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Couverture de L'éveil d'une jeune étudiante, par Mallow87
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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L'éveil d'une jeune étudiante — Chapitre 2 · Le saut dans l'inconnu

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Mallow87
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On se reconnaît tout de suite dans la voix de Justine, qui se moque d'elle-même avec un petit « Facile. » qui fait sourire. L'écriture sait rendre les hésitations et les petits calculs intérieurs avec beaucoup de justesse. On a envie de suivre cette fille simplement parce que son irrésolution sonne très vrai.

L'éveil d'une jeune étudiante

Chapitre 2 · Le saut dans l'inconnu

Il y a une différence immense entre vouloir changer de vie et acheter un billet de train.
La première chose ne coûte rien. On peut l'imaginer dans son lit, sous la douche, dans les transports. On peut se raconter qu'on est courageuse, indépendante, capable de tout abandonner sur un coup de tête.
La deuxième demande un numéro de carte bancaire, une date, une destination. Et surtout, elle ne laisse plus beaucoup de place aux excuses.
J'avais dix-huit ans. Je venais de recevoir une invitation pour passer sept jours dans un domaine naturiste, à plusieurs centaines de kilomètres de chez moi. Je ne connaissais personne là-bas, je n'avais jamais voyagé seule aussi loin et l'homme qui m'invitait avait presque cinquante ans de plus que moi.
Sur le papier, c'était une idée complètement stupide.
Pourtant, ce lundi matin, assise devant mon ordinateur, je n'arrivais pas à fermer la page des billets de train.
Tours. Paris. Toulon. Puis une navette jusqu'au domaine.
J'avais vérifié l'itinéraire trois fois. Le trajet était faisable. C'était presque dommage. J'aurais préféré découvrir qu'il fallait traverser une montagne à pied ou prendre un bateau qui ne circulait qu'une fois par mois. J'aurais eu une excellente excuse.
À la place, la SNCF me proposait simplement de partir le 12 août à 7 h 42.
Je regardai le prix : soixante-dix-huit euros. Je pouvais me le permettre. Je travaillais depuis plusieurs semaines et j'avais suffisamment économisé.
Je n'avais donc plus que deux problèmes : trouver le courage de réserver et expliquer à mes parents que leur fille de dix-huit ans voulait passer une semaine toute nue dans un camping privé dirigé par un retraité rencontré sur Internet.
Facile.
***
Je n'ai pas répondu immédiatement à Gabriel. Pendant les deux premiers jours, je me suis comportée comme si son invitation n'existait pas. Je faisais la vaisselle, je regardais des séries, je répondais aux messages de mes amies. Et toutes les vingt minutes, je retournais lire son mail.
Je connaissais presque chaque phrase par cœur.
« Une place vient de se libérer. »
« Le bungalow numéro 7. »
« Vous serez libre de quitter le domaine à tout moment. »
Cette dernière précision me rassurait, mais elle me faisait également réfléchir. Pourquoi avait-il jugé nécessaire de l'écrire ? Je savais bien qu'un client pouvait quitter un camping. C'était évident.
Alors pourquoi insister ?
Je me raisonnai. Parce que j'avais dix-huit ans. Parce que je lui avais expliqué que j'étais timide. Parce qu'il voulait simplement me rassurer.
C'était probablement aussi simple que ça.
Mais il y avait une autre question qui revenait sans cesse : pourquoi m'offrir le logement ?
Je retournai sur le site, relus les conditions, cherchai le nom de l'entreprise dans les registres publics et vérifiai l'adresse sur une carte.
Le domaine existait. Les photographies correspondaient à un véritable ensemble de bâtiments, entouré de pins, sur les hauteurs d'une petite commune du Var. Il y avait quelques avis. Pas énormément, mais suffisamment pour que le lieu ne semble pas avoir été inventé la veille.
Je trouvai même une photographie prise par un visiteur, trois ans auparavant. On y voyait la piscine, une grande terrasse en bois et, au fond, un homme âgé qui ressemblait à Gabriel. Je zoomai. Il était assis sous un parasol, un livre à la main.
Rien d'extraordinaire.
Je me sentis ridicule d'avoir imaginé je ne sais quel piège. Puis je me rappelai que l'existence d'un établissement ne prouvait pas que tout s'y passait bien.
Alors j'envoyai un mail. Pas à Gabriel, mais à l'adresse générale du domaine. Je demandai des précisions sur l'hébergement, les règles, les transports et les conditions de départ anticipé.
Une certaine Hélène me répondit le lendemain. Elle m'envoya le règlement, le numéro de téléphone de l'accueil et une liste de conseils pratiques.
Je lui téléphonai. Elle avait une voix grave, légèrement enrouée, et parlait avec un accent du Sud.
— Tu viens seule, ma petite ?
— Oui.
— Première fois ?
— Oui.
Elle rit.
— Alors ne te mets pas la pression. Il y a des gens qui arrivent et qui sont à l'aise au bout de dix minutes. D'autres mettent trois jours. Et certains gardent leur paréo toute la semaine.
— Ah bon ?
— Bien sûr. On ne va pas organiser une cérémonie pour leur enlever.
Je ris à mon tour.
Nous discutâmes presque vingt minutes. Elle me parla de la piscine, du restaurant, des activités et des sentiers de randonnée. Puis je lui posai une question qui me travaillait depuis le début.
— Et… Gabriel, il est comment ?
Un petit silence.
— Gabriel ?
— Oui.
— C'est quelqu'un de particulier.
Je me raidis.
— Particulier comment ?
— Il aime les gens. Enfin, surtout les écouter. Il peut passer trois heures à discuter avec quelqu'un qu'il vient de rencontrer.
— D'accord.
— Et il a ses petites habitudes. Tu verras.
Elle changea de sujet. Je ne sus pas si je devais trouver ça étrange.
***
Le troisième soir, je pris une décision. Je réservai mon billet de train et regardai la confirmation apparaître sur mon écran. Puis je restai immobile.
J'avais réellement payé.
Il ne s'agissait plus d'une idée. Je partais.
Enfin, peut-être.
Parce qu'il restait encore mes parents. Et cette conversation-là me terrifiait presque autant que le séjour.
***
J'attendis le dimanche soir pour leur en parler. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que le dimanche, chez nous, tout semblait plus calme.
Mon père avait préparé des pommes de terre au four. Ma mère racontait une histoire interminable sur une collègue qui avait oublié de transmettre un dossier. Hugo mangeait en regardant discrètement son téléphone sous la table.
J'attendis que ma mère termine, puis je pris une inspiration.
— J'ai quelque chose à vous dire.
Mon père leva les yeux.
— Tu es enceinte ?
— Papa !
Hugo éclata de rire.
— Quoi ? demanda mon père. C'est une question.
— Non, je suis pas enceinte !
Ma mère posa sa fourchette.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Je sentis immédiatement mon courage diminuer.
J'avais préparé cette conversation dans ma tête. Plusieurs fois. Dans mes répétitions, j'étais calme, assurée, adulte. Dans la réalité, j'avais l'impression d'avoir huit ans et de devoir annoncer que j'avais cassé une fenêtre.
— Je vais partir une semaine en vacances.
Ma mère sourit.
— Avec Camille ?
— Non.
— Léa ?
— Non plus.
Mon père fronça les sourcils.
— Avec qui, alors ?
Je regardai mon assiette.
— Toute seule.
Un silence.
— Toute seule où ? demanda ma mère.
— Dans le Sud.
— Où dans le Sud ?
— Dans le Var.
— Chez qui ?
Je relevai la tête.
— Dans un domaine de vacances.
Ma mère me regarda attentivement.
— Justine, pourquoi tu nous racontes ça comme si tu avais commis un crime ?
Je soufflai.
— Parce que c'est un camping naturiste.
Le silence fut immédiat.
Hugo leva brusquement les yeux.
— QUOI ?
— Hugo, tais-toi.
Il partit dans un fou rire. Mon père posa lentement sa fourchette.
— Attends. Un camping quoi ?
— Naturiste.
Ma mère cligna des yeux.
— Tu veux dire… sans vêtements ?
— Oui, maman. C'est un peu le principe.
Je regrettai immédiatement mon ton.
Mon père se passa une main sur le visage.
— Bon. Reprenons depuis le début.
Et je racontai tout. La vidéo, les recherches, le site, la candidature, l'invitation, Gabriel, son âge, le bungalow gratuit. Je n'essayai pas d'embellir l'histoire.
À la fin, mon père me regardait comme si je venais de lui annoncer que je voulais rejoindre une expédition en Antarctique.
— Tu te rends compte de ce que tu nous racontes ?
— Oui.
— Un homme que tu ne connais pas t'offre une semaine de vacances ?
— C'est le domaine qui propose des séjours découverte.
— Et tu crois que c'est normal ?
Je baissai les yeux.
— Je sais que c'est bizarre.
— Bizarre ? Justine, tu as dix-huit ans !
Cette phrase. Encore.
J'avais dix-huit ans quand on voulait me rappeler que je devais profiter de ma jeunesse. Et j'avais dix-huit ans quand on voulait m'empêcher de faire quelque chose.
C'était assez pratique.
Ma mère intervint.
— Tu as vérifié que cet endroit existe ?
— Oui.
— Et tu as parlé à quelqu'un d'autre que cet homme ?
— Oui. À la responsable de l'accueil.
— Tu peux nous montrer ?
Je sortis mon ordinateur.
Nous passâmes presque une heure à examiner le site. Mon père lut le règlement, ma mère regarda les avis et Hugo tenta de trouver des photographies des vacanciers avant de se faire envoyer dans sa chambre.
Puis mon père demanda :
— Et pourquoi tu veux faire ça ?
Je restai silencieuse. C'était la question la plus difficile.
J'aurais pu répondre que j'étais curieuse, que j'avais envie de vacances ou que je voulais découvrir le naturisme. Tout ça était vrai.
Mais pas complètement.
— Parce que j'en ai marre.
Ma mère fronça les sourcils.
— Marre de quoi ?
Je sentis mes yeux picoter.
— D'avoir peur de tout.
Personne ne parla.
— J'en ai marre de toujours me demander ce que les gens pensent de moi. De jamais oser faire quoi que ce soit. De devoir attendre que quelqu'un me dise que c'est une bonne idée.
Ma voix tremblait.
— Je sais que ça paraît complètement débile. Mais j'ai envie de faire quelque chose toute seule. Même si ça me fait peur.
Ma mère me regarda longuement. Puis elle posa sa main sur la mienne.
— Ce n'est pas débile.
Je baissai les yeux.
— Mais, ajouta-t-elle, ça ne veut pas dire qu'on doit arrêter de réfléchir.
Nous passâmes encore une heure à discuter.
Finalement, nous trouvâmes un compromis. Je leur transmettrais l'adresse exacte du domaine et le numéro de l'accueil. Je conserverais assez d'argent pour rentrer par mes propres moyens et je leur enverrais un message chaque soir.
Mon père insista pour que je réserve également une solution de repli dans une ville voisine.
— Juste au cas où, dit-il.
J'acceptai. Pour une fois, je trouvais ses inquiétudes raisonnables.
Cette nuit-là, je m'endormis avec un sentiment étrange. J'avais eu peur de cette conversation pendant des jours et pourtant, elle avait été moins terrible que prévu.
Peut-être que j'étais capable de faire davantage de choses que je ne l'imaginais.
***
Le 10 août, deux jours avant le départ, j'étalai tous mes vêtements sur mon lit. Puis je les regardai. Longtemps.
J'avais un problème. Un problème absolument ridicule. Je ne savais pas quoi emporter.
Dans un camping classique, j'aurais préparé une dizaine de tenues. Des shorts, des débardeurs, des robes, des maillots de bain.
Mais là ?
Est-ce que je devais prendre des vêtements ? Évidemment que oui. Mais combien ? Et lesquels ? Est-ce qu'on portait des chaussures lorsqu'on était nue ? Est-ce qu'on allait au restaurant sans vêtements ? Est-ce que les gens se promenaient vraiment comme ça toute la journée ?
J'ouvris mon ordinateur et tapai : « Quoi emporter premier séjour naturiste ».
Je trouvai plusieurs listes. Serviettes, crème solaire, chapeau, sandales, vêtements pour les soirées fraîches, produits d'hygiène…
J'eus un petit rire. La liste ressemblait exactement à celle de vacances normales.
À l'exception d'une chose : il était recommandé de prendre plusieurs serviettes pour s'asseoir dans les espaces communs.
Je n'y avais jamais pensé. Je sortis une grande serviette de plage, puis une deuxième, puis une troisième. Je les alignai sur mon lit.
J'avais l'impression de préparer une expédition dans un pays dont je ne connaissais pas les coutumes.
Je pris ensuite trois shorts, quatre débardeurs, deux robes légères, une chemise en lin, des sous-vêtements et mon maillot de bain bleu marine.
Je le regardai. Un maillot de bain. Pour un camping naturiste.
Je me mis à rire toute seule. Puis je le rangeai quand même. On ne savait jamais.
***
Je passai ensuite presque vingt minutes devant mon miroir. Pas pour me trouver belle. Pas exactement.
J'essayais de m'imaginer là-bas. Marchant dans une allée, croisant des inconnus, sans vêtements.
L'idée me semblait toujours irréelle.
Je n'avais jamais été nue devant autant de monde. En réalité, je n'avais presque jamais été nue devant qui que ce soit en dehors de situations ordinaires et privées.
Je pensais aux vestiaires de la piscine, où je me changeais toujours le plus rapidement possible. Aux cabines d'essayage. À cette habitude de tenir une serviette devant moi même lorsqu'il n'y avait personne.
Et maintenant, j'allais volontairement dans un endroit où toutes ces précautions n'avaient plus la même importance.
Je m'assis sur mon lit.
Et si je n'y arrivais pas ? Si je passais toute la semaine habillée ? Si je restais enfermée dans mon bungalow ? Si je rentrais au bout d'une journée ?
Je pris mon téléphone et ouvris la conversation avec Léa. Je lui avais finalement parlé du voyage. Elle avait été surprise, très surprise, mais elle avait été la seule à ne pas rire.
Moi : Je crois que je vais annuler.
Léa : Pourquoi ?
Moi : J'ai peur de pas être capable.
Léa : Capable de quoi ?
Moi : Bah… d'être là-bas. Avec tous ces gens.
Léa : Mais tu peux y aller et voir comment tu te sens, non ?
Moi : Oui.
Léa : Alors c'est quoi le problème ?
Je fixai l'écran.
Moi : J'ai peur d'être ridicule.
Sa réponse arriva presque immédiatement.
Léa : Justine, tu pars justement pour arrêter d'avoir peur de ça.
Je restai silencieuse.
Léa : Et si tu détestes, tu rentres. Ça fera juste une histoire drôle à raconter.
Je souris. Pour une fois, cette perspective me rassura.
***
Le soir, je reçus un dernier mail du domaine. Il contenait les instructions d'arrivée. La navette viendrait me chercher à la gare routière de Toulon. Le chauffeur s'appelait Alain et conduisait un minibus blanc portant le logo du domaine.
Je devais arriver avant dix-huit heures.
À la fin du message, une phrase attira mon attention.
« Le domaine comprend plusieurs espaces réservés aux résidents. Certaines activités nécessitent une inscription préalable et sont strictement réservées aux adultes. Leur participation reste facultative. »
Je relus. Des activités réservées aux adultes.
Je supposai qu'il s'agissait de soirées ou de conférences. Peut-être de séances de relaxation. Je n'y accordai pas davantage d'importance.
Je refermai mon ordinateur et, pour la première fois, je réalisai que le lendemain serait ma dernière journée chez moi avant le départ.
Mon ventre se contracta.
J'avais envie que le temps accélère. Et qu'il s'arrête. En même temps.
***
Le 12 août, mon réveil sonna à cinq heures trente.
Je n'avais presque pas dormi. J'avais passé la nuit à imaginer toutes les catastrophes possibles : rater mon train, perdre ma valise, me tromper de navette, arriver au domaine et découvrir que personne ne m'attendait.
Ou pire.
Arriver au domaine et découvrir que tout le monde m'attendait.
Je me levai, pris une douche et enfilai un jean clair, un débardeur blanc et une chemise ouverte. Ma valise était prête. Je l'avais vérifiée quatre fois.
Mon père m'attendait dans la cuisine. Il avait préparé du café.
— Bien dormi ?
— Pas vraiment.
Il sourit.
— Ça se voit.
Nous mangeâmes presque en silence, puis il prit mes bagages.
— Allez. On y va.
Dans la voiture, la radio diffusait une chanson que je connaissais. Je regardais défiler les rues familières : la boulangerie, le rond-point, le lycée, le petit parc où j'avais passé des après-midi entiers avec Camille et Léa.
Tout semblait exactement à sa place. Et pourtant, je le regardais différemment, comme si je partais pour beaucoup plus longtemps qu'une semaine.
À la gare, mon père m'accompagna jusqu'au quai. Il posa ma valise près de moi.
— Tu sais que tu peux rentrer quand tu veux ?
Je souris.
— Oui, papa.
— Même demain.
— Je sais.
Il hésita, puis me prit dans ses bras.
— Fais attention à toi.
Je sentis ma gorge se serrer.
— Promis.
Le train entra en gare. Je montai, trouvai ma place, rangeai ma valise et m'assis près de la fenêtre. Mon père était toujours sur le quai. Il me fit un signe. Je répondis.
Lorsque le train démarra, je sentis une émotion étrange me traverser. Pas exactement de la tristesse. Pas exactement de la joie.
Quelque chose entre les deux.
Je partais. Vraiment.
***
Le trajet jusqu'à Paris passa rapidement. Je regardai des vidéos, écoutai de la musique et tentai de lire sans parvenir à me concentrer.
À Paris, je traversai la gare avec ma valise. Il y avait du monde partout : des familles, des touristes, des voyageurs pressés.
Je me sentais à la fois minuscule et incroyablement indépendante.
Personne ne savait où j'allais. Personne ne connaissait mon histoire.
J'étais simplement une fille de dix-huit ans avec une valise.
Et cette pensée me plut.
Je m'achetai un sandwich, un café, puis montai dans le TGV pour Toulon. Je m'installai côté fenêtre. À côté de moi, une femme d'une soixantaine d'années rangeait un roman dans son sac.
Elle me sourit.
— Vous partez en vacances ?
Je hochai la tête.
— Oui.
— Dans le Sud ?
— Oui, près de Toulon.
— Avec des amis ?
Je regardai mes mains.
— Non. Toute seule.
Elle sourit davantage.
— C'est bien, ça. Il faut apprendre à voyager seule quand on est jeune.
Je ne sais pas pourquoi, mais cette remarque me fit plaisir.
Nous discutâmes quelques minutes. Elle s'appelait Françoise et allait rendre visite à sa fille. Elle me raconta ses voyages, ses enfants, son ancien travail. Puis elle me demanda :
— Et vous allez où exactement ?
Je sentis mes joues chauffer.
— Dans un petit domaine de vacances.
— Ah, charmant. Quel genre ?
Je pris une inspiration.
— Naturiste.
Françoise ne parut absolument pas choquée.
— Oh ! J'en ai fait pendant des années avec mon mari.
Je la regardai, stupéfaite.
— Vraiment ?
— Bien sûr.
Elle rit.
— Vous avez l'air surprise.
— Un peu.
— Pourquoi donc ?
Je cherchai mes mots.
— Je sais pas… C'est ma première fois.
Son expression s'adoucit.
— Alors ne vous inquiétez pas trop. Vous verrez, les gens sont souvent beaucoup moins préoccupés par votre apparence que vous ne l'imaginez.
Je souris. Cette phrase me suivit pendant tout le reste du trajet.
***
À mesure que nous descendions vers le Sud, le paysage changeait. Les immeubles laissèrent place aux champs, puis aux collines, puis aux premières silhouettes de pins. La lumière devenait plus vive, plus blanche.
Je regardais les villages défiler derrière la vitre lorsque mon téléphone vibra.
Un message de Camille.
Camille : Alors madame la naturiste 😂 t'es partie ?
Moi : Oui je suis dans le train.
Camille : J'arrive toujours pas à croire que tu fais ça.
Moi : Moi non plus.
Camille : Tu nous raconteras TOUT.
Je fixai le message.
Moi : On verra.
Pour une fois, je n'avais pas envie de tout raconter. J'avais envie que cette semaine m'appartienne.
***
À quinze heures quarante-deux, le train entra en gare de Toulon.
Lorsque je descendis, la chaleur me frappa immédiatement. Un air lourd, sec, chargé d'une odeur de mer et de bitume chauffé au soleil.
Je retirai ma chemise, la rangeai dans mon sac, puis suivis les panneaux vers la gare routière. Mon cœur battait plus vite. J'avais presque atteint ma destination.
Je repérai le minibus. Blanc, avec un petit logo représentant un soleil au-dessus d'une ligne d'horizon. Sur la portière, trois mots :
LES SEPT JOURS.
Un homme d'une cinquantaine d'années se tenait à côté. Grand, le crâne rasé, une barbe poivre et sel. Il portait un polo beige et un short.
— Justine ?
Je m'arrêtai.
— Oui.
Il sourit.
— Alain. Bienvenue dans le Sud.
Il prit ma valise.
— Tu as fait bon voyage ?
— Oui, merci.
— Parfait. On attend encore deux personnes et on démarre.
Je montai dans le minibus. Une femme était déjà assise au fond. Elle devait avoir une quarantaine d'années, des cheveux roux, des lunettes de soleil et une robe ample couleur crème.
Elle me sourit.
— Bonjour.
— Bonjour.
— Première fois ?
Je restai surprise.
— Ça se voit ?
Elle rit doucement.
— Un peu. Tu tiens ton sac comme si quelqu'un allait te le voler.
Je baissai les yeux. Effectivement, je le serrais contre moi.
— Je suis un peu stressée.
— C'est normal.
Elle retira ses lunettes. Ses yeux étaient d'un bleu très clair.
— Moi, c'est Isabelle.
— Justine.
— Enchantée, Justine.
Elle me tendit la main.
— Tu verras. Les premières heures sont toujours les plus étranges.
Je ne savais pas encore à quel point elle avait raison.
***
Nous quittâmes Toulon peu après seize heures. Les deux derniers passagers étaient un couple : Éric et Valérie. Ils devaient avoir une cinquantaine d'années et semblaient connaître Alain depuis longtemps.
— Alors, toujours au volant de ton vieux bus ? plaisanta Éric.
— Et toujours avec les mêmes passagers pénibles, répondit Alain.
Ils rirent. Je compris rapidement qu'ils étaient des habitués.
Valérie s'installa devant moi. Elle portait une robe légère et des sandales. Éric, un short et un tee-shirt.
Rien, absolument rien, ne les distinguait de vacanciers ordinaires. Je ne sais pas pourquoi, mais je trouvais ça rassurant.
Pendant une vingtaine de minutes, nous roulâmes sur des routes bordées de maisons et de commerces. Puis les habitations se firent plus rares. Les collines apparurent, avec leurs pins, leurs oliviers et leurs murets de pierre.
Le minibus emprunta une route plus étroite. Je regardai mon téléphone. Le réseau commençait à faiblir et je sentis une petite inquiétude revenir.
Isabelle le remarqua.
— Tu cherches quelque chose ?
— Non, je regardais juste si j'avais du réseau.
— Ça dépend des endroits. Mais il y a du Wi-Fi au domaine.
Je hochai la tête. Elle m'observa quelques secondes.
— Tu es très jeune.
Je souris timidement.
— Dix-huit ans.
— Et tu viens seule ?
— Oui.
— C'est courageux.
Je ne savais pas quoi répondre. Elle regarda par la fenêtre.
— Moi, la première fois, j'avais trente-six ans.
— Ah oui ?
— Oui. Et j'étais persuadée que tout le monde allait me regarder.
Je souris.
— C'est exactement ce que je pense.
— Alors je vais te dire quelque chose.
Elle se tourna vers moi.
— Les gens vont te regarder.
Mon sourire disparut.
Elle rit.
— Pas comme tu l'imagines. Quand quelqu'un arrive, on remarque sa présence. Comme partout. Puis on retourne à sa vie.
Je réfléchis à ses paroles.
— Et vous, vous êtes habituée maintenant ?
— Disons que j'ai appris à ne plus confondre être vue et être jugée.
Je trouvai la phrase belle. Un peu trop belle pour une conversation dans un minibus. Mais elle me rassura.
***
Nous roulions depuis presque quarante minutes lorsque Valérie demanda :
— Il y a beaucoup de monde cette semaine ?
Alain regarda dans son rétroviseur.
— Presque complet.
— Des nouveaux ?
— Quelques-uns.
— Et Gabriel ?
— Il est là.
Valérie échangea un regard avec Éric. Puis elle sourit.
— Il organise toujours ses soirées ?
Alain répondit sans quitter la route des yeux.
— Vous savez bien qu'il ne change pas facilement ses habitudes.
Je tendis légèrement l'oreille. Des soirées ? Quel genre de soirées ?
Isabelle sembla remarquer mon intérêt.
— Gabriel aime organiser des rencontres entre les résidents, expliqua-t-elle.
— Ah.
— Des dîners, des discussions, parfois des activités un peu originales.
— Originales comment ?
Elle sourit.
— Tu découvriras le programme à l'accueil.
Je hochai la tête sans insister. Mais je gardai cette conversation dans un coin de mon esprit.
Quelques minutes plus tard, le minibus ralentit. Nous arrivions devant un portail. Deux grands piliers de pierre, une grille en fer noir et une plaque discrète.
DOMAINE LES SEPT JOURS
En dessous :
Espace naturiste privé — Accès réservé aux résidents et invités.
Alain appuya sur un bouton.
Le portail s'ouvrit lentement.
Et mon cœur se mit à battre si fort que j'en eus presque mal.
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assas78
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