Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sainte Valentine — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sainte Valentine
Chapitre 1
Je suis Valentine.
On m’a tant invoquée que mon nom a fini par se détacher de mon visage, de mes mains, de ma voix. Je suis devenue une date sur un calendrier, un prétexte à des fleurs rouges et à des promesses murmurées trop vite. Pourtant, avant d’être un symbole, j’ai été une femme de chair, de doute et de feu. Et avant d’être sainte, j’ai été amoureuse.
Je vais te raconter cette histoire, non pas comme les légendes l’ont figée, mais comme je l’ai vécue, avec la lenteur des battements du cœur et la fragilité des instants qui savent qu’ils vont disparaître.
Je vivais à Rome, à une époque où l’amour n’était pas un droit mais une concession. L’Empire imposait ses règles jusque dans les veines des hommes. On décidait qui pouvait aimer, quand, et sous quelle forme. Les soldats, disait-on, devaient être solides, obéissants, sans attache. L’amour les rendait faibles. Alors on leur interdisait le mariage, comme on coupe une branche pour que l’arbre pousse droit.
Moi, j’étais déjà vouée à Dieu. Ou du moins, je croyais l’être. Je soignais, j’écoutais, je priais. J’apprenais aux âmes à ne pas désespérer. J’étais respectée, parfois crainte, souvent sollicitée. Mais je n’avais jamais appris à aimer autrement que dans l’abstrait, dans la lumière froide des textes sacrés.
Puis il est entré dans ma vie sans bruit. Il s’appelait Marcus.
Je me souviens de la première fois que je l’ai vu : il était blessé, le bras entaillé par une lame malheureuse, le regard durci par des années d’obéissance. On l’avait amené à moi comme on apporte un objet cassé qu’il faut réparer vite. Il ne parlait pas. Il serrait les dents. Mais quand j’ai posé mes doigts sur sa peau, j’ai senti quelque chose céder, pas dans sa chair, mais dans l’air.
Il avait des yeux qui ne demandaient rien, et c’est cela qui m’a troublée.
Je l’ai soigné en silence. J’ai nettoyé la plaie, bandé le bras, murmuré quelques paroles apaisantes. Il m’a regardée alors, vraiment regardée, comme si j’étais la première chose vraie qu’il voyait depuis longtemps. J’ai détourné les yeux. Je ne savais pas encore que ce simple geste était le début de ma chute.
Il est revenu. Officiellement pour vérifier sa guérison. Officieusement pour rester un peu plus longtemps. Nous parlions peu. De banalités, de la pluie, de la ville, de ce que Rome exigeait de nous. Mais sous chaque mot circulait une tension douce, un fil invisible qui se tendait jour après jour.
Je me répétais que ce n’était rien. Que l’amour que je sentais naître n’était qu’une illusion, une épreuve. J’étais une femme de foi, après tout. Je savais résister.
Mais l’amour ne se combat pas comme une tentation vulgaire. Il s’installe comme une vérité.
Mais l’amour ne se combat pas comme une tentation vulgaire. Il s’installe comme une vérité.
Un soir, il m’a dit qu’il devait partir. Une campagne lointaine. Peut-être la guerre. Peut-être la mort. Il a dit cela sans trembler. Moi, j’ai senti mon monde se fissurer. J’ai compris alors que ce que je craignais n’était pas de perdre un ami, mais de perdre l’homme que j’aimais sans jamais le lui avoir dit.
Je lui ai pris la main.
C’était un geste interdit. Simple. Humain. Et pourtant, dans ce contact, tout a basculé. J’ai senti la chaleur de sa paume, la fatigue de ses doigts, la vie qui battait contre la mienne. Il a serré ma main comme on s’accroche à une rive.
— Valentine, a-t-il murmuré, pourquoi est-ce si difficile de respirer ici ?
Je n’ai pas répondu. Je me suis contentée de poser mon front contre le sien. Les mots auraient été trop pauvres.
Cette nuit-là, j’ai prié comme jamais. Pas pour qu’on m’arrache cet amour, mais pour avoir le courage de le vivre.
Quand il est revenu, des semaines plus tard, il n’était plus le même. Il avait vu la violence nue, l’absurdité des ordres, la mort qui tombe au hasard. Il est venu à moi brisé, et je l’ai accueilli sans poser de questions. Nous avons parlé longtemps. De peur. D’avenir. De ce que l’on n’ose pas espérer.
C’est alors que j’ai commencé à unir des couples en secret.
Je les mariait la nuit, à la lueur des lampes. Des soldats et des femmes qui refusaient de se laisser voler leur amour. Chaque union était un acte de résistance. Chaque promesse échangée était une victoire contre la peur.
Marcus assistait parfois à ces cérémonies. Il me regardait faire avec une tendresse grave. Un soir, quand les autres furent partis, il est resté.
— Et nous ? a-t-il demandé.
La question m’a traversée comme une lame. Nous. Ce mot était immense. Dangereux. Sacré.
— Nous appartenons à des mondes qui ne veulent pas de nous ensemble, ai-je répondu.
— Alors créons le nôtre.
C’est ainsi que nous nous sommes aimés.
Pas dans l’excès, ni dans la démesure, mais dans la profondeur. Chaque regard était une confession. Chaque silence, une promesse. Nous savions que notre amour avait une date de péremption, et c’est cela qui le rendait brûlant.
Quand l’Empire a découvert mes actes, il n’a pas hésité. On m’a arrêtée. On m’a jugée. On m’a demandé de renier ce que j’avais fait, ce que j’étais devenue.
Marcus a tenté de me voir. On le lui a interdit. Alors il m’a écrit.
Des lettres simples, maladroites parfois, mais pleines d’une vérité nue. Il me parlait de la lumière qui n’existait plus que dans mon souvenir. De la vie qu’il continuerait à vivre pour deux si je ne revenais pas.
Je lui ai répondu une dernière fois.
Je lui ai dit que l’amour ne meurt pas avec le corps. Qu’il circule dans les gestes des autres, dans les mains qui se cherchent, dans les cœurs qui osent encore battre malgré les lois et les menaces. Je lui ai dit de ne pas haïr, même si cela lui semblait impossible.
Le jour de mon exécution, je n’ai pas pleuré. J’ai pensé à lui. À sa main dans la mienne. À cette respiration difficile qu’il avait ressentie la première fois. Et j’ai souri.
Depuis, on m’invoque pour les amoureux.
On m’écrit sur des cartes, on me dessine en rose et en or. On m’associe à des mots parfois légers, parfois sincères. Cela me fait sourire, d’une autre manière. Car je sais ce que l’amour coûte. Je sais ce qu’il sauve.
Si je te parle aujourd’hui, c’est pour te dire ceci : aime sans attendre l’autorisation. Aime sans te protéger excessivement. Aime comme si ton cœur était plus fort que les empires.
Je suis Sainte Valentine.
Et j’ai aimé jusqu’au bout.
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Commentaires ()
Je reconnais qu'écrire une histoire avec une distorsion de genre du personnage ancestral rend le texte original. Ceci n'enlève pas le plaisir de lire. ;)
Cela fait tellement de bien
Merci pour cette offrande
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