Il venait d'assaîner le dernier coup de baguette sur sa crash. Elle venait de terminer son mocktail.
Cela faisait quelques jours qu'il l'avait repérée dans les allées du Club, parfois seule, parfois au bras d'un homme plus âgé qu'elle. Cela faisait quelques jours qu'elle était arrivée et chaque soir, elle ne manquait pas le concert donné par le groupe sur la terrasse du bar.
Il avait eu l'occasion de l'observer furtivement. Ce qui n'échappait à personne, c'était la chevelure blonde comme les blés qui lui descendait dans le dos et sur les épaules en magnifiques volutes. Ce qu'il n'avait pas manqué de noter, c'était aussi la clarté de ses yeux, la longueur de ses jambes... et le charmant petit cul bien rebondi qu'il devinait sous les jupes. Un œil de musicien aguerri. Elle avait eu l'occasion de croiser la carrure impressionnante de l'homme aux baguettes à plusieurs reprises et n'avait pu s'empêcher d'apprécier du regard les muscles sous la chemise, le sourire débonnaire quand il riait avec ses amis, la démarche cool mais assurée de celui qui sait ce qu'il fait là. Mais ces œillades étaient toujours de loin, toujours discrètes, jamais avec insistance. Elle n'était pas seule ici.
Il était en pleines accolades avec ses compagnons de scène. Ils avaient particulièrement bien joué ce soir. Et tant mieux car c'était la dernière de la semaine. Il descendait de scène et attrapait, guilleret, la bière que le boss de l'équipe lui tendait. Elle descendait du tabouret sur lequel elle s'était juchée. Le serveur débarrassait déjà son verre vide, elle s'éloigna du bar et marcha en direction de la balustrade. De là-bas, plus loin, s'il n'y avait pas trop d'agitation, on pouvait entendre le ressac des vagues.
Du coin de l'œil, il l'avait vue s'éloigner. Dernière soirée avec les copains, mais dernière occasion aussi... Il se rapprocha d'un serveur.
Elle était accoudée à la barrière, les yeux à demi-fermés, elle écoutait les bruits qui l'entouraient : bruissement d'un vent léger dans les aiguilles des pins, musique provenant du bar, conversations animées, tintements de verres... Paysage sonore de rêve pour s'évader. Une belle voix grave la sortit de ses pensées :
— Bonsoir...
Elle se retourna. Il était là, montagne de muscles dans sa chemisette blanche, lunettes de soleil sur la tête révélant deux yeux bleus pétillants. Pétillants aussi étaient les deux verres qu'il tenait à la main :
— D'après le serveur, c'est ce que vous préférez. Je me suis permis de vous en rapporter un, dit-il en lui tendant l'un des deux.
D'une main, elle le prit, replaçant nerveusement une mèche de cheveux derrière l'oreille de l'autre et prononçant un petit merci timide.
— Sacha, je suis le batteur du groupe. Je vous ai vue nous regarder avec attention, vous avez l'air d'apprécier la musique, enchaîna-t-il sur un ton sympathique.
— Je sais qui vous êtes, j'étais là chaque soir, j'adore la musique. C'est très sympa ce que vous faites.
— Je peux connaître le nom de notre fan numéro un alors ?
— Lola... je m'appelle Lola, répondit-elle.
— Vous êtes souvent seule le soir, Lola.
— Oh oui, mon père aime profiter des soirées du golf voisin. Il retrouve de vieux amis. Je préfère... les musiciens pour ma part, ajouta-t-elle avec un petit rire.
"Mon père"... se répéta-t-il dans la tête, tâchant de taire sa surprise. Lui avouerait-il qu'il l'avait prise pour une escort ?
— Oh, vous êtes ici en famille alors ?, demanda-t-il en s'appuyant nonchalamment sur la balustrade.
— Je suis seule avec mon père. Il est médecin. Il aime venir se ressourcer au Club, La Palmyre est celui que nous préférons tous les deux. Mon père a une vocation qui rapporte, c'est pratique pour passer de bonnes vacances, rit-elle.
Sacha la regardait rire et sourire et sut déjà qu'il avait fait le bon choix. Tout sympas qu'ils soient, aucune soirée entre potes ne pouvait rivaliser avec le rire d'une belle femme. La discussion se poursuivit ainsi, fluide, facile. Elle était en école d'infirmière. Son père préparait sa troisième mission humanitaire et cette fois, elle l'accompagnerait. Il était intermittent, professeur de batterie. Il avait la chance de jouer dans différents Clubs de France une à deux fois par an.
Le temps passait, le soleil déclinait pour de bon, les verres étaient terminés depuis longtemps, mais Sacha n'avait même pas pensé à quitter cette balustrade pour aller se recharger. Ses yeux, sa voix, sa bouche, il n'en voulait pas perdre une miette. Ce n'était pas comme les autres plans qu'il avait l'habitude d'emballer en deux temps trois mouvements, à une heure tardive et après plusieurs verres descendus. Parfois direct contre un mur derrière une baraque plus ou moins éloignée, plus ou moins cachés par des fourrés.
Là, il était totalement séduit. Elle avait tout. Le charme, la grâce, l'intelligence, l'humour. Ses lèvres soulignées par un léger trait de crayon rouge étaient d'un dessin magnifique. Il devinait ses petits seins sous la robe légère. Il savait quel arrondi prometteur il y avait plus bas.
Il sortit son portable pour regarder l'heure : vingt-trois heures vingt-six déjà. Ça faisait bien deux heures qu'ils discutaient de tout, de rien. Sacha hasarda :
— J'aime bien finir par une promenade le long de la plage, le soir. Ça te dit de m'accompagner ?
Lola tiqua sur le tutoiement soudain, mais accepta avec joie.
— Bouge pas, je vais nous rechercher un petit verre pour la route.
Il partit à grandes enjambées vers le bar. Qu'il était charmant ! Et charmeur bien sûr, il savait y faire comme on dit. Avec simplicité. Lola le sentait sincère, bien que visiblement intéressé. Elle avait perçu ses regards bien placés et elle-même devait avouer que ses grandes mains lui avaient donné quelques idées. Elle passa une main dans ses longs cheveux, comme pour se redonner de l'allure, remit en place un pli imaginaire de sa robe. Elle releva les yeux, il revenait, tout sourire, les mains en l'air, un gobelet dans chacune d'elles.
Elle lui rendit son sourire, lui libéra une main et tous deux quittèrent la terrasse. La discussion reprit tout naturellement tandis qu'ils traversaient la pinède pour rejoindre la plage privée du Club. Si privée qu'il n'y avait plus grand-monde. Un petit groupe de jeunes assis en cercle, un couple âgé, une femme seule avec son chien. Ils retirèrent leurs chaussures pour sentir le sable frais sous leurs pieds et, confiants, les abandonnèrent près d'un rocher. La marée était en train de remonter, si bien que la distance pour atteindre le sable mouillé puis l'eau n'était pas bien grande. Lola fut la première à laisser l'Atlantique lui lécher le bout des pieds. La fraîcheur de la nuit était agréable, les journées étaient chaudes. Ils marchaient côte à côte, et la discussion se faisait moins fluide, les phrases plus courtes, comme pour laisser plus de place aux corps. Il y avait déjà tant de sensations, les pieds qui s'enfonçaient dans le sable trempé, l'eau qui allait et venait vers eux, les surprenant par sa fraîcheur, le vent qui soufflait légèrement. Lola sentait l'ambiance s'électriser, et cela ne s'arrangea pas lorsque Sacha stoppa la cadence soudainement et se planta devant elle.
— Lola, commença-t-il d'un ton si grave que c'en était presque drôle. Je veux te dire que je ne regrette pas un seul instant d'avoir planté les copains ce soir, c'était un moment délicieux pour moi. Tu es...
Il ne savait quel mot choisir, alors il choisit de se taire et approcha une main de son visage pour replacer lui-même une mèche de ses longs cheveux blonds.
Lola frémit déjà et prit le temps de photographier l'instant. C'était presque trop beau. Tout était là : la plage de sable blanc (mais dans le noir), l'éclat de la lune pleine dans lequel se découpait la silhouette d'un batteur de jazz extrêmement charmant qui était en train de toucher à ses cheveux et... personne. Personne sinon elle, l'apprentie infirmière de dix-neuf ans, et lui, le colosse à l'âme d'artiste qui devait approcher la trentaine. Lola se promit de graver dans sa mémoire tout ce qui allait suivre. Ça pourrait faire un bon récit.
Elle posa la main sur celle qui effleurait sa joue. Ce premier contact fut électrique. Il se pencha vers elle et goûta enfin à ses lèvres qu'il avait convoitées toute la soirée. Il ne fut pas déçu. Douceur, chaleur, c'était délicieux. Elles étaient rendues sucrées par le sirop de canne. Très vite, elles s'entrouvrirent. Sacha sentait sa petite langue effleurer la sienne tandis que le feu du désir s'allumait partout dans son corps. Pas effrayée, Lola avait déjà passé les mains sous sa chemise, il les sentait sur sa peau, dans son dos. Lui avait encerclé son visage dans ses mains immenses. Ce baiser langoureux n'en finissait plus de lui plaire, lui qui n'en était pourtant pas spécialement fan habituellement. Il ne résista pas longtemps cependant à l'enserrer de ses bras forts. La sensation de ce petit corps contre le sien était divine. Ça marchait déjà tellement bien. Lola avait été faite pour lui. C'était certain. Sacha cherchait un équilibre, ce soir il ne voulait pas se précipiter. Le désir grandissait à une vitesse folle, dans sa tête comme dans son caleçon, nul doute qu'elle le sentait contre son bassin d'ailleurs, mais pour autant il voulait se délecter de ce moment. Il n'avait aucune envie de se décharger rapidement, ce soir il aurait voulu que le temps s'arrête. Ses mains gigantesques partirent à la conquête de ses formes, il en glissa une sous sa robe et l'arrondi qu'il eut alors sous les doigts était encore mieux que ce qu'il avait cru voir. Son autre main, elle, remonta. Tout en vérifiant dans le regard de Lola qu'il pouvait poursuivre, il posa sa main sur sa poitrine. Leurs yeux se cherchaient, se trouvaient, s'accrochaient, puis accompagnaient à nouveau leurs mains à la conquête de l'autre. Un petit cordon refermait son corsage, Sacha tira dessus, délicatement mais sûrement. Écartant le tissu, il tomba nez-à-nez avec une dentelle noire d'une simplicité redoutable. Des petits seins s'épanouissaient pleinement dans ce quatre-vingt-cinq B qui les mettait si bien en valeur. Leur baiser reprit, mais assez vite, Sacha quitta les lèvres de Lola. Son cou, ses clavicules, son décolleté, le galbe de ses seins, ses mamelons, ses tétons, Sacha voulait tout goûter. Il était avide d'elle. L'odeur de sa peau le rendait fou. Lola soupirait sous ces baisers brûlants, et ses mains s'étaient posées sur la tête de son soupirant. Ils finirent par tomber à genoux, les lèvres de Sacha allaient partout où elles le pouvaient, les mains de Lola cherchaient à caresser chaque centimètre carré de ce corps musculeux. Les baisers étaient de plus en plus appuyés, mouillés. Sacha saisit le soutien-gorge, le retourna pour offrir le spectacle des seins de Lola à ses yeux curieux. Petits oui, mais si beaux, si fermes, si adorablement parfaits.
— Allonge-toi... lui souffla-t-il au creux de l'oreille.
Terrassée par le désir, Lola ne se fit pas prier. Elle s'allongea, les bras de part et d'autre de sa tête, complètement offerte. Sacha posa ses mains sur les siennes, leurs doigts s'accrochèrent, se joignirent, tandis que les lèvres se retrouvaient encore une fois. C'était moins doux. C'était plus brutal, plus passionné. Sacha se perdit dans le cou de la jeune femme, puis suivit le long de la mâchoire pour trouver au bout un lobe rond, doux. Il le lécha une fois, deux fois, le prit entre ses dents. Et là il sentit qu'il avait trouvé un point sensible de sa partenaire. Le souffle saccadé de Sacha dans son oreille avait décuplé le désir de Lola, sa respiration se fit plus bruyante, ses jambes s'accrochèrent à la taille de l'homme qui la dominait. Leurs corps ne supportaient plus la moindre distance, les vêtements se frottaient, ceux de Sacha se tendaient à lui faire presque mal.
— J'ai tellement envie de toi, Lola, lui dit-il dans un souffle, au creux de l'oreille.
Un énorme frisson parcourut le corps de la jeune femme.
— Prends-moi, je t'en supplie, réussit-elle à énoncer.
Il ne fallait pas dire ça deux fois à Sacha. Il se redressa, fouilla dans sa poche et sortit un petit étui qu'il mit entre ses dents. Les mains libres, il entreprit d'ouvrir sa ceinture, se déboutonna, descendit la fermeture éclair, et fit complètement glisser bermuda et caleçon en bas de ses chevilles. Lola l'observait la dominer entièrement, il n'était plus grand, il était gigantesque. Elle n'était plus charmante, elle était diaboliquement désirable, ses cheveux de princesse emmêlés dans le sable, sa poitrine à moitié découverte, la robe légère qui ne demandait plus qu'à être remontée. Le caleçon de Sacha avait libéré son sexe qui se tendait fièrement tel l'horizon. Il déchira l'emballage du préservatif, le glissa dans la poche du bermuda qui traînait sur le sable. Il s'agenouilla, une jambe de part et d'autre du corps magnifique qu'il avait sous les yeux.
Pendant tout ce temps, subrepticement, la marée aussi était montée. Lorsque Sacha la pénétra, Lola sentit une première vague de chaleur envahir tout son corps, suivie l'instant d'après par une vague d'eau fraîche qui la trempa en un instant, la submergeant de sensations. Sacha se calait sur le rythme des eaux, s'enfonçant chaque fois un peu plus. La pénétration était lente, langoureuse, lancinante. Chaud et froid se percutaient, les faisant trembler. Il y a longtemps que Sacha n'avait pas véritablement fait l'amour. Il en avait tringlé des groupies, chambres d'hôtels, toilettes de bar, arrière de voitures, il avait tout fait. D'autres bains de minuit aussi, déjà. Mais là c'était autre chose. À chaque pénétration, il tombait un peu plus amoureux, il le sentait. Ce n'était pas que l'eau froide sous ses bras et ses cuisses qui le faisait trembler. Sa queue pourtant recouverte de ce fichu plastique nécessaire se délectait du corps de Lola. Il ne voulait pas accélérer, n'avait pas besoin d'y aller plus fort. Il se passait quelque chose dans leurs yeux qui s'accrochaient, il se passait quelque chose dans leurs lèvres qui se dévoraient. Leurs souffles se mêlaient, Lola gémissait d'un plaisir timide, et Sacha sentait le sien monter sournoisement, fourbe, au gré d'un rythme naturel et languissant qui ne lui était pas familier. Et pourtant si bon. Il la devinait assez inexpérimentée, il voulait tout lui faire, la goûter entièrement, la posséder, l'aimer de tout son cœur, de toute sa tête, de tout son corps. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas tant écouté une femme, il voulait tout savoir d'elle. Il voulait être à elle et elle à lui.
Le vent s'était levé, les vagues étaient plus fortes, et il en vint une dernière qu'il sentit lui envahir le corps du bout des pieds jusqu'au sommet de son crâne. Entre ses jambes, ce fut une explosion de plaisir. Il se laissa tomber immédiatement à côté de Lola de peur de n'avoir plus la force de se tenir au-dessus d'elle sans l'écraser de désir. Ils gardèrent une main vissée l'une à l'autre, leurs regards se cherchèrent automatiquement. Sacha ne savait pas exactement ce qui venait de se passer. Ce qu'il savait en revanche, c'est qu'il avait déjà hâte de recommencer.
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