Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Souvenirs d'avant — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Souvenirs d'avant
Chapitre 3
3– RALIA
Une armée, déployée à perte de vue. Des milliers et des milliers de casques et de cuirasses étincelant sous le soleil. Une armée, rangée en ordre de bataille. Invincible. L'ordre donné. Les trompettes éblouissantes. On avance. Vers l'ennemi. Vers la victoire.
On recule. Je hurle.
– Tenez bon ! Mais tenez bon ! Ceux qui reculent seront exécutés.
Ils reculent. Ils continuent à reculer. On recule. L'ennemi est partout. Devant. Derrière. Au-dessus. Un éclair. Un éblouissement. Je perds connaissance.
– Tenez bon ! Mais tenez bon ! Ceux qui reculent seront exécutés.
Ils reculent. Ils continuent à reculer. On recule. L'ennemi est partout. Devant. Derrière. Au-dessus. Un éclair. Un éblouissement. Je perds connaissance.
– Ça va, centurion ?
Quelqu'un est en train de me donner à boire, me force à boire.
– On est où ?
On est prisonniers. Des milliers de prisonniers.
– Mais c'est pas possible ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
– Ne t'agite pas ! Reste calme !
Je pleure en silence.
Quelqu'un est en train de me donner à boire, me force à boire.
– On est où ?
On est prisonniers. Des milliers de prisonniers.
– Mais c'est pas possible ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
– Ne t'agite pas ! Reste calme !
Je pleure en silence.
– Toi ! Toi ! Toi !
Ils choisissent…
– Toi !
Moi ! On m'entrave les pieds. On me lie les mains. On m'enchaîne. On nous emmène.
Ils choisissent…
– Toi !
Moi ! On m'entrave les pieds. On me lie les mains. On m'enchaîne. On nous emmène.
Des rues pleines de monde. De femmes et d'hommes qui nous insultent. Qui nous crachent dessus. Qui se moquent de nous. Qui se bousculent pour nous lancer, au passage, coups de pied et coups de poing.
Il est là. L'empereur Valérien. Notre empereur. Dépouillé de tous les insignes du pouvoir. On amène le cheval de Sapor, le vainqueur. Un mot. Un ordre. Valérien s'incline, courbe le dos. La foule hurle.
– Plus bas, Romain ! Plus bas…
Plus bas. Encore plus bas. Et Sapor escalade notre empereur, s'en sert de marchepied pour enfourcher sa monture. La foule s'esclaffe, pousse des cris de joie. Je veux voler à son secours. Un fouet claque. Je tombe à genoux.
– Plus bas, Romain ! Plus bas…
Plus bas. Encore plus bas. Et Sapor escalade notre empereur, s'en sert de marchepied pour enfourcher sa monture. La foule s'esclaffe, pousse des cris de joie. Je veux voler à son secours. Un fouet claque. Je tombe à genoux.
Sapor devant, caracolant. Et Valérien, notre empereur, derrière, juché sur un âne, les pieds traînant piteusement par terre. On l'abreuve d'injures, on lui couvre la tête d'épluchures. Quelqu'un pique les flancs de l'animal avec un aiguillon. Il se cabre. Il rue. Valérien roule à terre. Je détourne la tête. On me force à regarder.
Je suis nu. On est une soixantaine de prisonniers, nus, sur une estrade improvisée. Des hommes et des femmes circulent entre nous. Ils nous examinent, font jouer nos muscles, les tâtent, vérifient l'état de nos dents.
Elle me fait longuement tournoyer sur moi-même, accroupi, relever, tendre les bras, lever haut une jambe. L'autre.
– Tu as l'air solide, centurion. Tu devrais faire un excellent esclave.
Je ne réponds pas. Je me mords les lèvres pour ne pas répondre.
– Tu l'as déjà été. Tu l'es. En tout romain un esclave sommeille.
Je serre les poings. Mes yeux lancent des éclairs. Elle me gifle. Elle rit.
– Je te briserai. Je te briserai, je le jure.
Un signe. On s'empare de moi. On m'emmène.
– Tu as l'air solide, centurion. Tu devrais faire un excellent esclave.
Je ne réponds pas. Je me mords les lèvres pour ne pas répondre.
– Tu l'as déjà été. Tu l'es. En tout romain un esclave sommeille.
Je serre les poings. Mes yeux lancent des éclairs. Elle me gifle. Elle rit.
– Je te briserai. Je te briserai, je le jure.
Un signe. On s'empare de moi. On m'emmène.
Dans la cour on m'entoure. Les esclaves. Les servantes.
– Il nous a bien amusés ton empereur, romain !
On rit. Tout le monde rit.
– Toi aussi, un bel escabeau tu ferais.
On approuve bruyamment.
– Ou même un cheval.
– Une rosse plutôt !
Encore un éclat de rire. Général.
On veut me faire mettre à quatre pattes. Je m'y refuse. On m'y contraint.
Un esclave m'enfourche.
– Allez, hue, cocotte, hue !
Un autre me fouette à tour de bras.
– Plus vite ! Plus vite !
Elle est là-haut, dissimulée derrière les colonnades. Elle regarde.
– Il nous a bien amusés ton empereur, romain !
On rit. Tout le monde rit.
– Toi aussi, un bel escabeau tu ferais.
On approuve bruyamment.
– Ou même un cheval.
– Une rosse plutôt !
Encore un éclat de rire. Général.
On veut me faire mettre à quatre pattes. Je m'y refuse. On m'y contraint.
Un esclave m'enfourche.
– Allez, hue, cocotte, hue !
Un autre me fouette à tour de bras.
– Plus vite ! Plus vite !
Elle est là-haut, dissimulée derrière les colonnades. Elle regarde.
Quelqu'un dans la nuit. Qui me touche l'épaule. Je me redresse. Une femme. Qui met un doigt sur ses lèvres. Qui m'humecte les lèvres. Qui me fait boire. Qui me tend du pain.
– Tu es Livia ?
– Je m'appelle Ralia.
Elle pose brièvement ses lèvres sur les miennes et elle s'enfuit.
– Tu es Livia ?
– Je m'appelle Ralia.
Elle pose brièvement ses lèvres sur les miennes et elle s'enfuit.
À ses pieds. Aux pieds de celle qui se dit ma maîtresse.
– Ce que les tiens ont fait à mon père, centurion. Ce qu'ils ont fait à mon grand-père…
Ses yeux lancent des éclairs.
– Tu vas le payer, centurion ! Au centuple.
Un signe. On me prosterne devant elle, face contre terre.
– Supplie-moi de t'épargner, centurion ! Supplie-moi de te laisser la vie sauve ! Que je puisse te refuser cette faveur !
– Ce que les tiens ont fait à mon père, centurion. Ce qu'ils ont fait à mon grand-père…
Ses yeux lancent des éclairs.
– Tu vas le payer, centurion ! Au centuple.
Un signe. On me prosterne devant elle, face contre terre.
– Supplie-moi de t'épargner, centurion ! Supplie-moi de te laisser la vie sauve ! Que je puisse te refuser cette faveur !
Elle est revenue. Elle est revenue dans la nuit. Avec une corbeille de fruits qu'elle me tend. J'avance la main. Je la retire précipitamment.
– Que crains-tu ? Tu n'as rien à craindre.
Je plonge mes yeux dans les siens et les deux mains dans la corbeille.
– Que crains-tu ? Tu n'as rien à craindre.
Je plonge mes yeux dans les siens et les deux mains dans la corbeille.
Elles sont une dizaine de servantes. Qui m'entourent. Qui chuchotent.
– La maîtresse te veut entièrement à son service, romain !
Elles pouffent.
– Tu sais ce que ça signifie ?
– Mais non, il sait pas. Il peut pas savoir.
– On lui dit ?
Elles rient. Se concertent à voix basse. Rient encore.
– Elle a décidé de faire de toi un eunuque.
Je me redresse. Je veux fuir. Je fuis. Jusqu'à la porte, là-bas. Les deux gardes me repoussent sans ménagement. Je roule à terre. Au milieu d'elles. Je peine à me relever. J'y renonce.
– Tu n'es pas le plus fort. Tu ne seras jamais plus le plus fort.
– Surtout après. Quand…
Une main sur moi. Une autre. Une troisième. Qui cherchent. Qui fouillent. Qui me les trouvent.
– Et dire que demain elles seront plus là, tes prunes.
– C'est bien un peu dommage quand même !
– Oui, oh, il y en a d'autres, qui, eux, les auront encore !
– Pour toi c'est fini tout ça, romain !
– T'en as bien profité au moins ?
– Il lui restera toujours le souvenir…
– On lui fait grimper ? Une dernière fois ?
– Moi !
– Non, moi !
– Et moi alors ?
– Toutes les trois. Ensemble…
– Eh ! Mais c'est que…
D'en haut un ordre a claqué. Elles se sont aussitôt égaillées.
– La maîtresse te veut entièrement à son service, romain !
Elles pouffent.
– Tu sais ce que ça signifie ?
– Mais non, il sait pas. Il peut pas savoir.
– On lui dit ?
Elles rient. Se concertent à voix basse. Rient encore.
– Elle a décidé de faire de toi un eunuque.
Je me redresse. Je veux fuir. Je fuis. Jusqu'à la porte, là-bas. Les deux gardes me repoussent sans ménagement. Je roule à terre. Au milieu d'elles. Je peine à me relever. J'y renonce.
– Tu n'es pas le plus fort. Tu ne seras jamais plus le plus fort.
– Surtout après. Quand…
Une main sur moi. Une autre. Une troisième. Qui cherchent. Qui fouillent. Qui me les trouvent.
– Et dire que demain elles seront plus là, tes prunes.
– C'est bien un peu dommage quand même !
– Oui, oh, il y en a d'autres, qui, eux, les auront encore !
– Pour toi c'est fini tout ça, romain !
– T'en as bien profité au moins ?
– Il lui restera toujours le souvenir…
– On lui fait grimper ? Une dernière fois ?
– Moi !
– Non, moi !
– Et moi alors ?
– Toutes les trois. Ensemble…
– Eh ! Mais c'est que…
D'en haut un ordre a claqué. Elles se sont aussitôt égaillées.
– Elle le fera ?
Oui. D'un signe de tête. Oui. Et elle a encore posé ses lèvres sur les miennes.
– Tu veux fuir, romain ?
– C'est possible ?
– C'est risqué. Très. Mais si tu n'as pas peur…
– De quoi pourrais-je avoir peur maintenant ?
– Alors viens !
Et elle m'a pris par la main.
Un couloir. Un souterrain. Une porte. Dehors. Un cours d'eau. Qu'elle me fait longer. Une pente abrupte. On monte. On monte encore. On monte toujours. Le sommet.
– De l'autre côté, en bas, tu seras en sécurité.
Je l'attire contre moi, picore ses cheveux de petits baisers. Elle ferme les yeux. Jette ses bras autour de mon cou.
On est couchés dans l'herbe. Elle halète, m'emprisonne dans ses jambes.
– Je suis à toi, romain. Je veux être à toi. Pour toujours.
Elle est à moi.
Elle reste dans mes bras. Elle hurle.
– Attention ! Non ! Non !
Elle veut me repousser, se relever.
Trop tard. Ils sont trois. Ils sont quatre. Qui nous transpercent de leurs lances.
Oui. D'un signe de tête. Oui. Et elle a encore posé ses lèvres sur les miennes.
– Tu veux fuir, romain ?
– C'est possible ?
– C'est risqué. Très. Mais si tu n'as pas peur…
– De quoi pourrais-je avoir peur maintenant ?
– Alors viens !
Et elle m'a pris par la main.
Un couloir. Un souterrain. Une porte. Dehors. Un cours d'eau. Qu'elle me fait longer. Une pente abrupte. On monte. On monte encore. On monte toujours. Le sommet.
– De l'autre côté, en bas, tu seras en sécurité.
Je l'attire contre moi, picore ses cheveux de petits baisers. Elle ferme les yeux. Jette ses bras autour de mon cou.
On est couchés dans l'herbe. Elle halète, m'emprisonne dans ses jambes.
– Je suis à toi, romain. Je veux être à toi. Pour toujours.
Elle est à moi.
Elle reste dans mes bras. Elle hurle.
– Attention ! Non ! Non !
Elle veut me repousser, se relever.
Trop tard. Ils sont trois. Ils sont quatre. Qui nous transpercent de leurs lances.
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