Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le Jardin des Éphémères Rides — Chapitre 1 · Concours Cultivons Xstory
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Le Jardin des Éphémères Rides
Chapitre 1 · Concours Cultivons Xstory
Dans ma famille, on jardine de père en fils. Malheureusement mon papa n'a pas eu de fils. Juste moi. Mais ce n'est pas grave, il a toujours su subvenir aux besoins des femmes du foyer. Je vais même vous partager son petit secret : tout est dans la qualité de la haine que l'on sème.
Toute jeune, il nous arrosait joyeusement. Ma mère de coups, moi d'embrassases. Celle que l'on rosse, l'autre à qui l'on demande pardon. Il en résulte que ma mère a su, il est vrai, se doter d'une épaisse écorce. Mieux encore, son cuir végétal défiait les lois de la nature. Elle n'a cessé de se rétrécir, de s'amoindrir. Il est des chênes qui vont racontent leur histoire lorsque vous les abattez. Ma mère, à force qu'on la batte, n'aurait présenté qu'une maigre section, aux rides sèches et resserrées. Toute son histoire se résumait dans son inexistence.
À dire vrai, mon père n'était pas vraiment violent. Surtout, il ne tambourinait pas. Jamais! Selon ses propres mots, il avait en horreur la violence et ne cessait de nous la reprocher. C'était un romantique à l'ancienne, voilà tout. Un enfant qui grave à même l'écorce son amour avec une boucle de ceinture.
J'ai échappé à la ceinture. À l'amour aussi, forcément. Alors que jeune pousse, le frère de mon père est venu me déraciner, il n'a pas moufté. Quand le sang de son sang a fait couler le mien, il n'a rien dit. Quand sa sève a coulé de mes reins, il a sourit. C'était un jardinier doux et appliqué. J'étais juste un arbrisseau chahuté, qui gâchait son Éden.
Sans égard pour mon terrier merdeux et meurtri, il m'a nourrit, il m'a arrosée, il m'a forcée en vie. Ce n'était pas un bon tuteur. Je ne compte plus les fois où il m'a plantée : devant l'école, devant le collège, devant la perte précoce de ma seconde virginité. J'étais un plant malade et il m'a soignée comme tous les pères maghrébins, au traitement du silence.
S'il est une belle chose de toute cette merde, c'est bien la facilité de s'y enraciner. Frêle comme ma mère, j'ai poussé comme un roseau pensant parmi les orties. Je me permets d'ailleurs, de partager un cauchemar que m'inspire leur fange et ses vapeurs.
Voilà,
Mon ventre ne cesse de se nouer et d'enfler. Je sens le gaz remonter, brasser mes intestins, tenter de s'enfuir. Je bouillonne littéralement de l'intérieur. Assise sur mes chiottes gelées, je fais le bilan en me vidant. Mes pieds se crispent alors que l'eau caresse mes fesses. La chair de poule accompagne la nausée. Une odeur douçâtre et tiède emplit les quelques mètres carrés de mon dévidoir.
Mon ventre ne cesse de se nouer et d'enfler. Je sens le gaz remonter, brasser mes intestins, tenter de s'enfuir. Je bouillonne littéralement de l'intérieur. Assise sur mes chiottes gelées, je fais le bilan en me vidant. Mes pieds se crispent alors que l'eau caresse mes fesses. La chair de poule accompagne la nausée. Une odeur douçâtre et tiède emplit les quelques mètres carrés de mon dévidoir.
Mon corps gèle et mon anus brûle, je frisonne de dégoût. Est-ce que je devrais me lever ? Me laver ? Prendre le risque de laisser ma honte s'échapper ? Au contraire, l'enfermer et moi avec ? Un pet bulleux m'interrompt. Embrassant le filtre orange, je combat l'odeur de brun omniprésente.
Mon souffle s'accélère, me coupe la parole. Ce qui n'a pu sortir ici propose de sortir là-bas, de clore ma gueule une bonne fois pour toutes. Le goût de la clope n'y change rien. Mes yeux clos n'y changent rien. Les lucioles entre mes tempes non plus. Il n'y a que moi, et la veilleuse du chauffe-bain. Les larmes coulent toutes seules. Un suicide par déshydratation.
Sourire fugace brisé par la bile. Je me décharge, je me vide, mais la honte reste imprimée dans mes trippes. L'eau monte, monte, monte, et je ne peux qu'admirer cette marée de boue humaine. Elle imprime mon cul dans toute sa consistance, coule le long du trône, atteint mes chevilles. À la fin, la merde m'engloutit, et ne laisse qu'un fossile de moi-même.
Cest tout,
À force d'être piétinée, le roseau branlant est devenu terreau rampant. Je me complais dans la fange et ne côtoie que ceux qu'elle enfante. Cachée sous père et mère, je ne suis qu'un fétu humide et pourri. L'on me mange, l'on me mâche ; l'on me crache, l'on me chie, ma nature reste inchangée.
À force d'être piétinée, le roseau branlant est devenu terreau rampant. Je me complais dans la fange et ne côtoie que ceux qu'elle enfante. Cachée sous père et mère, je ne suis qu'un fétu humide et pourri. L'on me mange, l'on me mâche ; l'on me crache, l'on me chie, ma nature reste inchangée.
Certains nichent en moi, profitant de mes chaleurs moites pour passer l'hiver. D'autres me roulent en boule, me gardent entre leurs griffes jusqu'à ce que la merde leur glisse entre les doigts. Écrasant leur carapace d'ivoire, je ne peux les blesser, qu'à peine les écraser jusqu'à ne plus les voir.
La pluie m'a battu, et je me délecte des pleurs de statues rouillées. Au gré des saisons, le jardin s'est fait cimetière. Le médiocre s'est fait ombre et Papa projette toute sa négativité sur la tombe de ma mère. De leur cause commune je rêve de faire fosse commune. D'y ranger mon oncle, ma tante, mes cousins, et tous les hommes de la Terre. Tous, sauf un. Qu'il les piétine à son tour. Qu'il les couve aussi bien que l'on me couve. Que sous le poids du silence, rien ne gît, tout s'arrase.
Chez nous, on dit que la femme va du père au fils. À défaut d'un père, j'ai appartenu aux fils des autres. Sous son regard impuissant, ils ont envahis le jardin. Sans prendre garde aux mimosas, ils ont foulé la terre et maman. Ils m'ont retournée. Ils m'ont sarclée. Ils ont salé mes joues et n'ont laissé que la houille.
Un jour tu es venue par je ne sais quelle cigogne. Grainé enfouie dans ma chaleur, dans ma douleur, la joie de te sentir grandir en moi était ineffable. Au creux de mon ventre, les à-coups de tes radicelles. La douce pression d'un être qui se forme. Pour toi j'eus être caillou dans la botte, cœur de pierre ou calcul rénal. Mais tu as décidé de m'ériger en monticule. Enlacés par le lierre et la vigne, embrassée par mousses et lichens, tu es restée mon appui. Il a gelé, il a plu ; tu as tenu. De mon être grouillant tu n'as retenu que l'humus doux-amer. Peu t'importe les cloportes et scolopendres, tant qu'ils courrent en mon sein.
Tu as poussé, et de monticule je suis devenue calvaire. Tu es de ces chênes millénaires qui, toujours, poussent de travers. Tu m'as couverte de mille feuilles d'or et d'éclair, comme s'il n'y avait pas d'hier. Tout est mort autour de nous. Le temps s'est figé sur la falaise, le temps d'une chute. Qu'en un battement de cœur tout s'effondre!
Et pourtant, nous voilà. Un éboulement à venir, et le clou qui l'ancre à la terre.
Je t'aime.
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Commentaires ()
Vraiment dommage que l'auteure ne soit plus présente, mais qui sait, peut-être qu'elle reviendra de nouveau partager les fruits de son jardin.=) =) =)