Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La lettre perdue — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La lettre perdue
Chapitre 1
Le 14 février 1925.
Ma mieux-aimée,
Je suis conscient qu'en rédigeant ces quelques lignes je désobéis à tes consignes. Mais en me demandant de ne plus t'écrire, tu exiges de moi rien moins que l'impossible ; autant m'ordonner de ne plus respirer ou de cesser de penser, cela me serait sans doute plus aisé.
Te rencontrer, te connaître et t'aimer sont les plus belles choses qui me soient arrivées, peut-être même les seules de toute ma vie. Cette rencontre improbable (tu as toujours aimé évoquer le hasard, tandis que je préférais parler de destin), cette rencontre inattendue, m'a fait renaître et m'a sauvé du gouffre au bord duquel je me tenais depuis mon retour du front. Faire la guerre m'avait fait me perdre et tu m'as retrouvé ; quatre longues années de boue et de sang avaient brisé mon âme et tu m'as réparé, faisant preuve de trésors infinis de patience et de tendresse.
J'évitais depuis longtemps, tu le sais, la Ville, ses bruits, sa crasse et l'agitation de la foule oppressante. Je les tenais avantageusement à distance en m'isolant dans "ma" forêt, garde-chasse sans fusil (comment pouvoir encore donner la mort après avoir tant vu couler les sangs mêlés des amis et de l'ennemi, ce semblable, ce frère), libre comme l'air.
Ayant repoussé aussi longtemps que je le pouvais certaines démarches fastidieuses, je m'étais finalement résigné à passer aussi rapidement que possible dans cet enfer urbain, aussi froid et désespérant qu'un tombeau à ciel ouvert. Bien m'en a pris car, marchant à grands pas sur le boulevard en direction de la gare dans la lumière déclinante de ce crépuscule d'automne, j'entendis ta musique qui s'échappait d'une fenêtre complice restée entrouverte. Tu jouais au piano cette Gymnopédie, aiguille de beauté venue se planter en mon cœur, dont j'ignorais tout alors ; dont j'apprendrai qu'il s'agissait de ton morceau favori et, de ce fait, qui deviendrait le mien aussi.
Je suis resté là de longues minutes qui se firent presque une heure, à t'écouter dans le froid qui s'installait, puis tu as cessé de jouer et je t'ai enfin vue lorsque tu es venue fermer la fenêtre. Un échange de regards, un applaudissement muet de ma part auquel tu as répondu par un petit signe de tête en guise de remerciement, et tu as disparu. Mon cœur s'est alors arrêté de battre un instant et je n'ai su que faire : je voulais, je devais te revoir, je n'en n'avais pas le moindre doute.
Je n'ai pas bougé immédiatement, ayant perdu toute notion du temps et même de l'endroit où je me trouvais et quand j'ai enfin repris mes esprits j'avais manqué le dernier train du soir. Ne sachant où aller, je me suis mis à l'abri sous un porche en face de chez toi et j'ai grelotté toute la nuit, heureux comme je ne l'avais jamais été, rêvant de tes yeux clairs et de ton sourire angélique.
Au matin, inquiète en découvrant ma silhouette immobile de l'autre côté de la rue, ta sollicitude te fit accourir et, miracle, j'ouvris les yeux sur toi. Tu t'inquiétais pour un parfait inconnu, aussi cet élan de bonté simple et franche me toucha avant même que ta main ne le fasse.
Ayant repoussé aussi longtemps que je le pouvais certaines démarches fastidieuses, je m'étais finalement résigné à passer aussi rapidement que possible dans cet enfer urbain, aussi froid et désespérant qu'un tombeau à ciel ouvert. Bien m'en a pris car, marchant à grands pas sur le boulevard en direction de la gare dans la lumière déclinante de ce crépuscule d'automne, j'entendis ta musique qui s'échappait d'une fenêtre complice restée entrouverte. Tu jouais au piano cette Gymnopédie, aiguille de beauté venue se planter en mon cœur, dont j'ignorais tout alors ; dont j'apprendrai qu'il s'agissait de ton morceau favori et, de ce fait, qui deviendrait le mien aussi.
Je suis resté là de longues minutes qui se firent presque une heure, à t'écouter dans le froid qui s'installait, puis tu as cessé de jouer et je t'ai enfin vue lorsque tu es venue fermer la fenêtre. Un échange de regards, un applaudissement muet de ma part auquel tu as répondu par un petit signe de tête en guise de remerciement, et tu as disparu. Mon cœur s'est alors arrêté de battre un instant et je n'ai su que faire : je voulais, je devais te revoir, je n'en n'avais pas le moindre doute.
Je n'ai pas bougé immédiatement, ayant perdu toute notion du temps et même de l'endroit où je me trouvais et quand j'ai enfin repris mes esprits j'avais manqué le dernier train du soir. Ne sachant où aller, je me suis mis à l'abri sous un porche en face de chez toi et j'ai grelotté toute la nuit, heureux comme je ne l'avais jamais été, rêvant de tes yeux clairs et de ton sourire angélique.
Au matin, inquiète en découvrant ma silhouette immobile de l'autre côté de la rue, ta sollicitude te fit accourir et, miracle, j'ouvris les yeux sur toi. Tu t'inquiétais pour un parfait inconnu, aussi cet élan de bonté simple et franche me toucha avant même que ta main ne le fasse.
Mais tu sais tout cela, comme tu connais la suite : l'interminable conversation qui suivit dans la chaleur réconfortante de tes appartements, dans le luxe et le confort desquels je ne me sentais absolument pas à ma place, la complicité qui s'installa comme si nous nous connaissions depuis toujours et même avant, la promesse de nous revoir que je pensais pure politesse de ta part.
Et ton audace de venir à ma rencontre jusque dans ces bois dont je t'avais tant vanté le calme et la beauté, cette longue promenade sous la frondaison aux couleurs automnales, nos mains qui se cherchèrent timidement avant de se trouver.
Je te fis découvrir la pénombre des sous-bois, l'odeur envoûtante de la terre, le bruissement des feuillages sous le vent. Tout un monde dans lequel il te fallut du temps pour t'y sentir à l'aise, comme véritablement chez toi.
Et ta présence dans mon modeste logis, ma honte de ne pas pouvoir t'offrir mieux, ton regard qui me rassura une fois de plus, comme si rien d'autre que nous n'avait vraiment d'importance.
Et ma main dans tes cheveux, mes lèvres sur les tiennes pour un premier baiser que nous ne voulions pas voir s'achever… Nos peaux brûlant l'une pour l'autre, nos corps se mêlant jusqu'à l'extase, jusqu'au matin d'un nouveau jour qui ne fut que le premier d'entre eux.
Et ton audace de venir à ma rencontre jusque dans ces bois dont je t'avais tant vanté le calme et la beauté, cette longue promenade sous la frondaison aux couleurs automnales, nos mains qui se cherchèrent timidement avant de se trouver.
Je te fis découvrir la pénombre des sous-bois, l'odeur envoûtante de la terre, le bruissement des feuillages sous le vent. Tout un monde dans lequel il te fallut du temps pour t'y sentir à l'aise, comme véritablement chez toi.
Et ta présence dans mon modeste logis, ma honte de ne pas pouvoir t'offrir mieux, ton regard qui me rassura une fois de plus, comme si rien d'autre que nous n'avait vraiment d'importance.
Et ma main dans tes cheveux, mes lèvres sur les tiennes pour un premier baiser que nous ne voulions pas voir s'achever… Nos peaux brûlant l'une pour l'autre, nos corps se mêlant jusqu'à l'extase, jusqu'au matin d'un nouveau jour qui ne fut que le premier d'entre eux.
Tu m'avais apprivoisé et tu aurais pu alors me domestiquer par la douceur, moi le presque sauvage, et je me serai laissé faire par amour. Mais tu as souhaité me laisser cette liberté qui t'était refusée.
J'ai toujours su ce qui nous séparait et que tu te refusait à évoquer, seule ombre entre nous : nos différences de classe sociale, de richesse, d'éducation. Je savais que cela serait un obstacle, mais j'osais espérer que nous pourrions dépasser toutes ces barrières que le monde, et ta famille, érigeaient entre nous. Toi, tu ne voulais pas y penser, seul l'instant présent comptait alors, et pourtant tu as fini par céder à cette pression, t'isolant et refusant de me voir, de me lire.
Si, comme je le crois, tu éprouve un amour égal à celui que je te porte, je te conjure de faire preuve une fois encore de ce courage qui t'habite, de fuir cette maison où tu es malheureuse, d'abandonner ce fiancé que l'on t'impose et de venir à moi une fois encore.
Si, comme je le crois, tu éprouve un amour égal à celui que je te porte, je te conjure de faire preuve une fois encore de ce courage qui t'habite, de fuir cette maison où tu es malheureuse, d'abandonner ce fiancé que l'on t'impose et de venir à moi une fois encore.
Je ne sais si mes pauvres mots te trouveront, ni ce que tu décideras d'en faire : cette lettre est comme un mince espoir confié au vent, échappant désormais à mes mains qui ne savent pas où elle finira sa course...
Je t'attendrai chaque jour près du grand chêne sur lequel nos prénoms gravés s'entremêlent à jamais, jusqu'à ce que le chagrin m'emporte ou que, si tu le veux bien et que tu acceptes en ce jour particulier d'être ma Valentine, tu viennes me retrouver et que nous nous sauvions au loin.
Je t'attendrai chaque jour près du grand chêne sur lequel nos prénoms gravés s'entremêlent à jamais, jusqu'à ce que le chagrin m'emporte ou que, si tu le veux bien et que tu acceptes en ce jour particulier d'être ma Valentine, tu viennes me retrouver et que nous nous sauvions au loin.
Quelle que soit ta décision, sache, mon Amour, que je ne serai jamais qu'à toi seule.
Ton Valentin
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Commentaires ()
Je n'avais pas vérifié la date de sa mort, ce n'est donc que le fait du hasard...
Un grand merci en tout cas pour ton commentaire ! J'accepte bien volontiers ta comparaison avec un tableau impressionniste et je prends ça évidemment comme un compliment !
Je trouve qu'il y a une ambiance d'amour romantique très "fin du 19ème". Je les vois bien comme les deux personnages de La promenade de Renoir, ou d'un autre tableau impressionniste peut-être plus adapté, mais je n'ai pas de nom en tête et seulement des images floues 🫣. Il y a une attention toute particulière à l'élégance, au décor et une forme d'esthétique émotionnelle qui m'évoque ce type de peinture.
Je ne sais pas si c'est vraiment un compliment de dire que ton récit m'évoque un tableau impressionniste haha mais vraiment j'ai trouvé le texte très joli. J'ai eu ce même type de sensation que quand on va dans un musée et qu'on regarde des tableaux de cette époque, d'où mon commentaire bizarre ^^'.
Merci pour la lecture !
Ta remarque est très juste, j’aurais sans doute dû éviter cette petite répétition. J’espère que cela n’a pas trop gêné dans ta lecture…
Il y a juste un détail qui me gêne un peu, c'est que tu répètes souvent "comme tu le sais déjà'. Je pense que c'est inutile de le préciser, la côté nostalgique du personnage justifie d'une certaine manière qu'il raconte des faits que la destinataire connaît déjà.
Telle une bouteille jetée à la mer, cette lettre pleine d'amour et d'espoir nous rappelle qu'au paraître il faut toujours privilégier l'être...
Cela pourrait en effet être la morale de cette histoire. Il ne reste plus qu’à savoir s’il y a des raisons d’espérer…
Félicitations !
Magnifique, sans doute fort mélancolique mais j'aurais aimé qu'une telle lettre me fût envoyée.
La suite est-elle aussi belle ?
Merci en tout cas de ce moment de douceur.
Je pense que la réponse qui sera publiée d'ici quelques jours vous plaira également...
Il faudrait que je relise Stocker, j'avais oublié qu'il y avait des échanges de lettres dans son Dracula....