Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lettres scabreuses de mon moulin — Chapitre 1 · La fleur de Mireille
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Lettres scabreuses de mon moulin
Chapitre 1 · La fleur de Mireille
Entre donc Grégoire, il y a si longtemps que je ne t'ai pas vu. Entre, entre, ne fais pas de manières. Comment vas-tu mon ami ?
Moi ? Ah Grégoire ! Je suis le plus heureux des hommes. La tranquillité, Grégoire, la fraîcheur du thym, l'odeur de la lavande, que me fallait-il de plus ? Eh bien quoi ce tableau ? Il était là quand j'ai acheté ce vieux moulin et je n'ai pas eu le cœur de m'en débarrasser. Scabreux ? Je te reconnais bien là, Grégoire, la tête pleine de fausse pudeur. Il a une histoire ce tableau, sais-tu ?
Té, assieds-toi que je t'instruise. Il y avait dans le village au pied de la colline une jeune femme appelée Mireille. La tête bien pleine, le corsage bien rempli et des fesses de madone qui, je te le dis Grégoire, faisaient retourner tous les hommes sur son passage. Elle était en âge de se marier la pauvrette et tous les garçons lui faisaient la cour. C'est qu'elle était douce et gentille en plus d'être belle. Ah il fallait les voir Grégoire. Ils rivalisaient d'attentions pour elle, ils lui portaient des cadeaux, ils faisaient les pitres pour obtenir un rire ou un sourire, ils se battaient dans le foin pour avoir le privilège de l'inviter à danser à la Saint Eloi…
Mais la belle s'en moquait Grégoire, elle ne pensait pas à se marier. Oh bien sûr elle avait connu ses premiers émois mais pour l'instant elle ne souhait ni fricoter, ni fréquenter. Tu juges Grégoire, tu penses sans doute qu'une jeune femme en âge devrait se trouver un bon parti. Eh bien je te dis, moi, qu'elle avait bien raison cette pitchoune et qu'il n'y a pas que les hommes qui devraient profiter de leurs jeunes années.
Toujours est-il qu'un jour de fête, deux hommes arrivèrent au village. Et ils étaient beaux, Grégoire, beaux comme on en avait plus vu ici depuis l'an pèbre. Toutes les jeunes femmes rivalisèrent de charmes et de stratégies pour attirer leur attention mais rien n'y fit. C'est qu'ils n'avaient d'yeux que pour Mireille vois-tu Grégoire.
C'est qu'il fallait les voir danser et virevolter tous les trois, insouciants comme si le reste du monde n'existait pas. Avant qu'ils ne s'en rendent compte, les festivités étaient terminées et ils étaient seuls à l'écart du village, à rire et regarder les étoiles. Et voilà qu'un des galants embrassa la belle Mireille. Puis l'autre. Pendant longtemps, ils restèrent tous les trois enlacés, à échanger de doux baisers.
Mais les hommes resteront toujours des hommes Grégoire, et petit à petit ils devinrent plus ardents. A mesure que la température montait, ils déshabillèrent Mireille. L'insouciante avait quatre mains et deux bouches d'hommes qui parcouraient tout son corps et elle était dans un paradis de sensations, ivre de désir à s'en faire tourner la tête. Tout ce qu'elle avait retenu toutes ces années, eh bien voilà que cela sortait et que la chanceuse s'en trouvait fort heureuse.
Ah, vraiment, il fallait les voir les trois tourtereaux. Aussi peu vêtus qu'au jour de leur naissance, partageant baisers et caresses toute une partie de la nuit. Hélas ! Le temps filait et l'envie, tu le sais Grégoire, ne se peut calmer que d'une façon. Et c'est qu'ils la voulaient, Mireille, si belle et désirable. Ils pressaient sur elle leur virilité mais la petite gardait assez de lucidité pour leur refuser l'accès à ses cuisses. C'est qu'elle gardait encore un sens des convenances et ne voulait pas leur donner ainsi sa virginité.
Je te vois sourire, Grégoire, alors attend donc la fin de l'histoire. Tu apprendras que certains désirs ne peuvent pas être réfrénés.
Car ces messieurs, pour galants qu'ils fussent, ne pouvaient rester ainsi tendus. L'un d'eux eut alors une fulgurance : puisque l'avant leur était interdit, et ils l'acceptaient, pourquoi ne pas passer par l'arrière ? Tu es horrifié Grégoire, mais le trio trouva que c'était une riche idée.
Alors dans la prairie proche du village, avec la lune et les étoiles pour seuls témoins, les deux beaux jeunes hommes installèrent la jeune Mireille à quatre pattes. Oh ne t'en fais pas Grégoire, ils furent doux et délicats pour cueillir sa petite fleur. Mais les coquins, loin de se dépêcher de faire leur affaire, prirent au contraire tout le temps. Ils se relayèrent même chaque fois que l'un se trouvait trop près de la délivrance.
L'aube trouva les trois amants toujours au même endroit. Leurs ébats avaient duré toute la nuit, promesse enchantée faite à la garrigue. Alors que le ciel se paraît de rose et d'or, ils surent que la magie touchait à sa fin, qu'ils avaient tenu bon jusqu'ici mais devaient rendre les armes. Tour à tour, les bellâtres se déversèrent en cascade dans la source de leur plaisir.
Mireille regagna son lit épuisée, repue et heureuse. Mais, peuchère, à son réveil il fallut ajouter à la douleur de son séant honoré des heures durant celle de la nouvelle. Les deux beaux jeunes hommes étaient déjà repartis pour le village prochain, sans un mot, une attention ou un cadeau.
Après cela, la pauvrette garda le lit trois jours durant. Le village mit son mal sur le compte du chagrin, car ils avaient bien vu que quelque chose se jouait entre les trois jeunes gens. Ah, s'ils avaient su que la brisure se trouvait en réalité bien plus bas que le cœur, ils auraient sans doute été comme toi Grégoire, à juger cette pauvre petite.
Mais la pauvrette ne le resta pas longtemps. De son séjour alité, elle sortit sereine, joyeuse, déterminée. Tu l'aurais vue Grégoire, elle était devenue femme et cela se ressentait. Le désir qu'elle suscitait chez les jeunes gens de son âge ne fit qu'accroître, d'autant plus que la petite s'était découvert un nouvel appétit après sa nuit enchantée.
Quelques temps après s'être remise, un soir que de la garrigue montait l'odeur du thym et du romarin sur le village, Mireille attira Renaud, un garçon doux et rêveur, à l'écart. Mue par sa nouvelle faim, la belle ne s'intéressait qu'à la discrétion du jeune homme et à ce qu'il avait entre les jambes, si tu vois ce que je veux dire Grégoire.
Oh je sais que tu vois bien ! Et c'est exactement ce que tu penses qu'il se produisit. Au Renaud profondément épris, elle offrit la même fleur qu'aux étrangers partis sans un regard en arrière. Chaque fois qu'elle le voulait, elle l'attirait à l'écart et sans fioriture ni ambage, sans cour ni ces préambules sans fin que tu apprécies tant, elle l'accueillait au fond de son cul.
Oh ne fais donc pas le choqué Grégoire, il faut bien nommer les choses. Peut-être eusses-tu préféré que je dise que la belle Mireille se faisait enculer deux ou trois fois par mois par Renaud ? Té, c'est bien ce qu'il me semblait.
Toujours est-il mon cher, que cette aventurette dura une petite année. Et tout juste comme Renaud comptait demander Mireille en mariage, la belle fit son baluchon et quitta le village. Sans un mot, sans un regard. Peuchère, il fallait voir le pauvre jeune homme, c'était pitié que de contempler sa mine déconfite et les larmes retenues qu'il traînait à chaque coin de ruelle.
Mais lui aussi finit par se remettre. Comme il était doux et rêveur, il avait trouvé dans la peinture un exutoire à ses mornes pensées. Et voilà comment a été peinte cette toile que tu fais semblant d'abhorrer Grégoire.
Ce que le pauvre Renaud n'a jamais su, c'est que si le meunier a tant et tant insisté pour la lui acheter, ce n'était pas pour le talent de l'artiste. Non, non, penses-tu, c'était pour les souvenirs qu'elle renfermait.
Parce que Renaud, il n'était pas le seul amant de Mireille. Plus souvent encore qu'elle n'allait chercher le pauvre peintre, la belle montait au moulin et au meunier, qui tâtait alors des meules plus souples que celle qu'il travaillait toute la journée. C'est lors d'une de ces chevauchées qu'elle lui révéla le secret de son départ prochain : elle avait reçu une lettre d'un des beaux jeunes hommes qui avaient cueilli sa fleur d'arrière quelques temps plus tôt.
Il l'invitait à la rejoindre à Aubagne, bien bien loin du village. Après son départ, ce fut comme si une Sainte venait de mourir, tant les hommes furent accablés. Des jeunes comme des vieux, des mariés, des célibataires, des veufs… En fait, le départ de la belle Mireille et de son accueillant fourreau, eh bien il fallut long temps avant qu'ils ne s'en remettent. Et bien plus encore avant qu'on n'accepte que la morosité des hommes avait peut-être un lien…
La morale ? Mais qui t'a parlé de morale, Grégoire ? Tu m'as demandé l'histoire de ce tableau, tu l'as. La seule morale que j'en tire, c'est que Mireille a eu bien raison de suivre son cœur et son idée. J'espère qu'elle a eu une vie heureuse, c'est bien la seule chose.
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Commentaires ()
J'attends avec plaisir la prochaine.