter des yeux le point rougeoyant, je me perds dans un songe qui me semble trop réel. Cette paluche qui glisse sur la naissance de ma poitrine, comme j'aimerais qu'elle soit plus masculine. Elle entoure mes seins, les ausculte l'un après l'autre, et ce n'est pas le voilage aérien qui interdit les sensations. Loin de là ! Oui, cette menotte, mue par une existence propre, s'échappe vers mon ombilic qui perturbe la platitude d'une plage s'étendant de ma poitrine à ce buisson brun qui broussaille mon bas-ventre. Un jeu se met en place, entre index fripon et bouclettes sombres. L'un s'enroulant dans les autres, frisottant de-ci, de-là comme un prélude à une descente plus profonde, vers l'endroit préparé à d'autres réjouissances pendant ma douche.
La fermeture quasi automatique de mes paupières se fait sans préambule. Sans que je m'en rende non plus vraiment compte. Lentement, un plaisir inavouable se répand en vaguelettes de plus en plus rapprochées. C'est une écume impossible à juguler qui vient noyer les rives du coquillage que mes cuisses largement ouvertes rendent accessibles aux attouchements finement ciselés par mes phalanges de plus en plus nerveuses. La plage ventrale déserte est secouée par des soubresauts qui font tressaillir la jungle triangulaire de mon pubis. Un soupir, suivi rapidement par une nuée de frères fait rapidement grimper une température passablement élevée depuis… un bon moment.
Cette fois, talons nus ancrés sur l'assise du canapé, l'ensemble de mon corps s'arc-boute, formant une sorte de pont qui ne garde collé aux coussins, que ma caboche. Tout tremblote chez moi et ma respiration bloquée me donne l'impression de me noyer dans un immense océan de sensations indescriptibles. Émergeant pourtant de ce brouillard incommensurable, une paire d'yeux très bleus, se dessinant dans un visage de plus en plus net… un homme en uniforme sombre dont les pattes se substituent aux miennes. Je râle pour de bon, ne résistant plus au bonheur de jouir pleinement. Et… force m'est d'admettre que cette image apparue donne un coup de fouet à la montée de mon orgasme.
Lorsque mes volets de peau s'ouvrent, c'est pour apercevoir que l'encens ne brule plus. Il n'en reste que de la suie fine sur la plaquette de buis. Je reprends mes esprits avec une sorte de bourdonnement dans les oreilles. Phénomène dû à ce plaisir volé au temps ? Il me faut quelques secondes pour percevoir que finalement, ce son n'est pas en moi, mais bien totalement extérieur et étranger à mon corps. Bruit qui crève le silence de la maison. Je me secoue et cherche la provenance de ce qui m'intrigue. J'y suis… à la cuisine, mon téléphone portable me rappelle que le monde est toujours peuplé, que je ne suis pas seule sur terre.
Un vrai effort pour me redresser et quitter la position allongée dans laquelle je suis agréablement plongée, pour gagner l'endroit où grelotte mon fichu téléphone. Cinq sonneries, puis au moment où ma main s'empare de l'appareil, le silence retombe. Un numéro inconnu affiche ses dix chiffres sur l'écran. Même le dimanche, les démarcheurs sont donc à l'affut des gogos ? Pff ! Plus moyen de gouter à un instant de tranquillité, en fait ! Un autre son singulier, vite identifié celui-ci comme provenant de ma messagerie vocale. Me serais-je trompée ? S'agirait-il d'un interlocuteur non répertorié qui vient de me laisser quelques mots dans ma boite ?
Autant en avoir le cœur net, en composant les chiffres qui vont me délivrer de mes doutes.
*Vous avez un nouveau message ! Aujourd'hui à vingt heures dix-huit…
Pour écouter ce message, faites : le « un » ? Pour effacer ce message, faites : le « deux ». Pour archiver ce message, faites : le « trois » ! Pour rappeler votre correspondant, faites : le « quatre » ! *
La voix, pas de doute, Bertrand, c'est lui mon mystérieux correspondant. J'écoute donc ce qu'il me raconte. C'est assez bref, et je sens bien qu'il est plutôt stressé. En substance, il s'inquiète de savoir si je vais bien. À mots couverts, sans le faire ouvertement, il laisse entendre qu'il serait heureux de prendre un pot en ma compagnie. Mais il est tard et… si je le rappelle de suite, pour lui dire de remettre à un autre jour, il risque bien d'imaginer que c'est une manière élégante de le repousser. Je ne sais pas quoi faire. Mon hésitation me bouffe. D'un côté, lui dire oui, c'est à coup sûr m'engager dans ce que je pressens déjà comme un sac de nœuds ! Et un non ne me va pas non plus. Bon sang… que choisir ?
Je demeure là, à danser d'un pied sur l'autre, ne sachant pas quel comportement adopter. Combien de temps durent mes tergiversations ? Aucune idée, mais c'est très long. Je regagne mon sofa, avec le téléphone dans les mains. Ça tournicote sous ma tignasse et au moment où je me rassois, la sonnette de l'entrée me fait sursauter. Là, pas un seul doute, sur la présence d'un visiteur à ma porte. Eh bien ? Je ne songe pas une seule seconde que je ne suis pas habillée de manière décente pour aller ouvrir. Je suis plus axée sur le coup de fil auquel je n'ai pas donné de suite. D'un bond je me relève et me rends au-devant de l'intrus qui ose me déranger. Un tour de clé et j'ouvre.
— Anita… tu vas bien ?
— Mais… Bertrand… qu'est-ce que tu fais là ? Je…
— Pardon, je ne tiens pas à te déranger, mais je passais par là. Je t'ai laissé un message… tu ne l'as pas reçu…
— Hein ? Un message ? Ah oui… oui ! Si, si, il vient d'arriver… j'allais l'écouter.
— Ah bon ! C'est fou le temps que ça peut prendre pour faire les quelques centaines de mètres qui nous séparent… ça fait bien une bonne heure que je te l'ai envoyé.
— Tant que ça ? Tu crois… enfin, j'étais sous la douche et…
— Je vois…
Il a les yeux qui lui sortent de la tête. Mince… ma tenue ; c'est ça ? Il a droit devant ses mirettes ma paire de seins qui est aussi visible qu'un nez au milieu d'une figure. Et ça le fait baver. Le faire entrer ou pas ? Mon Dieu, c'est panique à bord. Il ne dit plus un mot, subjugué par cette nouvelle vision de moi, affichée dans l'encadrement de ma porte. Il ne pleut plus, c'est un fait. Je me sens toute conne et mes joues s'empourprent en me chauffant la bouille. Je prends une goulée d'air et parviens à lui crachouiller quelques syllabes.
— Ben… puisque t'es là, ne reste pas dehors.
— Merci.
Il est dans l'entrée, gauche au possible. Il ne me lâche pas des quinquets, et je sais ce que ses prunelles azurées scrutent avec une minutie toute particulière. J'imagine bien que par transparence, la tache sombre de ma houppelande doit être le point de mire de ses grands yeux. Il n'en perd pas une miette, ses moyens tout au plus ? Mais, suis-je mieux que lui ? Il passe devant moi, et ne sait plus trop où diriger ses pas. C'est vers le salon que je le guide sans un mot. Le fils de Charlie se laisse emmener dans la pièce qu'il connait déjà. Nous sommes face à face et c'est dingue, on pourrait entendre une mouche voler. Le sang bat à mes tempes… mon cœur résonne tel un tambour.
— xXx —
Lourd silence qui fait comme une barrière entre nous. Instinctivement, il s'assoit sur le canapé et je me garde bien de venir à ses côtés. Le fauteuil dans lequel je m'enfonce mollement est face à lui. Un petit bout de langue rose passe et repasse, humectant au passage ses lèvres. Bouche asséchée par la soif, ou simple geste pour me montrer que je ne lui suis pas indifférente ? Comment en être certaine ? Pour moi, un vrai séisme bouleverse mes sens. Je suis tiraillée entre le chasser de suite et sauter à son cou. Pas de juste milieu dans ce qui me remue profondément les tripes. Il est là, au bon moment, à l'instant même où je suis chaude comme de la braise. À moins que ce ne soit sa présence opportune qui me provoque cela ?
Je n'ai rien d'une cartomancienne ou d'une diseuse de bonne aventure. Mais là, je comprends immédiatement que le premier mot qui va être dit va être décisif. Un quitte ou double verbal que j'attends autant que je le redoute. Pourquoi a-t-il fait ce chemin pour venir chez moi ? La question me brule les lèvres, mais j'en ai à quatre-vingt-dix-neuf pour cent la réponse. De plus, il me semble que ce qui me travaille depuis que j'ai ouvert ma porte va me faire faire encore une énorme bêtise, enfin, une connerie monumentale serait plus appropriée. Je retiens mon souffle, il cherche de l'air ? Qu'est-ce qu'il attend, pour parler ? De cela va découler une suite… favorable ou pas, mais au moins serais-je fixée.
Il ne se décide donc pas ? Je vais devoir faire le premier pas ? C'est… idiot, mais comme j'aimerais que ça vienne de lui…
— Tu veux boire quelque chose ? Café ou… plus fort.
— Euh… pourquoi pas un verre de ce fabuleux cognac… j'en ai besoin Anita.
— Besoin ? Je ne…
— C'est difficile ce que j'ai à te dire !
— Ah ! Attends une seconde alors… je vais chercher la bouteille…
— Non ! Je suis là… pour toi !
— Pour moi ?
— Ben oui ! Ça ne te semble pas logique ?
— …
— Depuis que je t'ai vue chez mon père… je ne sais plus vraiment ce que je fais, où je suis non plus. Je suis à côté de mes pompes et n'arrive plus à m'ôter ton visage de la cervelle…
— Mais…
— Chut ! S'il te plait, laisse-moi parler. Sinon, je ne retrouverai jamais assez de courage pour me lancer dans une déclaration… aussi personnelle.
— Je…
— Tu sais, j'ai eu beaucoup de difficultés pour passer le cap d'une séparation douloureuse et je commence seulement à sortir la tête de l'eau… et pan ! Tu fais irruption dans ma vie comme un diable qui sort de sa boite. Alors… je suis comme un dingue à ruminer tout ceci, à tout tourner et retourner dans ma tête. Depuis Hélène… oui… elle s'appelait Hélène et elle est désormais avec mon boss…
— … oui ? Je crois que tu m'en as déjà touché deux mots…
— J'ai cru longtemps ne jamais m'en remettre. Et puis tu es apparue devant moi, chez papa. Comment expliquer ce qui ne peut l'être ? Je me suis senti terriblement attiré… et j'ai cru un long moment que toi et mon père…
— Mais non ! Charlie pourrait aussi être le mien…
— Je sais ! Alors, je suis là, je me découvre devant toi, au risque de prendre une nouvelle baffe. Parce que je sais combien ça fait mal d'aimer sans l'être en retour…
— Comment peux-tu parler d'amour ? Tu me connais si peu…
— Parce que tu crois que le temps long ou court change quoi que ce soit à cette affaire ? J'ai ton visage en permanence derrière le front. Je n'ai plus pensé qu'à une seule chose depuis que je t'ai quitté hier, c'est te revoir… impossible pour moi de résister plus longtemps. Tu n'as pas répondu à mon appel et je me suis inquiété… tu dois bien rire de moi, n'est-ce pas ?
— … ! Si tu fais les questions et aussi les réponses…
— Je suis noué, tendu, j'ai les mains moites et ne trouve plus mes mots… je suis… c'est ça un coup de foudre ?
— Je… franchement, Bertrand, je n'en sais rien. Force m'est pourtant de t'avouer que j'ai pensé à toi aussi, une bonne partie de la journée… j'ai pour me calmer fait un grand ménage… comme si je pressentais que tu allais revenir.
— Tu… est-ce que je peux…
— Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ?
— Oh… juste ceci…
Comme mu par un ressort, le grand gaillard se relève du canapé. Deux pas et il me tire par le poignet, sans aucune violence. J'atterris en douceur dans ses bras et je me blottis contre sa poitrine. C'est très bizarre, moelleux et dur à la fois. Ses longs bras solides m'enferment dans une cage, avant qu'une de ses mains ne se saisisse de mon menton, et entre pouce et index, il soulève mon visage. Je devine plus que je ne les vois ses lèvres qui s'avancent à la rencontre de ma bouche. Et je ferme les paupières pour laisser une sorte de magie opérer. Un vrai baiser, comme un soleil, un slow de nos deux langues qui s'enroulent dans des palais inconnus, qui s'y lovent avec mille circonvolutions… une pelle des plus savoureuses.
La suite se décline à l'horizontale dans force tableaux, bouquets de nos deux corps enlacés. Et j'aime cette façon très virile de faire l'amour. Je découvre tout de lui, il explore chaque recoin de mon anatomie. Et c'est caresse sur caresse, dans un élan généreux qui nous réunit toute la soirée, sans plus nous poser aucune question. Nous prenons chacun, ce que l'autre a à donner. Et s'il y prend un plaisir sans borne, je n'ai qu'à me féliciter de ces câlins si bien amenés. Nos langues s'exercent à d'autres baisers, bien moins chastes, terriblement plus brulants également. Mes gémissements, d'abord très réservés, se font plus libérés alors que ses soupirs, dus à chacun de ses coups de reins haussent le ton de mes cris.
Nuit d'amour, nuit de tendresse. Que reste-t-il de ces heures qui nous réunissent dans un duo vertigineux, nous enfoncent dans une volupté que nos sens attisent de toutes leurs forces. Il est mon amant, je deviens sa maitresse, comme ça, sans que personne ne s'en plaigne. J'adore ce qu'il me fait, il aime ce que je lui réserve comme surprises. Puis nous inversons les rôles et rejouons une tout autre partition. Plus rien n'est tabou, aucun interdit ne résiste à nos transgressions. Et… heureuse je finis par m'abandonner alors que tout son corps de mâle frémit en s'oubliant dans le mien. Son sexe pleure en moi et je ne cherche pas à rejeter ce trop-plein qu'il déverse dans le calice dont il vient d'user, d'abuser.
Alors que par les interstices des volets de la chambre, que nous avons gagnée pour plus d'aise, une clarté se diffuse lentement, nous nous remettons de nos émotions. Il a ma main dans la sienne et joue avec mes doigts, tendrement. Une mèche de cheveux, collée sur mon front, retrouve le rang, avec une délicatesse toute neuve. Bertrand me souffle un peu d'air frais sur le visage et me sourit. Pas de mot, ceux-là ne sont plus vraiment utiles. Dans les carreaux bleus de mon amant, le voile de tristesse qu'y s'y baignait depuis je ne sais quand, laisse la place à une malicieuse risette. Nous nous embrassons encore et encore. Dans le silence seulement ponctué de ces bruits que seuls les vrais amants savent reconnaitre, la voix de Bertrand…
— Anita… je t'aime. Tu bosses ce matin ?
— Non jamais le lundi… l'agence est fermée…
— C'est une chance alors… je suis de repos également…
— Pourquoi cette question… ?
— Ben… parce que j'ai encore tellement de choses à découvrir et à oser avec toi…
— Et mon chéri, si au lieu de me faire saliver, tu mettais en pratique toutes tes belles idées…
— Humm… ne me tente pas trop… Anita… on a encore du temps avant le déjeuner…
— Le déjeuner ? Tu comptes aller manger, toi ?
— Bien obligé… Charlie a préparé une poule au pot… alors quand il y en a pour deux, il y en a pour trois… non !
Et nous nous lovons de nouveau dans les draps froissés qui vont avoir mille choses à raconter… l'avenir nous appartient et nos idées les plus folles nous tirent cris et soupirs… Quant à demain ! Il viendra toujours assez vite, profitons seulement d'aujourd'hui… et de cette liberté qui nous offre de belles surprises.
Fin !
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Photo de profil de aime28
aime28
18 avril 2024 à 14:06
Très belle histoire d’amour entre deux p
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Utilisateur supprimé
18 avril 2024 à 13:18
Excellent récit. Bravo !
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Ced67220
18 avril 2024 à 05:28
Super excitant bravo
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Photo de profil de Frederyc
Frederyc
17 avril 2024 à 10:13
Très très belle histoire et si délicatement écrite ! Merci
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Photo de profil de eduvittel
eduvittel
17 avril 2024 à 09:41
Magnifique!
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Photo de profil de Monsieur Plume
Monsieur Plume
16 avril 2024 à 19:29
L’amour emprunte parfois des chemins de traverse, la preuve en est cette jolie histoire de rencontre improbable !
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