Est-ce que c'est ça le coup de foudre ?
Chapitre 1
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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Est-ce que c'est ça le coup de foudre ? — Chapitre 1

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Est-ce que c'est ça le coup de foudre ?

Chapitre 1

Je suis toujours en colère contre mon ex. Six mois déjà, et la rage n'a pas disparu. Elle se réveille encore le matin, quand j'ouvre les yeux dans un lit trop grand, trop vide, trop silencieux. Elle se réveille quand je regarde mon téléphone et qu'aucune notification n'apparaît. Elle se réveille surtout quand je me souviens de la façon dont tout s'est terminé : les mensonges, les silences, cette sensation d'avoir été remplacé sans même m'en apercevoir. Aujourd'hui, je me suis juré une chose simple. Je ne veux plus tomber amoureux. Plus jamais. Je veux profiter. M'amuser. Faire des plans d'un soir, des rencontres sans lendemain, des corps qui se croisent, se touchent, se quittent. Rien de plus. Pas de promesses. Pas d'attachement. Juste le plaisir, ici et maintenant.
Il est dimanche, dix-huit heures. La plage est encore tiède sous mes pieds nus. Le soleil commence à baisser, allongeant les ombres des quelques parasols qui restent. Le vent porte l'odeur du sel et de la crème solaire. Le réseau capte mal. Les barres d'antenne apparaissent et disparaissent. Je suis assis sur ma serviette, le dos contre un petit muret de pierre, le téléphone à la main. J'habite juste à côté, à deux cents mètres à peine, dans la petite maison que je connais par cœur. Je n'ai pas besoin de rentrer loin. J'ai ouvert Grindr. L'application charge lentement, les photos se pixellisent, les profils mettent du temps à apparaître. Je scrolle quand même. Des torses, des visages flous, des distances qui changent d'une seconde à l'autre parce que le signal est pourri. Ma propre photo de profil montre mon corps en t-shirt blanc et boxer vert. Rien de spectaculaire. Juste moi, tel que je suis.
Je regarde les profils. Certains sont trop loin. D'autres trop proches et déjà occupés. D'autres encore m'ignorent purement et simplement. Je n'attends rien de particulier. Je me dis que si quelque chose arrive, tant mieux. Sinon, je rentrerai seul chez moi, comme d'habitude, et ce ne sera pas grave. Le soleil tape encore un peu sur mon visage. Je sens la sueur coller légèrement sous mon t-shirt. J'ai un petit ventre que j'essaie de perdre depuis un bout de temps. Je n'y arrive pas vraiment. Je ne suis pas moche, je le sais, mais je me trouve quelconque. Taille moyenne, brun, yeux marrons, une barbe que je garde soignée parce que sans elle je me trouve encore plus banal. Rien qui claque. Rien qui retienne vraiment le regard.
Et puis, d'un seul coup, un message apparaît.
Florentin.
— Salut.
Juste ça. Un mot. Simple. Direct. Le réseau rame. La notification met trois secondes à s'afficher correctement. Je regarde le profil. La photo principale est floue, prise de loin. Je ne vois pas grand-chose. Je réponds quand même.
— Salut.
Quelques secondes passent. Le signal baisse encore. Puis un second message arrive.
— Ça te dit de s'échanger nos photos ? C'est mieux de savoir à qui on parle.
Je souris un peu. Il a raison. Sur Grindr, on peut passer des heures à discuter avec un fantôme. Je tape ma réponse.
— Ok. Envoie.
Je sors mon téléphone de l'ombre. Cette fois, je ne prends pas mon corps. Je lève le bras, je cadre mon visage. La barbe, les yeux marrons, les traits que je connais trop bien et que je trouve trop ordinaires. La lumière du soleil couchant passe à travers mes cheveux. J'appuie sur le déclencheur. La photo est nette, simple, sans filtre. Juste mon visage. J'envoie. Le message met du temps à partir. La barre de progression avance au ralenti. Puis, enfin, c'est parti.
Quelques instants plus tard, sa photo arrive. Elle charge pixel par pixel. D'abord le haut du corps. Puis le visage. Puis les détails. Un mètre quatre-vingt-cinq. Brun. Yeux marron-vert. Des lunettes qui lui donnent un air incroyablement sexy. Plutôt sportif. Épaules larges, torse dessiné sous un simple t-shirt sombre. Il a l'air de quelqu'un qui prend soin de lui, sans être obsessionnel. Juste… bien.
Son message suit presque immédiatement.
— T'es beau.
Je reste quelques secondes à regarder l'écran. Le mot résonne un peu trop fort dans mon crâne. Beau. Personne ne me l'a dit comme ça depuis longtemps. Pas de façon aussi simple, aussi directe. Je regarde à nouveau sa photo. Les lunettes. Les yeux. La façon dont il tient la tête légèrement de côté. Je réponds.
— Toi aussi.
Quatre messages. C'est tout. Le réseau lâche complètement. Plus aucune barre. L'application affiche « connexion impossible ». Je regarde l'écran noirci de soleil, puis la mer. Les vagues montent doucement. Quelques personnes marchent encore sur le sable, loin. Je range le téléphone dans la poche de mon short. Je me dis que c'est déjà fini avant d'avoir vraiment commencé. Comme d'habitude.
Plus tard dans la soirée, le réseau revient par à-coups. Je suis rentré chez moi, à deux cents mètres de la plage. La lumière est jaune, tiède. J'ai laissé les fenêtres ouvertes. L'odeur de la mer entre encore. Mon téléphone vibre. Un message de Florentin.
— Désolé, le réseau était pourri. On n'a même pas pu se parler vraiment.
Je souris malgré moi. Je réponds.
— Pareil. J'étais encore sur la plage. On n'était pas loin l'un de l'autre, apparemment.
Il répond assez vite cette fois.
— Ouais. Je suis de passage. Je viens souvent dans la région. J'en suis originaire. Mais je repars ce soir.
Je lis les mots plusieurs fois. De passage. Repart ce soir. Exactement le genre de chose que je cherche en ce moment. Quelqu'un qui ne restera pas. Quelqu'un avec qui on ne construira rien. Juste un croisement. Juste un soir, peut-être même moins. Je sens mon cœur battre un peu plus fort, pas d'émotion, juste d'excitation. La colère contre mon ex est toujours là, quelque part au fond, mais elle se tait un instant. À sa place, il y a autre chose. Une envie simple. Une envie de toucher. Une envie d'être touché. Sans lendemain.
Je regarde à nouveau sa photo. Les lunettes. Les yeux marron-vert. Le corps sportif. Je me dis que si le réseau avait tenu, on aurait peut-être déjà échangé plus. Peut-être qu'on se serait donné rendez-vous sur la plage, ou dans un bar, ou n'importe où. Peut-être qu'on aurait parlé cinq minutes avant de décider de se toucher. Peut-être qu'on n'aurait même pas parlé.
Je tape un dernier message.
— Dommage.
Il répond.
— Ouais. Dommage.
Et puis plus rien. Le réseau retombe. Ou peut-être que lui aussi a rangé son téléphone. Je reste assis sur le canapé, le téléphone encore dans la main, regardant l'écran éteint. Dehors, la nuit tombe complètement. Les vagues continuent de monter. Je suis seul. Comme d'habitude. Mais pour la première fois depuis six mois, l'idée de rester seul ne me pèse pas autant. Parce que quelque part, ce soir, quelqu'un m'a trouvé beau. Même si ce n'était que quatre messages. Même si ça n'a mené à rien. Même si demain il ne sera plus là.
Je pose le téléphone. Je me lève. Je vais jusqu'à la fenêtre. L'air est plus frais maintenant. Je respire. La colère est toujours là. Mais elle est un peu moins lourde. Et au fond de moi, une petite voix me dit que ce n'est peut-être que le début. Que d'autres messages arriveront. Que d'autres corps croiseront le mien. Que je n'ai plus besoin d'aimer pour exister. Que pour l'instant, s'amuser suffit.
Le lendemain, le tumulte de la veille s'estompe pour laisser place à une étrange fébrilité. À peine le soleil amorce-t-il sa descente que mon téléphone vibre. C'est lui. Florentin est de retour sur l'application, et la conversation reprend immédiatement là où elle s'était arrêtée, comme si les kilomètres qui nous séparent désormais n'existaient pas. Mais très vite, la discussion prend un tournant plus intime, presque confessionnel. Florentin ne cache rien. Avec une franchise désarmante qui aurait dû me faire fuir, il m'avoue sans détour qu'il est en couple. Il pose les cartes sur la table : avec son conjoint, l'amour est toujours là, ou du moins un attachement profond, mais la flamme s'est éteinte, le côté charnel et passionné a complètement disparu du quotidien depuis un long moment.
Il me regarde droit dans les yeux, virtuellement parlant, et me demande cash si cette situation me pose un problème, si cela le dérange de s'engager dans un jeu de séduction avec quelqu'un qui partage déjà sa vie.
Moi qui m'étais juré, pas plus tard qu'hier, de ne plus jamais m'encombrer de sentiments, je balaie ses scrupules d'un revers de main virtuel. Je lui réponds que non, cela ne me dérange absolument pas, à partir du moment où les règles du jeu sont claires et qu'il sait ce qu'il fait. Après tout, je ne voulais qu'un plan sans lendemain, un amusement sans attache. Sauf qu'en acceptant ses conditions, je signe sans le savoir le premier acte de mon propre piège.
La conversation s'intensifie, portée par une fluidité déconcertante. Nous passons de l'application de rencontre à un terrain plus exclusif : nos numéros de téléphone personnels. Mais Florentin pose d'emblée une condition stricte. C'est uniquement sur WhatsApp que nous basculons, et surtout, c'est lui qui me contactera à chaque fois, dictant subtilement le tempo de nos échanges pour préserver son secret.
Et c'est exactement ce qui se produit durant les trois semaines qui suivent. Un manège nocturne s'installe, réglé comme une horloge secrète. La plupart du temps, nos conversations s'enflamment à partir de minuit, s'étirant sans voir l'heure jusqu'à deux ou trois heures du matin, tous les deux ou trois jours. Dans le silence de ma chambre, la lueur bleue de l'écran éclaire mon visage pendant que nous refaisons le monde, que nous partageons nos envies, nos doutes, nos quotidiens. Au fil de ces nuits blanches partagées en cachette, quelque chose glisse insidieusement en moi. Plus les jours passent, plus ce qui devait n'être qu'un divertissement sans lendemain commence à prendre la forme redoutée d'un coup de cœur. Un vrai, un profond, de ceux qu'on essaie de réprimer en vain.
Et à force de parler avec lui, j'ai de plus en plus l'impression que pour lui aussi, il y a un réel coup de cœur qui s'installe. Je le ressens à travers la manière dont il tourne ses écrits, la finesse de ses mots, l'attention qu'il porte à nos moindres discussions, mais aussi à travers ses photos et ses vidéos où transparaît une complicité qui dépasse le simple jeu de séduction. Florentin sait y faire, il me murmure de belles choses par messages interposés, me renvoyant des compliments avec une telle aisance et une telle intensité que je me prends à y croire, oubliant mes résolutions, oubliant la colère froide contre mon ex, oubliant même mes complexes.
Le jeu devient rapidement plus visuel, plus incandescent. Nous commençons par nous envoyer des photos de nos visages, puis, la confiance et le désir s'installant, les textiles s'efforcent de disparaître. Les clichés deviennent de plus en plus dénudés, dévoilant des fragments de peau, des postures alanguies, avant de tomber totalement le masque et le tissu. À chaque fois que je lui envoie une image de mon corps, de ce corps de quarantenaire aux formes un peu trop humaines que je critique tant, Florentin trouve les mots pour me renverser. Il me répète inlassablement à quel point mon corps le rend fou, me fait se sentir désiré, beau, unique. Et moi, le grand réfractaire aux histoires d'amour, je sens ce coup de cœur pour lui grandir de jour en jour, s'enraciner avec une force déconcertante, au point de devenir une obsession délicieuse et douloureuse.
Jusqu'à ce fameux soir où le cours de nos nuits bascule dans le concret.
— Je reviens dans la région la semaine prochaine, m'écrit-il au milieu de notre énième discussion nocturne. Mais je ne serai pas seul. Je serai avec mon conjoint.
Mon cœur rate un battement, une pointe de déception glacée venant me tirailler l'estomac. Mais la suite du message me ré insuffle l'oxygène :
— Cependant, on peut se donner rendez-vous le jeudi à dix heures et demie. Sur le parking derrière la cathédrale. On laissera sa voiture là, et on ira ailleurs ensuite pour enfin se voir en réel. Je suis sûr qu'il n'y aura aucune appréhension, tu verras.
Dix heures et demie. Jeudi. Derrière la cathédrale. L'adrénaline me gagne instantanément. Malgré le contexte rocambolesque et la présence de son compagnon à proximité, je suis tellement emporté par ce qu'il se passe entre nous et par cette certitude grandissante qu'il ressent la même chose que j'accepte immédiatement, sans la moindre hésitation, poussé par un désir irrépressible de le toucher enfin en chair et en os.
La tension est à son comble, palpable à travers nos derniers messages. Avant de refermer les yeux, nos échanges se concluent par une vague de tendresse brute.
— Je t'embrasse, mon beau Cyprien, m'écrit-il.
Saisi par l'émotion et par ce doux surnom qui résonne comme une promesse, je lui réponds sur la même note vibrante. Pour sceller cette nuit-là, nous laissons la conversation sur une dernière touche intime : une courte vidéo sans parole, tournée dans la pénombre, pour se dire bonne nuit en un regard. Je fais de même de mon côté, fixant l'objectif de mon téléphone avec un sourire que je n'arrive pas à effacer, avant de glisser enfin vers le sommeil, habité par l'attente incandescente de ce jeudi.
Le reste de cette semaine s'étire en une longue, insoutenable et délicieuse agonie. Mais cette attente est surtout marquée par un silence radio extrêmement déstabilisant : avant de se revoir en réel, je n'ai absolument aucun message de Florentin. Pas un mot, pas le moindre signe de vie, ce qui laisse un vide pesant et anxiogène dans mes journées. Chaque journée au travail dure des plombes, mon esprit s'échappant constamment pour se focaliser sur l'échéance à venir, tout en ruminant ce silence inhabituel qui me tord le ventre.
Puis, enfin, la veille du jour J, mon téléphone vibre enfin. C'est lui. Florentin s'excuse platement, m'expliquant qu'il n'a pas pu donner de nouvelles avant, totalement pris par ses impératifs familiaux et amicaux. Et dans la foulée, il veut savoir si c'est toujours bon pour se voir le lendemain matin à dix heures et demie. Mon cœur fait un bond gigantesque dans ma poitrine, chassant instantanément toute rancœur ou inquiétude. Je lui réponds un énorme oui sans la moindre hésitation.
Le lendemain, ce mardi tant attendu arrive enfin. Impossible de fermer l'œil plus longtemps une fois le matin installé. Je le lève de très bonne heure, envahi par une décharge d'adrénaline pure. Je me prépare avec une minutie obsessionnelle, choisissant mes vêtements avec soin, vérifiant chaque détail devant la glace, traquant la moindre imperfection sur ma barbe ou mes cheveux. L'empressement et l'excitation sont tels que je prends la route bien en avance. Résultat : j'arrive sur les lieux avec une demi-heure d'avance. Je gare ma voiture à proximité du point de rendez-vous convenu, le cœur battant à tout rompre, les mains légèrement moites sur le volant, guettant la moindre silhouette qui pourrait ressembler à la sienne.
Et enfin, je le vois arriver.
Sa voiture se gare, et il en descend. L'instant suspend son vol. Nous nous fixons à travers la distance qui nous sépare encore, un sourire franc s'étirant instantanément sur nos visages. Je pousse la portière et je vais à sa rencontre d'un pas décidé. Une fois face à face, le contraste entre les pixels de nos écrans et la chair se dissipe en une fraction de seconde. Je le dévisage, le souffle court, avant de lâcher, totalement subjugué :
— Tu es encore plus canon en vrai.
Il rit, un rire doux et flatté, et nous échangeons nos premiers mots, balbutiant un peu, heureux de concrétiser enfin la suite de nos confidences nocturnes. Mais l'espace exigu du parking n'est pas le lieu idoine. D'un commun accord, nous commençons à marcher pour nous éloigner des regards indiscrets, progressant jusqu'à un parc boisé situé un peu plus loin. Les arbres offrent un havre de paix verdoyant et discret, parfait pour notre bulle d'intimité.
Une fois bien à l'abri des regards, au cœur de cet écrin de verdure, nos pas s'immobilisent. Nous nous tournons l'un vers l'autre, et nos regards s'accrochent avec une intensité poignante. Le premier baiser arrive immédiatement, sans sommation. Un contact brut, attendu, brûlant. Presque aussitôt, un deuxième suit, et la digue cède : nous ne nous arrêtons plus de nous embrasser.
Tout devient flou autour de nous, absorbé par l'urgence de ce rapprochement. Je vis ces baisers comme une fusion totale, un enchaînement interminable de lèvres qui se cherchent et se trouvent. Nos langues s'enlacent dans un jeu de rôles passionné, explorant l'autre avec une gourmandise insatiable. Les yeux fermés, le monde extérieur s'efface. Mes mains se posent sur ses hanches avant de glisser le long de son dos, pressant son corps athlétique contre le mien, tandis que ses doigts se terrent dans mes cheveux ou caressent ma nuque avec une infinie douceur. Chaque effleurement de peau exalte nos sens, chaque souffle partagé accentue le vertige. Ce ballet de baisers et de caresses s'étire en longueur, durant de longues minutes, une bonne demi-heure suspendue hors du temps, où seule compte la chaleur de nos souffles mêlés.
Épuisés de bonheur et l'accélération du pouls un peu calmée, nous finissons par aller nous asseoir côte à côte sur un banc en bois ombragé. Là, calés l'un contre l'autre, nous prenons enfin le temps de discuter tranquillement. Nous évoquons nos vies, notamment nos professions respectives ; sans entrer dans les détails superflus, nous réalisons avec amusement que nos métiers présentent de grandes similarités dans l'approche humaine et les contraintes. Cette discussion légère achève de briser les dernières brides de timidité, fluidifiant encore un peu plus notre connexion.
C'est alors que Florentin, tournant son regard noisette-vert vers moi, lâche une phrase qui fait chavirer mon cœur :
— Tu sais, je repars dimanche avec mon conjoint, mais je reviens le mardi seul dans la région pour quelques jours. On se donnera rendez-vous chez toi : on passera toute la fin d'après-midi ensemble, puis toute la nuit, jusqu'au lendemain.
Une vague de chaleur m'envahit. Le ventre noué par une joie immense, je lui redis mon enthousiasme, totalement conquis par sa présence et par la tournure que prennent les événements.
Le temps s'écoule à une vitesse folle, et l'horloge finit par nous rappeler à l'ordre. Vers midi et quart, alors que les aiguilles s'approchent inexorablement de midi quarante-cinq, Florentin jette un œil à sa montre, l'air un peu contraint :
— Il va falloir qu'on bouge un peu, sinon le temps va filer trop vite et je dois y aller.
La perspective de le voir partir me déchire déjà, même pour plus tard. Apercevant un petit sentier discret serpentant plus profondément dans les sous-bois à proximité, une idée traverse mon esprit.
— Attends, viens avec moi.
Je saisis sa main avec fermeté, et nous marchons d'un pas rapide pendant deux bonnes minutes pour nous enfoncer encore plus loin, totalement invisibles des promeneurs éventuels. Arrivés dans un recoin isolé, je me retourne brusquement. Je l'attrape à la volée, le plaquant corps contre corps contre le tronc d'un arbre, et je l'embrasse avec une foudroyante intensité.
Ce baiser-là n'a plus rien de sage. Il est profondément passionné, chaud, habité par une urgence sensuelle décuplée. Et dans cet élan, à travers nos épaisseurs de vêtements, je sens soudainement l'érection de Florentin pressée contre la mienne, dure et implacable, trahissant l'intensité de son désir. Tout en continuant à l'embrasser goulûment, mes mains glissent sur son short pour caresser sa queue à travers le tissu, savourant le relief de son excitation. Poussé par un élan d'audace, je m'accroupis un instant, baissant son short pour libérer sa virilité, et je la prends en bouche quelques secondes, un délice bref mais d'une intensité rare, avant de la relever, de la glisser à nouveau dans son vêtement en le regardant droit dans les yeux, un sourire espiègle aux lèvres :
— C'était juste un petit avant-goût.
Il m'attire à lui, haletant, et nous reprenons nos baisers voraces avant qu'il ne me murmure, le regard embrasé par le plaisir :
— Moi aussi, je vais te donner un avant-goût.
À son tour, il s'exécute, se baissant pour m'offrir quelques secondes d'une attention brûlante qui me fait basculer dans un autre monde, avant de se redresser d'un bond pour fondre sur mes lèvres. Nos baisers se prolongent de plus belle, interminables, désespérés presque. Nous sommes littéralement incapables de nous détacher l'un de l'autre ; la simple idée de rompre le contact nous arrache des grimaces de frustration, et nous nous le disons à voix basse, suffoqués : on ne veut pas s'arrêter, mais on ne peut pas faire autrement.
Il faut bien le faire pourtant. Il est environ midi quarante-cinq lorsque nous entamons le chemin du retour, marchant à contrecœur vers le parking. Arrivés près de nos véhicules, avant de nous séparer pour de bon pour cette première partie de journée, Florentin glisse un instant près de moi pour m'offrir un ultime baiser en guise de transition, me murmurant à l'oreille avec une tendresse infinie :
— Je savais qu'on allait se plaire.
Il démarre et s'éloigne. À peine ma voiture a-t-elle commencé à rouler sur le chemin du retour que j'attrape mon téléphone pour lui taper un message fébrile :
Merci pour ce moment, j'ai hâte de te retrouver chez moi mardi pour notre fin d'après-midi et cette nuit entière.
La réponse sonne presque instantanément, comme un écho parfait :
Moi aussi, j'aurais voulu que ce moment dure encore beaucoup plus longtemps.
Une fois rentré chez moi, l'appartement semble étrangement vide, mais je suis, quant à moi, perché sur un petit nuage. Le coup de cœur est bel et bien là, ancré au plus profond de moi, et je ne peux plus le nier. Une part de moi en éprouve une légère frayeur — cette peur viscérale de retomber dans l'engrenage de la jalousie maladive et des tourments psychologiques qui m'ont empoisonné lors de ma relation passée avec mon ex. Mais en repensant à chacun de ses regards, à ses mains, à cette intensité partagée, je me dis avec une conviction grandissante que cette impression de coup de cœur est partagée, vibrante, et que la suite de notre histoire chez Cyprien s'annonce inoubliable.
Les quatre jours séparant ces retrouvailles sont d'une longueur insoutenable, s'étirant comme une éternité pesante. Tard dans la nuit précédente, la veille du grand jour, nos téléphones ne cessent de vibrer : des messages échangés à la volée, gorgés d'impatience, de désir et de cette hâte folle de se retrouver enfin face à face.
Le jour J, mon appartement est le théâtre d'une effervescence minutieuse. Je passe toute la matinée à faire un grand ménage de printemps, astiquant chaque recoin pour que tout soit immaculé, avant de filer faire les courses nécessaires pour préparer un dîner aux petits oignons et un petit-déjeuner gourmand pour le lendemain matin. Je m'installe de longs moments pour me préparer, choisissant ma tenue avec soin, traquant la moindre imperfection devant le miroir pour être le plus beau possible aux yeux de Florentin.
L'heure fatidique de 13 heures approche, mais à l'heure dite, un premier texto tombe : Florentin m'envoie un message pour me dire qu'il aura du retard, qu'il lui faut encore deux heures pour partir et qu'il me préviendra dès qu'il repartira. Les minutes s'égrènent, lourdes. Trois heures passent sans le moindre signe de vie. L'angoisse commence à m'étreindre, je commence à croire qu'il ne viendra pas, traversé par une vague de déception amère. Puis, enfin, à 15 heures, le message attendu arrive :
— Ça y est, je pars enfin de chez moi, mon beau. À tout à l'heure, j'ai hâte d'être vers toi.
Deux heures plus tard, la silhouette familière d'une voiture se gare au pied de mon immeuble. Je descends en courant et l'accueille dès sa sortie du véhicule en l'embrassant immédiatement, avec une ferveur contenue trop longtemps.
Montés à l'appartement, après avoir rapidement bu un verre d'eau pour apaiser nos souffles courts, la tension accumulée explose. Tout commence. Les baisers se font instantanément intenses, voraces. Nos vêtements commencent a se retirer, glissant des épaules aux chevilles, jusqu'à ce que nous finissions nus sur le lit, baignés par la lumière tamisée de l'après-midi.
L'atmosphère est électrique, chargée d'une sensualité brute. Des gémissements étouffés s'échappent, nos regards restent ininterrompus, les yeux constamment plantés dans les yeux. Nos queues se frôlent, dures, magnétiques. Les baisers se succèdent, humides et profonds, et nous nous suçons l'un l'autre avec une gourmandise infinie, nos langues explorant chaque recoin. Puis, Florentin s'agenouille pour manger mon cul, ce qui me fait gémir encore plus fort, secoué par des vagues de plaisir pur.
Après une heure et demie de ce traitement incessant, sans avoir joui, mais toujours en érection brûlante, nous nous arrachons à contrecœur à l'action pour nous prendre dans les bras et nous regarder lentement, savourant le silence. Florentin me murmure alors qu'il se sent bien avec moi et qu'il est heureux d'être enfin là. La pression redescend peu à peu, et il s'endort profondément dans mes bras. Je le caresse et l'embrasse tendrement de la sorte pendant quarante-cinq minutes.
Quand Florentin se réveille, tout doucement, la torpeur s'envole et nous reprenons exactement ce que nous avions commencé. Florentin frotte sa queue contre mon petit trou tandis que je le regarde intensément en gémissant, les yeux embués de désir. Et il y a encore et encore des baisers langoureux, nos lèvres qui s'entrouvrent, s'aspirent, se goûtent avec une urgence renouvelée, nos salives se mêlant dans un abandon total.
Nous nous arrêtons vers 22 heures pour boire un peu d'eau et manger un morceau sur le pouce, puis, à peine trente minutes plus tard, nous retournons dans le lit. Là, nous continuons de nous chercher du regard, de nous embrasser, de nous caresser, de nous frotter, jouant l'un avec l'autre dans une danse charnelle inépuisable, en nous disant à quel point nous sommes heureux d'être ensemble. Vers deux heures du matin, exténués mais comblés, nous nous endormons dans les bras l'un de l'autre sans jamais nous quitter, enlacés au millimètre près.
Le lendemain matin, je me réveille en premier avec Florentin blotti dans mes bras, et tout doucement, je commence à le caresser et à l'embrasser sur les paupières et le cou. Florentin se réveille doucement, son corps réagissant instantanément avec sa queue bien dure pressée contre la mienne. Vers 9 heures, nous sortons enfin du lit pour prendre notre petit-déjeuner, aller nous laver les dents, et retourner aussitôt sous les couettes.
Et là, l'intensité monte encore d'un cran. Chacun pénètre l'autre à tour de rôle — je sens chaque emboîtement, les soupirs qui s'échappent, nos corps qui se cambrent — mais je veille à ce que nos regards soient toujours présents, ancrés l'un dans l'autre, pupilles contre pupilles. La tension frôle la transe à chaque va-et-vient, les bruits de nos peaux qui se heurtent résonnant dans toute la chambre. Chacun va ensuite juter son sperme sur la queue de l'autre en se branlant frénétiquement et en s'embrassant, scellant notre union dans une explosion de jouissance partagée.
Après tout ça, les baisers reprennent ainsi que les caresses infinies, sans jamais nous quitter du regard, savourant les rémanences de ces frissons. Vers midi et demi, bien que nous n'ayons pas faim, nous finissons par aller sous la douche ensemble, nous lavant, nous frottant et nous embrassant sous l'eau tiède qui coule en cascade sur nos peaux sensibles.
Nous finissons par nous installer sur le balcon, une tasse de café chaud entre les mains, profitant de l'air ambiant pour parler de tout et de rien. C'est là que je lui demande si, en dehors de moi, il voit d'autres mecs. Florentin me dit que non, affirmant qu'il ne veut plus de plans, qu'il le faisait étant plus jeune mais que c'est du passé, qu'il a tourné la page. Il ajoute, la voix un peu plus grave, que son conjoint ne le touche plus, qu'il n'y a plus de câlins, que ça lui manque cruellement et que là, depuis la veille, il se sent revigorer, avant de se pencher pour m'embrasser avec une tendresse poignante.
Il me dit aussi qu'il aime beaucoup revenir dans la région, mais qu'il n'y a qu'une seule chose qui le retient là-bas chez lui. Je m'attends à ce qu'il parle de son conjoint, pensant à une rupture imminente, mais Florentin répond du tac au tac :
— C'est mon travail, car j'aime mon équipe, et il n'y a que ça qui me retient là-bas.
Intérieurement, je suis légèrement choqué, me disant en moi-même : « Mince, il ne parle pas de son mec... » Je sens confusément qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans son couple, une faille béante, mais je ne dis rien, ne veux pas brusquer les choses de peur de tout casser, alors je me tais. Cependant, Florentin enchaîne en disant qu'il aimerait vraiment revenir plus souvent, qu'il y pense de plus en plus sérieusement.
Vers 14h30, Florentin m'annonce qu'il va devoir partir pour aller rejoindre son père avant de repartir définitivement dimanche. Je lui dis que je comprends, le cœur serré, et que s'il veut repasser me voir d'ici dimanche, j'en serais plus que content. Il m'embrasse avec passion et, comme la dernière fois, il n'arrive pas à se séparer, s'attardant sur le pas de la porte même si c'est à contre-cœur.
Je le raccompagne jusqu'à sa voiture, l'embrasse encore une dernière fois en aspirant son parfum, puis je le regarde partir en lui faisant de grands signes de la main tandis que le véhicule s'éloigne.
De retour dans mon appartement, le silence pèse soudainement. Je vais dans la salle de bain, prends la serviette de toilette qu'il a laissée, retourne dans mon lit et m'écroule littéralement avec la serviette contre mon visage, aspirant profondément pour retrouver son odeur persistante. Et là encore, je me dis : « J'ai vraiment craqué pour lui, c'est fou... » Je me sens comme sur un petit nuage, flottant hors du sol.
Je reçois ensuite un message de Florentin sur mon téléphone : « J'ai aimé être vers toi, encore merci, et j'ai vraiment envie de te revoir encore. » À cet instant précis, je me dis, le sourire aux lèvres et le cœur battant à tout rompre : « Je suis maintenant certain que Florentin ressent exactement la même chose que moi, mais qu'il ne le dit pas ouvertement, par peur, peut-être... »
Les jours suivants, on continue de s'échanger quelques messages. Pas beaucoup. Des « salut », des « ça va ? », une photo de son café le matin, une de mon ciel le soir. Mais je le trouve plus distant. Les réponses mettent plus de temps à arriver. Parfois une demi-journée. Parfois plus. Je relis nos anciens échanges, ceux de la nuit où on s'était tout dit avec le corps, et je me demande si quelque chose a changé de son côté. Peut-être son conjoint. Peut-être la distance. Peut-être la peur. Moi, je reste accroché à mon téléphone. Chaque vibration me fait sursauter. Chaque fois que ce n'est pas lui, mon estomac se contracte un peu. Je me force à ne pas relancer trop souvent. Je me force à continuer ma vie : le travail, les courses, la plage le soir quand le soleil baisse. Mais Florentin est là, en fond, comme une musique qu'on n'arrive pas à éteindre.
Puis arrive le vendredi soir.
Le réseau est stable pour une fois. On commence à s'écrire vers vingt et une heures. D'abord des banalités. Puis des souvenirs. Puis des photos. Lui allongé sur son canapé, les lunettes un peu de travers, un sourire fatigué. Moi dans mon lit, la lumière de la lampe de chevet, mon visage encore marqué par la semaine. On envoie. On commente. On rit en emoji. Et puis, vers minuit, son message tombe.
— Je repense encore à notre nuit.
Notre nuit. Celle où on s'était retrouvés chez moi. Celle où les vêtements étaient tombés sans qu'on ait vraiment besoin de parler. Celle où j'avais senti son corps sportif contre le mien, ses mains dans ma barbe, sa bouche partout. Celle qui m'avait laissé un goût de trop peu et de déjà trop. Je reste immobile plusieurs secondes. Mon cœur s'accélère. Je tape.
— Moi aussi.
On continue. Les photos deviennent plus intimes. Des détails de peau. Des regards. Des fragments de ce qu'on a déjà partagé. Et puis, vers une heure du matin, le message qui me fait battre le cœur plus fort que tout le reste.
— Ça te dirait qu'on se prenne en photos tous les deux ?
Je fixe l'écran. Je n'en crois pas mes yeux. Mince. Pourquoi me demande-t-il ça s'il est en couple ? Il y a vraiment un problème dans leur couple. Quelque chose qui le pousse vers moi, vers ces idées, vers cette envie de se photographier ensemble. La boule se forme dans mon ventre, un mélange d'excitation pure et de peur sourde. Mais je n'hésite presque pas.
— Oui. J'en ai vraiment envie aussi.
On continue de parler. On revient encore et encore sur ces fameuses photos à prendre ensemble. Il précise :
— On peut aussi se faire des photos coquines tous les deux.
Je ris. Un vrai rire, tout seul dans mon lit, le téléphone collé à la main.
— Oui. Avec plaisir.
On imagine. On décrit. On rit encore. On envoie d'autres photos, plus proches, plus osées. On parle de la lumière qu'on choisirait, des angles, de la façon dont on se regarderait pendant qu'on se prendrait en photo. Le temps file. Deux heures. Trois heures. Ma voix intérieure me dit d'arrêter, de dormir, de ne pas m'attacher plus. Mais je n'y arrive pas. Finalement, vers quatre heures du matin, les messages s'espacent. On se souhaite une bonne nuit. Je m'endors avec son dernier sourire en tête, le téléphone encore allumé sur la table de chevet.
Le dimanche matin, mon téléphone vibre vers dix heures.
— Coucou. Désolé, je n'ai pas pu t'écrire avant. Je pars chez moi en début d'après-midi.
Chez lui. Loin. Je me redresse dans le lit. La lumière entre par les volets entrouverts. Mon cœur s'accélère déjà.
— Tu veux qu'on se voie avant ton retour ? Je ne sais pas quand tu vas revenir et le temps va être long sinon.
Il met quelques minutes à répondre. Puis :
— Oui. Mais j'ai attrapé un méchant bouton de fièvre sur la lèvre ce matin. Je ne pourrai pas t'embrasser. Et j'en crève d'envie.
Je souris malgré la déception. Je tape vite.
— Je m'en fiche. Je veux te voir.
— Ok. J'arrive.
Il arrive moins d'une heure plus tard. Je le vois descendre de sa voiture devant chez moi. Un mètre quatre-vingt-cinq de silence et de retenue. Les lunettes, les yeux marron-vert, le corps sportif sous un t-shirt simple. Le bouton de fièvre est bien là, rouge, un peu gonflé sur sa lèvre inférieure. Il monte les marches. On se regarde. Il dit, presque en s'excusant :
— Je ne peux pas rester longtemps. Mais j'avais moi aussi envie de te revoir. Même si on ne peut rien faire.
Je ne réponds pas avec des mots. Je le prends dans mes bras. Il fait de même. On se serre. Longtemps. Ses mains glissent dans mon dos. Les miennes caressent ses épaules, sa nuque, le bas de ses reins. On se regarde. Vraiment. Sans détourner les yeux. Je sens sa respiration contre mon cou. Je sens la chaleur de son corps à travers les vêtements. Je l'embrasse plusieurs fois dans le cou. Doucement. Puis plus longtemps. Sa peau sent le savon et un peu de soleil. Il ferme les yeux. Sa main serre un peu plus fort mon t-shirt. On se caresse encore et encore. Les doigts, les paumes, les avant-bras. Rien de plus. Juste ça. Juste le contact. Juste le fait d'être l'un contre l'autre sans pouvoir aller plus loin.
Une heure passe trop vite. Il regarde l'heure sur son téléphone et soupire.
— Il faut vraiment que je parte.
On se sépare à contre-cœur. Il se recule d'un pas, puis d'un autre. Il dit :
— Je reviens le week-end prochain. Mais je ne sais pas encore si mon conjoint sera avec moi. S'il n'est pas là, on pourra passer notre vendredi après-midi ensemble et toute la nuit jusqu'au lendemain. S'il est avec moi… on essaiera de se trouver un moment rien qu'à nous.
Je hoche la tête. Ma gorge est un peu serrée.
— De retour chez moi, je ne pourrai pas t'envoyer de messages aussi souvent.
— Je comprends.
On se regarde encore une dernière fois. Je me penche. Je pose un dernier baiser dans son cou, juste sous l'oreille. Il frémit. Puis il redescend les marches. Il démarre. La voiture disparaît au coin de la rue. Je reste sur le seuil quelques secondes, les bras un peu vides.
Je sais qu'il doit arriver chez lui vers dix-sept heures. Je passe l'après-midi à faire semblant d'occuper mon esprit. Ranger. Lire deux pages d'un livre que je n'arrive pas à suivre. Regarder par la fenêtre. Vers dix-neuf heures quarante-cinq, mon téléphone vibre.
— Coucou. Le petit message pour te dire que je suis bien arrivé même si ça fait déjà un petit moment. Termine bien ta journée mon beau ❤️❤️❤️
Je m'écroule sur le canapé. La boule au ventre est revenue, plus forte. Plus nette. Je me dis, à voix haute presque : je crois que j'ai réellement craqué pour lui. Il me montre les mêmes signes d'attirance. Les messages. Les photos. Le besoin de se voir même avec un bouton de fièvre. Les caresses. Le baiser dans le cou qu'il n'a pas repoussé. Mais je ne veux rien brusquer. On verra ce que le temps nous réserve.
Le lendemain, la boule est toujours là. Florentin tourne dans ma tête en boucle. Son odeur. La texture de sa peau sous mes lèvres. La façon dont il a dit « mon beau ». Je me dis : je n'ai vraiment jamais ressenti ça pour personne d'autre. Pas avec cette intensité. Pas avec ce mélange de douceur et d'urgence. Pas avec cette peur de le perdre avant même de l'avoir vraiment.
La vie apporte de belles choses. Parfois au moment où on ne les attend plus. Parfois sous la forme d'un message un dimanche soir sur une plage où le réseau capte mal. Parfois sous la forme d'un homme aux lunettes sexy qui repense encore à une nuit partagée. J'espère de tout mon cœur que peut-être, c'est le bon. Que peut-être, un jour, les choses se clarifieront. Que peut-être, on pourra se prendre en photos tous les deux sans regarder l'heure. Mais la seule chose négative, la seule ombre qui reste collée à tout ça, c'est qu'il est en couple. Et pour l'instant, je ne sais pas ce que le prochain week-end nous réserve. Je sais seulement que j'attends. Que mon cœur bat un peu trop fort. Et que, malgré la colère contre mon ex qui n'a jamais vraiment disparu, malgré tout ce que je m'étais juré, je suis déjà en train de tomber.
Fin.
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