Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Souvenirs d'avant — Chapitre 4
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Souvenirs d'avant
Chapitre 4
THALIA
Des cris dans la rue. Des courses échevelées. Des cavalcades. Ça s'arrête en bas. Devant ma porte.
– Ouvre, chrétien ! Ouvre !
– Viens sacrifier aux dieux de tes ancêtres ou tu es mort.
Je me précipite en bas. Je m'engouffre dans la cachette que j'ai secrètement aménagée. Que j'ai mis des semaines et des semaines à aménager. Vite. Sauvé ! On ne me trouvera pas.
– Ouvre, chrétien ! Ouvre !
– Viens sacrifier aux dieux de tes ancêtres ou tu es mort.
Je me précipite en bas. Je m'engouffre dans la cachette que j'ai secrètement aménagée. Que j'ai mis des semaines et des semaines à aménager. Vite. Sauvé ! On ne me trouvera pas.
On ne me trouve pas. Ce n'est pas faute de chercher pourtant. De descendre. De s'approcher. Tout près. Ils sont une dizaine. Au moins…
– Pas la peine. Il s'est enfui. On va plus loin.
– Mais avant…
Avant, ils pillent. Je les entends. Ils emportent tout ce qu'ils peuvent emporter. Le reste, ils le saccagent. Ils le détruisent. Ils le brûlent.
– Pas la peine. Il s'est enfui. On va plus loin.
– Mais avant…
Avant, ils pillent. Je les entends. Ils emportent tout ce qu'ils peuvent emporter. Le reste, ils le saccagent. Ils le détruisent. Ils le brûlent.
Avec la nuit un calme tout relatif est revenu. Je m'extirpe avec précaution de ma cachette. Une odeur âcre me prend à la gorge. Ça brûle. Partout. Une multitude d'incendies. C'est toute la ville qui semble s'être embrasée.
Je remonte. Je m'arrête sur le pas de ma porte. Un spectacle de désolation. Je n'ai plus de chez moi. Je n'ai plus rien. Je me laisse tomber sur un bloc de pierre et j'éclate en sanglots.
On me touche le bras. Je me lève d'un bond.
– N'aie pas peur ! C'est moi.
Elle. Thalia. Elle est des nôtres.
– Dieu soit loué ! Tu es vivante.
– Ne pleure pas ! Ce ne sont que biens matériels. Tu auras la vie éternelle.
Je la serre dans mes bras.
– Et les autres ? Tu as des nouvelles ?
Elle hausse les épaules.
– Comment veux-tu ? Je n'ai vu personne. Parlé à personne. Tu étais le plus près. J'ai couru jusqu'ici. En me cachant. En prenant mille précautions.
– Ils ont peut-être réussi à aller se réfugier là-bas.
« Là-bas », c'est une mine désaffectée dans les galeries de laquelle on a entreposé, au fil du temps, vivres et couvertures. La consigne est de s'y rendre, en cas de danger majeur pour notre communauté, aussi rapidement et aussi discrètement que possible.
– Je ne cesse pas de prier pour qu'ils y soient effectivement parvenus. Pour que la plupart d'entre nous y soient parvenus.
– N'aie pas peur ! C'est moi.
Elle. Thalia. Elle est des nôtres.
– Dieu soit loué ! Tu es vivante.
– Ne pleure pas ! Ce ne sont que biens matériels. Tu auras la vie éternelle.
Je la serre dans mes bras.
– Et les autres ? Tu as des nouvelles ?
Elle hausse les épaules.
– Comment veux-tu ? Je n'ai vu personne. Parlé à personne. Tu étais le plus près. J'ai couru jusqu'ici. En me cachant. En prenant mille précautions.
– Ils ont peut-être réussi à aller se réfugier là-bas.
« Là-bas », c'est une mine désaffectée dans les galeries de laquelle on a entreposé, au fil du temps, vivres et couvertures. La consigne est de s'y rendre, en cas de danger majeur pour notre communauté, aussi rapidement et aussi discrètement que possible.
– Je ne cesse pas de prier pour qu'ils y soient effectivement parvenus. Pour que la plupart d'entre nous y soient parvenus.
– Allez ! À la grâce de Dieu…
On va tenter de les rejoindre. Un dernier signe de croix. On se prend la main. Un coup d'œil dans la rue. Personne.
On va tenter de les rejoindre. Un dernier signe de croix. On se prend la main. Un coup d'œil dans la rue. Personne.
Ils sont une douzaine. Une douzaine de nos frères – pas plus – regroupés autour de Felix, notre patriarche, qui nous serre l'un après l'autre contre sa poitrine.
– Mes enfants ! Mes enfants !
– Mes enfants ! Mes enfants !
– Mais enfin que veulent-ils ?
– Que veut-il ? Que veut l'empereur Dioclétien ? Ou plutôt Galère. C'est lui le véritable instigateur de tout ça. Ce qu'il veut ? Nous exterminer. Il a fait raser nos églises. Détruire nos textes sacrés. Les nôtres ont perdu leurs charges. Nos prêtres ont été arrêtés. Maintenant c'est à nous qu'on s'en prend. On veut nous contraindre à sacrifier aux idoles. On nous torture pour qu'on s'y résolve. On nous exécute si on s'y refuse.
Il se tait. Les larmes lui inondent le visage.
– Prions ! C'est tout ce que nous pouvons faire. Prier. Que Dieu nous donne la force d'affronter les épreuves qu'il nous envoie. Prions !
On prie. Avec ferveur. Et on s'endort, épuisés.
– Que veut-il ? Que veut l'empereur Dioclétien ? Ou plutôt Galère. C'est lui le véritable instigateur de tout ça. Ce qu'il veut ? Nous exterminer. Il a fait raser nos églises. Détruire nos textes sacrés. Les nôtres ont perdu leurs charges. Nos prêtres ont été arrêtés. Maintenant c'est à nous qu'on s'en prend. On veut nous contraindre à sacrifier aux idoles. On nous torture pour qu'on s'y résolve. On nous exécute si on s'y refuse.
Il se tait. Les larmes lui inondent le visage.
– Prions ! C'est tout ce que nous pouvons faire. Prier. Que Dieu nous donne la force d'affronter les épreuves qu'il nous envoie. Prions !
On prie. Avec ferveur. Et on s'endort, épuisés.
– Debout ! Vous sortez. Mains sur la tête.
Félix nous bénit. Un à un.
– Ne résistez pas ! Ne leur offrez aucune résistance ! Courage, mes frères !
– Allez, chrétiens, en route ! Vous allez sacrifier aux vrais dieux.
Félix nous bénit. Un à un.
– Ne résistez pas ! Ne leur offrez aucune résistance ! Courage, mes frères !
– Allez, chrétiens, en route ! Vous allez sacrifier aux vrais dieux.
On nous emmène, sous bonne escorte, jusqu'au temple de Vesta.
– Vous allez sacrifier à la déesse, chrétiens. Je vous jure que vous allez lui sacrifier. De gré ou de force.
Il tend l'encens à Félix. Qui le refuse. Qui fait le signe de la croix. Qui croise ses mains dans son dos.
– Allons, chrétien, allons ! Pourquoi t'obstiner ? Marcellin lui-même, ton évêque, a offert l'encens à Vesta.
– Tu mens !
– Offre l'encens !
– Non.
Un coup. Porté au visage. Avec une force inouïe.
Felix chancelle. Du sang sourd, en abondance, de ses narines. Il s'écroule.
– Emportez-le !
À côté un hurlement. Puis plus rien.
– Vous allez sacrifier à la déesse, chrétiens. Je vous jure que vous allez lui sacrifier. De gré ou de force.
Il tend l'encens à Félix. Qui le refuse. Qui fait le signe de la croix. Qui croise ses mains dans son dos.
– Allons, chrétien, allons ! Pourquoi t'obstiner ? Marcellin lui-même, ton évêque, a offert l'encens à Vesta.
– Tu mens !
– Offre l'encens !
– Non.
Un coup. Porté au visage. Avec une force inouïe.
Felix chancelle. Du sang sourd, en abondance, de ses narines. Il s'écroule.
– Emportez-le !
À côté un hurlement. Puis plus rien.
– À ton tour !
Au tour de Thalia. Qui s'avance d'un pas décidé. Qui le défie du regard.
– Baisse les yeux !
Non. Doucement. De la tête. Non.
– Baisse les yeux !
Il va la frapper. Je suis sûr qu'il va la frapper. Je m'avance. On me repousse. D'un coup de pied dans le ventre. Je me tords de douleur. Il rit.
– On va vous garder pour la bonne bouche tous les deux. Ça risque d'être amusant. Très amusant. Si, si !
Au tour de Thalia. Qui s'avance d'un pas décidé. Qui le défie du regard.
– Baisse les yeux !
Non. Doucement. De la tête. Non.
– Baisse les yeux !
Il va la frapper. Je suis sûr qu'il va la frapper. Je m'avance. On me repousse. D'un coup de pied dans le ventre. Je me tords de douleur. Il rit.
– On va vous garder pour la bonne bouche tous les deux. Ça risque d'être amusant. Très amusant. Si, si !
Les autres. Un par un. Je regarde au-dessus d'eux. Très loin au-delà d'eux.
Il y en a qui cèdent. Très vite.
Il pousse, chaque fois, un grand cri de triomphe.
Mais la plupart s'obstinent à refuser de sacrifier aux idoles. On les emmène. On entend claquer des fouets. On entend crier, hurler de douleur, supplier.
Ceux qui reviennent, meurtris, ensanglantés, versent l'encens en tremblant, repartent en larmes.
Quant aux autres…
Il y en a qui cèdent. Très vite.
Il pousse, chaque fois, un grand cri de triomphe.
Mais la plupart s'obstinent à refuser de sacrifier aux idoles. On les emmène. On entend claquer des fouets. On entend crier, hurler de douleur, supplier.
Ceux qui reviennent, meurtris, ensanglantés, versent l'encens en tremblant, repartent en larmes.
Quant aux autres…
Il ne reste que nous. Nous deux, Thalia et moi.
– Allons, chrétienne, montre-toi raisonnable !
– Le seul Dieu que je reconnaisse, c'est…
– C'est bon. C'est bon. On connaît le refrain. Offre l'encens !
– Non.
– Les châtiments qui te sont réservés te feront changer d'avis.
– Le seul châtiment que je redoute, c'est celui que m'infligerait ma conscience si j'en venais à renier ma foi.
– Tu plieras. Le fouet en a ramené à la raison de beaucoup plus déterminés que toi.
– IL me donnera, de là-haut, la force nécessaire.
– Nous verrons. À toi, chrétien ! Offre l'encens !
Je ne réponds pas. Je prie.
– Emmenez-les !
– Allons, chrétienne, montre-toi raisonnable !
– Le seul Dieu que je reconnaisse, c'est…
– C'est bon. C'est bon. On connaît le refrain. Offre l'encens !
– Non.
– Les châtiments qui te sont réservés te feront changer d'avis.
– Le seul châtiment que je redoute, c'est celui que m'infligerait ma conscience si j'en venais à renier ma foi.
– Tu plieras. Le fouet en a ramené à la raison de beaucoup plus déterminés que toi.
– IL me donnera, de là-haut, la force nécessaire.
– Nous verrons. À toi, chrétien ! Offre l'encens !
Je ne réponds pas. Je prie.
– Emmenez-les !
Ils sont massés sur la place, en dessous. Des dizaines. Des centaines. Qui vocifèrent, haineux.
– À mort, les chrétiens ! À mort !
L'ordre claque.
– Déshabille-toi !
Thalia ne bouge pas.
– Mettez-la nue !
Trois gardes se précipitent, la dépouillent sans ménagement de ses vêtements.
– Tu fais moins la fière, chrétienne !
Il l'oblige à se tourner vers la foule. Qui s'esclaffe. Qui commente grassement.
– Lui aussi !
On se jette sur moi. On m'arrache mes vêtements. On me couvre de quolibets.
– À mort, les chrétiens ! À mort !
L'ordre claque.
– Déshabille-toi !
Thalia ne bouge pas.
– Mettez-la nue !
Trois gardes se précipitent, la dépouillent sans ménagement de ses vêtements.
– Tu fais moins la fière, chrétienne !
Il l'oblige à se tourner vers la foule. Qui s'esclaffe. Qui commente grassement.
– Lui aussi !
On se jette sur moi. On m'arrache mes vêtements. On me couvre de quolibets.
On nous met face à face. On nous pousse, on nous plaque l'un contre l'autre. Et on nous attache ensemble, à hauteur des bras, à hauteur des cuisses. Enserrés à n'en plus pouvoir bouger. Un ordre. Les fouets claquent. Simultanément. La pressent contre moi. Me pressent contre elle. Les fouets, méthodiques, réguliers. Ils nous mordent. Ils nous déchirent. Elle geint. On arrête.
– Il bande, chrétienne ? Tu le sens bander ?
On éclate de rire.
– Sacrifiez aux dieux !
– Non !
– Non !
Ça reprend de plus belle.
Ses yeux se ferment. Sa tête retombe sur mon épaule.
– Il bande, chrétienne ? Tu le sens bander ?
On éclate de rire.
– Sacrifiez aux dieux !
– Non !
– Non !
Ça reprend de plus belle.
Ses yeux se ferment. Sa tête retombe sur mon épaule.
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Commentaires ()
au siècle suivant, sans avoir conscience d'avoir déjà été en relation l'un avec l'autre. Et pour venir obstinément buter, de concert, sur la même "problématique"
Glaçant… Terrible… Très bon choix que celui du « On » qui partage la responsabilité. Et ce cri de la vie en toute fin de texte…
Bravo.