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✦ maisondecampagne Bagatelle estivale XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Bagatelle estivale — Chapitre 2 · Sous l'oeil clair de la Lune

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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maisondecampagne
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Bagatelle estivale

Chapitre 2 · Sous l'oeil clair de la Lune

Nouvelle invitation de la part de tes parents. Je botte en touche et prétends une migraine pour ne pas avoir à te revoir. Mes histoires d'amour n'ont pas le même goût quand l'homme auquel de rêve est de l'autre côté de l'allée. J'abandonne mes livres et vais me tremper dans l'eau fraîche de la piscine. 
Je rêvassais les yeux fermés quand tu as atterri sur le sol durci par la sécheresse du jardin.
J'ai sursauté et me suis redressée, nue dans l'eau, terrorisée à l'idée qu'un voleur soit là. Tu t'es approché les mains en l'air, un sourire de con sur les lèvres, comme à ton habitude. J'étais coincée, sortir voulait dire exposer ma nudité ou te demander de me passer la serviette derrière toi et donc avouer être nue. Les deux me semblaient impossible, et je me condamnais toute seule à rester dans l'eau. La nuit commençait à tomber et la lune large et brillante nous éclairait d'une pâleur blanche.
Tu m'as demandé si je me sentais vraiment mal ou si c'était juste un prétexte. Bien sûr que ça en était un, mais devais je confesser mes sentiments ? Je t'ignorais et me recroquevillais dans l'eau. Tu t'es approché de la margelle décidé à me pourrir la vie. “Bien sûr que je vais bien, je n'avais juste pas envie de te voir”. Les mots glissèrent tout seuls hors de mes lèvres tremblantes à l'idée que tu aperçoives la courbe d'un sein. 
La lune éclairait assez pour que je distingue la couleur de ton short. Vert cette fois-ci. Ton tee-shirt à col V dévoilait l'amorce de ton torse et tes clavicules. Je ne pensais pas trouver des clavicules érotiques mais les tiennes me réchauffèrent sous l'eau.
Tu t'avançais toujours plus jusqu'à mettre les pieds dans l'eau chlorée. Je n'avais pas d'autre choix que de reculer, ta proximité insupportable à mon petit cœur en surchauffe. J'étais déchirée entre mon envie de toi aussi vague et imprécise puisse-t-elle être et l'envie de te faire disparaître d'une réplique spirituelle. En reculant je dépliais mon corps offrant à tes yeux ma peau nue aux contours brouillés par la surface ridée de l'eau.
La surprise et le désir qui noyèrent tes yeux et l'air à la vitesse d'un TGV me firent frissonner. Tu descendis deux marches jusqu'à ce que le bas de ton short se confonde avec l'eau. Je reculais encore vers le milieu du bassin. J'avais pied et mon immobilité ne tarda pas à calmer la surface de l'eau, dévoilant mon corps plus encore.
“Fais la planche”. La supplique venant de l'escalier me fait sourire. Alors comme ça je ne suis pas la seule que l'attirance entre nous met à rude épreuve ? Je te tourne le dos et m'enfonce dans l'eau pour y mouiller mes cheveux et, vœu pieux, me calmer un peu. Le silence liquide qui m'enveloppe sous la surface ne m'aide pas beaucoup et je remonte vite, la tête en arrière pour ne pas avoir les cheveux collés au visage.
Tu me regardes, je le sais. Le désir qui me détruit petit morceau après petit morceau me rends folle. J'ai envie de faire la planche. De m'exposer à toi et à la lune, de te laisser me prendre et me faire tout ce qui te passe par la tête. “S'il te plait”. Ta voix est plus rugueuse et suppliante que jamais. Alors dans un éclat de folie je me laisse porter par l'instant, mes orteils quittent le fond du bassin et me voilà allongée sur l'eau, les cheveux flottant comme des algues à l'arrière de mon crâne. Mes seins se dressent, petites montagnes aux pics érigés par le désir autant que par la fraîcheur de la nuit, mon ventre se confond avec la surface, mes jambes tendues et légèrement écartées.
J'ai rarement été aussi consciente de chacune des parties de mon corps. Mon cœur bat si fort que j'ai peur que l'eau immobile autour de moi me trahisse. Mon regard vers les étoiles, je sens le tiens qui me caresse avec la douceur d'un amant. Mes poings serrés je me retiens de bouger, ayant bien trop peur que ce moment ne finisse.
Une éclaboussure me fait me redresser, tu es descendu dans l'eau tout habillé. Tu te rapproches de moi avec la grâce d'un tigre, un regard affamé tout aussi félin. Je recule un peu et tu tends une main vers moi. “Non”. Mon refus déchire la nuit avec la violence d'un coup de fusil, j'entends presque la Lune soupirer devant ma couardise mais c'est trop. J'ai peur que mon cœur lâche si jamais ta main venait à se poser sur moi. Tu dois bien me comprendre au fond parce que ton bras se baisse et disparaît sous les flots. 
Nous restons là, immobiles dans la nuit de juillet à nous regarder dans le blanc des yeux sans faire quoi que ce soit pour combler la distance insupportable qui nous sépare. “Viens.” Tu me tends une main épaisse à nouveau. Et je mêle mes doigts tremblants aux tiens bruts et tachés d'encre.
À cet instant je me rendis compte à quel point nous étions semblables parce que tu n'as pas cherché à réduire l'écart qui nous séparait, tu m'a conduit à une des buses de refoulement et t'es placé derrière moi. Calmement. Sans un mot. L'eau fraîche est projetée avec force sur une partie stratégique de mon anatomie. Tu poses tes mains chaudes sur mes hanches en manque de toi et me maintiens dans l'axe du jet.
La violence des sensations me déchirait de l'intérieur. Tu me touchais, te tenais derrière moi, me pressais les hanches de tes paumes chéries. Mon obsession incarnée me rudoyait l'entrejambe par pression interposée. Mes gémissements de plaisir tu les a étouffés en plaquant une main contre ma bouche et j'ai appuyé ma tête sur une de tes épaules quand l'orgasme m'a traversé me faisant crier mon plaisir et mon inquiétude de te voir disparaître après ça. 
Et j'avais vu juste, la Lune pour seul témoin, tu es parti comme un voleur, ne laissant pour preuve de ton passage qu'une marque sur mes hanches et une traînée humide le long du mur que tu as escaladé pour repartir.
*** 
Trois jours que je me suis montrée à toi. Trois jours que je fixe le mur en pierre chaque soir avec l'espoir vain que tu reparaisses. Mais tu ne viens pas. J'ai beau attendre chaque soir à ma fenêtre, prête à te rejoindre, à te suivre où tu voudras, je reste désespérément seule. Ma soeur s'invite quelques fois dans ma chambre et pour oublier que tu me manques je joue aux cartes avec elle.
Le manque et l'envie de te revoir se transforment peu à peu en colère de n'avoir aucunes nouvelles. Je finis par aller sonner chez tes parents pour te forcer à sortir de ton trou. Si je dois me regarder dans le miroir tous les matins, tu peux bien faire de même pendant cinq minutes. Ta mère m'informe que tu es parti pour la ville jusqu'au week-end et je feinte pour obtenir ton numéro, prétendant un arrangement de conduite.
Le soir même je t'écris. Pourtant tu ne réponds pas et je finis par perdre patience. 
“Tu es un lâche et un sale con, aie au moins les couilles de venir me dire que je te dégoûte". Mon message transforme mon téléphone en brique brûlante dans ma main et je finis par le poser sur le lit, avec la nette envie de hurler.
“Tu ne vas pas y croire”. Ma soeur entre dans la chambre sans frapper et se jette sur mon lit. Avant que je puisse dire quoi que ce soit elle enchaîne. “Tu te souviens du dieu de la queue ?” Comment pourrait je ne pas m'en souvenir, le fameux coup d'un soir m'est rappelé tous les jours et ses talents vantés à chaque occasion.
“C'est pas comme si tu m'en parlais tout le temps”. Elle grimace et à le bon goût de paraître un minimum gênée avant de recommencer à parler. Son babillage incessant emplit la pièce et quand enfin elle en vient à la partie intéressante sa voix tranche l'air avec des accents terribles. Je veux pleurer, hurler ma colère. Elle me dit avec les joues roses d'excitation “Le dieu de la queue c'est le fils des nouveaux voisins, Simon”.
Mon Simon. Simon qui me demande de faire la planche nue sous la Lune. Simon qui me fait battre le cœur et bégayer à la moindre rencontre. Simon qui a couché avec ma soeur et maintenant que je ne peux plus voir. Plus jamais. La jalousie horrible qui m'a envahie à ce moment-là m'effrayait. C'était le genre d'émotion à pousser au meurtre.
Léa ne tarda pas à se retirer dans sa chambre et moi, le cœur déchiré par la douleur, je t'ai écrit à nouveau. “Ne me parle plus, disparaît de ma vie, je ne peux plus te voir.” J'ai supprimé ton numéro après l'avoir bloqué et me suis endormie d'avoir pleuré assez pour une semaine entière, une légère nausée au creux du ventre.
Le lendemain je me suis levée et j'ai couru jusqu'aux toilettes, vider mon estomac déjà vide. Les spasmes qui me secouèrent m'ont fait si mal que la bile qui franchissait mes lèvres ne me dégoûtait même plus. Épuisée je suis retournée me coucher, ma mère ayant prévenu le supermarché. Le médecin est venu; verdict : gastro.
Ça n'était pas une gastro, c'était mon obsession pour toi qui se vengeait de ne pas pouvoir t'avoir. Je suis retournée vomir le peu d'eau que j'avais réussi à avaler et les médicaments à l'horrible goût de banane plusieurs fois dans la journée, comatant entre deux purges. Quand j'ai ouvert les yeux, fatiguée de n'avoir fait que me vider tout le jour, je t'ai vu assis sur une chaise, dans un coin de ma chambre.
Tu lisais Arendt, les chevilles croisées et les sourcils légèrement froncés. Je voulais que tu me serres contre toi et que tu disparaisses en même temps. Tu as couché avec ma soeur, je ne peux t'avoir et ta présence m'est trop douloureuse. Je voulais tant te le dire mais la seule chose qui a franchi mes lèvres desséchées fut “Tu es là”. Tu as levé les yeux aussitôt et tu m'a regardée avec un air contrarié.
“Tu es la fille la plus étrange que je n'ai jamais rencontré Louise. Tu mens à ma mère pour avoir mon numéro de téléphone, tu me demandes de te répondre, tu m'insultes parce que je ne le fais pas dans l'heure et ensuite tu m'interdis de te parler. Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête mais je ne t'envies pas”
“Je t'ai bloqué” je souffle avec difficulté. Mon dieu tu es toujours aussi magnétique, ton aura quand tu te penches et me demandes de répéter me donne envie de me blottir dans tes bras. “Je t'ai bloqué”. Tu éclates de rire et me demande pourquoi. Ma réponse te surprend plus encore.
“Tu as couché avec ma soeur il y a environ trois semaines en boite de nuit. Te voir en sachant ça c'est trop dur. Je te veux et ça rend tout impossible donc je préfère encore ne pas te voir du tout.”
Tu me regardes avec des yeux ronds et répète en boucle "J'ai couché avec ta soeur ?”. À chaque fois je hoche la tête les larmes aux yeux, la nausée me reprenant de plus en plus jusqu'à ce que n'y tenant plus je sorte du lit et me rue aux toilettes pour y vomir mon malheur et ma bile. Tes mains larges me tiennent les cheveux alors que je gémis sous la violence de mes vomissements. Je m'écroule contre la cuvette et je te sens me serrer dans tes bras en me murmurant que tu es désolé.
Moi aussi je suis désolé Simon. Désolée que le timing ne soit jamais bon pour moi. Désolée que ma sœur écume les boîtes et accepte de s'y faire sauter assise sur un lavabo. Désolée que tu sois un dieu de la bite qui fait mouiller ma sœur rien qu'à ton évocation. Désolée de n'être que la fille la moins délurée, cachée au chaud dans ses bouquins et ses barrières mentales.
Je suis si bien contre toi que je te pardonne d'avoir couché avec elle. J'étais si faible face à mon obsession. Je me laisse aller contre toi et ronronne presque sous les caresses douces de ta main contre mon dos endoloris. Tu m'aides à me relever et me serre contre ton flanc pour me ramener à mon lit. Tu m'y bordes, déposes sur mon front humide un baiser tendre et doux avant de quitter la pièce.
Ton départ à des airs définitifs et j'ai soudain peur que tu ne reviennes jamais. J'ai encore envie de pleurer mais mon corps n'as plus rien à rendre et je m'endors rapidement dans mes draps tièdes.
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maisondecampagne
29 juillet 2021 à 20:44
Je suis un petit rat de bibliothèque, et celle histoire je l’ai écrite pour tous les petits rats de bibliothèque, ceux qui sont un peu sensibles et aiment le silence, la séduction à demi mot. Ceux qui vivent dans leur tête avant de vivre sur terre.

Je nous souhaite de trouver l’amour, pour ma part c’est déjà fait une fois. Mais je souhaite à tout le monde d’aimer…

Einaudi à aussi fait deux morceaux que j’adore : Primavera et Nuvole Bianche

C'est sans doute pour ça que cette histoire me touche autant. Ta description des petits rats de bibliothèque, je m'y retrouve dedans :)
Je lirai (et commenterai sans doute) la suite demain : les bonnes choses et les belles émotions se savourent par petites tranches.

Prends ton temps, c’est un honneur de t’apporter quelque chose par mes écrits !
Soyez respectueux
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Monsieur Plume
29 juillet 2021 à 20:16
C'est beau, mélancolique, et finalement très réaliste. Et puis, ce n'est pas si triste que ça : quand on y pense, ça fait du bien de savoir que même ceux qui ne sont pas délurés et préfèrent se cacher dans les bouquins plutôt que d'affronter la vie peuvent trouver le bonheur et peut-être même l'amour, qui sait ?
(PS : merci pour la découverte de Ludovico Einaudi, c'est très beau et parfait pour servir de bande son à cette histoire).
Soyez respectueux
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Utilisateur supprimé
24 février 2021 à 12:23
C'est encore beau dans la lignée de l'introduction.
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maisondecampagne
31 janvier 2021 à 15:10
Un très beau texte, encore une fois :)
Je trouve que l’emploi de la seconde personne rend cette relation (ou du moins ce désir de relation) encore plus marquante.
Bravo, comme d’hab :)

Alors j'ai réussi mon coup !
Merci beaucoup ;)
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Utilisateur supprimé
30 janvier 2021 à 09:54
Apprends la bienveillance

Avec toi même ;)
Soyez respectueux
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Utilisateur supprimé
30 janvier 2021 à 09:20
Merci pour ce récit empreint d'une douce mélancolie et qui une fois de plus me fait bien toucher du doigt que comprendre ce qui se passe dans la tête d'une jeune femme amoureuse est de l'ordre de l'utopie pour le misérable cerveau masculin qui est le mien...

(AAAAHHHHHH, je ne suis pas mécontent de n'être qu'un sale mec moi :D)
Soyez respectueux
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Utilisateur supprimé
28 janvier 2021 à 21:16
Oltremare de Ludovico Einaudi : je suis allé écouter ce morceau. Beau et mélancolique. Ça colle bien à ton texte. Merci de m'avoir fait découvrir ce morceau.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Duchesse
Duchesse
28 janvier 2021 à 21:07
« Le silence liquide », y a toujours une perle dans tes textes. J aime les histoires d’amour tragiques, les amants maudits. C ´est encore une fois très poétique avec des allures de journal intime. J’aime beaucoup.
Duchesse
Soyez respectueux
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Utilisateur supprimé
28 janvier 2021 à 20:49
C'est beau, c'est poétique et avec de jolies formules encore. Mais que c'est triste ensuite (ce n'est pas un reproche), j'en étais malheureux pour elle. Le tutoiement, ici, est plutôt bien vu parce que ça apporte encore plus d'intimité avec le personnage principal. On souffre avec elle.
Et tu nous offres un sacré rebondissement dans cette histoire pour le coup.
Félicitations.
Soyez respectueux
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