Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
SubTrans — Chapitre 8 · Chapitre 8 : l’acceptation
Autrice
SubTrans
Chapitre 8 · Chapitre 8 : l’acceptation
Nathalie se réveilla avec une sensation étrange de légèreté et d’inquiétude mêlées. C’était le dixième jour après la dernière injection, et la substance avait officiellement cessé d’agir. Pourtant, en se levant, elle ne retrouva pas le corps de Nathan. Ses seins, bien que moins volumineux, restaient fermes et sensibles, deux petits monticules qui pointaient sous son t-shirt ample. Ses hanches gardaient une courbe douce, pas assez large pour une femme cisgenre, mais suffisamment pour que ses jeans masculins tombent mal et que ses pantalons slim lui fassent une silhouette androgyne. Et entre ses jambes… son sexe était définitivement plus petit, presque délicat, d’une sensibilité nouvelle qui la faisait sursauter au moindre frottement de tissu.
Elle se posta devant le miroir de la salle de bains, les mains tremblantes.
— Et si la réversion ne fonctionnait plus ?
La phrase tournait en boucle dans sa tête depuis deux jours. Elle avait commandé une quatrième dose, mais cette fois elle ne l’avait pas encore ouverte. Elle voulait d’abord comprendre ce qu’elle était devenue.
Sophia arriva vers 10 heures, comme convenu. Elle portait un simple jean et un pull en cachemire, l’air détendu. Dès qu’elle vit Nathalie, son sourire s’adoucit.
— Alors ? Toujours là ? demanda-t-elle en désignant doucement la poitrine de Nathalie.
Nathalie hocha la tête, les yeux brillants.
— Rien n’est reparti. Les seins restent, les hanches restent… et mon… enfin, il est resté tout petit. Sa voix était calme, presque résignée.
Sophia la prit dans ses bras, une étreinte longue et protectrice, sans aucune connotation sexuelle.
— Tu es belle comme ça, tu sais. Vraiment belle. On va apprendre à vivre avec.
Elles passèrent la journée ensemble, comme deux amies qui se retrouvent. Sophia l’emmena dans un petit salon de beauté qu’elle fréquentait depuis longtemps. Nathalie s’assit pour une épilation définitive des jambes et des aisselles, puis pour un maquillage léger du quotidien : un blush naturel, un mascara discret, un baume teinté sur les lèvres. Elle regardait l’esthéticienne travailler avec une concentration émue, comme si chaque geste sculptait un peu plus sa nouvelle identité.
Après le salon, elles allèrent déjeuner dans un café terrasse. Nathalie commanda une salade et un thé vert, croisant instinctivement les jambes, jouant avec une mèche de ses cheveux longs. Elle parlait doucement, avec une voix plus haute et plus mélodieuse qu’avant.
— Je ne veux plus des nuits folles, Sophia. Je veux juste… vivre en femme. Aller faire les courses, marcher dans la rue, sentir le vent dans mes cheveux. Être vue comme une femme, même si je ne suis pas complètement.
Sophia posa sa main sur la sienne.
— Alors on va faire ça. Pas de cage, pas de plug, pas de domination. Juste toi et moi, en train de construire ta vie de femme.
L’après-midi fut consacré au shopping, mais cette fois avec une intention différente. Nathalie choisit des vêtements pratiques et élégants : des robes chemisier en coton léger, des cardigans doux, des ballerines plates pour les longues journées, et seulement une paire d’escarpins à petits talons pour les occasions. Elle essaya une jupe mi-longue à fleurs qui lui arrivait sous le genou. Devant le miroir de la cabine, elle tourna sur elle-même, les yeux humides.
— Regarde… je ressemble vraiment à une femme maintenant.
Sophia sourit, les bras croisés.
— Parce que tu en es une.
Le soir, de retour chez Nathalie, elles s’installèrent sur le canapé avec un plaid et une tisane. Nathalie posa la tête sur l’épaule de Sophia et parla longuement. De la peur qui l’avait saisie en voyant que Nathan ne revenait pas complètement. De l’étrange paix qu’elle ressentait malgré tout. De l’envie de continuer à prendre la substance, mais seulement pour maintenir cette féminité douce, pas pour les excès d’avant.
— Je veux juste être moi. Tous les jours. Sans avoir à redevenir Nathan le matin.
Sophia resta silencieuse un moment, puis murmura :
— Si tu veux, on peut aller voir une endocrinologue que je connais. Discrètement. Pour comprendre ce qui se passe dans ton corps. Et si c’est vraiment permanent… on trouvera comment vivre avec. Tu n’es pas seule.
Nathalie serra la main de Sophia, le cœur serré mais étrangement apaisé. Pour la première fois depuis le début de cette aventure, elle n’avait plus peur de la réversion ratée. Elle avait peur de la perdre, cette féminité qui s’était installée en elle comme une évidence.
Avant de s’endormir, elle ouvrit le tiroir où se trouvait le nouveau flacon. Elle le regarda longuement, puis le referma sans l’injecter. Pas ce soir. Pas demain non plus. Elle voulait d’abord vivre quelques jours comme ça, avec ces changements qui semblaient désormais faire partie d’elle.
Mais au fond de son esprit, la question restait suspendue :
Et si la prochaine dose ne changeait plus rien ?
Et si Nathalie était là pour rester ?
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