En fait, là, je suis entrain d'écrire une histoire racontée par un narrateur. Mais je veux que ce narrateur ne sache pas ce qui va se passer, qu'il découvre l'histoire en même temps que les lecteurs. Donc le présent semble s'imposer.
Et bordel impossible de m'y tenir. A chaque fois, je retombe mécaniquement dans l'usage du passé.
Y a des gens qui arrivent à écrire au présent ? C'est naturel, pour vous ?
je n'écris qu'au présent, et mes dialogue sont simple, je fais simplement en sorte de faire comprendre qui parle, par exemple.
je me lève, regarde les amis.
-je vais pisser.
et je me dirige vers les toilettes.
tout le monde comprend que c'est moi qui parle, évidement, c'est un peu plus long à taper.
je ne supporte pas les "Nous allâmes" ou "que nous eûmes", je trouve le présent plus moderne.
Oui mais dans ton exemple la formulation est bizarre. Tu peux pas dire : "et je me dirige vers les toilettes" sans transition, en sautant une ligne, perso ça me choque et ça brise le rythme.
J'aime mieux l'idée de Simson.
Sinon on peut aussi écrire au passé composé, je trouve que ça rend bien.
Utilisateur supprimé
25 mars 2021 à 21:55
Bordel ce que c'est difficile/pas intuitif !
En fait, là, je suis entrain d'écrire une histoire racontée par un narrateur. Mais je veux que ce narrateur ne sache pas ce qui va se passer, qu'il découvre l'histoire en même temps que les lecteurs. Donc le présent semble s'imposer.
Et bordel impossible de m'y tenir. A chaque fois, je retombe mécaniquement dans l'usage du passé.
Y a des gens qui arrivent à écrire au présent ? C'est naturel, pour vous ?
Bonsoir
Personnellement je me suis mise à écrire au présent afin que le lecteur ou la lectrice puisse tout simplement s’identifier à un ou une protagoniste du récit. Néanmoins, l’utilisation du présent n’est pas toujours chose aisée. Il faut se montrer vigilant à la relecture car le changement de conjugaison peut vite s’avérer intrusif.
Je ne dirais pas que cela est naturel, mais plus une habitude prise tout simplement
Laure
Zeltron
3 avril 2021 à 02:16
je me suis mise à écrire au présent afin que le lecteur ou la lectrice puisse tout simplement s’identifier à un ou une protagoniste du récit
On pourrait écrire à l'imparfait du subjonctif que ce serait pareil. On ne s'identifie pas à un protagoniste par le temps du récit mais par sa construction en tant que personnage : ses idées, ses qualités, ses défauts, ses forces et ses faiblesses. Pour les lecteurs plus superficiels, on s'identifiera aussi selon son physique (traits, sexe etc.)
Le temps du récit est le passé, ce n'est pas pour rien qu'on a énormément de variantes qui ont un sens bien précis. Les seules fois où du récit au présent est naturel, c'est dans du jeu de rôle ou ces livres aujourd'hui démodés "L'histoire dont vous êtes le héros". Si le présent fonctionne c'est parce que le sujet c'est "vous" (donc nous directement), le narrateur s'adresse directement à nous. Nous sommes les acteurs directs, là où une histoire qui nous est racontée ne peut nous comprendre comme acteur.
Ceux qui écrivent au présent iront en enfer à côté de ceux qui mangent du beurre doux et ceux qui disent une poche au lieu d'un sac et chocolatine.
Matt Demon
3 avril 2021 à 22:05
Le temps du récit est le passé, ce n'est pas pour rien qu'on a énormément de variantes qui ont un sens bien précis. Les seules fois où du récit au présent est naturel, c'est dans du jeu de rôle ou ces livres aujourd'hui démodés "L'histoire dont vous êtes le héros". Si le présent fonctionne c'est parce que le sujet c'est "vous" (donc nous directement), le narrateur s'adresse directement à nous. Nous sommes les acteurs directs, là où une histoire qui nous est racontée ne peut nous comprendre comme acteur.
Ceux qui écrivent au présent iront en enfer à côté de ceux qui mangent du beurre doux et ceux qui disent une poche au lieu d'un sac et chocolatine.
Pas sûr, ami Zeltron. Regarde Orwell, 1984 retraduit récemment et mis au présent alors que l'initiale trad était au passé.
Il y a sûrement un phénomène de mode bien sûr.
Je varie très aléatoirement entre présent et passé, entre "je" et "il/elle".
Je redis "chocolatine" après 35 ans à dire "pain au chocolat".
Et j'ai aussi millas, melsat, fricandeau, tourain, poumpet... Miam (pas taper, la diététicienne)
Aiguebrun
11 avril 2021 à 10:42
Ça m'arrive d'écrire au présent, mais ça ne m'est pas naturel non plus. Le soucis c'est surtout pour les dialogues : à part "dire", la plupart des verbes sont très moches au présent.
Par exemple :
- Je vais pisser, déclaré-je (affreux)
- Je vais pisser, je déclare (encore pire)
Pis bon, on va pas placer "dis-je" à chaque occurence non plus...
Il vous suffit d'inverser votre phrase, vous pouvez écrire:
"Je leur dis que je vais pisser" ou bien
"Oh les gars, je pisse"!
C'est beauxoup plus digeste.
Elisa M
11 avril 2021 à 11:15
Il vous suffit d'inverser votre phrase, vous pouvez écrire:
"Je leur dis que je vais pisser" ou bien
"Oh les gars, je pisse"!
C'est beauxoup plus digeste.
Je suis plutôt d'accord, mais c'est vrai que dans un texte assez long c'est pas simple a utiliser. Les dialogues finissent par ne pas être naturels. J'alterne aussi les temps selon mes histoires en général, comme donico, mais le présent n'est pas mon préféré... sauf ici. Je trouve que les histoires érotiques s'y prêtent bien.
Modifié
11 avril 2021 à 11:16
Zeltron
11 avril 2021 à 12:11
1984 retraduit récemment et mis au présent alors que l'initiale trad était au passé.
Il y a sûrement un phénomène de mode bien sûr.
Oui, il y a des retraductions/réécritures qui se font au présent. Mais ce n'est pas par effet de mode, j'avais lu que c'était parce que "le passé c'est difficile à comprendre, donc on fait au présent" : soit il y a un abrutissement du public cible (qui lit de moins en moins, et je suis assez mal placé pour le reprocher), soit il y a une volonté de prendre les gens, y compris les enfants, pour des demeurés incapables d'ouvrir un Bescherelle et qui seraient perdus au moindre passé simple. Peut-être un peu des deux.
Je varie très aléatoirement entre présent et passé, entre "je" et "il/elle".
Je redis "chocolatine" après 35 ans à dire "pain au chocolat".
Et j'ai aussi millas, melsat, fricandeau, tourain, poumpet... Miam (pas taper, la diététicienne)
Que le cholestérol t'emporte. Quant à moi je vais me faire ma piqûre d'insuline.
Aiguebrun
11 avril 2021 à 14:28
Il vous suffit d'inverser votre phrase, vous pouvez écrire:
"Je leur dis que je vais pisser" ou bien
"Oh les gars, je pisse"!
C'est beauxoup plus digeste.
Je suis plutôt d'accord, mais c'est vrai que dans un texte assez long c'est pas simple a utiliser. Les dialogues finissent par ne pas être naturels. J'alterne aussi les temps selon mes histoires en général, comme donico, mais le présent n'est pas mon préféré... sauf ici. Je trouve que les histoires érotiques s'y prêtent bien.
Les dialogues se maîtrisent comme le reste, il n'y a aucune raison pour qu'ils ne paraissent pas naturels. Par ailleurs, l'alternance des temps pourquoi pas; mais ce peut être un piège qui nous amène à en changer sans s'en apervoir. D'où une relecture obligatoire et attentionnée.
Utilisateur supprimé
11 avril 2021 à 16:42
J'alterne aussi les temps selon mes histoires en général, comme donico, mais le présent n'est pas mon préféré... sauf ici. Je trouve que les histoires érotiques s'y prêtent bien.
J'alterne les temps moi ? 🤔
STILETTO
12 avril 2021 à 18:32
Bonjour.
Jusqu'à maintenant, j'ai toujours écrit mes histoires au passé. Pas spécialement par gout mais parce que cela me venait plus facilement, plus naturellement. Quand j'essayais de rédiger au présent, je retournais immanquablement au passé comme si j'étais attiré par un aimant.
En lisant cette discussion, je me suis dit qu'il fallait absolument que je fasse l'effort d'écrire maintenant au présent. Ca a été très difficile pour moi au début, car cela ne me semblait pas naturel ( je me demande bien pourquoi), comme si une histoire ne pouvait par définition être racontée qu'au passé.
J'ai persisté, et une fois les premiers obstacle franchis, je me suis rendus compte qu'écrire une histoire au présent est une évidence. On ne la raconte plus, mais on la vit en directe.
J'ai posté très récemment plusieurs histoires au présent qui vont être publiées dans quelques semaines. J'espère que mes lecteurs apprécieront cette nouvelle façon d'écrire.
PS : Je fais l'éloge du présent, mais vous pouvez constater que tout mon texte est au passé.
Utilisateur supprimé
24 avril 2021 à 21:02
Bonjour,
Je me permet d'intervenir sur ce post car j'ai une question en lien avec l'écriture au présent.
Je viens de débuter l'écriture d'une histoire vraie. J'ai commencé le récit au passé car ça me paraissait ce qui est venu très naturellement et ai basculé inconsciemment au présent dès le premier dialogue fini. Ca me parait bizarre de rebasculé au passé après ça. J'ai essayé mentalement n'aime pas trop.
Je me pose beaucoup de questions :
- Dois je conserver la construction ainsi, le passé fait office d'introduction puis je reste au présent tout le reste du récit
Si oui dois-je prévoir une petite phrase de transition ? Il me semble avoir vu ce genre de choses déjà
- Dois je plutôt tout écrire au passé
- Dois je tout écrire au présent
Donatien A.F. de Sade
25 avril 2021 à 08:11
Bonjour,
Je me permet d'intervenir sur ce post car j'ai une question en lien avec l'écriture au présent.
Je viens de débuter l'écriture d'une histoire vraie. J'ai commencé le récit au passé car ça me paraissait ce qui est venu très naturellement et ai basculé inconsciemment au présent dès le premier dialogue fini. Ca me parait bizarre de rebasculé au passé après ça. J'ai essayé mentalement n'aime pas trop.
Je me pose beaucoup de questions :
- Dois je conserver la construction ainsi, le passé fait office d'introduction puis je reste au présent tout le reste du récit
Si oui dois-je prévoir une petite phrase de transition ? Il me semble avoir vu ce genre de choses déjà
- Dois je plutôt tout écrire au passé
- Dois je tout écrire au présent
Bonsoir Benj781,
Je vais essayer de vous répondre le plus clairement possible concernant votre question sur votre réflexion entre l'alternance des temps « présents et passé ».
Oui, il est tout à fait possible de débuter une histoire au passé composé pour introduire les actions qui se sont déroulées avant l'histoire présente, dans un premier temps, afin de poursuivre avec le présent pour que les actions qui seront dévoilées puissent être comprises par les lecteurs. On parle ici de la concordance des temps. Toutefois, il faut faire attention entre la corrélation entre ces évènements.
Voici un petit topo sur les façons d'écrire une histoire avec ces deux temps.
L'une des premières décisions à prendre lorsqu'on veut écrire une histoire est le temps à utiliser. Deux options existent : passé ou présent.
* Le futur est techniquement possible, mais si rarement utilisé que je ne l'inclurai pas dans le petit cours.
Quelle différence y a-t-il entre le présent et le passé ?
Le présent est utilisé pour exprimer une action en même temps qu’elle a lieu.
Dans la fiction, une histoire au passé relate les événements qui se sont déjà produits.
Il faut choisir entre le passé et le présent avant de commencer son histoire.
L’erreur commune aux auteurs qui se lancent dans leurs premières histoires, c’est d’alterner entre le « présent » et le « passé » faute de réflexion et de maîtrise.
Malheureusement, changer le temps à mi-chemin du travail d’écriture est assez compliqué et oblige à un travail fastidieux.
Voilà pourquoi il est si important de bien choisir entre passé et présent avant de commencer à écrire votre histoire. Je parle bien entendu de la grande majorité du temps à laquelle sera soumise votre histoire. Quel sera le temps prédominant dans le récit que je veux écrire ?
Alors, il faut bien garder à l’esprit ces conseils. Ils serviront de ressource dans la préparation à votre prochain récit.
Présent ou Passé sont bons à employer
Le passé est de loin le temps le plus fréquemment utilisé. Si vous écrivez une histoire et que vous n’arrivez pas à trancher sur le temps à utiliser, optez pour le passé.
Pourquoi ?
Il y a plusieurs raisons.
Le passé reste la norme des romans et des récits. Lire des histoires au passé est donc normal dans la tête du lecteur. Certains lecteurs ne conçoivent d’ailleurs pas de lire un roman s’il est écrit au présent.
Cela étant, d’un point de vue technique, le présent est tout à fait utilisable. Et il n’y a rien de mal à y recourir même s’il en agace certains. Bon nombre de gens aiment lire une histoire au présent. Cela donne du dynamisme à un texte et la manipulation de ce temps semble plus facile, de prime abord, que celui au passé, pour les novices de l'écriture de récits. Toutefois, il ne faut pas négliger l'apparente facilité d'écrire au présent, cela peut s'avérer plus complexe qu'il n'y paraît.
Tout dépend de votre intention.
Votre intention est-elle de faire raconter par votre personnage une histoire qui lui est arrivée dans le passé, avec son regard du présent "d'aujourd'hui" ? Par exemple, si votre personnage est désormais âgé et qu'il raconte, assied devant une cheminée, dans les premiers paragraphes de l'histoire, ce qu'il lui était arrivée. Le texte débutera donc au passé et pourra par la suite se poursuivre au présent.
Vous pourrez même utiliser le présent, dans l'introduction se déroulant dans le passé, lorsqu'il se fait des réflexions "présente" sur ce qui lui est arrivé "par le passé" par exemple, ou lorsqu'il se présente au lecteur en l'interpelant pour lui conter son histoire.
Si votre intention est de raconter une histoire vue par les yeux de votre personnage au moment des faits, là il faut faire un choix. Soit tout est écrit au passé (en général, parce que le présent peut aussi s'utiliser dans les scènes d'action passées, ce qui dynamise le récit), soit tout au présent.
Dans les deux cas, il faut vous demander s'il est bien utile que le personnage se présente au début; ou si ça peut-être fait d'une manière plus subtile qu'un "je m'appelle...", au fil du texte, en donnant par-ci par-là des détails que le lecteur récoltera au fur et à mesure. Cette façon d'introduire un protagoniste principal ou un antagoniste me plaît plus que la première. Une part de mystère reste en suspens.
Il est préférable de connaître le système verbal d'un récit lorsqu'on souhaite faire appel à la concordance des temps dans une histoire. Je vais vous y inscrire, dans les grandes lignes, une version abrégée des différences entre les temps.
Les récits écrits au passé
La grande majorité des histoires sont écrites au passé. Si tel est le choix de l'auteur, celui-ci se doit d'employer le système verbal du passé afin que son histoire soit compréhensible et cohérente.
Important
Dans le système verbal du passé, on utilise principalement le passé simple comme temps de base.
L'imparfait, le plus-que-parfait, le passé antérieur, le conditionnel présent, le conditionnel passé, le subjonctif présent et le subjonctif passé peuvent y être associés.
L'emploi du passé simple
Il est utilisé pour formuler les actions qui font avancer l'histoire. Chaque action au passé simple se produit après la précédente et a la particularité d'avoir une durée limitée qu'il est possible de situer de façon précise ou approximative sur une ligne de temps donnée.
Exemple
1. Je marchai en tâtonnant. Après cinq pas, je rencontrai une muraille de fer, faite de tôles boulonnées. Puis, me retournant, je heurtai une table de bois, près de laquelle étaient rangés plusieurs escabeaux.
2. Ned ne se fit pas prier et recommença mon récit que je compris à peu près. Le fond fut le même, mais la forme différa. Le Canadien, emporté par son caractère, y mit beaucoup d'animation. Il se plaignit violemment d'être emprisonné au mépris du droit des gens, demanda en vertu de quelle loi on le retenait ainsi, invoqua l'habeascorpus, menaça de poursuivre ceux qui le séquestraient indûment, se démena, gesticula, cria, et finalement, il fit comprendre par un geste expressif que nous mourions de faim.
Extraits tirés de Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne
L'emploi de l'imparfait
Imparfait d'action secondaire
L'imparfait d'action secondaire insiste sur la continuité de l'action, créant ainsi un fond sur lequel se déroule l'action principale. Ces actions secondaires formulées avec l'imparfait sont plus souvent qu'autrement d'une importante durée et leur achèvement n'est pas précisé. Dans ce type d'emploi, on peut dire que l'imparfait pose le décor.
Exemple
1. En bas, je me sentis observé par des yeux qui clignaient dans le noir, avant de distinguer peu à peu des silhouettes serrées les unes contre les autres, ainsi que leur ombre projetée sur les murs par la faible lueur de deux lampes à pétrole. Des murmures discrets s'élevèrent. En arrière-fond, on entendait le clapotement de gouttes d'eau qui s'écrasaient quelque part, et aussi un autre bruit indistinct, comme un grattement.
Extrait tiré de Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini
2. Derrière lui, sur le gazon, des domestiques empilaient des assiettes sales; ses voisins parlaient, il ne leur répondait pas; on lui emplissait son verre; et un silence s'établissait dans sa pensée, malgré les accroissements de la rumeur.
Extrait tiré de Madame Bovary, Gustave Flaubert
Imparfait de description
On utilise l'imparfait pour décrire les lieux, les personnages, leurs sentiments, etc. L'usage de l'imparfait de description contribue à créer une ambiance et à donner corps au récit.
Exemple
1. On était aux premiers jours d'octobre. Il y avait du brouillard sur la campagne. Des vapeurs s'allongeaient à l'horizon, entre le contour des collines; et d'autres, se déchirant, montaient, se perdaient. Quelquefois, dans un écartement des nuées, sous un rayon de soleil, on apercevait au loin les toits d'Yonville avec les jardins au bord de l'eau, les cours, les murs et le clocher de l'église.
2. Alors on vit s'avancer sur l'estrade une petite vieille de maintien craintif, et qui paraissait se ratatiner encore dans ses pauvres vêtements. Elle avait aux pieds de grosses galoches de bois, et le long des hanches un grand tablier bleu. Son visage maigre, entouré d'un béguin sans bordure, était plus plissé de rides qu'une pomme reinette flétrie, et des manches de sa camisole rouge dépassaient deux longues mains à articulations noueuses.
Extrait tiré de Madame Bovary, Gustave Flaubert
Imparfait d'habitude
On utilise également l'imparfait pour faire référence aux actions qui font partie de la vie quotidienne des personnages.
Exemple
1. Il y avait, au couvent, une vieille fille qui venait tous les mois, pendant huit jours, travailler à la lingerie. Protégée par l'archevêché, comme appartenant à une ancienne famille de gentilshommes ruinée sous la Révolution, elle mangeait au réfectoire à la table des bonnes soeurs, et faisait avec elles, après le repas, un petit bout de causette avant de remonter à son ouvrage. Souvent les pensionnaires s'échappaient de l'étude pour l'aller voir. Elle savait par coeur des chansons galantes du siècle passé, qu'elle chantait à demi-voix, tout en poussant son aiguille. Elle contait des histoires, vous apprenait des nouvelles, faisait en ville vos commissions, et prêtait aux grandes, en cachette, quelques romans qu'elle avait toujours dans les poches de son tablier, et dont la bonne demoiselle elle-même avalait de longs chapitres, dans les intervalles de sa besogne.
Extrait tiré de Madame Bovary, Flaubert
2. C'était sans effort que, des années auparavant, Hassan et moi gravissions la colline au nord de la maison. Entre deux galopades, nous nous asseyions sur une crête qui offrait une bonne vue sur l'aéroport, au loin. Nous regardions les avions décoller et atterrir, et recommencions ensuite à nous courir après.
Extrait tiré de Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini
Imparfait de simultanéité
L'imparfait de simultanéité est employé quand une action passée se produit au même moment qu'une autre exprimée au passé simple. Dans ce cas, l'action employée au passé simple est celle sur laquelle l'auteur veut mettre l'accent. Presque toujours, une marque de temps vient préciser que deux actions partagent une même zone temporelle.
Exemple
1. Je venaisalors de découvrir la seconde des liasses qu'il me fallait; et je trouvais justement la troisième, quand un grand et pénible soupir, poussé contre mon épaule, me fit faire un bond de fou à deux mètres de là.
Extrait tiré de Apparition, Guy de Maupassant
2. Un jour qu'elle arrivait à cette fontaine, une pauvre femme s'approcha d'elle et la pria de lui donner à boire.
Extrait tiré de Les fées, Michel Laporte
L'emploi du plus-que-parfait
On utilise le plus-que-parfait pour formuler les actions qui se sont déroulées avant une autre action dans le passé.
Exemple
1. Mais, mon oeil ne s'était pas encore appliqué à l'oculaire, que l'instrument me fut vivement arraché des mains.
2. Quant à moi, j'avais soigneusement regardé dans la direction observée, sans rien apercevoir.
3. Rentré au salon, je notai d'abord les relèvements de Ceylan, à laquelle l'Antiquité avait prodigué tant de noms divers.
Extraits tirés de Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne
L'emploi du conditionnel
Dans un récit écrit au passé, le conditionnel peut être employé pour formuler un fait incertain, une hypothèse (exemple 1), mais il peut aussi être employé comme étant le futur du passé (exemples 2 et 3).
Exemple
1. Dès le commencement de juillet, elle compta sur ses doigts combien de semaines lui restaient pour arriver au mois d'octobre, pensant que le marquis d'Andervilliers, peut-être, donnerait encore un bal à la Vaubyessard.
Extrait tiré de Madame Bovary, Gustave Flaubert
2. Le monstre, dans sa terreur, avait vidé les lieux pour toujours ! Je ne le verrais donc plus jamais !
Extrait tiré de Le chat noir, Edgar Allan Poe
3. Et je sentais bien que je n'aurais plus jamais la force de remonter... et que j'allais mourir là... moi aussi, de faim - de fatigue - et de froid.
Extrait tiré de La nuit, Guy de Maupassant
L'emploi du passé antérieur
Le passé antérieur traduit un fait passé achevé qui s'est produit immédiatement avant un autre fait passé principalement exprimé par un verbe du passé simple.
Exemple
1. Mais, mon oeil ne s'était pas encore appliqué à l'oculaire, que l'instrument me fut vivement arraché des mains.
2. Ce jour-là, le travail habituel fut accompli avec plus de vigueur encore.
3. Les robinets des réservoirs furent alors ouverts en grand et cent mètres cubes d'eau s'y précipitèrent, accroissant de cent mille kilogrammes le poids du Nautilus.
Extrait tiré de Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne
Les récits écrits au présent
Il arrive que des récits soient écrits au présent. Si tel est le choix de l'auteur, celui-ci doit employer le système verbal du présent afin que son histoire soit compréhensible et cohérente.
Important!
Dans le système verbal du présent, on utilise principalement :
Le présent comme temps de base.
Le passé composé, l'imparfait, le plus-que-parfait, le futur simple, le futur antérieur, le conditionnel présent et le conditionnel passé comme temps associés.
L'emploi du présent
On utilise le présent pour raconter la suite des actions en cours.
Exemple
1. Le temps s'assombrit. Les nuages grondent. Le vent pivote sur ses pentures. Les fondaisons s'affolent. Les feuilles s'éparpillent.
2. La moto court maintenant à tous gaz et double un dernier train de voitures pour parvenir en trombe à un croisement où la voie, devant, semble plus dégagée. Mais soudain un long coup d'avertisseur déchire le sourd et industrieux grondement de la rue.
Extraits tirés de Le balayeur, Gaëtan Brulotte
L'emploi du passé composé
On utilise le passé composé pour raconter les actions qui se sont déroulées avant l'action en cours.
Exemple
1. Icare a perdu ses ailes. Dérapage, embardée, le cheval métallique, en voulant éviter un piéton, a produit un écart, a tamponné une auto et a rebondi, en un éclair de chrome, contre un lampadaire.
Extrait tiré de Le balayeur, Gaëtan Brulotte
L'emploi du conditionnel
On utilise le conditionnel, entre autres, pour raconter ce qui pourrait ou aurait pu avoir lieu si certaines conditions faisaient partie du contexte délimitant l'action.
Exemple
1. Avant, à mes débuts dans le métier, je ne dis pas, j'aurais pu commettre une erreur. On me l'aurait sûrement pardonnée en l'imputant à l'inexpérience. Avant, j'aurais pu passer à côté, j'aurais pu faire mine de ne pas le voir. Mais aujourd'hui, il ne m'est tout de même pas possible de l'ignorer.
Extrait tiré de Le balayeur, Gaëtan Brulotte
L'emploi de l'imparfait
On utilise l'imparfait pour faire référence à un élément qui a eu lieu dans le passé.
Exemple
1. Les gouttes tombent par milliers, par millions. Des grains durs et blancs. La météo le prévoyait. Une pluie froide mêlée de grêle.
2. En maniant une poignée d'admission, un levier d'embrayage et un sélecteur de vitesses, il devient soudain comme les dieux des anciennes mythologies qui, d'un simple geste, libéraient le tonnerre et le vent.
Extraits tirés de Le balayeur, Gaëtan Brulotte
Voilà, je vous suggère de tenir au passé votre paragraphe d'introduction, peut-être quelques souvenirs (flash-back) également, et de basculer au présent la suite de votre histoire. Ceci me semble être la meilleure solution pour votre problème jusqu'à ce que vous ayez mieux d'expérience pour jongler avec les différents temps. Toutefois, si vous vous en sentez capable, libre à vous de vous y plonger. Je vous suggère des exercices de concordance de temps, trouvable sur le net, afin de parfaire votre expérience avec la transition entre les différents temps. J'espère avoir répondu convenablement à votre question.
Au plaisir et bonne composition.
Cordialement,
D.A.-F. de Sade alias Le Marquis
Modifié
25 avril 2021 à 10:18
pulzer
25 avril 2021 à 08:27
Whaou, ça c'est de l'exemple et du cours bien construit.
Certains devraient en prendre de la graine, au lieu de pourrir les validateurs qui leur reprochent des soucis de concordance des temps.
Donatien A.F. de Sade
25 avril 2021 à 10:03
Whaou, ça c'est de l'exemple et du cours bien construit.
Certains devraient en prendre de la graine, au lieu de pourrir les validateurs qui leur reprochent des soucis de concordance des temps.
Je suis un peu habitué à faire des cours de français car lorsque je complétais mon diplôme de secondaire, ma professeure m'avait fait faire un test de compétence et j'ai pu passer directement à la dernière année sans faire la quatrième. Après cela, les profs me permettaient de faire des cours à ceux qui le voulaient concernant la composition de roman, étant moi-même écrivain depuis plusieurs années.
De plus, j'ai toujours été choisi pour aider mes camarades de l'époque, lorsque je faisais des cours de français car il y en avait un paquet en file pour se faire aider par la prof, qui peinait à tous les aider dans les trois heures de cours quotidiens.
Utilisateur supprimé
25 avril 2021 à 13:48
Wow merci beaucoup, c'est ultra complet et pertinent. Je me demande même si il ne faudrait pas mettre cela dans les tutos !
Donatien A.F. de Sade
25 avril 2021 à 15:56
Wow merci beaucoup, c'est ultra complet et pertinent. Je me demande même si il ne faudrait pas mettre cela dans les tutos !
J'ai déjà écrit à Xavier, l'administrateur de ce site à cet effet, car j'ai déjà composé deux autres tutos pour lui avant celui-ci.
Lioubov
25 avril 2021 à 19:10
J'ai déjà écrit à Xavier, l'administrateur de ce site à cet effet, car j'ai déjà composé deux autres tutos pour lui avant celui-ci.
Les tutos ? Mais tout le monde s'en fout !
Tout comme les auteurs se foutent de la charte.
Désespérant...
Matt Demon
25 avril 2021 à 20:29
J'ai déjà écrit à Xavier, l'administrateur de ce site à cet effet, car j'ai déjà composé deux autres tutos pour lui avant celui-ci.
Les tutos ? Mais tout le monde s'en fout !
Tout comme les auteurs se foutent de la charte.
Désespérant...
C'est ben vrai, ça. Xavier a imposé des règles pour que les contenus soient écrits dans un français correct, c'est quand même un plus à la sortie.
Le pb, c'est que certains auteurs se reposent complètement sur le système validateur/correcteur, sans se remettre en question.
Utilisateur supprimé
27 avril 2021 à 08:42
J'ai déjà écrit à Xavier, l'administrateur de ce site à cet effet, car j'ai déjà composé deux autres tutos pour lui avant celui-ci.
Les tutos ? Mais tout le monde s'en fout !
Tout comme les auteurs se foutent de la charte.
Désespérant...
Bah non, il y a au moins moi qui les aient lus ^^
@Matt en effet ça c'est problématique, en tout cas la première fois que j'ai eu un texte refusé a été un électrochoc, j'ai pris deux ou trois semaines mais ai refait une bonne partie du texte (en me demandant d'ailleurs comment j'avais pu laissé passer de sacrées coquilles) mais aussi de l'histoire qui je pense a gagnée en cohérence au passage. Tout n'est pas perdu !
Pygmalion
17 mai 2021 à 05:17
Je dirais même plus qu'on est habitué à utiliser le passé (et surtout le passé simple) parce qu'à l'école on nous a appris que c'était le temps qui servait à raconter des histoires et donc à l'écrit ça vient plus facilement que le présent ou les autres temps du passé.
L'autre truc (je ne sais pas si Donatien l'a mentionné, je n'ai pas encore eu le temps de tout lire, désolé), c'est que, quand on raconte une histoire, on cherche souvent à "faire ça bien" pour que ça ressemble à quelque chose qu'on pourrait trouver dans un livre, mais on peut aussi rester naturel et utiliser le langage parlé sans que ça ne sonne faux (ce qui est impossible je sais, un texte ne peut pas sonner). Évidemment, à la condition de savoir doser le niveau sans que ça ne devienne incompréhensible.
Par exemple :
"Ça faisait déjà plusieurs heures qu'on avait quitté Bruxelles avec mon frère, on ne s'était arrêtés qu'une seule fois pendant le trajet pour dîner et un peu après la frontière française, je commençais à ressentir un besoin pressant. En voyant la prochaine aire d'autoroute, je lui ai demandé de s'arrêter et quand il m'a demandé pourquoi, je lui ai répondu : "pour pisser
- Mais tu y es déjà allé en sortant du restaurant, il me dit.
- Ouais mais tu sais bien, quand tu bois une bière...
- C'est bon, c'est bon, je m'arrête."
Il s'est garé sur le parking vide et moi, je suis vite descendu pour me ruer aux toilettes. En Belgique, on blague en racontant que les Français disent "les toilettes" au pluriel parce qu'il faut en passer plusieurs avant d'en trouver une de propre. Et ben là, y en avait même pas une seule."
Je n'ai pas utilisé un seul passé simple, à la place, j'ai raconté cette histoire comme je le ferais à l'oral en soignant tout de même la langue pour que ça reste correct.
En fait, là, je suis entrain d'écrire une histoire racontée par un narrateur. Mais je veux que ce narrateur ne sache pas ce qui va se passer, qu'il découvre l'histoire en même temps que les lecteurs. Donc le présent semble s'imposer.
Et bordel impossible de m'y tenir. A chaque fois, je retombe mécaniquement dans l'usage du passé.
Y a des gens qui arrivent à écrire au présent ? C'est naturel, pour vous ?